Catharsis

De SALT aux ZEAN : 40 ans de désarmement nucléaire

Posted in Armement, États-Unis, Géopolitique, Géostratégie, Russie, Technologies by Bao on 29 avril 2010

par Saïd Ahmiri

Après plus d’une année d’intenses négociations, les États-Unis et la Russie sont finalement parvenus à accorder leur violon dans le dossier du nouveau traité des armes stratégiques. L’ancien traité, le START I, a expiré le 5 décembre 2009 sans que Washington et Moscou ne soient parvenus à conclure les négociations, en raison notamment de l’implantation du projet de bouclier antimissile en Pologne et en Tchéquie, finalement abandonné par le président Barack Obama et remplacé par une base de missiles SM-3 dans les Balkans. Au premier regard, la signature du traité START III semble être une bonne nouvelle mais faut-il se réjouir pour autant ? La course mondiale à l’armement incite à penser le contraire. Les trois principales puissances mondiales émergentes, la Chine, l’Inde et le Brésil, dépensent des dizaines de milliards de dollars pour acquérir des équipements modernes, en phase avec les risques actuels telle que la guerre électronique. Des acquisitions qui poussent les pays limitrophes à passer commande à leur tour, au plus grand bonheur des marchands d’armes, conduisant ainsi leur région vers la pente dangereuse d’une potentielle déstabilisation.

Dans cette première partie, sera abordée l’histoire du désarmement nucléaire au travers des différents accords bilatéraux américano-russes et des traités internationaux et régionaux.

Les accords bilatéraux

SALT : Acronyme de Strategic Arms Limitation Talks, il s’agit des négociations sur la limitation des armes stratégiques qui ont été entamées le 17 novembre 1969 entre les États-Unis et l’URSS et qui aboutiront à la conclusion des traités de désarmement SALT I en 1972 et SALT II en 1979. Des négociations qui visaient à définir les limites du nombre d’équipements de défense antimissiles balistiques (Traité ABM) et les armements offensifs stratégiques (Accord SALT) mais qui n’interdisait pas la recherche, l’expérimentation et le développement de nouvelles armes. C’est le commencement de l’histoire du désarmement nucléaire qui va déboucher sur une kyrielle d’accords sur les arsenaux nucléaires des deux pays, leur démantèlement progressif ainsi que sur l’entente diplomatique contre le développement d’armements nucléaires par d’autres pays.

SALT I : Les accords du traité SALT I ont été signés le 26 mai 1972, à Moscou, par les présidents Richard Nixon et Léonid Brejnev. Le Traité ABM (Anti-Ballistic Missile) sur la limitation des systèmes de missiles anti-balistiques fut l’accord principal du SALT I. La signature du traité SALT I avait pour principe d’établir un lien entre la limitation des armements stratégiques défensifs et la limitation des armements stratégiques offensifs pour contribuer à renforcer la stabilité mondiale et ainsi limiter la course aux missiles intercontinentaux ICBM (Intercontinental Ballistic Missile). Le traité SALT I a concrétisé le début de « la politique de détente » de la Guerre Froide entre les deux superpuissances.

Le Traité ABM prévoyait trois objectifs fondamentaux : 

  1. Le déploiement d’un système ABM sur l’ensemble des territoires étatsunien et russe était interdit. Ce système de défense antimissile n’est autorisé que sur un seul site, soit la capitale du pays soit autour d’un site de lancement de missiles ICBM de longue portée (supérieur à 5.500 km). L’URSS décida d’établir un système ABM autour de Moscou et est opérationnel depuis 1968. Il comprend 4 bases de lancement et 100 missiles. Les États-Unis déployèrent le système Safeguard et décidèrent de protéger une zone de lancement de missiles ICBM, basée à Grand Forks dans l’État du Dakota du Nord. Après des années de travaux, le système ABM étatsunien doté de 2.500 missiles anti-missiles balistiques sol-air LIM-49A Spartan, armés d’une ogive thermonucléaire W71 de 5 mégatonnes (mT), et Sprint, armés d’une ogive thermonucléaire W66 et atteignant une vitesse de Mach 10 en 5 secondes, fut déclaré opérationnel en octobre 1975. Le lendemain, sa fermeture fut décidée par un décret spécial du Congrès des États-Unis et fut effective en février 1976, en raisons des doutes pesant sur l’efficacité du système face aux missiles soviétiques à têtes multiples et l’analyse des effets que produirait la détonation des charges nucléaires de l’intercepteur comme du missile intercepté. Nous savons qu’une explosion nucléaire à haute altitude produit une forte impulsion électromagnétique (EMP) qui a pour effet de détruire les dispositifs électroniques à la surface. Le programme Safeguard aura couté 23,1 milliards de dollars.
  2. Il était interdit de mettre au point ou de déployer des systèmes ABM en mer, dans l’air, dans l’espace extra atmosphérique ou sur des plates-formes terrestres mobiles. Seule était autorisée, la mise au point de nouveaux systèmes antimissiles de défense pour les deux zones autorisées par le Traité ABM. Ces systèmes doivent êtres fixes et terrestres.
  3. Les États-Unis et l’URSS s’engagaient à ne pas transférer à d’autres États ou de déployer hors de leur territoire des systèmes ABM ou leurs composantes.

Le Sea-Based X-Band Radar (radar marin en bande X, en français) est une station radar flottante et mobile, capable de fonctionner par grand vent et mer forte. Il fait partie du programme de bouclier antimissile étatsunien.

Après l’annonce du retrait officiel rendue public le 13 décembre 2001, les États-Unis ne font plus parties du traité ABM depuis le 13 juin 2002. Des consultations régulières et des échanges d’informations ont été prévus pour dissiper tout malentendu avec la Russie et envisager une coopération pour la défense antimissile de l’Europe.

SALT II : Les accords du traité SALT II ont été signés le 18 juin 1979, à Vienne, par les présidents Jimmy Carter et Léonid Brejnev. Le traité SALT II devait rester en vigueur jusqu’au 31 décembre 1985. Après ce deuxième round de négociations sur la limitation des armes stratégiques offensives, débuté en 1977 peu de temps avant que le traité SALT I n’arrive à échéance, le traité SALT II apportait d’importantes limitations supplémentaires par rapport aux engagements pris par le traité SALT I et définissait entre autre un plafond précis sur le nombre de bombardiers, de lance-missiles terrestres, la réglémentation de leur emplacement et le nombre de radars. Ce qui impliquait par conséquent la destruction du surnombre. Les différents accords du traité SALT II obligeaient les deux parties à limiter les dispositifs de lancement de missiles ICBM, de missiles balistiques lancés par sous-marin (SLBM pour Submarine Launched Ballistic Missile), de missiles balistiques air-sol et les bombardiers lourds à une quantité totale ne dépassant pas 2.400 unités. Dans un nouvel effort au résultat insignifiant, ce nombre fut réduit par la suite à 2.250 au début de l’année 1981. La quantité totale de missiles balistiques équipés de multiples ogives nucléaires indépendamment guidées (système MIRV) et de bombardiers lourds fut limitée à 1.320 unités; et la quantité totale de missiles balistiques intercontinentaux ICBM équipés de multiples ogives nucléaires indépendamment guidées (système MIRV) fut limitée à 820 unités.

Le traité SALT II a ainsi apporté une première limitation à l’exploitation du système MIRV en réduisant la quantité d’ogives nucléaires par missile. Il limitait à 10 le nombre d’ogives nucléaires dont pouvaient être équipés un nouveau missile balistique intercontinental, à 14 celui d’un missile balistique lancé par un sous-marin et à 10 celui d’un missile balistique largué par un bombardier aérien. 

Le mirvage d'un ICBM

Le système MIRV, l’acronyme de Multiple Independently targeted Reentry Vehicle, ou mirvage, permet à un missile ICBM ou SLBM d’être équipé de plusieurs ogives nucléaires qui suivent chacune leur propre trajectoire lors de leur entrée dans l’atmosphère et permettent de frapper plusieurs objectifs précis dans une même zone. On parle alors de missile à ogives mirvées ou de missile à têtes multiples. Ce sont les forces armées étatsuniennes qui l’ont développé en premier. Les Soviétiques n’ont pas tardé à mettre au point le leur. Rappelons que les agents secrets pullulaient comme les armes nucléaires durant la Guerre Froide. On utilise rarement l’expression de bombe à sous-munitions (BASM) dans le contexte des armes nucléaires bien que l’effet reste identique. Dans le cas d’une BASM, les trappes du container s’ouvrent et « la pluie du diable » s’abat de manière hasardeuse sur une surface étendue. Ce n’est pas le cas avec les missiles ICBM ou SLBM dont chaque ogive mirvée est dotée d’un réacteur et programmée à l’avance pour frapper une cible définie, même si la surface est étendue. Cette quête de précision, parfois à 10 mètres, pousse les forces stratégiques à poursuivre les essais.

Le déploiement des huit ogives nucléaires mirvées d'un missile LGM-118A Peacekeeper

Défilé de missiles FOBS R-26 sur la Place Rouge à Moscou

Le délai d’alerte entre les États-Unis et l’URSS était une féroce compétition et les Étatsuniens avaient une grande avance sur les Soviétiques. Pour y parer, le FOBS, l’acronyme de Fractional Orbital Bombardment System qui se traduit par Système de Bombardement Orbital Fractioné, a été un terrifiant programme d’ICBM soviétique dans les années 1960, notamment avec le missile RS-26 (SS-8 Sasin selon le code OTAN). La technique de pénétration FOBS visait à placer, grâce au troisième étage du missile, une charge lourde sur une orbite terrestre basse, entre 150 et 200 km plutôt que les 1000 km habituels des ICBM. Le troisième étage était ensuite manoeuvré à distance dans l’espace extra-atmosphérique puis il décrochait la charge lourde, équipée ou non d’ogives mirvées, quelques instants avant le début de la phase de descente, dite phase balistique, où la vitesse montait jusqu’à 25.000 km/h lorsque l’ogive touchait sa cible. Il n’y avait pas de limite de portée et la cible définie était impossible à retracer à partir de la trajectoire. Tandis que les défenses du Commandement de la Défense Aérospatiale de l’Amérique du Nord, le NORAD (North American Aerospace Defense Command), sont tournées vers le nord, vers l’espace extra-atmosphérique au-dessus du Pôle Nord, le programme FOBS avait été spécialement conçu pour passer par-dessus le Pôle Sud et frapper les États-Unis par le sud. Lorsque la charge se situe à 1000 km d’altitude, l’engin nucléaire est vu dans un délai de 20 minutes avant son impact mais entre 150 km et 200 km d’altitude, il ne reste que 90 secondes à 2 minutes avant l’impact. Ce qui laisse très peu de temps pour agir, alerter et essayer d’intercepter. Inutile de préciser que les sirènes d’évacuation dans les villes ne servaient absolument à rien. Le temps de comprendre qu’une attaque nucléaire était en cours, de réunir ses proches et de courir vers son bunker au fond du jardin ou dans la cave, l’attaque avait déjà eu lieu et le souffle du à l’impact était imminent. Ce programme d’armement, pervers, a été interrompu par les accords du traité SALT II et retiré en 1983.

En dépit de tous les efforts, le traité SALT II n’entra pas en vigueur à cause de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et de la dégradation des relations entre les États-Unis et l’URSS qui s’en suivit.

INF : Acronyme de Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, il s’agit d’un traité qui visait l’élimination des missiles de croisière et des missiles balistiques de courte portée (inférieure à 800 km) et de portée intermédiaire (inférieure à 5.500 km) pouvant emporter des charges explosives conventionnelles ou nucléaires. Le traité INF a été signé le 8 décembre 1987, à Washington D.C., par les présidents Ronald Reagan et Mikhail Gorbachev, et a été effectif du 1er juin 1988 au 1er juin 1991. A la date butoir du traité INF, un total de 2.692 missiles avaient été détruits : 846 par les États-Unis et 1.846 par l’URSS. Selon les accords du traité, chacune des parties avait le droit d’inspecter les installations militaires de l’autre. Après la dislocation de l’Union soviétique, les douze États successeurs sont devenus parties au traité INF, mais seuls quatre d’entre eux – le Bélarus, le Kazakhstan, la Fédération de Russie et l’Ukraine – ont continué de participer avec les États-Unis au régime d’inspections du traité INF.

Ce traité de désarmement nucléaire fait suite à la crise des euromissiles de 1977 qui fut une période de relations internationales tendues entre l’URSS d’un côté et l’Europe de l’Ouest et les États-Unis de l’autre. Profitant d’une faille dans les accords du traité SALT I, l’URSS a déploié, en Europe de l’Est, des bombardiers supersoniques stratégiques Tupolev 26 (Backfire selon le code OTAN) et installé en Allemagne de l’Est (RDA) des infrastructures mobiles, dits “mille-pattes“, capable de lancer des missiles RSD-10 Pioneer (SS-20 Saber selon le code OTAN), des missiles balistiques nucléaires sol-sol d’une portée intermédiaire d’environ 1.600 km, équipés de 3 ogives mirvées d’une puissance de 150 kilotonnes (kT), soit 450 kT au total, et pouvant parcourir 4.700 km pour atteindre leurs ennemis et rivaux : Europe de l’Ouest, Israël, Arabie Saoudite, Chine, Japon et éliminer tous les moyens de riposte nucléaire de l’OTAN basés en Europe. La réaction étatsunienne ne fut pas immédiate. Des négociations commencèrent entre les pays de l’OTAN et ceux du Pacte de Varsovie sur le retrait des missiles soviétiques d’Europe de l’Est.

l'emplacement, le nombre et la portée des euromissiles durant la crise de 1977 à 1986

Malgré la présence de quelques 200 bombardiers étatsuniens F-111 capables d’atteindre l’URSS et pour faire face à la menace soviétique qui prit en otage les populations d’Europe de l’Ouest, le 12 décembre 1979 lors d’un sommet de l’OTAN en Guadeloupe, les États-Unis de Jimmy Carter, sous la pression des puissances allemande, britannique et française, décidèrent d’installer, en Allemagne de l’Ouest (RFA), 108 MGM-31 Pershing II, des missiles balistiques nucléaires sol-sol d’une portée de 1.800 km avec une seule ogive nucléaire de 50 kT ainsi que 464 missiles de croisière au Royaume-Uni, en Belgique, au Pays-Bas, en RFA et en Italie. Durant la crise des euromissiles, le 23 mai 1980, la France mettait en service, sur le Plateau d’Albion, un groupe de 9 SSBS S3, des missiles balistiques sol-sol d’une portée intermédiaire de 3.000 km et dotés d’une seule ogive nucléaire d’une puissance de 1,2 mT. À titre de comparaison, Little Boy, qui a explosé à Hiroshima, avait une puissance d’environ 15 kT, soit 0,015 mT. En 1983, le nouveau président Ronald Reagan installa des missiles de croisière d’abord en Grande-Bretagne, puis en 1984, des missiles Pershing II en RFA, en Grande-Bretagne et en Italie. La fin de la crise des euromissiles arriva en 1986 au sommet de Reykjavík et l’« Option Zéro » proposé, en 1983, par Reagan fut approuvé. C’est le début du retrait des RSD-10 et des Pershing II ainsi que des missiles de croisière. A la suite de la signature du traité INF, le dernier des 654 missiles RSD-10 Pioneer a été mis hors service le 12 mai 1991 et le dernier des 499 lanceurs ”mille-pattes” le 28 mai 1991.

START I : Acronyme de STrategic Arms Reduction Treaty, il s’agit du premier traité sur la réduction des armes stratégiques offensives, tandis que les traités SALT I et SALT II visaient plutôt des limitations d’armements stratégiques défensifs et offensifs. Remplaçant ainsi les précédents traités de désarmement nucléaire, le traité START I a été signé le 31 juillet 1991, à Moscou, par les présidents George H.W. Bush et Mikhaïl Gorbatchev, et est entré en vigueur le 5 décembre 1994 pour une durée initiale de quinze ans, soit le 5 décembre 2009, mais renouvelable par période de cinq ans. La dissolution de l’Union soviétique en décembre 1991 entraîna différentes complications pour l’adoption et l’application du traité START I. Même si la Fédération de Russie s’était proclamée successeur légal de l’URSS, les nouveaux États du Bélarus, du Kazakhstan et d’Ukraine avaient tous des armes nucléaires sur leur territoire, ce qui affecta le traité START I.

un parc de bombardiers B-52 détruits selon les accords de START I

Les pourparlers de START I débutèrent en juin 1982 et allaient accoucher sur un volumineux traité comportait plusieurs centaines d’articles spécifiques, 700 pages au total, abordant les réductions des missiles ICBM, des lanceurs de missiles ICBM, des ogives des missiles ICBM, des missiles SLMB, des lanceurs sous-marins des missiles SLBM, des ogives des missiles SLBM et des missiles tactiques avec charge conventionnelle (non-nucléaire) de longue portée. En gros, le traité START I avait pour grande ambition de réduire, dans un premier temps, de presque la moitié le nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées en passant de 10.000 à 6.000 unités chacun, et 1.600 vecteurs stratégiques de lancement. Le traité START I n’abordait pas la question des armes nucléaires stockées mais uniquement celles dites opérationnelles et parées à un envoi immédiat. Lors de cette première des trois phases prévues, la réduction passa de 9.986 à 8.556 ogives étatsuniennes et de 10.237 à 6.449 ogives soviétiques.

Les réductions du nombre d’ogives nucléaires et de vecteurs stratégiques devaient être appliquées en trois phases au cours d’une période de sept ans après l’entrée en vigueur du traité en 1994, autrement dit jusqu’au mois de décembre 2001. Les équipements existants pouvaient être modernisés et remplacés, mais les deux parties s’étaient engager à ne pas fabriquer, essayer en vol ou déployer des missiles ICBM modifiés ou de type nouveau ni des missiles SLBM avec plus de dix ogives.

Deux principales techniques ont été utilisées pour réduire le nombre d’ogives sur les missiles balistiques déployés : 

  1. Démanteler les lanceurs des missiles ICBM et SLBM.
  2. Retirer quatre ogives maximum par missile mirvé. Le nombre d’ogives pouvant ainsi être retirées ne pouvait pas dépasser un total de 1.250 unités.

START II : Ce nouveau traité définissait de nouvelles réductions de missiles nucléaires stratégiques et d’ogives nucléaires des deux pays signataires du traité START I. Le traité START II a été signé le 3 janvier 1993, à Moscou, par les présidents George H.W. Bush et Boris Eltsine, et a été ratifié en janvier 1996 par le Sénat étatsunien et en avril 2000 par la Douma russe. Ce retard de la Russie s’explique par le refus des discussions, en mars/avril 1999, en signe de protestation contre les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie. Le traité START II n’est jamais entré en vigueur à cause des plaintes russes contre les missiles antimissiles balistiques étatsuniens du Traité ABM interdisant le déploiement d’un système global de défense antimissile sur le territoire étatsunien selon les accords du traité SALT I.

Le traité START II prévoyait une réduction des deux tiers des arsenaux nucléaires stratégiques en deux phases. Plus précisément, dans les sept ans suivant l’entrée en vigueur du traité. Le nombre total des ogives nucléaires déployées de chacun devait être compris entre 3.800 et 4.250 lors de la première phase. La seconde phase fixait une réduction entre 3.000 et 3.500 ogives nucléaires déployées à la date d’échéance fixée au 31 décembre 2007. Sur ce total, le nombre de missiles SLBM à têtes multiples et indépendantes ne pouvait plus excéder 1.750 ogives nucléaires à la date d’échéance fixée au 1er janvier 2003, tandis que, à la même date, les missiles ICBM à têtes multiples et indépendantes devaient avoir totalement disparu des forces stratégiques des deux pays. 

Au maximum, lors de la première phase, 1.200 ogives pouvaient être déployées sur des missiles ICBM, 2.160 sur des missiles SLBM et 650 sur des missiles balistiques intercontinentaux lourds comme le R-36 russe (SS-18 Satan selon le code OTAN). Ce dernier missile a à la fois la plus longue portée, entre 11.200 et 16.000 km selon le modèle, et est la plus puissante arme thermonucléaire jamais élaborée après la célèbre « Tsar Bomba » lorsqu’elle est équipée d’une ogive unique dont la puissance varie de 18 à 25 mT. Les 88 R-36 en service depuis 1992 et dont la plupart sont déployés sur la base de Dombarovsky dans la région d’Orenbourg, en Oural du Sud, ont la capacité d’effacer des villes entières de la carte. Outre le missile balistique intercontinental sol-sol ICBM Topol-M, « Peuplier » en russe, (SS-27 Sickle B1 selon le code OTAN) doté de 6 ogives mirvées de 0,55 mT chacune et mis en service depuis fin 2009 ainsi que son homologue mer-sol SLBM, le très controversé RSM-56 Boulava, « Esturgeon » en russe, (SS-NX-30 selon le code OTAN) équipé de 6 à 10 ogives mirvées d’une puissance de 100 à 150 kT chacune – dont les treize essais jusqu’à présent se sont achevés par sept succès et six échecs tel que celui qui produisit un incroyable phénomène de spirale lumineuse dans l’atmosphère à Tromsø, en Norvège près de la Mer Blanche, à cause d’une défaillance du troisième étage provoquant une vrille du missile libérant des gaz qui dessinèrent la spirale lumineuse en question – un nouveau missile a été envisagé pour remplacer le surpuissant R-36, il s’agit du RS-20 Voyvoda selon la classification russe. Il était prévu qu’il pourrait percer n’importe quel bouclier antimissile mais avant la signature du nouveau traité START III, en avril 2010, il avait été décidé que le R-36 resterait en service jusqu’en 2014 ou 2016 selon une annonce faite en 2008.

La chronologie des essais du missile RSM-36 Boulava

Pour la petite histoire, surnommé Tsar Bomba par les Étatsuniens, « Impératrice des Bombes » en russe, cette bombe H a été prévue initialement pour servir de base à des bombes dévastatrices de 100 mT. Tsar Bomba avait une puissance estimée à 57 mT lors de son essai qui a eu lieu le 31 octobre 1961, dans l’archipel de la Nouvelle-Zemble en Océan Arctique. La détonation développa une gigantesque boule de feu de 7 km de diamètre. L’éclair de l’explosion fut visible à plus de 1.000 km du point d’impact et le champignon atomique en résultant parvint à une altitude de 64 km, sept fois plus haut que le mont Everest (8.848 m). Tsar Bomba provoqua une destruction totale dans un rayon de 35 kilomètres. Elle est l’arme la plus puissante jamais utilisée dans l’histoire de l’humanité, jusqu’à nos jours. En comparaison, l’essai étatsunien le plus puissant, et sans doute le plus dramatique, qui a eu lieu le 1er mars 1954, dans l’atoll de Bikini, est Castle Bravo avec 15 mT, mille fois plus que chacune des deux bombes larguées sur le Japon, alors que la puissance était prévue à 5 mT.

SORT : Acronyme de Strategic Offensive Reductions Treaty, il s’agit d’un traité sur la réduction des arsenaux nucléaires, négocié par les États-Unis et la Russie. Il a été signé le 24 mai 2002, à Moscou, par les présidents George W. Bush et Vladimir Poutine, et a été ratifié par la Douma russe et le Sénat étatsunien le 8 mars 2003. Le traité SORT établit que le traité START I reste en vigueur mais il remplace le traité START II, tombé en désuétude, et est une évolution du traité START III non ratifié dont les négociations débutèrent en 1997 entre les présidents Bill Clinton et Boris Eltsine.

George W. Bush et Vladimir Poutine signant le traité SORT le 24 mai 2002

En signant le traité SORT, les deux parties se sont engagées à réduire de deux tiers leur arsenal d’armes nucléaires stratégiques qui doit ainsi passer de 6.000 têtes nucléaires déployées à une fourchette entre 1.700 et 2.200 ogives nucléaires à la date d’échéance fixée au 31 décembre 2012, conformément aux décisions annoncées lors des entretiens entre les deux présidents à Washington le 13 novembre 2001. Le traité SORT est le traité le plus court de l’histoire du désarmement nucléaire avec seulement 5 articles sur 2 pages. Très critiqué, ce traité n’oblige pas à détruire le surnombre mais autorise le stockage ou la conservation comme réserves opérationnelles. Le traité SORT réserve également le droit de décider de la façon dont chaque pays détruit son arsenal, comme le souhaitait le gouvernement étatsunien. En effet, avant la signature, le 8 janvier 2002, dans un document du Pentagone présenté comme une révision de la stratégie nucléaire américaine (Nuclear Posture Review de 1994), le sous-secrétaire d’État à la défense J.D.Crouch avait annoncé que les États-Unis voulaient garder en réserve une partie des milliers de leurs ogives nucléaires devant être retirées. Dans le traité SORT, aucune indication n’est fixée sur la structure des forces stratégiques ni la répartition des charges nucléaires entre les trois composantes : missiles sol-sol, missiles mer-sol et bombardiers à long rayon d’action. De plus, une simple proposition de création d’une commission bilatérale qui se réunira deux fois par an est mentionnée. Si le traité n’est pas renouvelé avant la date butoir, les États-Unis auront dès lors la possibilité de redéployer 2.400 ogives nucléaires tenues en réserve. De son côté, la Russie dispose de 5.000 armes stratégiques opérationnelles, 3.500 armes tactiques et 11.000 charges nucléaires stratégiques et tactiques qu’elle pourra à nouveau redéployer si le traité SORT n’est pas renouvelé. Au final, le traité SORT est une vulgaire limitation entre les armes nucléaires qui sont déployées et celles qui sont stockées, celles-ci pouvant être réactivées à tout moment en cas de nécessité. Les critiques sont compréhensives car le traité SORT ne représente pas un progrès significatif dans la voie du désarmement nucléaire et les engagements pris à la conférence d’examen du TNP, en mai 2000, n’ont pas été tenus. Il est important de signaler que le traité SORT a été négocié et signé peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001.

START III : (ou New START) est le dernier traité de réduction des armes nucléaires stratégiques offensives qui a été signé le 8 avril 2010, à Prague, par les présidents Barack H. Obama et Dmitri Medvedev. Etant d’actualité, beaucoup d’articles critiquent le traité START III stipulant entre autres que les deux parties s’engagent à ne pas attaquer un État ne possédant pas d’arme nucléaire et dénoncent la mise en garde adressée explicitement à l’Iran et à la Corée du Nord ainsi que la possibilité d’une riposte nucléaire en cas d’attaque à l’arme biologique ou chimique, même contre un État signataire du TNP. Selon ces articles, les accords du traité START III ne limitent pas les arsenaux nucléaires respectifs à proprement parler mais réduisent uniquement la capacité opérationnelle à 1.550 têtes nucléaires déployées par rapport au plafond actuel de 2.200 têtes nucléaires, c’est-à-dire celles qui sont prêtes à un envoi immédiat, et un maximum de 800 vecteurs stratégiques de lancement contre 1.600 auparavant. Dans un entretien avec Le Monde, Eric Edelman, ancien numéro trois du Pentagone de 2005 à 2009 et à présent expert du think tank CSBA de Washington, explique qu’« avant de quitter ses fonctions, le président George W. Bush avait donné instruction pour que les États-Unis aillent vers la limite inférieure, 1 700 charges. Ce qui veut dire que, côté étatsunien, la réduction réelle est de 150 têtes sur un arsenal de plusieurs milliers. »

Nous pouvons dire qu’il est à la fois question d’un très modeste désarmement nucléaire et d’une faible réduction du potentiel d’attaque car un autre point technique essentiel et majeur du nouveau traité START III concerne l’arrêt de l’exploitation du système MIRV pour les missiles ICBM et SLBM. Le système MIRV équipe la majorité des armes nucléaires de longue portée formant l’ossature principale des forces stratégiques étatsuniennes et russes. Tout comme le Traité ABM marqua les accords du traité SALT I en son temps, cet arrêt est la grande évolution du traité START III. Bien sûr, il s’agit uniquement des armes déployées et les armes nucléaires mirvées de courte portée, de moyenne portée et de longue portée seront sans nul doute remplacées par des armes nucléaires dont l’ogive unique sera encore plus puissante. 

un convoi de missiles russes Topol-M

Cela signifie par conséquent que le très controversé missile RSM-56 Boulava ainsi que les RS-24 Topol-M et R-36 sont condamnés à la modification ou à la destruction aux termes de ce nouveau traité ainsi que tous les autres missiles balistiques intercontinentaux sol-sol russes RS-12M Topol, RS-12MS Topol M, RS-18 et RS-20 et ceux embarqués à bord des sous-marins, les R-29RM Sineva à 4 ogives mirvées de 100 kT et d’une portée de 8.300 km, les RSM-50, les RSM-52 et les RSM-54 Shetal équipés de 4 ou 10 ogives nucléaires mirvées d’une puissance de 100 kT chacune et d’une longue portée de 11.000 km. Il en va de même chez les Étatsuniens pour les missiles ICBM LGM-30F Minuteman-II, les 450 LGM-30G Minuteman III dotés de 3 ogives thermonucléaires mirvées W87 dont la puissance varie de 170 à 475 kT chacune et d’une longue portée s’élèvant à 13.000 km, et les dizaines de LGM-118A Peacekeeper MX (nouvelle génération) dotés de 10 ogives thermonucléaires mirvées W87 d’une puissance de 300 kT chacune et d’une longue portée de 10.900 km ainsi que les 528 missiles SLBM UGM-133A Trident II Mk4 D5, Mk5 D5 et Mk5 D5LE (ce dernier étant actuellement en cours d’expérimentation) d’une portée de 19.000 km avec une vitesse maximale de 19.030 km/h et capable de transporter jusqu’à 12 têtes thermonucléaires mirvées ou 8 têtes W88 d’une puissance maximale de 475 kT chacune ou encore 8 têtes W76 de 100 kT chacune mais les traités START I les limitaient déjà à 8 et SORT à 4 ou 5.

Les traités internationaux et régionaux

TNP : Appliqué par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), le Traité sur la Non-Prolifération des armes nucléaires a été conclu en 1968, signé par un grand nombre de pays le 1er juillet 1968 et est entré en vigueur le 5 mars 1970 pour une durée de 25 ans. Il a été reconduit pour une durée illimitée en 1995.

Le principe de base du TNP repose sur deux facteurs : les premiers pays dotés de l’arme nucléaire et ayant fait exploser une arme nucléaire avant le 1er janvier 1967 (EDAN ou « club nucléaire »), en l’occurence les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni, la France et la Chine (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU) s’engagent en signant le TNP à ne pas aider un autre pays à acquérir des armes nucléaires. Les seconds pays non dotés de l’arme nucléaire (ENDAN) s’engagent à ne pas fabriquer d’armes nucléaires et à ne pas essayer de s’en procurer, ni de posséder des armes nucléaires étrangères sur son sol. Aujourd’hui, plusieurs pays ne sont pas en règle avec ce dernier point en abritant 400 armes nucléaires étatsuniennes B-61, pour certains depuis les années 1960, dont l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie. 

Les armes nucléaires dans le monde et la non-prolifération

Le TNP est surtout censé favoriser les usages pacifiques de l’atome, en affirmant le droit inaliénable de toutes les parties au traité à développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Tous les pays signataires, et notamment les États les plus avancés dans le domaine nucléaire civil, s’engagent ainsi à faciliter un échange aussi large que possible d’informations, d’équipements et de matières nucléaires pour les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire. En théorie.

Malgré la clause de désarmement dans l’article VI du TNP, par laquelle les puissances nucléaires s’engagent à des négociations pour un désarmement sous le contrôle de l’AIEA, la réalité est différente. Dans la pratique, le club nucléaire continue de renouveler et moderniser leurs arsenaux nucléaires et de faire de la recherche en optant pour le qualitatif plutôt que le quantitatif. Autrement dit, des armes nucléaires moins nombreuses mais beaucoup plus puissantes. Les articles V et VI du TNP incluent seulement une obligation de « bonne foi » à négocier la fin de la course aux armements nucléaires, qui n’est pas assortie d’obligation de résultats. En d’autres termes, le TNP malgré son importance est un traité peu efficace, peu respecté, avec des failles exploitables, littéralement négocié en langue de bois et qui peut éventuellement servir de moyen de pression contre une nation membre du TNP qui voudrait développer l’arme nucléaire sous le couvert d’un programme nuclaire à un usage civil sans favoriser les intérêts d’un ou plusieurs membres du club nucléaire craignant l’émergence d’une nouvelle puissance dangereuse et pouvant rivaliser avec un ou plusieurs d’entre eux sur différents points géopolitiques et géostratégiques. Inutile de citer l’Iran comme exemple.

TICEN : Acronyme pour Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires, ou en anglais Comprehensive Test Ban Treaty (CTBT), il s’agit d’un traité international qui interdit les quatre types d’essai nucléaire : atmosphérique, extra-atmosphérique, sous-marin et souterrain. Le TICEN a été ouvert à la signature le 24 septembre 1996, à New York, mais n’est toujours pas entré en vigueur. En effet, il n’entrera en vigueur que lorsque tous les 44 pays, cités dans l’annexe 2, possédant des réacteurs nucléaires et/ou des réacteurs nucléaires de recherche l’auront signé et ratifié par leur parlement. Parmi ces pays cités dans l’annexe 2, la Chine, l’Égypte, les États-Unis, l’Indonésie, l’Iran et Isräel ont signé mais pas ratifié le traité. La Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan n’ont pas signé le traité. A la date du 25 novembre 2008, sur les 195 pays cités dans l’annexe 1, 180 États l’avaient signé et 148 l’avaient déjà ratifié.

les quatre types d’essai nucléaire : atmosphérique (1), souterrain (2), extra-atmosphérique (3), sous-marin (4)

 Selon le 1er article du traité TICEN :
  1. Chaque État partie s’engage à ne pas effectuer d’explosion expérimentale d’arme nucléaire ou d’autre explosion nucléaire et à interdire et empêcher toute explosion de cette nature en tout lieu placé sous sa juridiction ou son contrôle.
  2. Chaque État partie s’engage en outre à s’abstenir de provoquer ou d’encourager l’exécution – ou de participer de quelque manière que ce soit à l’exécution – de toute explosion expérimentale d’arme nucléaire ou de toute autre explosion nucléaire.

Le TICEN est un traité important qui en a remplacé plusieurs autres, parmi lesquels :

  • l’ancien traité sur l’espace extra-atmosphérique, également appelé « Traité sur l’Espace », qui a été ouvert à la signature le 27 janvier 1967, entré en vigueur en 1968 et ratifié par 95 États. Au commencement de l’ère spatiale largement dominée par les Soviétiques, le traité régissait les activités militaires spatiales des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et autres corps célestes. Il interdisait de mettre sur orbite terrestre un quelconque objet transportant des armes nucléaires ou tout autre type d’arme de destruction massive, ainsi que d’installer de telles armes sur des corps célestes, ou de placer celles-ci dans l’espace extra-atmosphérique de quelque manière que ce soit. L’établissement de bases, d’installations militaires ou de fortifications était également banni, ainsi que les essais de n’importe quel type d’arme et l’exécution de manœuvres militaires sur des corps célestes. En renonçant à installer des armes nucléaires ou autres armes de destruction massive dans l’espace, les deux grandes puissances n’ont en réalité pas sacrifié grand-chose. Il n’était pas interdit de lancer des missiles balistiques transportant des armes nucléaires dans l’espace, et le déploiement dans l’espace d’armes autres que de destruction massive n’était nullement restreint. Le traité sur l’espace extra-atmosphérique a été modifié quatre fois avec l’Accord sur le sauvetage des astronautes, la Convention sur la responsabilité internationale pour les dommages causés par des objets spatiaux, la Convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique et l’Accord sur la Lune. Le programme étatsunien surnommé « Guerre des Étoiles », nommé officiellement « Initiative de défense stratégique » (IDS), a été lancé le 23 mars 1983 par le président Ronald Reagan. Un projet de réseau de satellites, formant un bouclier spatial, dont le rôle était la détection et la destruction de missiles balistiques lancés contre les États-Unis. A cette époque, on parlait notamment de lasers tirés depuis l’espace, grâce à des véhicules spatiaux militarisés. De nombreux experts qualifiaient le projet d’irréaliste, pour deux raisons. D’une part, ils considèraient la chose techniquement infaisable, en l’état actuel des technologies, et inefficace face à des avions et des missiles de croisière. D’autre part, ils critiquaient le programme modifiant profondément l’équilibre des forces à l’échelle de la planète et encourageant la militarisation de l’espace. Malgré l’avis des experts, le Congrès débloqua des milliards de dollars pour sa réalisation. Le programme a été abandonné en 1993 par le président Bill Clinton. Réactivé, dans une version réduite avec des missiles intercepteurs lancés depuis la terre, par le président George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, le nouveau missile russe ICBM RS-24, une nouvelle variante mirvée du missile Topol-M pour les uns, le même modèle avec un nom différent pour les autres, réduisait à néant l’efficacité du projet de bouclier anti-missiles. Les premières phases de vol du RS-24 pouvant atteindre des vitesses supérieures aux précédentes classes de missiles balistiques le rend moins vulnérable aux interceptions par les systèmes anti-missiles. De même que durant sa phase balistique, les dizaines de petits moteurs du MARV (MAnœuvrant Rentry Vehicle), transportant les 4 à 6 ogives mirvées avant leur déploiement, permettent au RS-24 de suivre des trajectoires évasives rendant son interception tout aussi difficile. Le programme fut une nouvelle fois abandonné par le président Barack Obama, en septembre 2009.
  • l’ancien traité SACTS (Seabed Arms Control Treaty ou Seabed), un traité sur le fond des mers qui a été ouvert à la signature en février 1970. Il interdisait quelque chose qui n’existait pas, et qui probablement n’était pas réalisable à cette époque, c’est-à-dire le placement sur les fonds marins ou dans leur sous-sol de toute arme nucléaire ou de tout type d’armes de destruction massive, ainsi que des structures, plateformes de lancement ou toute autre installation spécifiquement destinée au stockage, à l’expérimentation ou à l’utilisation de telles armes.
  • l’ancien traité PTBT (Partial Test Ban Treaty), un traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, signé le 5 août 1963, à Moscou, peu de temps après la crise des missiles de Cuba et interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère, dans l’espace et sous l’eau mais pas sous terre. Les États-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni l’avaient immédiatement ratifié. La France, la Chine et l’Inde l’ont signé par la suite.

ZEAN : Un traité ZEAN, acronyme pour zone exempte d’armes nucléaires ou zone dénucléarisée, est un traité régional qui stipule que les États s’engagent, pour une durée illimitée, à ne pas développer, acquérir, tester ou posséder des armes nucléaires pour leur propre compte, directement ou indirectement, ou pour le compte d’une tierce entité. Les zones exemptes d’armes nucléaires sont conçues comme des mesures de transition vers un désarmement nucléaire complet et vont encore plus loin que le TNP. Elles représentent un véritable progrès dans la non-prolifération nucléaire et le désarmement nucléaire mondial car il ne s’agit pas, selon les différents traités bilatéraux américano-russes, de se contenter de stocker dans les arsenaux ou de conserver en cas de défaillance d’une ou plusieurs armes nucléaires pouvant ainsi être remplacées par les réserves mais interdisent catégoriquement leur présence et leur existence sur le territoire des États-parties de ces zones. Néanmoins et c’est là leur petite faiblesse, un ou plusieurs protocoles des traités ZEAN contiennent des « assurances négatives de sécurité » (ANS). Ce ou ces protocoles précisent que les cinq pays du club nucléaire doivent également signer et ratifier le ou les protocoles. Ces pays reconnaissent alors et respectent le statut des zones exemptes d’armes nucléaires de la région et qu’ils n’utiliseront pas ou ne menaceront pas d’utiliser des armes nucléaires contre les États-parties de ces zones. Les différentes flottes étatsuniennes et bases militaires à l’étranger sont problématiques car leur champ d’action peut se limiter à cause de ces zones. Les États-Unis sont alors poussés à devoir modifier leur géostratégie ou à ne pas ratifier les traités ZEAN.

Il faut que les zones exemptes d’armes nucléaires et le développement de telles zones fassent partie intégrante de la politique étrangère des États du monde entier et qu’elles soient un débat important au sein de l’Assemblée Générale de l’ONU. Aujourd’hui, la grande majorité des pays européens sont aujourd’hui exempts d’armes nucléaires. Ces pays sont l’Arménie, l’Autriche, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Bulgarie, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Géorgie, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, la Norvège, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Tchéquie et l’Ukraine. Actuellement, il existe six zones dénucléarisées dans le monde et deux territoires dénucléarisés, la Mongolie et la Nouvelle-Zélande ayant même refuser le nucléaire civil. 

Traité sur l’Antartique : Signé le 1er décembre 1959 et entré en vigueur le 23 juin 1961, le Traité sur l’Atlantique n’est pas un traité ZEAN qui a été spécialement conçu vis-à-vis des armes nucléaires. Il y a juste une mention qui stipule que la réalisation d’essais nucléaires est prohibée, tout comme le dépôt de matériel radioactif. Cependant, le Traité sur l’Antartique a fait de l’Antartique la première zone exempte d’armes nucléaires dans le monde.

Traité de Tlatelolco : Signé à Tlatelolco, un quartier de Mexico, le 14 février 1967 et entré en vigueur le 25 avril 1969, le Traité de Tlatelolco a fait de l’Amérique Latine et des Caraïbes la seconde zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États de l’Amérique Latine et des Caraïbes, à savoir, l’Antigua-et-Barbuda, l’Argentine, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, Cuba, la République dominicaine, Dominique, l’Équateur, la Grenade, le Guatemala, Guyana, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, le Nicaragua, Panamá, le Paraguay, le Pérou, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie, le Salvador, le Suriname, Trinité-et-Tobago, l’Uruguay et le Vénézuela. Cuba en 2002 a été le dernier État à ratifier le traité. Le club nucléaire l’a signé et ratifié.

Peu de temps avant la fin officielle de la Guerre Froide, le ministre de la marine brésilienne, Fonseca, expliquait publiquement, en 1987, qu’un traité commercial avec l’Allemagne n’avait qu’un but : acquérir la technique permettant de construire la bombe atomique. En septembre 2009, suite à une thèse universitaire réunissant les connaissances nécessaires pour fabriquer une bombe atomique intitulée « Simulation numérique de détonations thermonucléaires en milieux hybrides de fusion-fission exploités par radiation » et écrite par le physicien Darron ayant réussi à décoder les modèles mathématiques de l’ogive étatsunienne W87, l’AIEA a demandé d’amples détails sur cette thèse aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères brésiliennes. Cette thèse publiée dans la presse, et dont l’intégralité n’a pas été dévoilée mais gardée secrète, n’a pas manqué de rappeler l’ancien projet secret du régime militaire (1964-1985) de doter le Brésil de l’arme atomique et qui continua clandestinement au sein de l’armée jusqu’en 1990. Un programme nucléaire militaire qui a été interrompu in extremis, à un mois du premier essai nucléaire, par le président Fernando Collor. En dépit des soupçons sur le fait que le géant sud-américain maîtrise à nouveau les diverses techniques, comme la centrifugation, pour fabriquer la bombe atomique, un porte-parole des Affaires étrangères a rappelé que le Brésil était signataire du TNP et respectait cet accord. Le président Lula soulignait également que le « Brésil est le seul pays au monde qui mentionne dans sa Constitution l’interdiction de posséder une arme nucléaire. » Cela étant dit, il arrive constamment que des constitutions soient réformées comme pour annuler le nombre de mandats présidentiels. Il n’y a pas que les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU qui ont des armes nucléaires et possèder la bombe atomique permet d’être pris au sérieux par les autres grandes puissances mondiales. La vraie crainte à voir ne réside pas tant dans le fait que le Brésil possède ou non une bombe atomique, il faut dire qu’une de plus ou de moins sur les milliers existantes de part le monde ne représente pas vraiment un danger supplémentaire pour l’humanité selon un certain point de vue, mais le risque consiste surtout dans une course à l’armement nucléaire entre les puissances sud-américaines violant à la fois le TNP et le Traité de Tlatelolco, et malgré les efforts d’un désarmement nucléaire mondial. Le Brésil qui a ainsi déjà violé le Traité de Tlatelolco ne manque donc pas d’attiser la méfiance des autres pays d’Amérique du Sud avec son nouveau programme de sous-marins à propulsion nucléaire en collaboration avec la France.

Traité de Rarotonga : Signé à Rarotonga, dans les Îles Cook, le 6 août 1985 et entré en vigueur le 11 décembre 1986, le Traité de Rarotonga a fait du Pacifique Sud la troisième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États du Pacifique Sud, à savoir, l’Australie, les Îles Cook, les Fidji, les Kiribati, Nauru, la Nouvelle-Zélande, Niué, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Salomon, Samoa, les Tonga, les Tuvalu et le Vanuatu. La France et le Royaume-Uni ont signé et ratifié les trois protocoles en 1996. Les Etats-Unis les ont signé la même année mais ne les ont pas ratifiés. La Chine a signé et ratifié les protocoles II et III en 1987.

Traité de Bangkok : Ouvert à la signature à Bangkok en Thaïlande le 15 décembre 1995 et entré en vigueur le 28 mars 1997, le Traité de Bangkok a fait de l’Asie du Sud-Est la quatrième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États de l’Asie du Sud-Est, à savoir, le Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Viêt-Nam qui l’ont tous signé et ratifié. Cependant, aucun État du club nucléaire n’a signé ce protocole en raison de leur crainte que les dispositions du Traité de Bangkok ne restreignent la liberté de mouvement de leurs navires et avions dans les eaux et espaces internationaux à proximité de l’Asie du Sud-Est.

Traité de Pelindaba : Ouvert à la signature au Caire le 11 avril 1996 et entré en vigueur le 15 juillet 2009, le Traité de Pelindaba a fait de l’Afrique la cinquième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde suite et le premier continent dénucléarisé. Pour entrer en vigueur, 28 ratifications étaient nécessaires pour cela (soit la moitié des États membres de l’Union Africaine + 1), la ratification par le Burundi était la 28ième ratification. Les cinq États du club nucléaire ont signé les protocoles I et II mais seuls la Chine, la France et le Royaume-Uni les ont ratifiés. La France est l’unique État à avoir signé et ratifié le protocole III. La Russie a refusé de ratifier les protocoles I et II à cause de l’île de Diego Garcia, un atoll de l’archipel des Chagos situé au milieu de l’Océan Indien, contrôlée par le Royaume-Uni qui loue sa base militaire aux États-Unis.

Les bombardiers B-52 (arrière) et B-2 Spirit (avant) de la base militaire de Diego Garcia

Alambique, l’île de Diego Garcia est indirectement concernée par le Traité de Pelindaba car l’île est réclamée par la République de Maurice comme faisant partie intégrante de son territoire. Diego Garcia constitue le « fer de lance » de l’armée américaine. Une flotte de bombardiers est basée à Diego Garcia dont les fameux bombardiers furtifs B-2 Spirit, pouvant larguer 16 bombes nucléaires d’un poids unitaire de 320 kg à 1090 kg. Il y a aussi une station du réseau Echelon qui serait basée sur l’atoll ce qui constitue un atout majeur pour le United States Central Command. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, la base de Diego Garcia est soupçonnée d’être ou d’avoir été un centre de détention secret pour des prisonniers d’Al-Qaïda. Les États-Unis ont signé les protocoles I et II ajoutant cependant qu’ils se réserveraient le droit de répondre à une attaque biologique ou chimique par un État africain du Traité de Pelindaba, par tous les moyens, y compris l’utilisation d’armes nucléaires.

Le Traité de Pelindaba se démarque également des autres traités ZEAN pour quatre raisons :

  1. Selon l’article I, le Traité de Pelindaba utilise le terme « dispositif explosif nucléaire » plutôt qu’« arme nucléaire ». Ce terme couvre toute arme nucléaire ou tout dispositif explosif capable de libérer l’énergie nucléaire. Toutefois, il ne couvre pas les moyens de transports ou les vecteurs de ces armes ou de ces dispositifs.
  2. Chaque État-partie reste libre de décider d’autoriser ou non le transit d’armes ou de dispositifs explosifs nucléaires via son territoire.
  3. L’Afrique du Sud a détenu l’arme atomique et y a renoncé volontairement.
  4. Une clause spéciale interdit le déversement de déchets radioactifs sur le territoire des États-parties.

Traité de Semipalatinsk : Signé le 8 septembre 2006 au polygone nucléaire de Semipalatinsk, un ancien site d’essais nucléaires de l’URSS, situé au Kazakhstan, et entré en vigueur le 21 mars 2009, le Traité de Semipalatinsk a fait de l’Asie Centrale la sixième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États d’Asie Centrale, à savoir, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Peu d’informations circulent à propos des ratifications par le club nucléaire. Le Traité de Semipalatinsk étant assez récent et la complexité des guerres en Afghanistan et au Pakistan ont retardé les ratifications des protocoles.

Signalons que c’est la première fois qu’une zone exempte d’armes nucléaires est établie dans l’hémisphère Nord, ayant une frontière directe avec deux puissances nucléaires, la Chine et la Russie, et à proximité de deux autres puissances nucléaires, l’Inde et le Pakistan. Le Traité de Semipalatinsk prend l’exemple sur le Traité de Pelindaba et interdit la recherche liée à la fabrication d’armes nucléaires et autorise la présence d’installations ayant un lien avec le nucléaire comme les installations de communication, de surveillance et de renseignement. Chaque État-partie reste libre de décider d’autoriser ou non le transit d’armes ou de dispositifs explosifs nucléaires via son territoire ou son espace aérien. L’obligation de non-prolifération la plus importante souscrite par les États-parties est de ne pas autoriser le stationnement d’armes nucléaires étrangères sur leurs territoires.

Conclusion

Au prix d’achat par unité comme le missile Minuteman III à 7 millions de dollars sans compter les essais, on peut dire que c’est de l’argent du contribuable jeté par la fenêtre. Il serait sans doute pertinent de faire une estimation du coût total des armes nucléaires créées, testées, retirées, stockées et demantelées ou modifiées en accord selon les différents traités depuis le début de l’histoire du désarmement nucléaire. Un montant auquel il faudrait rajouter les coûts pour les achats des matériaux, pour les recherches scientifiques et pour tous les salaires des techniciens et des militaires. Un chiffre total qui s’élèverait probablement dans les centaines voir les milliers de milliards de dollars rien que pour les États-Unies et la Russie. Cette remarque donne encore plus de sens à la folie des hommes de pouvoir. Toutefois, des progrès réels en matière de désarmement nucléaire ont été notés. Selon certaines sources, rien qu’entre 1990 et 1996, le nombre total de têtes nucléaires a été réduit de 70.000 pour les uns, 80.000 pour les autres à 40.000. Il existerait actuellement encore 23.300 têtes nucléaires dans le monde. Les États-Unis possèdent environ 9.400 têtes, dont au moins 2.600 actives. La Russie possède environ 13.000 têtes, dont 4.840 sont actives. Avec les accords discutables du traité START III mais aussi la volonté de chercher une puissance de destruction augmentée au profit du nombre d’armes nucléaires et la prolifération des bombes Mini-Nuke, nous sommes encore loin d’un monde sans armes nucléaires que le président Barack H. Obama avait souhaité lors de son discours à Prague en 2009. Shelton Williams, du think tank Osgood Center for International Studies à Washington, déclarait ce sujet que « le président Obama doute de la création d’un monde sans armes nucléaires de son vivant. » Il ajoutait ensuite que «ce monde ne peut être créé uniquement si les pays acceptent les garanties universelles et contraignantes, avec des sanctions visant les contrevenants. » Aujourd’hui encore, l’arme nucléaire est un prestige que de nombreux gouvernements souhaiteraient détenir car l’arme nucléaire impose le respect. Comme le disait Albert Einstein à son époque : « Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la quatrième. »

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Des couleurs, des drones et le néocolonialisme

par Saïd Ahmiri

De l’éclatement de la Yougoslavie depuis 1991 à la proclamation d’indépendance du Kosovo le 17 février 2008 est ce que l’on nomme une « balkanisation », une stratégie qui se définit par un processus politico-militaire de fragmentation territoriale en vue d’élaborer des états autonomes pour diminuer la puissance d’une nation et profiter des divisions inter-ethniques, ou inversement, afin par exemple d’y installer des bases militaires étrangères dans le cadre d’opérations futures de plus grande envergure n’impliquant pas forcément la nation balkanisée. En ces heures sombres pour les uns, glorieuses pour les autres, de la fin du capitalisme, la balkanisation n’a pas évolué en une nouvelle forme de morcellement du territoire mais a cédé l’aspect purement politique à la révolution colorée ou révolution des fleurs afin entre autre d’instaurer ou de faire instaurer au pays nouvellement pro-atlantiste une démocratie de marché, infiniment néolibérale, et n’impliquant plus seulement que les politiciens de l’opposition au régime en place mais qui en appele à la participation massive de jeunes activistes.

les Révolutions de Couleur/Fleurs

Le millénaire des guerres énergétiques

Bien que la Guerre Froide soit officiellement terminée, un nouvel acteur au premier plan de ce monde multipôlaire, la Chine, s’est invité en force dans la rivalité mythique entre les États-Unis à la tête de l’OTAN et la Russie soutenue par la CEI. La concurrence rude des trois blocs demeure omniprésente dans les coulisses du pouvoir des pays post-soviétiques du Caucase à l’Asie Centrale, deux vastes régions eurasiennes aux ressources très riches en hydrocarbures où plusieurs révolutions de couleur/de fleurs majoritairement anti-communiste ont éclaté et ont réussi après la révolution originelle de la Serbie en septembre 2000 grâce notamment à Optor, le mouvement d’activistes serbes anti-Milosevic :

  • la Révolution des Roses en Georgie le 23 novembre 2003 qui a vu la démission du président Edouard Chevardnaze et l’arrivée de Mikhaïl Saakachvili formé dans les universités américaines et soutenu par le mouvement de résistance civique Kmara (Assez !).
  • la Révolution Orange en Ukraine a débuté le 22 novembre 2004 après l’annulation des résultats frauduleux du second tour des votes présidentiels entre le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovytch et son rival Viktor Iouchtchenko soutenu par le mouvement Pora (Il est temps !).
  • la Révolution des Tulipes au Kyrgyzstan le 24 mars 2005, plus complexe et nettement plus violente que les précédentes, a vu le renversement du président Askar Akaïev et la chute de son régime puis l’instauration du nouveau gouvernement de l’ancien Premier ministre Kourmanbek Bakiev qui n’était pas directement soutenu par le mouvement de résistance des jeunes Kel-Kel.
Birmanie, la Révolution Safran

la Révolution Safran de Birmanie

IRAN-VOTE-MOUSAVI

la Révolution de Velours d'Iran

« Ces révolutions se sont toutes déroulées suivant le même mécanisme : au moment où le pouvoir en place tentait de se renouveler, les partis d’opposition, soutenues par de puissantes ONG locales, ont contesté le résultat des élections et bloqué le pays par des manifestations pacifiques. Cette dynamique des sociétés civiles a débouché sur la chute du pouvoir et son remplacement par des équipes gouvernementales proaméricaines. » Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, page 90. Et les nombreuses autres tentatives avortées ou échouées, parfois sous la répression meurtrière de la police, par l’intervention implacable de l’armée ou au moyen d’assassinat planifié par les services secrets comme en Azerbaïdjan dès mars 2005 [1], en Ouzbékistan en mai 2005 [2], la Révolution Safran en Birmanie en août 2007 [3], en Mongolie en juillet 2008 [4], en Moldavie en avril 2009 [5] ainsi que la très médiatique Révolution de Velours en Iran du 12 juin 2009 au lendemain du premier tour des élections présidentielles remportées par l’antisioniste président conservateur sortant Mahmoud Ahmadinejad sur le candidat de l’Occident libéral, le réformiste Mir Hossein Moussavi surnommé le Boucher de Beyrouth [6].

ONG à but conflictuel

Dick Cheney, membre du PNAC

Dick Cheney

Project for the New American Century

PNAC

Dans un contexte initial légèrement différent des enjeux énergétiques, face à la montée en puissance des radicaux islamistes partout au Moyen-Orient, et plus globalement dans tout le monde musulman, en Tchétchénie, au Dagestan, en Ingouchie jusque dans l’Indonésie du Jemaah Islamiyah, suite aux sanglantes guerres d’agression en Afghanistan et en Irak ainsi que les convois d’armes et moyens financiers au Hezbollah des deux bêtes noires de Washington, l’Iran et la Syrie, nous pouvons également citer la réussite de la Révolution du Cèdre au Liban après l’assassinat de Rafiq Hariri dans un attentat-suicide commis par camionnette contenant une seule charge explosive de 1800 kg le 14 février 2005, commandité soit par les Syriens pour la communauté internationale ou par un commando des forces spéciales américaines sous les ordres de l’ancien vice-président Dick Cheney selon la piste du journaliste d’investigation Wayne Madsen [7] mais dont les événements qui ont suivi ont ainsi poussé le peuple libanais à descendre dans la rue pour demander l’arrêt des ingérences de la Syrie dans la politique de leur pays autant que le rejet de la présence des troupes syriennes sur leur territoire. Hormis cette dernière insurrection au cheminement classique différent, chacune des autres révolutions de couleur/de fleurs non-violentes visant à remplacer l’ancien système communiste pro-russe dans le but de servir les intérêts occidentaux a vu l’implication directe des États-Unis. Parfois soutenant l’opposition ou organisant directement la révolution par le biais de structures indépendantes financées par le budget américain dont USAID (United States Agency for International Developpement), NED (National Endowment for Democracy) étant un organe du CFR, International Republican Institute présidé par John McCain, National Democratic Institute for International Affairs présidé par Madeleine Albright, Albert Einstein Institution étant une vitrine de la CIA, la fondation Soros et Freedom House qui a notamment compté parmi les membres de son conseil, les néoconservateurs Steve Forbes, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et Zbigniew Brzezinski que l’on ne présentent plus. Tous des signataires du dangereux manifeste des principes impérialistes du think tank Project for the New American Century (PNAC) fondé au printemps 1997 par William Kristol et Robert Kagan.

Chine-USA : une réévaluation géostratégique mondiale

« Pour les États-Unis, la donne internationale actuelle crée une nouvelle grille de lecture géostratégique à plusieurs échelons. Au premier échelon, nous retrouvons la relation entre la superpuissance et les grandes puissances. Le deuxième échelon se caractérise par la relation entre Washington et les États voyous. Le troisième, enfin se détermine par la relation entre les États-Unis et les États effondrés, lesquels sont souvent dirigés par des clans, des ethnies ou des tribus et forment un refuge pour de nombreux acteurs transnationaux. » Tanguy Struye de Swielande. Le lobby PNAC, le groupuscule obscur derrière la guerre d’Irak, a concocté ce projet néocolonialiste typiquement anglo-saxon, visant une soixantaine de pays et étroitement placé sous l’égide de l’OTAN, pour garantir la continuité du leadership mondial de l’hyperpuissance américaine en ce nouveau millénaire bien entamé. Sans partage sur la distribution des recettes mais surtout pour assouvir la domination planétaire politico-militaro-économique des faucons de Washington principalement sur tous les derniers grands gisements de gaz et de pétrole répertoriés dans le sol des nations post-soviétiques de l’Eurasie pour en faire bénéficier en priorité le gros consommateur américain au devant de la menace pesante du pic pétrolier annoncé entre 2010 et 2015 par les plus éminents spécialistes et afin de réduire leur très grande interdépendance vis-à-vis des énormes importations d’or noir de la péninsule arabique, l’Arabie Saoudite en tête, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis réunissant Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn. Des ressources importantes du coeur continental de la masse terrestre eurasiatique « Heartland » dont dépendent inévitablement la consommation sans cesse croissante des superpuissances eurasiennes de Bruxelles, Moscou, New Dehli et Pékin.

La carte des pays exportateurs du pétrole

les pays exportateurs de pétrole

La carte des principaux flux pétroliers dans le monde

les principaux flux pétroliers dans le monde

La carte de production et consommation de pétrole dans le monde

production et consommation de pétrole

La carte des réserves mondiales de pétrole

réserves mondiales de pétrole

Inutile de rappeler que la Chine comme la Russie sont déjà toutes deux très solidement ancrées en Asie Centrale, dans le Caucase, les pourtours de la Mer Noire et l’Afrique qui n’est pas en reste en matière de néocolonialisme alors que le taux de pauvreté de l’Afrique subsaharienne qui n’a pas diminué depuis vingt-cinq ans augmente inéxorablement avec sa démographie et explosera d’ici 2015, comme cela a été le cas après l’effondrement du bloc soviétique en 1990, avec plus d’un tiers du milliard de pauvres dans le monde. Un facteur-clé de l’essor économique chinois qui n’est pas resté inaperçu aux yeux des néocolonialistes venus de Hong Kong, Pékin et Shanghaï. « Les réseaux d’ONG, directement au contact de la population auraient le rôle non avoué de galvaniser le peuple contre certains régimes despotiques des pays en développement. (…) Ceux qui soutiennent que le néocolonialisme a historiquement remplacé ou complémenté le colonialisme, mettent en avant le fait que l’Afrique aujourd’hui paie chaque année (en paiement des intérêts sur prêts) au FMI et à la BM cinq fois plus qu’elle n’en reçoit sous forme d’aide au développement sous forme de prêts, privant souvent, de ce fait, les habitants de ces pays des nécessités de base. » Wikipedia. En ce qui concerne les nombreux chantiers chinois en Afrique : « l’argent investi ne profite pas aux économies domestiques » déplore le chercheur sud-africain Tsidiso Disenyana rajoutant que : « La Chine amène ses propres ingénieurs et ouvriers. » Une nouvelle ère de colonialisme étant loin de bénéficier au foyer de la famille africaine comme de résoudre les plus graves problèmes de l’Afrique noire – l’alphabétisation, le braconnage, la sécheresse, les seigneurs de la guerre – qui n’est pas sans rappeler le pillage des empires britannique et français durant la seconde partie du XIXe siècle. M. Moumouni insiste sur le fait que : « Nous les Africains devons sortir de ce type de rêverie d’une puissance, toute bénévole, qui vient pour nos beaux yeux ou parce que nous nous prévalons de notre pauvreté. Aujourd’hui on parle de la Chine, mais demain ce sera l’Inde ou le Brésil qui mènent beaucoup d’offensives en Afrique selon le même schéma. »

PNAC, une doctrine militariste

« Connaissez-vous le PNAC ? Non ? C’est dommage et c’est une erreur. Car si vous ne vous intéressez pas au PNAC, lui, il nous concerne. Nous, c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas citoyens des Etats-Unis d’Amérique. » Raoul Marc Jennar, chercheur altermondialiste.

drone naval

un prototype de drone naval

USS-Independance LCS-2

le prototype de frégate furtive USS-Independance LCS-2

drone tactique MQ-9 Reaper

le drone tactique MQ-9 Reaper

drone furtif supersonique An Jian

le prototype de drone furtif supersonique An Jian de conception chinoise

En 2000, le PNAC a publié un rapport intitulé « Reconstruire les défenses de l’Amérique ». On peut y lire ceci : « À l’heure actuelle, les Etats-Unis ne sont confrontés à aucun rival global. L’objectif d’une stratégie américaine ambitieuse devrait être de préserver et d’étendre cette position avantageuse aussi loin que possible dans le futur. » Une stratégie territoriale intercontinentale argumentant l’augmentation des effectifs militaires en passant de 1,4 millions à 1,6 millions de soldats déployés rapidement depuis leurs bases situées aux quatre coins du globe ou les autres postes d’opération avancés permettant des facilités d’accès dans certains pays. « L’US Navy de demain s’appuie, en définitive, sur trois grands principes : Sea Basing (bases en mer, forces expédition­naires), Sea Strike (projection de la puissance maritime), Sea Shield (bouclier par défense anti-aérienne, anti-missiles, anti-sous-marine, défense du littoral, démi­nage, etc.) » Tanguy Struye de Swielande. Une stratégie technologique avant-gardiste axée essentiellement sur le cyberespace et l’espace qui nécessite toutefois la modernisation des équipements militaires actuels pour en limiter à l’avenir le coût humain car je cite Jean-Pierre Petit : « Un soldat coûte cher. Il faut le nourrir, le soigner, lui payer une pension, une retraite. Il a des états d’âme, des scrupules. » Une rénovation générale s’appuyant sur un usage massive des nouvelles armes de haute technologie telle que la nouvelle génération de drones tactiques aérien pour la reconnaissance, la surveillance et l’élimination, naval dans la lutte anti-mine principalement, sous-marin pour la reconnaissance de submersible et défense des pipelines sous-marins, terrestre dans le cadre des missions secrètes des forces spéciales et spatial, tel que le modèle Ikhana dérivé du meurtrier Predator B, officiellement pour mieux lutter contre les incendies et la progression des feux de forêt [8]. Outre les micro-drone, drone-mouche, drone-hélicoptère, parmi les plus récents avions de combat sans pilote multirôles comme le General Atomics MQ-9 Reaper adaptables aux portes-avions, bâtiments amphibies et nouvelles frégates classe LCS-2 ainsi que les prototypes de drones furtifs à vitesse supersonique de haute altitude, longue autonomie, ayant la capacité d’être ravitaillé en vol et interconnectés les uns aux autres comme le Northrop Grumman X-47 Pegasus pour notamment rivaliser avec les concurrents européen Dassault nEUROn ou chinois An Jian, certains portent en eux les espoirs au DARPA de transporter une mini-nuke à guidage GPS dotée d’une ogive thermonucléaire de faible puissance et d’autres d’être équipé d’un réacteur nucléothermique similaire à celui du programme NERVA ou encore d’un système de propulsion à générateur MHD (magnétohydrodynamique) atteignant facilement les Mach 15 (19000 km/h). Et pour les drones spatiaux de demain, un propulseur MPD (magnétoplasmadynamique) parcourant la centaine de kilomètres en une seconde qui est déjà exploité par le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et la NASA dans l’élaboration des futurs vaisseaux interplanétaires habités vers Mars ainsi que pour les lunes de Jupiter et Saturne. Des concepts bien réels qui ne font plus partie de la science-fiction des années 1960 où commença le développement des premiers UAV auxquels il faut rajouter l’arme à antimatière dont quelques grammes suffisent à remplacer les plusieurs kilogrammes de plutonium d’une charge nucléaire. Ce qui réduit fortement la taille de l’ogive comme son poids et sa capacité à être déployée depuis une imposante plate-forme mobile tel que le sous-marin lanceur d’engins tout en gardant une haute puissance nominale de destruction exempte de retombées radioactives. « En fait, en 1950, deux ans avant l’explosion de la première bombe H, l’allumage par l’antimatière d’un mélange de deutérium et de tritium était à l’étude. » André Gsponer et Jean-Pierre Hurni [9]. « Hollywood a le même code génétique que le Pentagone. » Le film Anges & Démons réalisé par Ron Howard d’après le roman de Dan Brown dévoile l’existence des armes à antimatière. Un message à caractère propagandiste de la part des américains destiné précisément aux autres grandes puissances technocratiques eurasiennes, la France, la Chine et la Russie qui planchent également sur ce nouveau type d’armement non-conventionnel pendant que la communauté internationale s’acharne sur le programme nucléaire iranien. Qu’il soit civil ou militaire, la presse occidentale ferait mieux de regarder dans les placards de ses propres gouvernements. D’inévitables scandales au sein du complexe militaro-industriel craint d’Eisenhower qui ferait du Watergate un banal fait divers. Des programmes noirs du Département de la Défense plus que certainement classés Secret Défense inconnus même de la Maison Blanche qui offriraient le prix Pulitzer à un véritable journalisme d’investigation.

 

Notes

[1] : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/CHETERIAN/13165

[2] : http://www.colisee.org/article.php?id_article=2017

[3] : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2238/articles/a355272-birmanie__la_r%C3%A9volution_safran.html

[4] : http://asie21.com/asie/index.php?option=com_content&view=article&id=60:le-soubresaut&catid=58:mongolie&Itemid=86

[5] : http://www.courrierinternational.com/article/2009/04/10/une-caricature-de-revolution-coloree

[6] : http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=692

[7] : http://www.reopen911.info/News/2009/05/13/l%E2%80%99ombre-de-dick-cheney-plane-sur-le-meurtre-de-lex-premier-ministre-libanais-rafic-hariri/

[8] : http://newsoftomorrow.org/spip.php?article1888

[9] : http://cui.unige.ch/isi/sscr/phys/LaRecherche.html

De la révolution psychologique à l’évolution technologique

Posted in Consumérisme, Hédonisme, Matérialisme, Réflexion, Société, Technologies by Bao on 27 février 2010

par Saïd Ahmiri

Involution
Question : « Est-ce le progrès de la science et/ou le sens des valeurs qui peuvent définir le degré d’avancement de l’évolution de la conscience des êtres humains ? »

Tout d’abord, souvenons-nous. Ce n’était il n’y a pas si longtemps. Un jour ou l’autre, soit dans la presse, à la télévision ou sur internet, nous avons tous été confrontés aux images bouleversantes de la mort en direct de la manifestante persane Neda Agha-Soltan lors de la répression du régime iranien. Ou des images affligeantes du corps calciné au phosphore blanc de nombreux civils palestiniens par les forces armées de l’entité sioniste. Ou encore les images choquantes de l’humiliation des prisonniers à Abou Ghraib et de la torture américaine à Guantanamo. Si ce ne sont les pénibles images du génocide de plus de 8000 Bosniaques à Srebrenica malgré la présence d’un lourd contingent de 400 Casques Bleus Néerlandais, et un an plus tôt, les douloureuses images du charnier de l’école de Nyarubuye au Rwanda durant l’été 1994 où ce sont 800 000 Tutsis qui ont été massacrés par les milices Hutus armées par la France tandis que ailleurs en Afrique, ce sont des vieillards qui ont étéRwanda décapités, des personnes enfermées et brûlées vives dans des maisons, des femmes enceintes éventrées à l’arme blanche, tout simplement parce que les rebelles « voulaient connaître le sexe des enfants qu’elles portaient », des bras, des jambes et des sexes de petits garçons tranchés à la machette, la peau brûlée au tison ardent, des yeux crevés à l’aide de produits chimiques jusqu’au summum de l’ignominie, commettre des actes de cannibalisme. C’est à se demander quelles sont les leçons de la Seconde Guerre Mondiale ont été retenues à la vue de ces ossuaires africains ou balkans mais la vraie question à se poser est :  » Avons-nous tout vu ?  »

Certes, insoutenable est l’ère de la violence en ces heures sombres de croisades eurasiennes et de multiples crises mondiales, les guerres orchestrées par des luttes de pouvoir sont peut-être loin des villes occidentales, les horreurs y sont aussi omniprésentes. Il n’y a qu’à songer un instant aux sadiques lynchages en bande en prenant en compte deux récents exemples français, le Gang des Barbares et la LDJ (Ligue de Défense Juive). Songer un instant à ces innommables infanticides tels que le carnage nivellois de Geneviève Lhermitte égorgeant ses cinq enfants – Yasmine (14 ans), Nora (12 ans), Myriam (10 ans)Josef Fritzl, Mina (8 ans) et Mehdi (3 ans) – ou l’affaire des bébés congelés par Véronique Courjault. Mais également des incestes si répugnants tel que le cas hyper médiatisé en Autriche d’Elisabeth Fritzl qui a été emprisonnée pendant 24 années infernales dans la cave du domicile familliale, violée depuis l’âge de 11 ans par son monstrueux père, Josef Fritzl, et à qui elle a donné 7 enfants. Ou à l’inqualifiable pédophilie des prêtres catholiques aux États-Unis, au Canada, en Espagne, en Irlande, en France, à Marc Dutroux, Michel Fourniret, Wolfgang Priklopil, etc. De même Cho Seung-Huique les impitoyables tueries en milieu scolaire de Winnenden en Allemagne le 11 mars 2009, de Kauhajoki en Finlande le 23 septembre 2008 moins d’un an après celle de Jokela le 7 novembre 2007, celle de l’université Virginia Tech le 16 avril 2007 faisant trente-trois victimes, dont le tueur Cho Seung-Hui, et vingt-neuf blessés qui restera l’un des massacres les plus meurtriers de l’histoire des États-Unis avec la célèbre fusillade du lycée Columbine le 20 avril 1999. La liste des atrocités dans l’enceinte même de la société est bien plus longue que la somme de tous les conflits depuis que l’humanité existe.

Entre amertume et hypocrisie

Chez certaines personnes ayant une vision pessimiste de la vie, il n’est pas impossible qu’un sentiment de profond dégoût pour la race humaine doit envahir l’esprit à ce très bref rappel d’une petite poignée d’événements tragiques qui ont secoué les XXe et XXIe siècles. Du moins ressentir une haine compréhensible envers les ennemis de l’humanité. Tandis que pour d’autres personnes cherchant coûte que coûte à culpabiliser quelqu’un, il est sûrement arrivé d’en rejeter la faute ou même de maudire Dieu laissant se faire de tels actes épouvantables qui, ma foi, étant d’avantage de l’oeuvre du diable que d’autre chose. L’aversion étant l’ultime prétexte pour tenter de trouver une explication moralement logique à la cruauté sanguinaire quasi innée à l’homme primitif postmoderne. Chacun porte sa croix. Une minute de silence à la mémoire des disparus est habituellement réclamée pour le salut de leur âme et la vie reprend ensuite son cours habituel comme s’il ne s’était jamais rien produit. Jusqu’au prochain malheureux écho, un nouvel odieux incident dramatique qui viendra à nouveau défrayer la chronique, animer quelques grotesques discussions sur l’incompréhension du geste de ces monstres inhumains, partager la terrible douleur des proches des victimes durant une veillée de nuit à la chandelle précédant les voeux de sympathie des membres du gouvernement durant les funérailles ou la Conseil de Sécurité de l'ONUcérémonie en hommage aux défunts. Leur seule présence étant un bien bel exemple de l’hypocrisie étatique des politiques business garantissant le droit de porter des armes à feu sous l’égide de leur constitution, autorisant le passage de convoi d’armes sur leur territoire moyennant une généreuse contribution, approuvant l’envoi de cargaisons de munitions vers les zones de conflit ou étant ni plus ni moins les premiers pays à exploiter le filon très rentable de l’armement tout en siégant au Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est le comble de la félonie. L’idéologie de la dominance entre les grandes puissances ne se préoccupe guère du bien-être ou des dommages collatéraux que leurs choix politiques vont occasionner mais se fonde uniquement sur le pouvoir du contrôle.

Le coccon de l’Occident

Alors, est-ce le progrès de la science et/ou le sens des valeurs qui peuvent caractériser le degré d’avancement de l’évolution de la conscience humaine ? Pour y répondre, peut-être devrions-nous sérieusement nous demander si l’état de conscience de ces dangereux ennemis de l’humanité est réellement sorti du Moyen-Âge ? Et cela, peu importe que l’homme soit parvenu à envoyer des robots sur Mars, qu’il s’aventure dans le clonage autant que dans la nanotechnologie, qu’il ait connecté pratiquement toute la planète par le biais de l’internet, ou la téléphonie mobile, et que l’espérance de vie pour le japonais est de 78,67 ans et 85,56 ans pour la japonaise alors qu’en Angola elle n’est seulement que de Occident & Tiers-Monde36,73 ans pour l’homme et 38,57 ans pour la femme selon les données provenant du CIA World Factbook édition 2008, rappelant ainsi l’immense gouffre qui sépare toujours les pays développés de ceux en voie de développement. Peut-on résumer cette anthropomorphologie psychique de la race humaine à l’amélioration du mode de vie d’une maigre partie du monde ? Nous pouvons surtout dire de l’existence des civilisations occidentales qu’elle dépend étroitement de sa capacité à combler des aspirations matérialistes et à solutionner des insuffisances systémiques, des nécessités de production pour satisfaire le consumérisme de la société « télé-achat » quitte à s’orienter dans le pillage, et le gaspillage, des ressources partout ailleurs dans le monde du libre-échange. Dans ce cas, il s’agit alors uniquement de résolution de problèmes égocentriques, non de l’évolution de la conscience de l’humanité à proprement parler. Cette satisfactionCoccon living tomorrow comportementale étant similaire à un coccon très loin d’un véritable élan de développement évolutif de la psyché de l’homme. « Depuis le Siècle des Lumières, des mouvements intellectuels tentèrent à leur époque de résoudre un de ces plus grands paradoxes de la modernité : plus le monde se rétrécit et tend vers l’intégration, plus chacun a dans son expérience personnelle le sentiment que la société s’atomise et se disperse. C’est d’ailleurs ce qu’ont observé Karl Marx et Friedrich Engels dans les années 1840. Ironiquement, l’émergence de cette mondialisation, plutôt que de faire apparaître le meilleur de la solidarité humaine, a coïncidé avec l’accroissement des divisions raciales, ethniques, religieuses et sociales, dans l’émergence de nouvelles cultures. » Wikipedia.

Un seul peuple, une seule pensée ?

De l’Antiquité à l’ère de la planétisation, un grand nombre d’historiens, philosophes, poètes et scientifiques se sont évertués à chercher les différentes réponses des divers formes de l’évolution de l’humanité : Anaximandre de Milet, Héraclite d’Ephèse, Anaxagore de Clazomènes, Empédocle, Démocrite d’Abdère, Aristote, Théophraste d’Erèse de Lesbos, Pline l’Ancien, Lucrèce, Epicure, Albert le Grand, Léonard de Vinci, évolution humaineMachiavel, Spinoza, Charles Linné, Maupertuis, Buffon, Diderot, Lamarck, Saint-Hilaire et Charles Darwin pour ne citer que les plus célèbres. Depuis lors, de nouveaux concepts, théories et sciences très peu connues voient le jour pour tenter de résoudre les énigmes évolutionnistes qui ne cessent d’apparaître pendant que les connaissances universelles s’amplifient au moyen des progrès de la science et de l’intellect des penseurs. Par exemple, celle inventée par le chimiste russe et père de la géochimie moderne Vladimir Vernadski, la noosphère, un concept de représentation d’une couche de faible épaisseur entourant la Terre qui matérialiserait à la fois toutes les consciences de l’humanité et toute la capacité de cette dernière à penser. Selon Teilhard de Chardin qui a repris le terme : « C’est la vision d’une humanité dont l’imaginaire, les pensées, les idées, les découvertes, en d’autres termes le psychisme ou la conscience tissent progressivement une « noosphère » de plus en plus serrée et dense, génératrice de toujours plus de conscience, et d’une conscience de plus en plus solidaire, de plus en plus planétaire. » Une sorte de conscience collective de l’humanité et dont internet qui propage le savoir à tout le globe terrestre est un outil exemplaire, ou par excellence, du concept philosophique de la noosphère qui puise ses origines fondamentales au Ve millénaire avant Jésus Christ, à Sumer, avec l’invention de l’écriture. Moins spirituel mais d’avantage scientifique dans l’histoire mouvementée de la pensée évolutionniste, l’étude créée par le théoricien néodarwiniste français d’origine roumaine Denis Buican, la biognoséologie ou la théorie de la connaissance. Elle est au carrefour de vastes domaines dont la biosphère, le comportementalisme et l’éthologie comparée des êtres vivants. Tant bien même les connaissances peuvent et se doivent de devenir universelles, il ne peut exister une civilisation mondiale à la pensée unique et guidée par une gouvernance mondiale car cela impliquerait la mise en commun à l’échelle planétaire de manières, de valeurs, de pratiques, de croyances, et même des orientations culturelles, économiques, écologiques, militaires, politiques, religieuses, sociales, etc. Loin de l’incident eschatologique de la Tour de Babel, d’une seule languechoc des civilisations et d’une seule écriture adoptées de tous les peuples, la diversité des cultures, l’héritage communautaire et l’identité patriotique d’aujourd’hui sont les obstacles majeurs à cette mondialisation et demeurent pour certains pays de précieux barrages à l’occidentalisation. Dans le Choc des Civilisations de Samuel Huntington : « le monde est plus que jamais multipolaire et multicivilisationnel. Il serait ainsi impossible de parler d’une civilisation mondiale émergente. » Pacifiquement, le projet d’un Nouvel Ordre Mondial est ainsi voué à l’échec ni hypothétiquement, ni à cause du fruit d’une utopie personnelle mais par simple constatation implacable des modes de vie d’un pays à un autre, d’un continent à un autre et des traditions qui se transmettent de père en fils depuis de longues générations. Arbitrairement, c’est à dire avec le possible emploi des armes pour un passage en force, c’est une toute autre histoire d’impérialisme totalitaire qu’il est de coutume d’appeler une dictature. Ce qui équivaudrait à une preuve de plus que l’évolution de la conscience de l’humanité est bloquée par ces mêmes ennemis de l’humanité.

 
Le système Technoworld

Etant un ouvrier de profession, j’ai été un témoin direct, à deux reprises, d’un grand danger qui menace la société de demain que Denis Buican traite partiellement dans son livre « L’odyssée de l’évolution » paru en 2008 aux éditions Ellipses. Je parle robotisation industriellede la robotisation, en particulier du fait de remplacer le travail des hommes par celui des machines au nom de la productivité et de la rentabilité. « Le but d’une robotisation n’est pas forcément de produire plus et mieux qu’un homme, mais de le supprimer. Toutes les tâches dépendantes du savoir-faire plutôt que de la conception sont susceptibles d’être robotisées : cueillir des pommes, réparer une automobile, traduire, servir derrière un comptoir, s’occuper d’élevages d’animaux, changer les couches d’un enfant ou pratiquer une opération du cerveau. » Rue89, Si les robots font tout le boulot, que va faire l’homme ? C’est également déjà le cas dans les domaines policier avec la surveillance remplacée par des caméras et militaire avec notamment les drones et les satellites espions remplaçant la reconnaissancerobot de combat des soldats, parfois même leur sale besogne d’élimination des cibles. « Aux Etats-Unis, le Pentagone a décidé que dès 2015, un tiers de ses véhicules terrestres devrait rouler sans pilote. La Darpa organise pour cela des courses ouvertes aux constructeurs du monde entier. (…) Dès lors, tous les taxis de France seront menacés de disparaître, et parce que la robotique est parfaitement générique et versatile, ce seront les chauffeurs de bus, les transporteurs routiers et les livreurs qui seront remplacés en une à deux générations automobiles, c’est à dire entre quatre et huit ans. » Rue89, Si les robots font tout le boulot, que va faire l’homme ? Comment va-t-il se nourrir sans travail ? L’intelligence artificielle remplacera-t-elle un jour l’intelligence humaine ? Les cyborgs remplaceront-ils un jour les humains ? Aujourd’hui, ce sont sans doute des considérations d’une finalité extrêmiste sorties tout droit d’un cerveau de conspirationiste mais c’est dans cette direction que l’humanité marche. Au crépuscule du Siècle des Lumières, personne ne devait imaginer qu’un jour il serait possible de mettre des centaines d’encyclopédies sur une clef USB.

Signes avant-coureurs

Dans les obscurs préambules de ce monde supratechnologique dirigé par des technocrates despotiques à l’instar de l’Architecte dans Matrix joué par l’acteur Helmut Bakaitis, nous pouvons déjà remarquer que confier à des machines le travail des hommes nuit à l’homme et globalement à la société pour diverses raisons telles que la dépendance, la perte du savoir-faire, l’augmentation du chômage et de la pauvreté. « Au fur et à mesure que les sciences et les techniques progressent, le travail manuel des ouvriers aura de moins en moins d’importance et, dans le monde d’automatisation et de cybernétique du XXIe siècle, il semble condamné à disparaître en tant que tel (…) Il est probable que les machines cybernétiques n’aboliront pas seulement le travail manuel, mais aussi le travail intellectuel de mémorisation et de routine, laissant à l’homme du futur l’unique activité de création originale. » Denis Buican, l’odyssée de l’évolution. Sur plusieurs générations, cette forme d’involution aura pour effet de rendre l’homme complètement à la merci des machines. Une espèce de  » parasite  » qui ne vit pas mais qui subsiste, qui se rattache à son passé obsolète ou qui tente de survivre grâce à son hôte. Une addiction croissante à la robotisation que l’on peut déjà constater avec l’équipement médical dans les hôpitaux dépourvus de générateur auxilliaire lors des pannes du réseau électrique alors que jadis il y avait des infirmières pour veiller sur les malades. Ou bien l’archivage de données personnelles pouvant littéralement disparaître de la mémoire des ordinateurs voire celles qui sont privées pouvant tomber entre de mauvaises mains comme cela a été la crainte du service des impôts et des douanes britanniques ayant perdu les fichiers informatiques bancaires de 25 millions de personnes en novembre 2007 alors que jadis il y avait des employés pour rédiger les documents et classer des dossiers.

Conclusion

2001Même la modernité d’un tel système court de graves risques. Souvenons-nous des renseignements confidentiels sur la localisation et les caractéristiques des centrales nucléaires américaines mises accidentellement sur internet en juin 2009 et précédemment, en janvier 2003, lorsque le ver Slammer/Sapphire, un virus informatique, avait infecté le réseau local de la centrale nucléaire de Davis-Besse, dans l´Ohio. De nombreux navets hollywoodiens ont déjà montré les risques majeurs encourus par l’interdépendance informatique. Un attentat cyber-criminel à l’encontre d’une centrale nucléaire pourrait déclencher une nouvelle catastrophe du genre de Tchernobyl aux conséquences irréparables reconnues : désastre écologique, contamination de l’alimentation, cancer de la thyroïde, malformation génétique des nourissons. C’est un scénario très plausible dont le fautif sur tous les plans ne serait pas l’informatique mais uniquement l’être humain et sa fâcheuse tendance d’attendre que les choses se produisent pour ensuite réagir même si ce n’est pas vraiment d’un coupable que nous parlons ici mais uniquement de la causalité qui pourrait conduire à ce type de drame et nous savons pertinemment que la réalité dépasse parfois la fiction. Parce que des métiers ne seront plus nécessaire dans cet autre monde, parce que des fortunes ne seront plus accessibles dans cet autre monde, parce que le contrôle des masses ne sera plus entre les mains d’une minorité et parce que le choc des civilisations ne sera plus qu’uneculture d'ailleurs vérité chuchottée mais bel et bien un terrible constat entre le nord et le sud, entre les pays développés de l’Occident et les nations pillées du Tiers-Monde, le progrès de la science est au chevet de la prochaine évolution de la psyché de l’humanité qui aura pris conscience du sens des vraies valeurs lorsqu’elle aura enfin compris son but dans la vie et finalement décidée de faire un pas en avant pour ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. « Je crois à la vertu des petits peuples. Je crois à la vertu du petit nombre. Le monde sera sauvé par quelques uns. » André Gide.

Les fondements secrets des croisades eurasiennes

par Saïd Ahmiri

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Le baiser de Judas

« God bless America » : qui donc ne connait pas ou n’a jamais entendu, à maintes reprises voire à chaque fin de discours propagandiste, cette parole d’espérance providentielle, issue de la chanson patriotique américaine d’Irving Berlin, de la même bouche néoconservatrice de l’ancien président George W. Bush qui affirmait haut et fort que feu le Raïs Saddam Hussein, l’ennemi de son père durant la Guerre du Golfe, avait des armes de destruction massives dans son arsenal vétuste et avait entretenu des liens très étroits avec Al-Qaeda lors des attentats du 11 septembre 2001 ? Lorsque le dogme se lie à la guerre, peu importe la vraie cause défendue en Afghanistan comme la libération des femmes, en Somalie comme l’arrêt de la piraterie financée et renseignée par la CIA, ou encore en Irak comme la volonté d’apporter la pseudo liberté au peuple, car nous savons que la réelle démocratisation d’un pays n’approuvera jamais l’emploi tacite de la force punitive, génocidaire, faisant plus d’un million de morts, on ne parle plus d’un simple conflit d’intérêt mais bel et bien d’une croisade, un choc des religions armées et ce ne sont pas les djihadistes agressés en quête du retour du Califat qui vont le contredire. On ne parle plus d’ailleurs de tribunaux militaires mais de tribunaux ecclésiastiques. On ne parle surtout pas de torture mais de supplice codifié par les manuels de Langley. Comme jadis « l’usage de la torture posait un problème moral pour les inquisiteurs, qui, en tant que clercs, n’avaient pas le droit de verser le sang. Après un flou juridique initial, cette pratique est officiellement autorisée pour l’Inquisition en 1252 (bulle Ad extirpenda), sous réserve de ne conduire ni à la mutilation ni à la mort. » Wikipedia. detentions_secretes_cia

D’Abou Ghraib en Irak à Bagram en Afghanistan jusqu’au camp de Guantanamo sur l’île de Cuba et sans occulter évidemment toutes les autres prisons secrètes européennes dites  » black sites  » en Roumanie, au Kosovo, en Macédoine, en Pologne, en Bulgarie et en Ukraine, les prisonniers ne doivent certainement plus parler de l’unique inhumanité de leurs gardiens mais du sadisme dégénéré des geôliers, ni même les considérer comme de véritables êtres humains mais juste comme des agents barbares du NKVD dans une Archipel du Goulag tout au plus écrirait feu le dissident Alexandre Soljenitsyne. Longtemps après l’ironique signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948, les nations des coalitions guerrières dans ces deux pays d’Orient, « sur l’Axe du Mal » dixit George W. Bush, n’ont plus le droit éthique de sièger aux côtés des autres nations respectant cette charte tellement bafouée par la Chine et si méconnue de la Knesset à Tsahal, une charte limite bonne à sanctionner les pays voyous qui refusent de marcher au pas du décadent Occident, Iran et Corée du Nord par exemple. « l’Eurasie reste l’échiquier sur lequel se déroule la lutte pour la primauté mondiale (…) quiconque contrôle ce continent, contrôle la planète. » Zbigniew Brzezinski, le Grand Echiquier.

Le marché de la guerre

Rien de nouveau pour la rhétorique des péchés capitaux de l’avarice, de l’envie, de la gourmandise et de l’orgueil à ceci près que ce sombre épisode hypocrite de l’Histoire de l’Homme baptisée la sacro-sainte  » guerre contre le terrorisme  » et ses nombreux mensonges médiatiques, et ap_colin_powell_070313_sshsur-médiatisés jusqu’à la tribune de l’ONU un 5 février 2003 avec le fameux échantillon de Colin Powell lors des préambules de la conquête irakienne, ont pour diverses causes incontestablement inavouables au grand public, premièrement, les immenses ressources énergétiques de l’Asie Centrale dans le contexte de tentative impérialiste de contrôle global de la plaque eurasienne, comme si les Etats-Unis s’étaient donnés la mission sacrée de réguler la moindre goutte de pétrole dans le monde, avec pour adversaires l’éternelle Russie, et sa main basse sur le marché du gaz européen, cherchant à réaffirmer plus que jamais son statut de glorieux empire d’antan malgré la vague incessante de révolutions colorées pro-occidentales se déroulant à ses portes (révolution des roses en Georgie en 2003, révolution orange en Ukraine en 2004, révolution des tulipes au Kirghizstan en 2005). Ainsi que la vorace Chine expansionniste à la dépendance énergétique lourde, n’hésitant plus à installer ses industries minières en Afrique en heurtant au passage les intérêts de l’Amérique mais en se collant surtout l’étiquette de dernier pays pilleur-colonisateur. Et deuxièmement, le marché infiniment lucratif pour les complexes militaro-industriels où la guerre des drones a été déclarée entre General Atomics, EADS, Dassault-Thales notamment, pour ne citer ici que cette rude compétition économique entre les Etats-Unis (qui dominent le marché), Israël, l’Europe, l’Afrique du Sud, le Japon, la Corée du Sud, Singapour et la Malaisie, les principaux constructeurs d’avions sans pilote dans le monde, pendant que des sites de référence tel que Dedefensa suivent de très près, quasiment au microscope, toute l’historique du programme JSF (Joint Strike Fighter) de l’agence DARPA qui a été lancé en 1990 pour remplacer l’ensemble des avions légers de combats et d’attaque F-16 Falcon et F/A-18 Hornet du Département de la Défense des Etats-Unis par le F-22 de Boeing ou le F-35 de Lockheed Martin, le modèle qui a été choisi, le plus onéreux programme d’avion militaire de l’histoire. La guerre fait couler beaucoup d’encre, énormément de sang et encore plus d’argent. En dehors de ces sentiers, les grandes chaînes multinationales de cafés Starbucks, d’organismes génétiquement modifiés Monsanto et de restauration rapide McDonald’s livrent le même genre de conflit planétaire et en sont pratiquement devenues les plus célèbres symboles de la mondialisation à la fois au détriment de la qualité de la nourriture pour le profit d’une poignée de multi-milliardaires que pour les petites entreprises balayées sans scrupule par les gouvernements collaborateurs brandissant dans le social l’étendard de la création de nouveaux jobs. La pacification atlantiste commence dans les tranchées et s’achève dans les supermarchés.

L’équation intérêts stratégiques  = violences ethniques

Rien de vraiment nouveau non plus depuis le 20 janvier 2009 où l’administration Obama, celle de la promesse du changement messianique, a pris le relais à la Maison Blanche à l’exception peut-être de l’extension de la croisade anti-terroriste au Pakistan et sa passoire de frontière étatique tribale dite ligne Durand que « les autorités afghanes – y compris les talibans, pourtant patronnés par Islamabad – n’ont jamaispipelines d'Irak reconnu cette frontière, dont elles contestent le tracé. » Laurent Gayer, Guerre et sociétés en Afpak. Maintenant que la nationalisation irakienne de la compagnie pétrolière nationale de 1972 appartient aux arcanes du passé et que les questions de supervision des deux champs gaziers d’Akkas (ouest) et Mansouriyah (centre), et pétroliers de Missane (sud), Bai Hassan (nord), Kirkouk (nord), Qourna-ouest (sud), Zoubair (sud) et celui de Roumaila (sud), le plus grand des six champs pétroliers offerts à la compétition des compagnies étrangères, étant résolues manu militari, débattues entre le Premier Ministre Nouri al-Maliki, rappelant sûrement à titre d’information lors de la séance d’attributions que : « l’Irak flottait sur un lac de pétrole », et 31 sociétés dont des majors occidentales comprennant notamment les consortiums américains ExxonMobil Iraq Ltd, ConoccoPhillips, britannique BP Exploration Operating Company, britannique et néerlandais Shell, les groupes chinois CNPC Limited, CNOOC et Sinopec International, le français Total, et malaisienne Petronas, au-delà de la pacification par l’occidentalisme des bases arrières des groupes islamistes Hezb-e-Islami Gulbuddin, Hizbul Mujahideen, IMU, Jaish-e-Mohammed, Lashkar-e-Toiba qui se sont tous alliés à la Nébuleuse et des insurgés afghans du mollah Omar chassés de Kaboul en novembre 2001, pour le nouveau président Barack H. Obama qui a fait de l’Afpak son cheval de bataille en oubliant toutefois d’émettre sur les ondes qu’il comptait pousser l’escalade de la violence dans l’ensemble de la région, l’heure est venue d’annihiler le sentiment d’anti-américanisme, très présent chez les communautés pachtounes du Pays des Wazirs, par les forces armées pakistanaises soutenues par les impitoyables drones et bombardements aériens du Pentagone ne faisant plus la différence entre un village de civils et un bastion de combattants, et tout en étant littéralement payées comme de vulgaires bandes de mercenaires, vues les énormes pertes militaires enregistrées en Irak et en Afghanistan par l’OTAN, par le Congrés des Etats-Unis qui a triplé son aide à Islamabad le 24 juin 2009 (7,5 milliards de dollars sur cinq ans) après l’acceptation du projet de loi présenté par le sénateur démocrate John Kerry et son collègue républicain Richard Lugar visant à « soutenir les Pakistanais et leur gouvernement démocrate dans leurs efforts visant à consolider la démocratie. » AFP. Encore plus de crédit à la croisade eurasienne, d’avantage de discordes inter-communautaires et de nouveaux renforts par milliers, ce n’est pas que nous sommes loin des aspirations de paix entre les musulmans et les occidentaux rabâchées dans le long discours de la présidence américaine au Caire trois semaines auparavant, c’est une toute autre direction qui a été prise par Washington. Celle de l’enlissement.

La course contre la montre

« La Chine a en effet besoin des hydrocarbures produits par le Moyen-Orient, lequel possède les deux tiers des réserves mondiales. En contrôlant les pays du Golfe, l’Amérique tiendra sous sa dépendance son adversaire stratégique principal. Déjà, l’alliance entre Washington et Riyad (Arabie Saoudite) a donné depuis 1945 aux Etats-Unis le contrôle d’un quart des réserves du monde. La conquète de l’Irak en 2003 a augmenté ses réverses de 10% et, si l’Iran redevenait un allié des Etats-Unis dans les années à venir, ce sont encore 10% supplémentaires qui seraient placés sous leur coupe. » Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations. Même face à l’inexplicable regain massif de guerilla en Afghanistan entrainant de plus en plus de dommages collatéraux durant les opérations militaires de l’OTAN, jamais aucun des médias complices de la propagande de guerre contre les Talibans qui hébergent le soi-disant terrorisme mondial n’osera un seul instant aborder le sujet bases américainesdélicat des principaux enjeux vitaux de l’Axe du Bien : l’encerclement militaire de l’Iran et les pipelines trans-afghans pour faire sortir gaz et pétrole d’Asie Centrale depuis la ville de Mary au Turkménistan à travers l’ouest afghan entre Hérat et Kandahar jusqu’au port de Gwadar au Pakistan. Ce serait retiré la burqa qui cache la vérité à l’opinion publique du Canada à l’Australie en passant par le méridien de Greenwich. Il faut dire que le temps presse pour les conglomérats anglo-saxons. La concurrence a les dents longues et la moindre erreur lors d’une révolution colorée entraîne de graves difficultés stratégiques comme celle avortée en mai 2005 à Tachkent en Ouzbékistan qui entraîna la fermeture de la base américaine de Karchi Karnad utilisée par les GI’s pour le convoi de matériel en Afghanistan. En 2004, l’analyste Dmitri Mangelev notait que « les Anglais ne sont pas ravis de voir les compagnies russes passer à l’offensive en Ouzbékistan. En effet, le gaz ouzbek part en Russie via des tubes contrôlés par Gazprom. » Vremia novosteï, 14 juillet 2004. Le président ouzbek Islam Karimov déclarait en août 2003, à l’occasion de la visite de Vladimir Poutine à Samarkand : « Le travail de Gazprom en matière de prospection et de production du gaz ouzbek nous intéresse. Nous estimons également que Gazprom doit être l’opérateur non seulement de la partie russe du tube « Asie centrale-Centre », mais aussi des parties kazakhes et ouzbèkes ». Avec pour seul rival le camarade Gazprom et faisant la grimace aux compagnies occidentales avec notamment son juteux contrat de 35 ans signé le 16 juin 2004 pour le partage de la production des importants gisements gaziers de Kandym, Khaouzak et Chady au sud-ouest du pays de Tamerlan, c’est l’hégémonie régionale pour Loukoïl qui revend sur les marchés chinois, coréen du sud et malaisien alors que le gaz devrait, ou aurait du, autant être sous le contrôle d’autres fournisseurs énergétiques aidés des ONG américaines locales que transiter par voies maritimes depuis le port pakistanais de Gwadar dans la province du Balouchistan vers d’autres recoins continentaux du globe, si ce n’est assurer la survie d’Israël. « L’ensemble des investissements russes dans le complexe énergétique ouzbek, qui s’élève à ce jour à 2,5 milliards de dollars, illustre la volonté de la Russie d’assurer son monopole sur les exportations de gaz d’Asie centrale et d’adopter une stratégie de diversification de ses réserves afin d’honorer ses contrats avec l’Europe. » Regard sur l’est, 1er avril 2007. Depuis la fin de la première ère de Poutine le président, les Russes ont plus que signé, ont resserré en janvier 2009 leurs précieux accords de partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan qui s’était placé en 2006 au troisième rang des producteurs de gaz de la CEI, après la Russie et le Turkménistan, avec une production estimée à 62,4 milliards de m3 de gaz. Arme stratégique détenue à 50% par l’Etat russe, le géant Gazprom contrôle environ 87% des réserves de gaz en Russie, 20% des réserves mondiales et est devenu le premier exportateur de gaz au monde depuis sa création en 1989, la même année que la fin de la première guerre d’Afghanistan qui opposa les Soviétiques aux Moudjahidines.

Sources : Mondialisation.ca, Objection Votre Honneur, RFI, RIA Novosti, RMS, Wikipedia