Catharsis

Qui a coulé le Cheonan ?

Nouvelles tensions intercoréennes et relations sino-américaines

par Saïd Ahmiri

26 mars 2010, 21h22, une explosion retentit à bord de la corvette militaire sud-coréenne Cheonan, coulant en 20 minutes à peine 60 % du bateau coupé en deux. Plusieurs raisons ont tout de suite été évoquées : Une torpille sous-marine, un rocher, une mine de mer. D’autres ont affirmé avoir vu un sous-marin nord-coréen émerger de l’eau quelques minutes après la disparition du Cheonan. Près de deux mois après le naufrage dans la Mer Jaune au large de l’île sud-coréenne Baengnyeong, le bilan fait état de 46 marins morts dont 8 sont toujours portés disparus. C’est la pire catastrophe maritime de la République de Corée depuis 1974 quand un navire de débarquement de la marine a chaviré tuant 159 marins. La précédente accusation d’attaque nord-coréenne remonte à 1987 où 115 personnes ont été tuées suite à l’attentat contre un Boeing de la Korean Airlines, attribué à des agents nord-coréens. Une nouvelle étape importante dans la multipolarisation du monde se joue dans la péninsule coréenne avec des répercussions géostratégiques majeures dans les Océans Indien et Pacifique. Washington insiste, Tokyo encourage, Séoul réfléchit, Pyongyang est sur le pied de guerre et Pékin modère. 

L’enquête internationale et la piste de Sakai

15 avril 2010, le Cheonan a refait surface afin de permettre aux enquêteurs d’expliquer aux familles ce qu’il s’est réellement passé dans la nuit du 26 mars. Les conditions météorologiques ont été avec les enquêteurs qui ont pu sans soucis remonter le navire qui se trouvait à 25 mètres de profondeur, la veille de 9h à 12h11. La corvette, un vaisseau de 1.200 tonnes et de 88 mètres de long, remonté par une grue géante installée en pleine mer, contenait 36 corps de marins. 2 marins avaient été retrouvés en mer au fil des jours mais il manquait encore 8 personnes qui composaient l’équipage du navire qui étaient encore à bord lors du naufrage. En tout, ce sont 46 des 104 marins qui sont décédés dans cet incident dramatique qui a profondément secoué la Corée du Sud où cinq jours de deuil avaient été décrétés.

40 personnes de l’armée sud-coréenne sont ensuite entrées dans la carcasse pour récupérer les 36 corps des marins. Ceux-ci ont été recouverts de linceuls blancs et transportés sur le navire Dokdo où ils ont pu être identifiés. Une équipe d’investigation internationale a été mise en place avec des experts civils et militaires provenant d’Australie, du Canada, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de Suède qui se sont réunis en Corée du Sud pour analyser la carcasse. D’après les images tournées par les médias sud-coréens, il a été possible de constater que la quille du bateau ne semblait pas avoir été très endommagée et que l’armement qui se trouvait à bord était apparemment intacte.

Les premiers éléments de l’enquête rapportent que l’explosion qui a coupé la corvette en deux ne viendrait pas de l’intérieur du Cheonan, mais bien de l’extérieur. Les officiels de l’armée ont en tout cas défendu cette thèse qu’ils soutiennent encore aujourd’hui. Par ailleurs, des bateaux de la marine sud-coréenne équipés de sonar et de caméras sous-marines ont quadrillé le secteur étendu pour collecter les débris et tenter de retrouver la mine ou la torpille qui serait à l’origine de l’incident. Dès le début, le président de la Corée du Sud, Lee Myung-Bak, a suivi de très près cette affaire devenue nationale.

Dans un premier temps, ce sont quatre scénarii possibles qui ont été évoquées : une torpille issue d’un sous-marin de poche nord-coréen, une mine sous-marine laissée par la République populaire démocratique de Corée du Nord (RPDC) ou la République de Corée du Sud (RCS), une explosion à bord du bateau ou une fissure de la coque due à un mauvais entretien. L’explosion externe a tout de suite été favorisée. En effet, la structure du navire ayant été repliée vers le haut, il semblerait que l’explosion ait eu lieu sous le navire de guerre.

Selon les conclusions de l’enquête internationale rendue publique jeudi dernier, l’attaque contre la corvette Cheonan a probablement été menée par un sous-marin de poche nord-coréen. « Plusieurs petits sous-marins soutenus par un navire d’assistance ont quitté une base navale nord-coréenne située en Mer Jaune deux à trois jours avant l’attaque et ont regagné la base deux ou trois jours après », selon le rapport. Pour la Corée du Sud, les Etats-Unis et le Japon, c’est une torpille nord-coréenne qui a coulé le Cheonan. Affaire classée. Toutefois, d’importantes questions embarrassantes ont été ignorées ou supprimées par les États-Unis et les autorités sud-coréennes.

L’incohérence de l’attaque à la torpille émet une curieuse anomalie. La détonation de la torpille aurait du normalement suivre l’impact contre la coque du Cheonan et non à proximité. L’hypothèse d’une auto-destruction volontairement provoquée de la torpille ne semble pas suivre la route et soulève de nombreuses questions. Pourquoi lancer une torpille dans le but de détruire, partiellement voir totalement, un navire militaire mais la faire exploser avant d’atteindre sa cible ? Etait-ce une tentative d’intimidation de la part de Pyongyang ? Ou une riposte punitive suite aux exercices américano-sud-coréens Key Resolve & Foal Eagle ? Y a-t-il eu des divergences internes au sein des forces armées nord-coréennes dans les dernières minutes ? Y a-t-il eu un autre élément non cité dans la trajectoire de la torpille comme la présence d’une mine ou d’un rocher voir d’un sous-marin étatsunien ? Dans le premier cas, quelle chance infime existait-t-il pour que l’impact de la torpille de 250 kg contre la mine se produise au moment même où le Cheonan passait ? Si cela devait se confirmer, on ne peut que souligner l’incroyable talent et la précision des sous-mariniers nord-coréens évoluant à bord de sous-marins primitifs. Dans le second cas, ne faudrait-il pas considérer comme de l’imprudence de la part de l’équipage militaire du Cheonan de n’avoir pas repérer le rocher dans un secteur de navigation peu profond ?

Ces deux cas n’ont évidemment aucun sens, au premier regard. C’est ce qui nous emmène à nous pencher sur la piste et les hypothèses d’un journaliste indépendant japonais, Tanaka Sakai. Lors d’un passage à la télévision sud-coréenne, Tanaka Sakai a présenté divers rapports de presse et montré plusieurs photographies, dont certaines ont été supprimées par la suite par les autorités sud-coréennes. Pourquoi ? Les lieux au centre de la scène comportent une série de facteurs, certains bien documentés, d’autres spéculatifs, qui ont été déformés ou tus par les discours officiels tant étatsunien que sud-coréen. Pourquoi ? Dans son récit, il révèle l’emplacement de l’exercice militaire américano-sud-coréen qui était en cours au moment de l’incident et la possibilité que le naufrage du Cheonan ne soit autre que la conséquence d’un tir ami. Ceci pourrait dès lors expliquer l’auto-destruction volontairement provoquée de la torpille. Tanaka Sakai a présenté des preuves suggérant qu’un sous-marin nucléaire étatsunien était stationné à proximité de l’île Baengnyeong et qu’il a été coulé avec le Cheonan l’ayant attaqué en pensant qu’il s’agissait d’un sous-marin nord-coréen. Il y aurait donc eu un second naufrage. Le journaliste japonais a également estimé qu’il y avait eu plusieurs anomalies dans les opérations de sauvetage des marins portés disparus ainsi que dans les événements qui ont entraîné la mort d’un plongeur sud-coréen dans la tentative de récupération de la corvette. 

un exercice de rappel à Pohang, en Corée du Sud, pendant les manoeuvres militaires Key Resolve & Foal Eagle

Les exercices militaires de grande envergure Key Resolve & Foal Eagle sont menés chaque année conjointement par les forces armées étatsuniennes et sud-coréennes. Des exercices militaires, approuvés par le Prix Nobel de la Paix 2009, qui sont de nature à aggraver les tensions dans la péninsule coréenne, déjà très vives après un affrontement en Mer Jaune entre les marines des deux Corée, en novembre 2009. Selon une annonce conjointe américano-sud-coréenne, Key Resolve & Foal Eagle, commencés le 8 mars, auraient dû être achevés le 18 mars, mais un exercice effectif a été prolongé jusqu’au 30 avril. Le jour de l’incident, l’exercice était donc toujours en cours mais cependant, les autorités sud-coréennes ont annoncé que le Cheonan ne participait pas à l’exercice. Il est possible que l’annonce s’écarte de la réalité. Ces exercices d’invasion et d’occupation sont directement et explicitement dirigés contre la Corée du Nord et représentent un important facteur de guerre intercoréenne selon l’organisation pacifique SPARK (Solidarity for Peace And Reunification of Korea). Dans un communiqué paru le jeudi 25 février 2010, l’état-major de la RPDC avait ainsi accusé Séoul et Washington de chercher délibérément l’affrontement en jouant les pompiers pyromanes, déclarant qu’elle ne restera pas « le spectateur passif de cette grave situation créée par les provocateurs. » En conclusion, le communiqué de l’Armée populaire de Corée affirmait que, si les exercices américano-sud-coréens avaient lieu malgré les avertissements répétés, l’état-major nord-coréen se tiendrait prête à réagir « en mobilisant tous ses moyens offensifs et défensifs, dont sa force de dissuasion nucléaire. »

Personne n’a oublié l’opération false flag étatsunien dans le déroulement des incidents du Golfe de Tonkin qui déclenchèrent l’engagement ouvert des États-Unis dans la guerre du Viêt-Nam. Nous savons que les enjeux géopolitiques et géostratégiques régionaux pour la Chine sont énormes et à la veille des élections en Corée du Sud, au mois de juin, les Etats-Unis ne souhaitent pas que ces questions embarrassantes empiètent sur les bonnes relations américano-sud-coréennes militaires. La crainte étatsunienne repose sur un déplacement ou un transfert de l’autorité du commandement militaire sud-coréen en 2012. Il y a des implications entre la RPDC et les USA/RCS d’une part, et pour le stationnement permanent des armes nucléaires et sous-marins nucléaires étatsuniens dans les eaux sud-coréennes d’autre part. Surtout, il y a une possibilité imminente qu’une nouvelle guerre éclate dans la péninsule coréenne à un moment où la Corée du Sud a coupé tous ses échanges avec Pyongyang et se dirige vers l’exigence d’imposer des sanctions de l’ONU.

La mystérieuse troisième bouée

Alors que l’incident du Cheonan attire toute l’attention et fait beaucoup de bruit, le second naufrage du sous-marin étatsunien à plusieurs kilomètres du site du naufrage de la corvette sud-coréenne n’a guère été signalé et personne n’en parle, hier comme aujourd’hui. Pourquoi ? Un objet colossal, que tout désigne comme un sous-marin étatsunien, a été retrouvé par l’une des équipes de recherche RCS au début du mois d’avril. Par ailleurs, révélé par KBS TV, un hélicoptère étatsunien a été filmé en train de transporter le corps d’un soldat, apparemment d’origine étatsunienne, ramené depuis la troisième bouée qui borde la falaise de l’île sud-coréenne Baengnyeong. Comment un plongeur professionnel des forces armées étatsuniennes a-t-il pu trouver la mort dans des eaux peu profondes ? Que faisait-t-il là à 6 km au nord-est du site du naufrage de l’arrière de la corvette sud-corvette et à près de 2 km au nord-ouest du site du naufrage de la tête du Cheonan ? Que cherchait-t-il réellement à proximité de la falaise de l’île Baengnyeong ?

Le plan général des recherches sous-marines : les deux points bleus marquent les emplacements des deux bouées où sont localisées les deux parties du Cheonan. Malgré les recherches en cours, le troisième bouée n'est pas affichée.

carte KBS TV de l’emplacement des bouées : la première (à gauche) est le site de naufrage de l’arrière du Cheonan, la seconde (à droite) est le site de naufrage de la tête du Cheonan, la troisième (au milieu) est le site du naufrage du sous-marin étatsunien.

Dans le cadre de la recherche sous-marine, un membre de l’unité spéciale de la marine sud-coréenne, UDT-SEAL (Underwater Demolition Team, Sea Air Land) l’adjudant Han Joo-ho, a perdu connaissance et est décédé plus tard dans des conditions tout aussi mystérieuses. Tout en recueillant des informations sur la mort de l’adjudant Han, KBS TV a appris que son décès a eu lieu, ni près du lieu où l’arrière du navire a été trouvé, emplacement de la première bouée, ni près du lieu où la tête du navire a été trouvée, emplacement de la deuxième bouée. Au contraire, le corps du plongeur militaire, donc un professionnel bien entraîné, était à 6 km à l’est de la première bouée, à proximité de la troisième bouée qui est un endroit qui n’avait rien à voir avec le naufrage du Cheonan. Que cherchait-t-il lui-aussi à cet endroit ? Comme le montre la photo ci-dessous, les recherches sur le site de la troisième bouée ont lieu à quelques centaines de mètres à peine de la falaise de Baengnyeong. Des rapports de Séoul ont affirmé qu’il s’agissait de l’emplacement des recherches pour les survivants du Cheonan.

le site des recherches de la troisième bouée près de l'île Baengnyeong

Lorsqu’un bateau est découvert sur le lit de mer, les plongeurs connectent une corde de la bouée au bateau coulé, de sorte que l’emplacement peut être spécifié par le haut et aisèment repérable. Après l’explosion qui a divisé le corvette sud-coréenne en deux parties, les deux parties séparées ont été rapidement entraînées à la dérive par la marée. Les deux parties ont été découvertes à une distance de 6,5 km l’une de l’autre. Si les tonnes de métaux de la corvette ont été entraînées vers l’ouest par la marée, est-t-il possible que les 70-75 kg d’un être humain normalement constitué soient entraînés à la dérive et à contre-courant vers le nord-est pour se retrouver à proximité de la falaise ? Pas même l’explosion précédant le naufrage du Cheonan ne serait expliquer que les marins portés disparus, en supposant qu’ils aient été envoyés dans les airs par le souffle de l’explosion, se soient retrouvés dans ce si lointain secteur de recherche.

la connexion de la bouée n°1 (arrière du Cheonan)

 

 

la connexion de la bouée n°2 (tête du Cheonan)

Plongeant là où sera donc posée la troisième bouée, est-ce que l’adjudant Han Joo-ho aurait-t-il découvert la présence d’un bâtiment de guerre étranger qui aurait coulé, peut-être un sous-marin nucléaire étatsunien ? Comment a-t-il coulé ? C’est une autre zone d’ombre mais nous avons encore en mémoire le naufrage du sous-marin russe K-141 Koursk. Si la présence de plusieurs sous-marins de poche nord-coréens se confirmait, il n’est alors pas impossible d’envisager qu’ils avaient localisé le sous-marin étatsunien se trouvant à la limite de la ligne de démarcation intercoréenne ou qu’ils avaient été envoyés avec l’intention de le débusquer de sa planque stratégique voir même de l’envoyer par le fond. Dès lors, une bataille sous-marine aurait bel et bien eu lieu au même moment où la corvette sud-coréenne se trouvait dans les parages. Dans ces conditions hypothétiques, le naufrage accidentel du Cheonan pourrait être le résultat d’un tir ami si la corvette a été heurtée par une torpille étatsunienne qui était destinée à l’un des mini sous-marins nord-coréens.

l'adjudant Han Joo-ho de l'UDT-SEAL

Pourquoi, dès la découverte de l’adjudant Han, la marine étatsunienne s’est-t-elle précipitée dans cette direction sans attendre d’atteindre les niveaux de décompression nécessaires pour lancer ses recherches sous-marines avant l’envoi de troupes sud-coréennes sous l’eau ? Avaient-t-ils quelque chose à cacher ? Bien que la durée du temps de sécurité pour la plongée est aussi courte que quinze minutes, l’armée étatsunienne a poussé les plongeurs sud-coréens de l’UDT-SEAL à venir faire des recherches à l’intérieur du mystérieux bâtiment coulé de sorte que même les membres qualifiés de l’UDT-SEAL perdent connaissance les uns après les autres. C’est dans cette situation qu’est survenu l’accident mortel de l’adjudant Han et peut-être du soldat étatsunien. Certains agents de l’UDT-SEAL ont affirmé que « les plongeurs américains ont refusé d’effectuer une telle opération dangereuse, alors ils ont fait appel à notre équipe pour faire le travail. » La marine étatsunienne aurait donc délibérément cherché à mettre en danger la vie des plongeurs sud-coréens de l’UDT-SEAL.

La bonne planque de Baengnyeong

Ce qui est intéressant est l’analyse topographique de l’environnement de la troisième bouée. Le sous-marin étatsunien a coulé à plusieurs centaines de mètres au large de la côte, près des falaises qui sont appelés Yongteurim Rocks, du côté sud de l’île Baengnyeong. Autour de l’île Baengnyeong, il y a de nombreux hauts-fonds où les sous-marins peuvent s’échouer sous l’eau en heurtant des rochers, mais la mer du côté sud en face de la falaise est profonde. Les côtés est et nord sont divisés par la terre et si les Nord-Coréens essayent de regarder Baengnyeong depuis leur territoire, ils ne seraient pas en mesure de localiser un sous-marin sous l’eau du côté sud de l’île. La Corée du Nord reconnaît la zone maritime autour de l’île Baengnyeong comme territoire de la Corée du Sud. Par conséquent, un navire de surface et un sous-marin en mouvement près de l’île ne seraient pas attaqués par l’armée nord-coréenne, ce qui en fait donc un lieu sûr pour y cacher un sous-marin dotés d’armes nucléaires.

l'île sud-coréenne Baengnyeong (la ligne rouge marque la ligne de démarcation des Corée)

En cas d’attaque nucléaire nord-coréenne, la riposte étatsunienne serait déclenchée avant même qu’une arme nucléaire nord-coréenne n’atteigne la côte ouest des Etats-Unis ou des bases militaires au Japon et très rapide serait la destruction de la Corée du Nord. S’appuyant sur ces informations géographiques, c’est ce qu’affirme le romancier coréen Soo Hyon-o, un spécialiste des affaires militaires, qui a déclaré sur le site internet du journal nord-coréen Jaju Minbo : « Peut-être que le sous-marin américain a adopté une posture de guerre imminente. Ce qui signifie qu’il pouvait envoyer un missile vers la Corée du Nord en cas d’urgence sous l’eau près de l’île Baengnyeong. En utilisant les roches à la base de l’île, il peut intercepter les communications nord-coréennes de la rive opposée de l’île. »

Baengnyeong est le point le plus proche en Corée du Sud de Pyongyang, environ 170 kilomètres. Pour les militaires américano-sud-coréens, c’est le meilleur endroit pour contre-attaquer en cas d’urgence, et il est également bien placé pour l’interception radio. Si les États-Unis mettent un sous-marin près de l’île Baengnyeong, il reste pendant une longue période dans le cas d’une attaque nord-coréenne sur Séoul où le sous-marin pourrait riposter avec un missile balistique ou de croisière en quelques minutes.

Un sous-marin utilisé pour une telle opération est sans aucun doute un sous-marin nucléaire, qui peut rester sous l’eau pendant un mois. Un sous-marin nucléaire extrait l’oxygène en utilisant l’énergie électrique produite par le réacteur nucléaire par électrolyse de l’eau de mer. Contrairement à un sous-marin conventionnel à propulsion diesel, un sous-marin nucléaire n’a pas besoin de faire surface. De nombreux sous-marins nucléaires étatsuniens peuvent ainsi être chargés avec des missiles nucléaires. Afin de lutter contre la Corée du Nord, qu’ils prétendent être doté d’armes nucléaires, la marine étatsunienne pourrait constamment maintenir un sous-marin nucléaire armé du côté sud de l’île Baengnyeong, point le plus proche de la Corée du Nord.

Installé une dissuasion nucléaire terrestre sur l’île Baengnyeong serait aussitôt critiqué par Pyongyang et forcément par Pékin. De plus, la destruction d’une telle installation serait impérative et immédiate en cas de guerre intercoréenne.

De nombreux sous-marins nucléaires étatsuniens ont plus de 100 membres d’équipage. Ils fonctionnent par équipe de jour et de nuit. Si un sous-marin étatsunien a plongé sous la troisième bouée, il pourrait y avoir eu de nombreuses victimes. Un nombre qui pourrait être comparable ou supérieur à celui des morts du naufrage du Cheonan. Il y a aussi la crainte d’une fuite radioactive d’une ogive nucléaire. Possible raison pour laquelle l’armée étatsunienne se hâta de se mettre à la recherche de leurs sous-mariniers. C’est pourquoi l’équipe militaire UDT-SEAL a été réclamée pour procéder à la fouille à la hâte malgré les risques connus. La mort de l’adjudant Han en service s’est produite dans ces conditions.

Tir ami ou attaque ennemie ?

L’article du Jaju Minbo, qui a analysé le rapport de KBS TV, écrit qu’un sous-marin nord-coréen est venu par le sud, a attaqué le Cheonan et le sous-marin étatsunien, et peut avoir coulé les deux bâtiments. Toutefois, selon l’avis de Tanaka Sakai, la possibilité pour que la RPDC fasse cela est extrêmement faible. Le Jaju Minbo, un proche journal de gauche en Corée du Nord, a peut-être simplement et plus que certainement voulu montrer la puissance de l’armée nord-coréenne.

Comme indiqué, un exercice militaire conjoint était en cours ce jour-là près de l’île Baengnyeong et il est fort probable que le Cheonan était sur le site dans le cadre de l’exercice. Si un exercice militaire se déroulait effectivement et que le Cheonan n’y participait pas comme les autorités sud-coréennes l’avaient annoncée, d’autres navires des Etats-Unis et de Corée du Sud étaient présents dont les vaisseaux Dokdo et Sokcho ainsi que le navire de surface étatsunien qui a immédiatement participé aux opérations de sauvetage.

Donc, si un sous-marin nord-coréen n’a pas attaqué la corvette sud-coréenne ou le sous-marin étatsunien, les Etats-Unis et la Corée du Sud auraient farouchement contre-attaqué et coulé le sous-marin nord-coréen se trouvant dans les eaux territoriales sud-coréennes. Même s’ils ne l’ont pas coulé et qu’il se soit échappé, s’il y avait eu une attaque nord-coréenne, les États-Unis et la Corée du Sud pourraient alors faire obstacle à la position de la justice pour avoir simplement voulu se défendre. Par conséquent, ils auraient immédiatement annoncé qu’une bataille en Mer Jaune avait bel et bien eu lieu. Ce qu’ils n’ont pas fait et au-delà de cette position défensive, ils avaient annoncé dans un premier temps que la Corée du Nord n’était pas responsable du naufrage du Cheonan. Alors la question se pose à nouveau : « qui a tiré sur le Cheonan ? »

Hélice de la torpille nord-coréenne. En 60 jours, des balanes ou des animaux marins peuvent-ils en aussi peu de temps, au fond de l’eau, investir autant du métal ?

Il y a fort à parier que la Corée du Nord a cru que les États-Unis et la République de Corée exploitaient l’exercice militaire conjoint comme un prétexte pour se déplacer vers le nord afin d’attaquer ses installations nucléaires. Rusant de procéder à un exercice militaire comme couverture pour une attaque réelle correspond à une plausible stratégie militaire des États-Unis. Pour la Corée du Nord, l’attaque dans une telle situation aurait été suicidaire car il aurait donné aux États-Unis et à la République de Corée un excellent prétexte pour déclencher une guerre, en d’autres termes un casus belli.

Si le Cheonan n’a pas été coulé par une torpille nord-coréenne, la possibilité restante est qu’une erreur se soit produite. Tanaka Sakai soupçonne que la Maison Blanche et/ou le Pentagone n’ont pas tenu informé la République de Corée de la présence d’un sous-marin nucléaire en poste près de l’île Baengnyeong. Si le sous-marin étatsunien qui a sombré à la troisième bouée soit resté en plongée pendant une longue période, il s’ensuit donc en toute logique qu’il ne devait pas participer à l’exercice en commun ce jour-là. Il avait d’autres fonctions.

Tanaka Sakai pense qu’il est probable que le sous-marin étatsunien, qui était au large de la côte sud de l’île Baengnyeong, ait été repéré par la corvette sud-coréenne Cheonan qui est arrivée plus près du rivage que prévu et a tiré en le prenant pour un sous-marin nord-coréen. Lorsque le sous-marin étatsunien a riposté, les deux bâtiments ont coulé dans une « attaque amicale » en raison d’un malentendu appuyé des décisions militaire du Pentagone et/ou politique de la Maison Blanche de ne peut pas prévenir la Corée du Sud de la présence d’un de leurs sous-marins. Le sous-marin étatsunien doit avoir eu connaissance de l’approche du Cheonan à l’aide de son sonar passif utilisé pour la réception des communications. Mais si la volonté de l’armée étatsunienne a été de maintenir la présence secrète d’un sous-marin nucléaire dans les eaux de la République de Corée, le sous-marin étatsunien n’était pas autorisé à communiquer par radio avec le Cheonan pour le prévenir sans risquer de compromettre sa position autant que provoquer un incident diplomatique entre Washington et Séoul. L’absence de réponse par radio aux éventuelles mises en garde du Cheonan a probablement appuyé la considération qu’il s’agissait d’un sous-marin nord-coréen, peut-être en poste d’observation de l’exercice militaire américano-sud-coréen. Une autre question laissé en suspens : « pourquoi les Etats-Unis n’ont pas prévenu la Corée du Sud de la présence dans leurs eaux d’un de leurs sous-marins ? »

Dans les faits, le Cheonan a été attaqué à bâbord, le côté gauche du navire. Séoul a annoncé que le Cheonan était dans une position dirigée vers le nord-ouest, le côté tribord face à l’île Baengnyeong et si c’est vraiment le cas, alors le Cheonan se trouvait face à la mer ouverte. Comment lors de l’explosion ou du naufrage, le Cheonan se serait-t-il inversé de 180° pour se retrouver face au sud-est ?

Au nord du Cheonan, le sous-marin étatsunien près de la rive aurait donc attaqué du côté sud de l’île, dos à la mer ouverte. L’impact de la torpille heurtant le Cheonan serait donc à tribord si la corvette sud-coréenne était effectivement dirigée vers le nord-ouest. Ceci contredit l’hypothèse ci-dessus. Sauf que la possibilité existe que les autorités sud-coréennes aient annoncé la direction du Cheonan en sens inverse pour volontairement cacher le tir ami. S’ils ont annoncé que le Cheonan ait été attaqué du côté de l’île, alors la théorie de l’attaque nord-coréenne ne tient pas la route puisque, pemièrement, le sous-marin nord-coréen venu par le sud n’aurait certainement pas attaqué un bâtiment de guerre sud-coréen en se trouvant dans les eaux sud-coréennes sans révéler sa position aux autres bâtiments présents dans la région dont un navire de surface étatsunien, et deuxièmement, l’impact de la torpille nord-coréenne aurait eu lieu du côté tribord de la corvette sud-coréenne dirigée vers le sud-est, dos à la mer ouverte, et c’est du côté bâbord que le Cheonan a été touché. Tous les soupçons d’un tir ami paraissent sans contexte.

Multipolarisation de la péninsule coréenne

Donald Kirk, un journaliste étatsunien en Corée du Sud, qui est familier avec la situation militaire étatsunienne, a comparé l’incident du Cheonan au 11 Septembre, comme d’autres l’avaient également comparé au naufrage du Koursk. Certaines personnes disent que cela va trop loin. Un député de l’opposition de l’Assemblée nationale de la République de Corée a contesté Park Yongson, le ministre de la Défense Nationale, exigeant que toute la vérité soit révélée en notant que le naufrage du Cheonan a pu être une erreur commise par l’armée étatsunienne. Il a été critiqué par les médias de droite comme « un membre fou du Congrès qui croit aux théoriciens de la conspiration. » Après le naufrage du Cheonan, si les États-Unis et la République de Corée avaient annoncé que le Cheonan a été attaqué par la Corée du Nord et qu’ils auraient contre-attaqué, le résultat aurait été une guerre à grande échelle.

Lee « Bulldozer » Myung-Bak

Massivement relayé par les médias de masse à travers le globe, ce n’est pas une mine qui a coulé le Cheonan mais bien une torpille nord-coréenne CHT O2D de 250 kg. Des traces d’explosifs ont été détectées sur la carcasse de la corvette. La Corée du Nord a ainsi été rendue responsable la semaine dernière par des enquêteurs internationaux du torpillage du Cheonan. Une énième question qui vient naturellement à tous les esprits est : « comment le gouvernement de Lee Myung-Bak va-t-il gérer ce problème ? » La droite sud-coréenne exige que le gouvernement contre-attaque. L’affaire du naufrage du Cheonan influencera grandement la campagne électorale. Pour le moment, le choix d’un conflit est à écarter. La Corée du Sud n’osera jamais affronter ses frères ennemis du Nord, une puissance nucléaire. Aucune réaction ? Le « Bulldozer », comme il était appelé à son précédent poste chez Hyundai, n’a pas l’intention d’en rester là. Donc pas de réactions militaires, mais probablement des sanctions économiques qui seront suivies par de nouvelles sanctions onusiennes.

La population, elle, n’aura pas attendu la réaction des autorités. Elle n’a pas hésité à faire revivre les campagnes de propagande anti-nord-coréenne sur la zone démilitarisée. Le gouvernement temporise en tentant de ralentir les échanges commerciaux intercoréens. Les autorités ont d’ors et déjà interdit aux bateaux nord-coréens d’emprunter le détroit de Jeju, séparant l’île du continent. La mesure n’a rien d’exceptionnelle. Toutefois, la Corée du Nord a besoin de la pêche et de l’aide commerciale sud-coréenne pour faire subsister sa désastreuse situation d’Etat.

Pour Séoul, il n’est pas question de revenir sur l’accord intercoréen signé en 2004 sous lequel les deux Corée se sont engagés à limiter toute activité de propagande sur la ligne militaire de démarcation. Accord qui autorise pourtant également le passage des bateaux nord-coréens dans le détroit de Jeju. En cas de menace de Pyongyang, l’argument de Séoul sera simple : c’est Pyongyang qui a commencé en envoyant un sous-marin dans l’espace maritime sud-coréen. La Corée du Sud, qui joue un rôle de régulateur quant à la sécurité de la zone nord-est asiatique, ne cherche pas à trop provoquer son frère ennemi. L’enquête internationale ayant bien révélé que le tir de torpille était nord-coréen, le problème sera porté devant le Conseil de Sécurité des Nations Unis (CSNU) dans les prochaines semaines. Possédant un droit de véto au CSNU, la Chine, dont le président Hu Jin-Tao a accueilli le dictateur Kim Jong-Il il y a deux semaines, aura encore une fois un rôle clé du médiateur pour ce qui est des questions diplomatiques intercoréennes.

Le mardi 25 mai 2010, pratiquement deux mois jour pour jour après le double naufrage, Pyongyang a décidé de rompre toutes ses relations avec Séoul ainsi que les communications entre les deux pays. La frontière intercoréenne est à deux doigts d’être fermée. L’armée nord-coréenne accuse la marine sud-coréenne d’avoir pénétré dans ses eaux territoriales et menace à présent son voisin d’une réponse militaire. En dix jours, affirme la RPDC, des dizaines de navires sud-coréens ont franchi la frontière maritime. Les Nord-Coréens ont fait savoir qu’ils expulseraient tout le personnel sud-coréen travaillant dans le complexe industriel de Kaesong, situé au nord de la ligne de démarcation, mais financé par la Corée du Sud. Tous les navires et avions sud-coréens se verront en outre interdire l’accès aux eaux maritimes et à l’espace aérien nord-coréen. Kim Jong-Il a placé son armée en état d’alerte après que Séoul a menacé de « faire payer » à Pyongyang le prix du naufrage de sa corvette Cheonan. Selon des transfuges nord-coréens, Pyongyang a effectivement placé ses forces armées en état d’alerte. Les marchés boursiers de la région, inquiets des risques de conflit, ont lourdement chuté.

Les provocations répondent aux menaces. Pyongyang a aussitôt haussé le ton, comme à l’accoutumée. « Nous prendrons des mesures énergiques, parmi lesquelles une guerre généralisée, si des sanctions sont imposées à la Corée du Nord », ce sont dans ces termes que la Commission de la Défense nationale, le plus puissant organe du régime communiste nord-coréen, a une nouvelle fois mis en garde la Corée du Sud. Moscou et Pékin ont appelé les Corée à la retenue. « Nous espérons sincèrement que toutes les parties concernées garderont le calme et feront preuve de retenue », a dit la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Mme Jiang Yu. Elle a rajouté « nous pensons que le dialogue est préférable à la confrontation. »

Diplomatie toujours, la Corée du Sud a tenté ce mardi d’obtenir le soutien de la Chine, solide allié de la Corée du Nord, pour imposer des sanctions contre Pyongyang. « La Chine semble comprendre le sérieux de la situation », a déclaré un responsable ministériel sud-coréen à l’issue de discussions entre Wu Dawei, émissaire chinois, et le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Yu Myung-Hwan, ce dernier s’activant pour s’assurer d’un soutien international.

Un autre son de cloche résonne dans la presse asiatique. Le South China Morning Post cite un officiel du ministère des Affaires étrangères à Séoul qui pointe du doigt Pékin : « Nous sommes certains que la Chine, voudra passer l’éponge. Mais les choses ne sont pas si simples. Ils doivent comprendre que pour la Corée du Sud l’affaire est énorme, et bien plus grave qu’un test nucléaire. 46 marins ont été tués. C’est un acte de guerre, qui exige une réponse ferme. »

Si, à l’instar de nombreux pays qui se sont unies au concert de condamnations internationales, les Etats-Unis ont fermement condamné l’attaque nord-coréenne contre le Cheonan, Pékin, en revanche, a accueilli les résultats de l’enquête avec prudence, refusant de condamner Pyongyang. Pékin a ainsi consciencieusement évité de prendre partie en émettant le souhait de faire sa propre évaluation sur le naufrage, malgré les appels de la secrétaire d’Etat étatsunienne Hillary Clinton à soutenir Séoul et les nombreux entretiens à ce sujet pendant les deux jours de Dialogue stratégique et économique sino-américain dans la capitale chinoise. « Les Nord-Coréens ont créé une situation extrêmement précaire dans la région, une situation dont chaque pays voisin immédiat ou proche de la Corée du Nord comprend qu’elle doit être circonscrite », a-t-elle lancé lundi. Les pressions de Washington tombent sans surprise dans l’oreille d’un sourd. De toute façon, la délégation étatsunienne ne s’attendait pas à obtenir le soutien de la Chine dans l’immédiat.

Bien qu’elle se dite « très préoccupée », la Chine se garde encore de durcir leurs discours à l’égard de son allié. Laconique, le porte-parole chinois, Ma Zhaoxu, a ajouté que son pays « a toujours été engagé dans le maintien de la stabilité en Asie du Nord-Est et dans la péninsule coréenne. » L’objectif des Etats-Unis est clair, infléchir la position chinoise indispensable dans la gestion du dossier nucléaire nord-coréen dans le cadre du groupe des Six. Ce dialogue, avec les Etats-Unis, le Japon, la Russie et les deux Corée, a pour but de négocier avec Pyongyang l’abandon de son programme nucléaire. Pékin héberge depuis 2003 ces négociations dont la Corée du Nord a claqué la porte l’an dernier après sa condamnation à l’ONU suite à un nouvel essai nucléaire.

les deux Corée

Ces menaces et provocations interviennent dans un climat de Guerre Froide entre les deux pays séparés par la guerre de Corée (1950-53). Hillary Clinton est en visite à Séoul, ce mercredi 26 mai, et sera suivie vendredi par le Premier ministre chinois Wen Jiabao. « Dès 1950, des combattants chinois ont investi la péninsule pour prêter main forte à leurs camarades de la République populaire démocratique de Corée », a rappelé le Council on Foreign Relations (CFR). Aujourd’hui, le soutien de Pékin à Pyongyang est militaire, politique, mais aussi économique, souligne le CFR dans un article daté de l’été 2009. « La Chine est le plus gros partenaire commercial de la Corée du Nord, et son principal fournisseur de nourriture, d’armes et d’énergie ». A chaque nouvelle crise entre Pyongyang et Séoul, la Chine s’est opposée à des sanctions économiques au CSNU qui pourraient venir à bout du régime de Kim Jong-Il. Comme le signale Juliette Morillot, « l’attitude de Pyongyang correspond au cycle des quatre saisons. A la même époque printanière, depuis trois ou quatre ans, la tension monte d’un cran. Puis, après une amélioration au cours de l’été, la Corée du Nord tire un coup de semonce à l’automne. Enfin, l’hiver venu, on se calme, les aides peuvent reprendre. » La journaliste spécialiste de la péninsule coréenne explique également pourquoi la Chine ne souhaite pas que le régime de Pyongyang s’effondre. « Pékin ne veut pas d’un effondrement de la Corée du Nord. Les Chinois n’ont pas envie de voir une Corée unifiée à ses portes. Pas plus que de la présence militaire américaine et du pouvoir économique fort de Séoul. Sans compter que ce pays réunifié aurait des revendications territoriales sur la Mandchourie. » Le leadership de la péninsule coréenne change de main entre la Chine et les Etats-Unis mais ni l’un ni l’autre, pas plus que le Japon, ne souhaitent réellement une Corée réunifiée.

Alors que les tensions montent rapidement entre les différentes parties et que la Maison Blanche a durci le ton, Pékin observe avec inquiétude le resserrement des liens entre Washington, Tokyo et Séoul. Une nouvelle fois, un acte irrationnel de son très embarrassant allié nord-coréen affaiblit ses efforts pour rétablir le dialogue des Six. Pyongyang gêne aussi les initiatives chinoises pour augmenter l’influence de Pékin dans une zone toujours dominée par la puissance rémanente des alliances militaires de Washington. Un conflit régional entre les Corée, soutenu par les Etats-Unis et le Japon, ralentirait les énormes avancées de la stratégie maritime chinoise du collier de perles. De toute évidence, Séoul, Tokyo et Washington presseront Pékin de réduire ses aides logistiques à la Corée du Nord. Du côté de Pyongyang, il y a le double risque d’une conflagration militaire et l’effondrement du régime. Un scénario néfaste que le Bureau Politique a toujours refusé d’envisager.

Côté étatsunien, on se dirige vers un retrait militaire de la péninsule coréenne. Le commandement en cas d’urgence est prévu pour être transféré des Etats-Unis à la République de Corée en 2012. En outre, le leadership de la politique internationale de la péninsule coréenne est en train d’être transféré des États-Unis à la Chine avec l’approbation des administrations étatsuniennes de Bush à Obama. Selon Tanaka Sakai, dans le complexe militaro-industriel allié au Pentagone, les adversaires de la multipolarisation du monde ne l’entendent pas de cette oreille et souhaitent inverser cette tendance. Ils ne veulent pas s’asseoir et regarder l’Asie de l’Est passer sous la coupe de l’hégémon chinois de cette manière, avec le retrait étatsunien. Ils cherchent naturellement à tirer profit de l’incident du Cheonan pour déclencher une nouvelle guerre intercoréenne, et, comme au moment de la précédente guerre de Corée, de la développer dans une guerre entre les États-Unis et la Chine afin d’inverser la multipolarisation en Asie de l’Est. Tanaka Sakai dit s’avancer un peu trop loin mais suppose que les Etats-Unis ont orchestré une opération « false flag » en provoquant l’« attaque amicale » et en dissimulant à la République de Corée les présence et navigation du sous-marin étatsunien autour de l’île Baengnyeong.

Si une nouvelle guerre intercoréenne éclate à nouveau sur la péninsule coréenne, déclenchée par l’incident de Cheonan, le stationnement des forces armées étatsuniennes au Japon se poursuivrait pendant plusieurs années et les États-Unis utiliseraient à nouveau le Japon en tant que porte-avions insubmersible. Trouvant une sortie à la crise financière mondiale, l’économie japonaise serait donc favorisée et profiterait à nouveau de juteux marchés spéciaux en Corée du Sud.

Cependant, les multipolaristes étatsuniens semblent être plus fort que le complexe militaro-industriel et les centristes des États-Unis à la Grande-Bretagne. Le constat est que l’incident du Cheonan n’a pas abouti à une seconde guerre américano-coréenne. De plus, ce qui est regrettable pour ceux du Japon et de Corée du Sud qui souhaitaient poursuivre leur dépendance à l’égard des États-Unis, les États-Unis ont transféré à la Chine le rôle de l’atténuation des relations intercoréennes aggravées.

Kim Jong-il à Pékin

Le 30 avril 2010, le président chinois Hu Jintao s’est entretenu avec son homologue sud-coréen Lee Myung-bak, qui a assisté à la cérémonie d’ouverture de l’Exposition universelle de Shanghai. Trois jours plus tard, Hu Jintao a organisé une visite du président nord-coréen Kim Jong-il, en rendant possible un sommet Chine-Corée du Nord. On ignore s’il y aura ultérieurement de nouveaux pourparlers du groupe des Six, mais la Chine a certainement renforcé son rôle de médiateur entre les Corée du Nord et du Sud.

Aujourd’hui, beaucoup de citoyens sud-coréens sont venus à se méfier des déclarations gouvernementales sur l’incident du naufrage du Cheonan. Dans la République de Corée, le fait que le sous-marin étatsunien coulé près de la troisième bouée peut faire basculer l’opinion publique et changer à un moment ultérieur de la théorie du complot à la réalité. Tant que la politique nationale de Séoul dépend des États-Unis, toute demande de réponse aux questions entourant la troisième bouée restera sans suite. Mais dans la mesure où la République de Corée se déplace vers la multipolarisation, en mettant l’accent sur la Chine et de la coexistence pacifique avec Pyongyang, le couvercle sera enlevé.

Tanaka Sakai est le créateur, chercheur, écrivain et rédacteur en chef de Tanaka Nouvelles (www.tanakanews.com), un service de nouvelles en langue japonaise au Japon et dans le monde.

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De SALT aux ZEAN : 40 ans de désarmement nucléaire

Posted in Armement, États-Unis, Géopolitique, Géostratégie, Russie, Technologies by Bao on 29 avril 2010

par Saïd Ahmiri

Après plus d’une année d’intenses négociations, les États-Unis et la Russie sont finalement parvenus à accorder leur violon dans le dossier du nouveau traité des armes stratégiques. L’ancien traité, le START I, a expiré le 5 décembre 2009 sans que Washington et Moscou ne soient parvenus à conclure les négociations, en raison notamment de l’implantation du projet de bouclier antimissile en Pologne et en Tchéquie, finalement abandonné par le président Barack Obama et remplacé par une base de missiles SM-3 dans les Balkans. Au premier regard, la signature du traité START III semble être une bonne nouvelle mais faut-il se réjouir pour autant ? La course mondiale à l’armement incite à penser le contraire. Les trois principales puissances mondiales émergentes, la Chine, l’Inde et le Brésil, dépensent des dizaines de milliards de dollars pour acquérir des équipements modernes, en phase avec les risques actuels telle que la guerre électronique. Des acquisitions qui poussent les pays limitrophes à passer commande à leur tour, au plus grand bonheur des marchands d’armes, conduisant ainsi leur région vers la pente dangereuse d’une potentielle déstabilisation.

Dans cette première partie, sera abordée l’histoire du désarmement nucléaire au travers des différents accords bilatéraux américano-russes et des traités internationaux et régionaux.

Les accords bilatéraux

SALT : Acronyme de Strategic Arms Limitation Talks, il s’agit des négociations sur la limitation des armes stratégiques qui ont été entamées le 17 novembre 1969 entre les États-Unis et l’URSS et qui aboutiront à la conclusion des traités de désarmement SALT I en 1972 et SALT II en 1979. Des négociations qui visaient à définir les limites du nombre d’équipements de défense antimissiles balistiques (Traité ABM) et les armements offensifs stratégiques (Accord SALT) mais qui n’interdisait pas la recherche, l’expérimentation et le développement de nouvelles armes. C’est le commencement de l’histoire du désarmement nucléaire qui va déboucher sur une kyrielle d’accords sur les arsenaux nucléaires des deux pays, leur démantèlement progressif ainsi que sur l’entente diplomatique contre le développement d’armements nucléaires par d’autres pays.

SALT I : Les accords du traité SALT I ont été signés le 26 mai 1972, à Moscou, par les présidents Richard Nixon et Léonid Brejnev. Le Traité ABM (Anti-Ballistic Missile) sur la limitation des systèmes de missiles anti-balistiques fut l’accord principal du SALT I. La signature du traité SALT I avait pour principe d’établir un lien entre la limitation des armements stratégiques défensifs et la limitation des armements stratégiques offensifs pour contribuer à renforcer la stabilité mondiale et ainsi limiter la course aux missiles intercontinentaux ICBM (Intercontinental Ballistic Missile). Le traité SALT I a concrétisé le début de « la politique de détente » de la Guerre Froide entre les deux superpuissances.

Le Traité ABM prévoyait trois objectifs fondamentaux : 

  1. Le déploiement d’un système ABM sur l’ensemble des territoires étatsunien et russe était interdit. Ce système de défense antimissile n’est autorisé que sur un seul site, soit la capitale du pays soit autour d’un site de lancement de missiles ICBM de longue portée (supérieur à 5.500 km). L’URSS décida d’établir un système ABM autour de Moscou et est opérationnel depuis 1968. Il comprend 4 bases de lancement et 100 missiles. Les États-Unis déployèrent le système Safeguard et décidèrent de protéger une zone de lancement de missiles ICBM, basée à Grand Forks dans l’État du Dakota du Nord. Après des années de travaux, le système ABM étatsunien doté de 2.500 missiles anti-missiles balistiques sol-air LIM-49A Spartan, armés d’une ogive thermonucléaire W71 de 5 mégatonnes (mT), et Sprint, armés d’une ogive thermonucléaire W66 et atteignant une vitesse de Mach 10 en 5 secondes, fut déclaré opérationnel en octobre 1975. Le lendemain, sa fermeture fut décidée par un décret spécial du Congrès des États-Unis et fut effective en février 1976, en raisons des doutes pesant sur l’efficacité du système face aux missiles soviétiques à têtes multiples et l’analyse des effets que produirait la détonation des charges nucléaires de l’intercepteur comme du missile intercepté. Nous savons qu’une explosion nucléaire à haute altitude produit une forte impulsion électromagnétique (EMP) qui a pour effet de détruire les dispositifs électroniques à la surface. Le programme Safeguard aura couté 23,1 milliards de dollars.
  2. Il était interdit de mettre au point ou de déployer des systèmes ABM en mer, dans l’air, dans l’espace extra atmosphérique ou sur des plates-formes terrestres mobiles. Seule était autorisée, la mise au point de nouveaux systèmes antimissiles de défense pour les deux zones autorisées par le Traité ABM. Ces systèmes doivent êtres fixes et terrestres.
  3. Les États-Unis et l’URSS s’engagaient à ne pas transférer à d’autres États ou de déployer hors de leur territoire des systèmes ABM ou leurs composantes.

Le Sea-Based X-Band Radar (radar marin en bande X, en français) est une station radar flottante et mobile, capable de fonctionner par grand vent et mer forte. Il fait partie du programme de bouclier antimissile étatsunien.

Après l’annonce du retrait officiel rendue public le 13 décembre 2001, les États-Unis ne font plus parties du traité ABM depuis le 13 juin 2002. Des consultations régulières et des échanges d’informations ont été prévus pour dissiper tout malentendu avec la Russie et envisager une coopération pour la défense antimissile de l’Europe.

SALT II : Les accords du traité SALT II ont été signés le 18 juin 1979, à Vienne, par les présidents Jimmy Carter et Léonid Brejnev. Le traité SALT II devait rester en vigueur jusqu’au 31 décembre 1985. Après ce deuxième round de négociations sur la limitation des armes stratégiques offensives, débuté en 1977 peu de temps avant que le traité SALT I n’arrive à échéance, le traité SALT II apportait d’importantes limitations supplémentaires par rapport aux engagements pris par le traité SALT I et définissait entre autre un plafond précis sur le nombre de bombardiers, de lance-missiles terrestres, la réglémentation de leur emplacement et le nombre de radars. Ce qui impliquait par conséquent la destruction du surnombre. Les différents accords du traité SALT II obligeaient les deux parties à limiter les dispositifs de lancement de missiles ICBM, de missiles balistiques lancés par sous-marin (SLBM pour Submarine Launched Ballistic Missile), de missiles balistiques air-sol et les bombardiers lourds à une quantité totale ne dépassant pas 2.400 unités. Dans un nouvel effort au résultat insignifiant, ce nombre fut réduit par la suite à 2.250 au début de l’année 1981. La quantité totale de missiles balistiques équipés de multiples ogives nucléaires indépendamment guidées (système MIRV) et de bombardiers lourds fut limitée à 1.320 unités; et la quantité totale de missiles balistiques intercontinentaux ICBM équipés de multiples ogives nucléaires indépendamment guidées (système MIRV) fut limitée à 820 unités.

Le traité SALT II a ainsi apporté une première limitation à l’exploitation du système MIRV en réduisant la quantité d’ogives nucléaires par missile. Il limitait à 10 le nombre d’ogives nucléaires dont pouvaient être équipés un nouveau missile balistique intercontinental, à 14 celui d’un missile balistique lancé par un sous-marin et à 10 celui d’un missile balistique largué par un bombardier aérien. 

Le mirvage d'un ICBM

Le système MIRV, l’acronyme de Multiple Independently targeted Reentry Vehicle, ou mirvage, permet à un missile ICBM ou SLBM d’être équipé de plusieurs ogives nucléaires qui suivent chacune leur propre trajectoire lors de leur entrée dans l’atmosphère et permettent de frapper plusieurs objectifs précis dans une même zone. On parle alors de missile à ogives mirvées ou de missile à têtes multiples. Ce sont les forces armées étatsuniennes qui l’ont développé en premier. Les Soviétiques n’ont pas tardé à mettre au point le leur. Rappelons que les agents secrets pullulaient comme les armes nucléaires durant la Guerre Froide. On utilise rarement l’expression de bombe à sous-munitions (BASM) dans le contexte des armes nucléaires bien que l’effet reste identique. Dans le cas d’une BASM, les trappes du container s’ouvrent et « la pluie du diable » s’abat de manière hasardeuse sur une surface étendue. Ce n’est pas le cas avec les missiles ICBM ou SLBM dont chaque ogive mirvée est dotée d’un réacteur et programmée à l’avance pour frapper une cible définie, même si la surface est étendue. Cette quête de précision, parfois à 10 mètres, pousse les forces stratégiques à poursuivre les essais.

Le déploiement des huit ogives nucléaires mirvées d'un missile LGM-118A Peacekeeper

Défilé de missiles FOBS R-26 sur la Place Rouge à Moscou

Le délai d’alerte entre les États-Unis et l’URSS était une féroce compétition et les Étatsuniens avaient une grande avance sur les Soviétiques. Pour y parer, le FOBS, l’acronyme de Fractional Orbital Bombardment System qui se traduit par Système de Bombardement Orbital Fractioné, a été un terrifiant programme d’ICBM soviétique dans les années 1960, notamment avec le missile RS-26 (SS-8 Sasin selon le code OTAN). La technique de pénétration FOBS visait à placer, grâce au troisième étage du missile, une charge lourde sur une orbite terrestre basse, entre 150 et 200 km plutôt que les 1000 km habituels des ICBM. Le troisième étage était ensuite manoeuvré à distance dans l’espace extra-atmosphérique puis il décrochait la charge lourde, équipée ou non d’ogives mirvées, quelques instants avant le début de la phase de descente, dite phase balistique, où la vitesse montait jusqu’à 25.000 km/h lorsque l’ogive touchait sa cible. Il n’y avait pas de limite de portée et la cible définie était impossible à retracer à partir de la trajectoire. Tandis que les défenses du Commandement de la Défense Aérospatiale de l’Amérique du Nord, le NORAD (North American Aerospace Defense Command), sont tournées vers le nord, vers l’espace extra-atmosphérique au-dessus du Pôle Nord, le programme FOBS avait été spécialement conçu pour passer par-dessus le Pôle Sud et frapper les États-Unis par le sud. Lorsque la charge se situe à 1000 km d’altitude, l’engin nucléaire est vu dans un délai de 20 minutes avant son impact mais entre 150 km et 200 km d’altitude, il ne reste que 90 secondes à 2 minutes avant l’impact. Ce qui laisse très peu de temps pour agir, alerter et essayer d’intercepter. Inutile de préciser que les sirènes d’évacuation dans les villes ne servaient absolument à rien. Le temps de comprendre qu’une attaque nucléaire était en cours, de réunir ses proches et de courir vers son bunker au fond du jardin ou dans la cave, l’attaque avait déjà eu lieu et le souffle du à l’impact était imminent. Ce programme d’armement, pervers, a été interrompu par les accords du traité SALT II et retiré en 1983.

En dépit de tous les efforts, le traité SALT II n’entra pas en vigueur à cause de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et de la dégradation des relations entre les États-Unis et l’URSS qui s’en suivit.

INF : Acronyme de Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, il s’agit d’un traité qui visait l’élimination des missiles de croisière et des missiles balistiques de courte portée (inférieure à 800 km) et de portée intermédiaire (inférieure à 5.500 km) pouvant emporter des charges explosives conventionnelles ou nucléaires. Le traité INF a été signé le 8 décembre 1987, à Washington D.C., par les présidents Ronald Reagan et Mikhail Gorbachev, et a été effectif du 1er juin 1988 au 1er juin 1991. A la date butoir du traité INF, un total de 2.692 missiles avaient été détruits : 846 par les États-Unis et 1.846 par l’URSS. Selon les accords du traité, chacune des parties avait le droit d’inspecter les installations militaires de l’autre. Après la dislocation de l’Union soviétique, les douze États successeurs sont devenus parties au traité INF, mais seuls quatre d’entre eux – le Bélarus, le Kazakhstan, la Fédération de Russie et l’Ukraine – ont continué de participer avec les États-Unis au régime d’inspections du traité INF.

Ce traité de désarmement nucléaire fait suite à la crise des euromissiles de 1977 qui fut une période de relations internationales tendues entre l’URSS d’un côté et l’Europe de l’Ouest et les États-Unis de l’autre. Profitant d’une faille dans les accords du traité SALT I, l’URSS a déploié, en Europe de l’Est, des bombardiers supersoniques stratégiques Tupolev 26 (Backfire selon le code OTAN) et installé en Allemagne de l’Est (RDA) des infrastructures mobiles, dits “mille-pattes“, capable de lancer des missiles RSD-10 Pioneer (SS-20 Saber selon le code OTAN), des missiles balistiques nucléaires sol-sol d’une portée intermédiaire d’environ 1.600 km, équipés de 3 ogives mirvées d’une puissance de 150 kilotonnes (kT), soit 450 kT au total, et pouvant parcourir 4.700 km pour atteindre leurs ennemis et rivaux : Europe de l’Ouest, Israël, Arabie Saoudite, Chine, Japon et éliminer tous les moyens de riposte nucléaire de l’OTAN basés en Europe. La réaction étatsunienne ne fut pas immédiate. Des négociations commencèrent entre les pays de l’OTAN et ceux du Pacte de Varsovie sur le retrait des missiles soviétiques d’Europe de l’Est.

l'emplacement, le nombre et la portée des euromissiles durant la crise de 1977 à 1986

Malgré la présence de quelques 200 bombardiers étatsuniens F-111 capables d’atteindre l’URSS et pour faire face à la menace soviétique qui prit en otage les populations d’Europe de l’Ouest, le 12 décembre 1979 lors d’un sommet de l’OTAN en Guadeloupe, les États-Unis de Jimmy Carter, sous la pression des puissances allemande, britannique et française, décidèrent d’installer, en Allemagne de l’Ouest (RFA), 108 MGM-31 Pershing II, des missiles balistiques nucléaires sol-sol d’une portée de 1.800 km avec une seule ogive nucléaire de 50 kT ainsi que 464 missiles de croisière au Royaume-Uni, en Belgique, au Pays-Bas, en RFA et en Italie. Durant la crise des euromissiles, le 23 mai 1980, la France mettait en service, sur le Plateau d’Albion, un groupe de 9 SSBS S3, des missiles balistiques sol-sol d’une portée intermédiaire de 3.000 km et dotés d’une seule ogive nucléaire d’une puissance de 1,2 mT. À titre de comparaison, Little Boy, qui a explosé à Hiroshima, avait une puissance d’environ 15 kT, soit 0,015 mT. En 1983, le nouveau président Ronald Reagan installa des missiles de croisière d’abord en Grande-Bretagne, puis en 1984, des missiles Pershing II en RFA, en Grande-Bretagne et en Italie. La fin de la crise des euromissiles arriva en 1986 au sommet de Reykjavík et l’« Option Zéro » proposé, en 1983, par Reagan fut approuvé. C’est le début du retrait des RSD-10 et des Pershing II ainsi que des missiles de croisière. A la suite de la signature du traité INF, le dernier des 654 missiles RSD-10 Pioneer a été mis hors service le 12 mai 1991 et le dernier des 499 lanceurs ”mille-pattes” le 28 mai 1991.

START I : Acronyme de STrategic Arms Reduction Treaty, il s’agit du premier traité sur la réduction des armes stratégiques offensives, tandis que les traités SALT I et SALT II visaient plutôt des limitations d’armements stratégiques défensifs et offensifs. Remplaçant ainsi les précédents traités de désarmement nucléaire, le traité START I a été signé le 31 juillet 1991, à Moscou, par les présidents George H.W. Bush et Mikhaïl Gorbatchev, et est entré en vigueur le 5 décembre 1994 pour une durée initiale de quinze ans, soit le 5 décembre 2009, mais renouvelable par période de cinq ans. La dissolution de l’Union soviétique en décembre 1991 entraîna différentes complications pour l’adoption et l’application du traité START I. Même si la Fédération de Russie s’était proclamée successeur légal de l’URSS, les nouveaux États du Bélarus, du Kazakhstan et d’Ukraine avaient tous des armes nucléaires sur leur territoire, ce qui affecta le traité START I.

un parc de bombardiers B-52 détruits selon les accords de START I

Les pourparlers de START I débutèrent en juin 1982 et allaient accoucher sur un volumineux traité comportait plusieurs centaines d’articles spécifiques, 700 pages au total, abordant les réductions des missiles ICBM, des lanceurs de missiles ICBM, des ogives des missiles ICBM, des missiles SLMB, des lanceurs sous-marins des missiles SLBM, des ogives des missiles SLBM et des missiles tactiques avec charge conventionnelle (non-nucléaire) de longue portée. En gros, le traité START I avait pour grande ambition de réduire, dans un premier temps, de presque la moitié le nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées en passant de 10.000 à 6.000 unités chacun, et 1.600 vecteurs stratégiques de lancement. Le traité START I n’abordait pas la question des armes nucléaires stockées mais uniquement celles dites opérationnelles et parées à un envoi immédiat. Lors de cette première des trois phases prévues, la réduction passa de 9.986 à 8.556 ogives étatsuniennes et de 10.237 à 6.449 ogives soviétiques.

Les réductions du nombre d’ogives nucléaires et de vecteurs stratégiques devaient être appliquées en trois phases au cours d’une période de sept ans après l’entrée en vigueur du traité en 1994, autrement dit jusqu’au mois de décembre 2001. Les équipements existants pouvaient être modernisés et remplacés, mais les deux parties s’étaient engager à ne pas fabriquer, essayer en vol ou déployer des missiles ICBM modifiés ou de type nouveau ni des missiles SLBM avec plus de dix ogives.

Deux principales techniques ont été utilisées pour réduire le nombre d’ogives sur les missiles balistiques déployés : 

  1. Démanteler les lanceurs des missiles ICBM et SLBM.
  2. Retirer quatre ogives maximum par missile mirvé. Le nombre d’ogives pouvant ainsi être retirées ne pouvait pas dépasser un total de 1.250 unités.

START II : Ce nouveau traité définissait de nouvelles réductions de missiles nucléaires stratégiques et d’ogives nucléaires des deux pays signataires du traité START I. Le traité START II a été signé le 3 janvier 1993, à Moscou, par les présidents George H.W. Bush et Boris Eltsine, et a été ratifié en janvier 1996 par le Sénat étatsunien et en avril 2000 par la Douma russe. Ce retard de la Russie s’explique par le refus des discussions, en mars/avril 1999, en signe de protestation contre les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie. Le traité START II n’est jamais entré en vigueur à cause des plaintes russes contre les missiles antimissiles balistiques étatsuniens du Traité ABM interdisant le déploiement d’un système global de défense antimissile sur le territoire étatsunien selon les accords du traité SALT I.

Le traité START II prévoyait une réduction des deux tiers des arsenaux nucléaires stratégiques en deux phases. Plus précisément, dans les sept ans suivant l’entrée en vigueur du traité. Le nombre total des ogives nucléaires déployées de chacun devait être compris entre 3.800 et 4.250 lors de la première phase. La seconde phase fixait une réduction entre 3.000 et 3.500 ogives nucléaires déployées à la date d’échéance fixée au 31 décembre 2007. Sur ce total, le nombre de missiles SLBM à têtes multiples et indépendantes ne pouvait plus excéder 1.750 ogives nucléaires à la date d’échéance fixée au 1er janvier 2003, tandis que, à la même date, les missiles ICBM à têtes multiples et indépendantes devaient avoir totalement disparu des forces stratégiques des deux pays. 

Au maximum, lors de la première phase, 1.200 ogives pouvaient être déployées sur des missiles ICBM, 2.160 sur des missiles SLBM et 650 sur des missiles balistiques intercontinentaux lourds comme le R-36 russe (SS-18 Satan selon le code OTAN). Ce dernier missile a à la fois la plus longue portée, entre 11.200 et 16.000 km selon le modèle, et est la plus puissante arme thermonucléaire jamais élaborée après la célèbre « Tsar Bomba » lorsqu’elle est équipée d’une ogive unique dont la puissance varie de 18 à 25 mT. Les 88 R-36 en service depuis 1992 et dont la plupart sont déployés sur la base de Dombarovsky dans la région d’Orenbourg, en Oural du Sud, ont la capacité d’effacer des villes entières de la carte. Outre le missile balistique intercontinental sol-sol ICBM Topol-M, « Peuplier » en russe, (SS-27 Sickle B1 selon le code OTAN) doté de 6 ogives mirvées de 0,55 mT chacune et mis en service depuis fin 2009 ainsi que son homologue mer-sol SLBM, le très controversé RSM-56 Boulava, « Esturgeon » en russe, (SS-NX-30 selon le code OTAN) équipé de 6 à 10 ogives mirvées d’une puissance de 100 à 150 kT chacune – dont les treize essais jusqu’à présent se sont achevés par sept succès et six échecs tel que celui qui produisit un incroyable phénomène de spirale lumineuse dans l’atmosphère à Tromsø, en Norvège près de la Mer Blanche, à cause d’une défaillance du troisième étage provoquant une vrille du missile libérant des gaz qui dessinèrent la spirale lumineuse en question – un nouveau missile a été envisagé pour remplacer le surpuissant R-36, il s’agit du RS-20 Voyvoda selon la classification russe. Il était prévu qu’il pourrait percer n’importe quel bouclier antimissile mais avant la signature du nouveau traité START III, en avril 2010, il avait été décidé que le R-36 resterait en service jusqu’en 2014 ou 2016 selon une annonce faite en 2008.

La chronologie des essais du missile RSM-36 Boulava

Pour la petite histoire, surnommé Tsar Bomba par les Étatsuniens, « Impératrice des Bombes » en russe, cette bombe H a été prévue initialement pour servir de base à des bombes dévastatrices de 100 mT. Tsar Bomba avait une puissance estimée à 57 mT lors de son essai qui a eu lieu le 31 octobre 1961, dans l’archipel de la Nouvelle-Zemble en Océan Arctique. La détonation développa une gigantesque boule de feu de 7 km de diamètre. L’éclair de l’explosion fut visible à plus de 1.000 km du point d’impact et le champignon atomique en résultant parvint à une altitude de 64 km, sept fois plus haut que le mont Everest (8.848 m). Tsar Bomba provoqua une destruction totale dans un rayon de 35 kilomètres. Elle est l’arme la plus puissante jamais utilisée dans l’histoire de l’humanité, jusqu’à nos jours. En comparaison, l’essai étatsunien le plus puissant, et sans doute le plus dramatique, qui a eu lieu le 1er mars 1954, dans l’atoll de Bikini, est Castle Bravo avec 15 mT, mille fois plus que chacune des deux bombes larguées sur le Japon, alors que la puissance était prévue à 5 mT.

SORT : Acronyme de Strategic Offensive Reductions Treaty, il s’agit d’un traité sur la réduction des arsenaux nucléaires, négocié par les États-Unis et la Russie. Il a été signé le 24 mai 2002, à Moscou, par les présidents George W. Bush et Vladimir Poutine, et a été ratifié par la Douma russe et le Sénat étatsunien le 8 mars 2003. Le traité SORT établit que le traité START I reste en vigueur mais il remplace le traité START II, tombé en désuétude, et est une évolution du traité START III non ratifié dont les négociations débutèrent en 1997 entre les présidents Bill Clinton et Boris Eltsine.

George W. Bush et Vladimir Poutine signant le traité SORT le 24 mai 2002

En signant le traité SORT, les deux parties se sont engagées à réduire de deux tiers leur arsenal d’armes nucléaires stratégiques qui doit ainsi passer de 6.000 têtes nucléaires déployées à une fourchette entre 1.700 et 2.200 ogives nucléaires à la date d’échéance fixée au 31 décembre 2012, conformément aux décisions annoncées lors des entretiens entre les deux présidents à Washington le 13 novembre 2001. Le traité SORT est le traité le plus court de l’histoire du désarmement nucléaire avec seulement 5 articles sur 2 pages. Très critiqué, ce traité n’oblige pas à détruire le surnombre mais autorise le stockage ou la conservation comme réserves opérationnelles. Le traité SORT réserve également le droit de décider de la façon dont chaque pays détruit son arsenal, comme le souhaitait le gouvernement étatsunien. En effet, avant la signature, le 8 janvier 2002, dans un document du Pentagone présenté comme une révision de la stratégie nucléaire américaine (Nuclear Posture Review de 1994), le sous-secrétaire d’État à la défense J.D.Crouch avait annoncé que les États-Unis voulaient garder en réserve une partie des milliers de leurs ogives nucléaires devant être retirées. Dans le traité SORT, aucune indication n’est fixée sur la structure des forces stratégiques ni la répartition des charges nucléaires entre les trois composantes : missiles sol-sol, missiles mer-sol et bombardiers à long rayon d’action. De plus, une simple proposition de création d’une commission bilatérale qui se réunira deux fois par an est mentionnée. Si le traité n’est pas renouvelé avant la date butoir, les États-Unis auront dès lors la possibilité de redéployer 2.400 ogives nucléaires tenues en réserve. De son côté, la Russie dispose de 5.000 armes stratégiques opérationnelles, 3.500 armes tactiques et 11.000 charges nucléaires stratégiques et tactiques qu’elle pourra à nouveau redéployer si le traité SORT n’est pas renouvelé. Au final, le traité SORT est une vulgaire limitation entre les armes nucléaires qui sont déployées et celles qui sont stockées, celles-ci pouvant être réactivées à tout moment en cas de nécessité. Les critiques sont compréhensives car le traité SORT ne représente pas un progrès significatif dans la voie du désarmement nucléaire et les engagements pris à la conférence d’examen du TNP, en mai 2000, n’ont pas été tenus. Il est important de signaler que le traité SORT a été négocié et signé peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001.

START III : (ou New START) est le dernier traité de réduction des armes nucléaires stratégiques offensives qui a été signé le 8 avril 2010, à Prague, par les présidents Barack H. Obama et Dmitri Medvedev. Etant d’actualité, beaucoup d’articles critiquent le traité START III stipulant entre autres que les deux parties s’engagent à ne pas attaquer un État ne possédant pas d’arme nucléaire et dénoncent la mise en garde adressée explicitement à l’Iran et à la Corée du Nord ainsi que la possibilité d’une riposte nucléaire en cas d’attaque à l’arme biologique ou chimique, même contre un État signataire du TNP. Selon ces articles, les accords du traité START III ne limitent pas les arsenaux nucléaires respectifs à proprement parler mais réduisent uniquement la capacité opérationnelle à 1.550 têtes nucléaires déployées par rapport au plafond actuel de 2.200 têtes nucléaires, c’est-à-dire celles qui sont prêtes à un envoi immédiat, et un maximum de 800 vecteurs stratégiques de lancement contre 1.600 auparavant. Dans un entretien avec Le Monde, Eric Edelman, ancien numéro trois du Pentagone de 2005 à 2009 et à présent expert du think tank CSBA de Washington, explique qu’« avant de quitter ses fonctions, le président George W. Bush avait donné instruction pour que les États-Unis aillent vers la limite inférieure, 1 700 charges. Ce qui veut dire que, côté étatsunien, la réduction réelle est de 150 têtes sur un arsenal de plusieurs milliers. »

Nous pouvons dire qu’il est à la fois question d’un très modeste désarmement nucléaire et d’une faible réduction du potentiel d’attaque car un autre point technique essentiel et majeur du nouveau traité START III concerne l’arrêt de l’exploitation du système MIRV pour les missiles ICBM et SLBM. Le système MIRV équipe la majorité des armes nucléaires de longue portée formant l’ossature principale des forces stratégiques étatsuniennes et russes. Tout comme le Traité ABM marqua les accords du traité SALT I en son temps, cet arrêt est la grande évolution du traité START III. Bien sûr, il s’agit uniquement des armes déployées et les armes nucléaires mirvées de courte portée, de moyenne portée et de longue portée seront sans nul doute remplacées par des armes nucléaires dont l’ogive unique sera encore plus puissante. 

un convoi de missiles russes Topol-M

Cela signifie par conséquent que le très controversé missile RSM-56 Boulava ainsi que les RS-24 Topol-M et R-36 sont condamnés à la modification ou à la destruction aux termes de ce nouveau traité ainsi que tous les autres missiles balistiques intercontinentaux sol-sol russes RS-12M Topol, RS-12MS Topol M, RS-18 et RS-20 et ceux embarqués à bord des sous-marins, les R-29RM Sineva à 4 ogives mirvées de 100 kT et d’une portée de 8.300 km, les RSM-50, les RSM-52 et les RSM-54 Shetal équipés de 4 ou 10 ogives nucléaires mirvées d’une puissance de 100 kT chacune et d’une longue portée de 11.000 km. Il en va de même chez les Étatsuniens pour les missiles ICBM LGM-30F Minuteman-II, les 450 LGM-30G Minuteman III dotés de 3 ogives thermonucléaires mirvées W87 dont la puissance varie de 170 à 475 kT chacune et d’une longue portée s’élèvant à 13.000 km, et les dizaines de LGM-118A Peacekeeper MX (nouvelle génération) dotés de 10 ogives thermonucléaires mirvées W87 d’une puissance de 300 kT chacune et d’une longue portée de 10.900 km ainsi que les 528 missiles SLBM UGM-133A Trident II Mk4 D5, Mk5 D5 et Mk5 D5LE (ce dernier étant actuellement en cours d’expérimentation) d’une portée de 19.000 km avec une vitesse maximale de 19.030 km/h et capable de transporter jusqu’à 12 têtes thermonucléaires mirvées ou 8 têtes W88 d’une puissance maximale de 475 kT chacune ou encore 8 têtes W76 de 100 kT chacune mais les traités START I les limitaient déjà à 8 et SORT à 4 ou 5.

Les traités internationaux et régionaux

TNP : Appliqué par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), le Traité sur la Non-Prolifération des armes nucléaires a été conclu en 1968, signé par un grand nombre de pays le 1er juillet 1968 et est entré en vigueur le 5 mars 1970 pour une durée de 25 ans. Il a été reconduit pour une durée illimitée en 1995.

Le principe de base du TNP repose sur deux facteurs : les premiers pays dotés de l’arme nucléaire et ayant fait exploser une arme nucléaire avant le 1er janvier 1967 (EDAN ou « club nucléaire »), en l’occurence les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni, la France et la Chine (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU) s’engagent en signant le TNP à ne pas aider un autre pays à acquérir des armes nucléaires. Les seconds pays non dotés de l’arme nucléaire (ENDAN) s’engagent à ne pas fabriquer d’armes nucléaires et à ne pas essayer de s’en procurer, ni de posséder des armes nucléaires étrangères sur son sol. Aujourd’hui, plusieurs pays ne sont pas en règle avec ce dernier point en abritant 400 armes nucléaires étatsuniennes B-61, pour certains depuis les années 1960, dont l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie. 

Les armes nucléaires dans le monde et la non-prolifération

Le TNP est surtout censé favoriser les usages pacifiques de l’atome, en affirmant le droit inaliénable de toutes les parties au traité à développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Tous les pays signataires, et notamment les États les plus avancés dans le domaine nucléaire civil, s’engagent ainsi à faciliter un échange aussi large que possible d’informations, d’équipements et de matières nucléaires pour les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire. En théorie.

Malgré la clause de désarmement dans l’article VI du TNP, par laquelle les puissances nucléaires s’engagent à des négociations pour un désarmement sous le contrôle de l’AIEA, la réalité est différente. Dans la pratique, le club nucléaire continue de renouveler et moderniser leurs arsenaux nucléaires et de faire de la recherche en optant pour le qualitatif plutôt que le quantitatif. Autrement dit, des armes nucléaires moins nombreuses mais beaucoup plus puissantes. Les articles V et VI du TNP incluent seulement une obligation de « bonne foi » à négocier la fin de la course aux armements nucléaires, qui n’est pas assortie d’obligation de résultats. En d’autres termes, le TNP malgré son importance est un traité peu efficace, peu respecté, avec des failles exploitables, littéralement négocié en langue de bois et qui peut éventuellement servir de moyen de pression contre une nation membre du TNP qui voudrait développer l’arme nucléaire sous le couvert d’un programme nuclaire à un usage civil sans favoriser les intérêts d’un ou plusieurs membres du club nucléaire craignant l’émergence d’une nouvelle puissance dangereuse et pouvant rivaliser avec un ou plusieurs d’entre eux sur différents points géopolitiques et géostratégiques. Inutile de citer l’Iran comme exemple.

TICEN : Acronyme pour Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires, ou en anglais Comprehensive Test Ban Treaty (CTBT), il s’agit d’un traité international qui interdit les quatre types d’essai nucléaire : atmosphérique, extra-atmosphérique, sous-marin et souterrain. Le TICEN a été ouvert à la signature le 24 septembre 1996, à New York, mais n’est toujours pas entré en vigueur. En effet, il n’entrera en vigueur que lorsque tous les 44 pays, cités dans l’annexe 2, possédant des réacteurs nucléaires et/ou des réacteurs nucléaires de recherche l’auront signé et ratifié par leur parlement. Parmi ces pays cités dans l’annexe 2, la Chine, l’Égypte, les États-Unis, l’Indonésie, l’Iran et Isräel ont signé mais pas ratifié le traité. La Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan n’ont pas signé le traité. A la date du 25 novembre 2008, sur les 195 pays cités dans l’annexe 1, 180 États l’avaient signé et 148 l’avaient déjà ratifié.

les quatre types d’essai nucléaire : atmosphérique (1), souterrain (2), extra-atmosphérique (3), sous-marin (4)

 Selon le 1er article du traité TICEN :
  1. Chaque État partie s’engage à ne pas effectuer d’explosion expérimentale d’arme nucléaire ou d’autre explosion nucléaire et à interdire et empêcher toute explosion de cette nature en tout lieu placé sous sa juridiction ou son contrôle.
  2. Chaque État partie s’engage en outre à s’abstenir de provoquer ou d’encourager l’exécution – ou de participer de quelque manière que ce soit à l’exécution – de toute explosion expérimentale d’arme nucléaire ou de toute autre explosion nucléaire.

Le TICEN est un traité important qui en a remplacé plusieurs autres, parmi lesquels :

  • l’ancien traité sur l’espace extra-atmosphérique, également appelé « Traité sur l’Espace », qui a été ouvert à la signature le 27 janvier 1967, entré en vigueur en 1968 et ratifié par 95 États. Au commencement de l’ère spatiale largement dominée par les Soviétiques, le traité régissait les activités militaires spatiales des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et autres corps célestes. Il interdisait de mettre sur orbite terrestre un quelconque objet transportant des armes nucléaires ou tout autre type d’arme de destruction massive, ainsi que d’installer de telles armes sur des corps célestes, ou de placer celles-ci dans l’espace extra-atmosphérique de quelque manière que ce soit. L’établissement de bases, d’installations militaires ou de fortifications était également banni, ainsi que les essais de n’importe quel type d’arme et l’exécution de manœuvres militaires sur des corps célestes. En renonçant à installer des armes nucléaires ou autres armes de destruction massive dans l’espace, les deux grandes puissances n’ont en réalité pas sacrifié grand-chose. Il n’était pas interdit de lancer des missiles balistiques transportant des armes nucléaires dans l’espace, et le déploiement dans l’espace d’armes autres que de destruction massive n’était nullement restreint. Le traité sur l’espace extra-atmosphérique a été modifié quatre fois avec l’Accord sur le sauvetage des astronautes, la Convention sur la responsabilité internationale pour les dommages causés par des objets spatiaux, la Convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique et l’Accord sur la Lune. Le programme étatsunien surnommé « Guerre des Étoiles », nommé officiellement « Initiative de défense stratégique » (IDS), a été lancé le 23 mars 1983 par le président Ronald Reagan. Un projet de réseau de satellites, formant un bouclier spatial, dont le rôle était la détection et la destruction de missiles balistiques lancés contre les États-Unis. A cette époque, on parlait notamment de lasers tirés depuis l’espace, grâce à des véhicules spatiaux militarisés. De nombreux experts qualifiaient le projet d’irréaliste, pour deux raisons. D’une part, ils considèraient la chose techniquement infaisable, en l’état actuel des technologies, et inefficace face à des avions et des missiles de croisière. D’autre part, ils critiquaient le programme modifiant profondément l’équilibre des forces à l’échelle de la planète et encourageant la militarisation de l’espace. Malgré l’avis des experts, le Congrès débloqua des milliards de dollars pour sa réalisation. Le programme a été abandonné en 1993 par le président Bill Clinton. Réactivé, dans une version réduite avec des missiles intercepteurs lancés depuis la terre, par le président George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, le nouveau missile russe ICBM RS-24, une nouvelle variante mirvée du missile Topol-M pour les uns, le même modèle avec un nom différent pour les autres, réduisait à néant l’efficacité du projet de bouclier anti-missiles. Les premières phases de vol du RS-24 pouvant atteindre des vitesses supérieures aux précédentes classes de missiles balistiques le rend moins vulnérable aux interceptions par les systèmes anti-missiles. De même que durant sa phase balistique, les dizaines de petits moteurs du MARV (MAnœuvrant Rentry Vehicle), transportant les 4 à 6 ogives mirvées avant leur déploiement, permettent au RS-24 de suivre des trajectoires évasives rendant son interception tout aussi difficile. Le programme fut une nouvelle fois abandonné par le président Barack Obama, en septembre 2009.
  • l’ancien traité SACTS (Seabed Arms Control Treaty ou Seabed), un traité sur le fond des mers qui a été ouvert à la signature en février 1970. Il interdisait quelque chose qui n’existait pas, et qui probablement n’était pas réalisable à cette époque, c’est-à-dire le placement sur les fonds marins ou dans leur sous-sol de toute arme nucléaire ou de tout type d’armes de destruction massive, ainsi que des structures, plateformes de lancement ou toute autre installation spécifiquement destinée au stockage, à l’expérimentation ou à l’utilisation de telles armes.
  • l’ancien traité PTBT (Partial Test Ban Treaty), un traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, signé le 5 août 1963, à Moscou, peu de temps après la crise des missiles de Cuba et interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère, dans l’espace et sous l’eau mais pas sous terre. Les États-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni l’avaient immédiatement ratifié. La France, la Chine et l’Inde l’ont signé par la suite.

ZEAN : Un traité ZEAN, acronyme pour zone exempte d’armes nucléaires ou zone dénucléarisée, est un traité régional qui stipule que les États s’engagent, pour une durée illimitée, à ne pas développer, acquérir, tester ou posséder des armes nucléaires pour leur propre compte, directement ou indirectement, ou pour le compte d’une tierce entité. Les zones exemptes d’armes nucléaires sont conçues comme des mesures de transition vers un désarmement nucléaire complet et vont encore plus loin que le TNP. Elles représentent un véritable progrès dans la non-prolifération nucléaire et le désarmement nucléaire mondial car il ne s’agit pas, selon les différents traités bilatéraux américano-russes, de se contenter de stocker dans les arsenaux ou de conserver en cas de défaillance d’une ou plusieurs armes nucléaires pouvant ainsi être remplacées par les réserves mais interdisent catégoriquement leur présence et leur existence sur le territoire des États-parties de ces zones. Néanmoins et c’est là leur petite faiblesse, un ou plusieurs protocoles des traités ZEAN contiennent des « assurances négatives de sécurité » (ANS). Ce ou ces protocoles précisent que les cinq pays du club nucléaire doivent également signer et ratifier le ou les protocoles. Ces pays reconnaissent alors et respectent le statut des zones exemptes d’armes nucléaires de la région et qu’ils n’utiliseront pas ou ne menaceront pas d’utiliser des armes nucléaires contre les États-parties de ces zones. Les différentes flottes étatsuniennes et bases militaires à l’étranger sont problématiques car leur champ d’action peut se limiter à cause de ces zones. Les États-Unis sont alors poussés à devoir modifier leur géostratégie ou à ne pas ratifier les traités ZEAN.

Il faut que les zones exemptes d’armes nucléaires et le développement de telles zones fassent partie intégrante de la politique étrangère des États du monde entier et qu’elles soient un débat important au sein de l’Assemblée Générale de l’ONU. Aujourd’hui, la grande majorité des pays européens sont aujourd’hui exempts d’armes nucléaires. Ces pays sont l’Arménie, l’Autriche, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Bulgarie, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Géorgie, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, la Norvège, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Tchéquie et l’Ukraine. Actuellement, il existe six zones dénucléarisées dans le monde et deux territoires dénucléarisés, la Mongolie et la Nouvelle-Zélande ayant même refuser le nucléaire civil. 

Traité sur l’Antartique : Signé le 1er décembre 1959 et entré en vigueur le 23 juin 1961, le Traité sur l’Atlantique n’est pas un traité ZEAN qui a été spécialement conçu vis-à-vis des armes nucléaires. Il y a juste une mention qui stipule que la réalisation d’essais nucléaires est prohibée, tout comme le dépôt de matériel radioactif. Cependant, le Traité sur l’Antartique a fait de l’Antartique la première zone exempte d’armes nucléaires dans le monde.

Traité de Tlatelolco : Signé à Tlatelolco, un quartier de Mexico, le 14 février 1967 et entré en vigueur le 25 avril 1969, le Traité de Tlatelolco a fait de l’Amérique Latine et des Caraïbes la seconde zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États de l’Amérique Latine et des Caraïbes, à savoir, l’Antigua-et-Barbuda, l’Argentine, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, Cuba, la République dominicaine, Dominique, l’Équateur, la Grenade, le Guatemala, Guyana, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, le Nicaragua, Panamá, le Paraguay, le Pérou, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie, le Salvador, le Suriname, Trinité-et-Tobago, l’Uruguay et le Vénézuela. Cuba en 2002 a été le dernier État à ratifier le traité. Le club nucléaire l’a signé et ratifié.

Peu de temps avant la fin officielle de la Guerre Froide, le ministre de la marine brésilienne, Fonseca, expliquait publiquement, en 1987, qu’un traité commercial avec l’Allemagne n’avait qu’un but : acquérir la technique permettant de construire la bombe atomique. En septembre 2009, suite à une thèse universitaire réunissant les connaissances nécessaires pour fabriquer une bombe atomique intitulée « Simulation numérique de détonations thermonucléaires en milieux hybrides de fusion-fission exploités par radiation » et écrite par le physicien Darron ayant réussi à décoder les modèles mathématiques de l’ogive étatsunienne W87, l’AIEA a demandé d’amples détails sur cette thèse aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères brésiliennes. Cette thèse publiée dans la presse, et dont l’intégralité n’a pas été dévoilée mais gardée secrète, n’a pas manqué de rappeler l’ancien projet secret du régime militaire (1964-1985) de doter le Brésil de l’arme atomique et qui continua clandestinement au sein de l’armée jusqu’en 1990. Un programme nucléaire militaire qui a été interrompu in extremis, à un mois du premier essai nucléaire, par le président Fernando Collor. En dépit des soupçons sur le fait que le géant sud-américain maîtrise à nouveau les diverses techniques, comme la centrifugation, pour fabriquer la bombe atomique, un porte-parole des Affaires étrangères a rappelé que le Brésil était signataire du TNP et respectait cet accord. Le président Lula soulignait également que le « Brésil est le seul pays au monde qui mentionne dans sa Constitution l’interdiction de posséder une arme nucléaire. » Cela étant dit, il arrive constamment que des constitutions soient réformées comme pour annuler le nombre de mandats présidentiels. Il n’y a pas que les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU qui ont des armes nucléaires et possèder la bombe atomique permet d’être pris au sérieux par les autres grandes puissances mondiales. La vraie crainte à voir ne réside pas tant dans le fait que le Brésil possède ou non une bombe atomique, il faut dire qu’une de plus ou de moins sur les milliers existantes de part le monde ne représente pas vraiment un danger supplémentaire pour l’humanité selon un certain point de vue, mais le risque consiste surtout dans une course à l’armement nucléaire entre les puissances sud-américaines violant à la fois le TNP et le Traité de Tlatelolco, et malgré les efforts d’un désarmement nucléaire mondial. Le Brésil qui a ainsi déjà violé le Traité de Tlatelolco ne manque donc pas d’attiser la méfiance des autres pays d’Amérique du Sud avec son nouveau programme de sous-marins à propulsion nucléaire en collaboration avec la France.

Traité de Rarotonga : Signé à Rarotonga, dans les Îles Cook, le 6 août 1985 et entré en vigueur le 11 décembre 1986, le Traité de Rarotonga a fait du Pacifique Sud la troisième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États du Pacifique Sud, à savoir, l’Australie, les Îles Cook, les Fidji, les Kiribati, Nauru, la Nouvelle-Zélande, Niué, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Salomon, Samoa, les Tonga, les Tuvalu et le Vanuatu. La France et le Royaume-Uni ont signé et ratifié les trois protocoles en 1996. Les Etats-Unis les ont signé la même année mais ne les ont pas ratifiés. La Chine a signé et ratifié les protocoles II et III en 1987.

Traité de Bangkok : Ouvert à la signature à Bangkok en Thaïlande le 15 décembre 1995 et entré en vigueur le 28 mars 1997, le Traité de Bangkok a fait de l’Asie du Sud-Est la quatrième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États de l’Asie du Sud-Est, à savoir, le Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Viêt-Nam qui l’ont tous signé et ratifié. Cependant, aucun État du club nucléaire n’a signé ce protocole en raison de leur crainte que les dispositions du Traité de Bangkok ne restreignent la liberté de mouvement de leurs navires et avions dans les eaux et espaces internationaux à proximité de l’Asie du Sud-Est.

Traité de Pelindaba : Ouvert à la signature au Caire le 11 avril 1996 et entré en vigueur le 15 juillet 2009, le Traité de Pelindaba a fait de l’Afrique la cinquième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde suite et le premier continent dénucléarisé. Pour entrer en vigueur, 28 ratifications étaient nécessaires pour cela (soit la moitié des États membres de l’Union Africaine + 1), la ratification par le Burundi était la 28ième ratification. Les cinq États du club nucléaire ont signé les protocoles I et II mais seuls la Chine, la France et le Royaume-Uni les ont ratifiés. La France est l’unique État à avoir signé et ratifié le protocole III. La Russie a refusé de ratifier les protocoles I et II à cause de l’île de Diego Garcia, un atoll de l’archipel des Chagos situé au milieu de l’Océan Indien, contrôlée par le Royaume-Uni qui loue sa base militaire aux États-Unis.

Les bombardiers B-52 (arrière) et B-2 Spirit (avant) de la base militaire de Diego Garcia

Alambique, l’île de Diego Garcia est indirectement concernée par le Traité de Pelindaba car l’île est réclamée par la République de Maurice comme faisant partie intégrante de son territoire. Diego Garcia constitue le « fer de lance » de l’armée américaine. Une flotte de bombardiers est basée à Diego Garcia dont les fameux bombardiers furtifs B-2 Spirit, pouvant larguer 16 bombes nucléaires d’un poids unitaire de 320 kg à 1090 kg. Il y a aussi une station du réseau Echelon qui serait basée sur l’atoll ce qui constitue un atout majeur pour le United States Central Command. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, la base de Diego Garcia est soupçonnée d’être ou d’avoir été un centre de détention secret pour des prisonniers d’Al-Qaïda. Les États-Unis ont signé les protocoles I et II ajoutant cependant qu’ils se réserveraient le droit de répondre à une attaque biologique ou chimique par un État africain du Traité de Pelindaba, par tous les moyens, y compris l’utilisation d’armes nucléaires.

Le Traité de Pelindaba se démarque également des autres traités ZEAN pour quatre raisons :

  1. Selon l’article I, le Traité de Pelindaba utilise le terme « dispositif explosif nucléaire » plutôt qu’« arme nucléaire ». Ce terme couvre toute arme nucléaire ou tout dispositif explosif capable de libérer l’énergie nucléaire. Toutefois, il ne couvre pas les moyens de transports ou les vecteurs de ces armes ou de ces dispositifs.
  2. Chaque État-partie reste libre de décider d’autoriser ou non le transit d’armes ou de dispositifs explosifs nucléaires via son territoire.
  3. L’Afrique du Sud a détenu l’arme atomique et y a renoncé volontairement.
  4. Une clause spéciale interdit le déversement de déchets radioactifs sur le territoire des États-parties.

Traité de Semipalatinsk : Signé le 8 septembre 2006 au polygone nucléaire de Semipalatinsk, un ancien site d’essais nucléaires de l’URSS, situé au Kazakhstan, et entré en vigueur le 21 mars 2009, le Traité de Semipalatinsk a fait de l’Asie Centrale la sixième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États d’Asie Centrale, à savoir, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Peu d’informations circulent à propos des ratifications par le club nucléaire. Le Traité de Semipalatinsk étant assez récent et la complexité des guerres en Afghanistan et au Pakistan ont retardé les ratifications des protocoles.

Signalons que c’est la première fois qu’une zone exempte d’armes nucléaires est établie dans l’hémisphère Nord, ayant une frontière directe avec deux puissances nucléaires, la Chine et la Russie, et à proximité de deux autres puissances nucléaires, l’Inde et le Pakistan. Le Traité de Semipalatinsk prend l’exemple sur le Traité de Pelindaba et interdit la recherche liée à la fabrication d’armes nucléaires et autorise la présence d’installations ayant un lien avec le nucléaire comme les installations de communication, de surveillance et de renseignement. Chaque État-partie reste libre de décider d’autoriser ou non le transit d’armes ou de dispositifs explosifs nucléaires via son territoire ou son espace aérien. L’obligation de non-prolifération la plus importante souscrite par les États-parties est de ne pas autoriser le stationnement d’armes nucléaires étrangères sur leurs territoires.

Conclusion

Au prix d’achat par unité comme le missile Minuteman III à 7 millions de dollars sans compter les essais, on peut dire que c’est de l’argent du contribuable jeté par la fenêtre. Il serait sans doute pertinent de faire une estimation du coût total des armes nucléaires créées, testées, retirées, stockées et demantelées ou modifiées en accord selon les différents traités depuis le début de l’histoire du désarmement nucléaire. Un montant auquel il faudrait rajouter les coûts pour les achats des matériaux, pour les recherches scientifiques et pour tous les salaires des techniciens et des militaires. Un chiffre total qui s’élèverait probablement dans les centaines voir les milliers de milliards de dollars rien que pour les États-Unies et la Russie. Cette remarque donne encore plus de sens à la folie des hommes de pouvoir. Toutefois, des progrès réels en matière de désarmement nucléaire ont été notés. Selon certaines sources, rien qu’entre 1990 et 1996, le nombre total de têtes nucléaires a été réduit de 70.000 pour les uns, 80.000 pour les autres à 40.000. Il existerait actuellement encore 23.300 têtes nucléaires dans le monde. Les États-Unis possèdent environ 9.400 têtes, dont au moins 2.600 actives. La Russie possède environ 13.000 têtes, dont 4.840 sont actives. Avec les accords discutables du traité START III mais aussi la volonté de chercher une puissance de destruction augmentée au profit du nombre d’armes nucléaires et la prolifération des bombes Mini-Nuke, nous sommes encore loin d’un monde sans armes nucléaires que le président Barack H. Obama avait souhaité lors de son discours à Prague en 2009. Shelton Williams, du think tank Osgood Center for International Studies à Washington, déclarait ce sujet que « le président Obama doute de la création d’un monde sans armes nucléaires de son vivant. » Il ajoutait ensuite que «ce monde ne peut être créé uniquement si les pays acceptent les garanties universelles et contraignantes, avec des sanctions visant les contrevenants. » Aujourd’hui encore, l’arme nucléaire est un prestige que de nombreux gouvernements souhaiteraient détenir car l’arme nucléaire impose le respect. Comme le disait Albert Einstein à son époque : « Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la quatrième. »