Catharsis

Qui a coulé le Cheonan ?

Nouvelles tensions intercoréennes et relations sino-américaines

par Saïd Ahmiri

26 mars 2010, 21h22, une explosion retentit à bord de la corvette militaire sud-coréenne Cheonan, coulant en 20 minutes à peine 60 % du bateau coupé en deux. Plusieurs raisons ont tout de suite été évoquées : Une torpille sous-marine, un rocher, une mine de mer. D’autres ont affirmé avoir vu un sous-marin nord-coréen émerger de l’eau quelques minutes après la disparition du Cheonan. Près de deux mois après le naufrage dans la Mer Jaune au large de l’île sud-coréenne Baengnyeong, le bilan fait état de 46 marins morts dont 8 sont toujours portés disparus. C’est la pire catastrophe maritime de la République de Corée depuis 1974 quand un navire de débarquement de la marine a chaviré tuant 159 marins. La précédente accusation d’attaque nord-coréenne remonte à 1987 où 115 personnes ont été tuées suite à l’attentat contre un Boeing de la Korean Airlines, attribué à des agents nord-coréens. Une nouvelle étape importante dans la multipolarisation du monde se joue dans la péninsule coréenne avec des répercussions géostratégiques majeures dans les Océans Indien et Pacifique. Washington insiste, Tokyo encourage, Séoul réfléchit, Pyongyang est sur le pied de guerre et Pékin modère. 

L’enquête internationale et la piste de Sakai

15 avril 2010, le Cheonan a refait surface afin de permettre aux enquêteurs d’expliquer aux familles ce qu’il s’est réellement passé dans la nuit du 26 mars. Les conditions météorologiques ont été avec les enquêteurs qui ont pu sans soucis remonter le navire qui se trouvait à 25 mètres de profondeur, la veille de 9h à 12h11. La corvette, un vaisseau de 1.200 tonnes et de 88 mètres de long, remonté par une grue géante installée en pleine mer, contenait 36 corps de marins. 2 marins avaient été retrouvés en mer au fil des jours mais il manquait encore 8 personnes qui composaient l’équipage du navire qui étaient encore à bord lors du naufrage. En tout, ce sont 46 des 104 marins qui sont décédés dans cet incident dramatique qui a profondément secoué la Corée du Sud où cinq jours de deuil avaient été décrétés.

40 personnes de l’armée sud-coréenne sont ensuite entrées dans la carcasse pour récupérer les 36 corps des marins. Ceux-ci ont été recouverts de linceuls blancs et transportés sur le navire Dokdo où ils ont pu être identifiés. Une équipe d’investigation internationale a été mise en place avec des experts civils et militaires provenant d’Australie, du Canada, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de Suède qui se sont réunis en Corée du Sud pour analyser la carcasse. D’après les images tournées par les médias sud-coréens, il a été possible de constater que la quille du bateau ne semblait pas avoir été très endommagée et que l’armement qui se trouvait à bord était apparemment intacte.

Les premiers éléments de l’enquête rapportent que l’explosion qui a coupé la corvette en deux ne viendrait pas de l’intérieur du Cheonan, mais bien de l’extérieur. Les officiels de l’armée ont en tout cas défendu cette thèse qu’ils soutiennent encore aujourd’hui. Par ailleurs, des bateaux de la marine sud-coréenne équipés de sonar et de caméras sous-marines ont quadrillé le secteur étendu pour collecter les débris et tenter de retrouver la mine ou la torpille qui serait à l’origine de l’incident. Dès le début, le président de la Corée du Sud, Lee Myung-Bak, a suivi de très près cette affaire devenue nationale.

Dans un premier temps, ce sont quatre scénarii possibles qui ont été évoquées : une torpille issue d’un sous-marin de poche nord-coréen, une mine sous-marine laissée par la République populaire démocratique de Corée du Nord (RPDC) ou la République de Corée du Sud (RCS), une explosion à bord du bateau ou une fissure de la coque due à un mauvais entretien. L’explosion externe a tout de suite été favorisée. En effet, la structure du navire ayant été repliée vers le haut, il semblerait que l’explosion ait eu lieu sous le navire de guerre.

Selon les conclusions de l’enquête internationale rendue publique jeudi dernier, l’attaque contre la corvette Cheonan a probablement été menée par un sous-marin de poche nord-coréen. « Plusieurs petits sous-marins soutenus par un navire d’assistance ont quitté une base navale nord-coréenne située en Mer Jaune deux à trois jours avant l’attaque et ont regagné la base deux ou trois jours après », selon le rapport. Pour la Corée du Sud, les Etats-Unis et le Japon, c’est une torpille nord-coréenne qui a coulé le Cheonan. Affaire classée. Toutefois, d’importantes questions embarrassantes ont été ignorées ou supprimées par les États-Unis et les autorités sud-coréennes.

L’incohérence de l’attaque à la torpille émet une curieuse anomalie. La détonation de la torpille aurait du normalement suivre l’impact contre la coque du Cheonan et non à proximité. L’hypothèse d’une auto-destruction volontairement provoquée de la torpille ne semble pas suivre la route et soulève de nombreuses questions. Pourquoi lancer une torpille dans le but de détruire, partiellement voir totalement, un navire militaire mais la faire exploser avant d’atteindre sa cible ? Etait-ce une tentative d’intimidation de la part de Pyongyang ? Ou une riposte punitive suite aux exercices américano-sud-coréens Key Resolve & Foal Eagle ? Y a-t-il eu des divergences internes au sein des forces armées nord-coréennes dans les dernières minutes ? Y a-t-il eu un autre élément non cité dans la trajectoire de la torpille comme la présence d’une mine ou d’un rocher voir d’un sous-marin étatsunien ? Dans le premier cas, quelle chance infime existait-t-il pour que l’impact de la torpille de 250 kg contre la mine se produise au moment même où le Cheonan passait ? Si cela devait se confirmer, on ne peut que souligner l’incroyable talent et la précision des sous-mariniers nord-coréens évoluant à bord de sous-marins primitifs. Dans le second cas, ne faudrait-il pas considérer comme de l’imprudence de la part de l’équipage militaire du Cheonan de n’avoir pas repérer le rocher dans un secteur de navigation peu profond ?

Ces deux cas n’ont évidemment aucun sens, au premier regard. C’est ce qui nous emmène à nous pencher sur la piste et les hypothèses d’un journaliste indépendant japonais, Tanaka Sakai. Lors d’un passage à la télévision sud-coréenne, Tanaka Sakai a présenté divers rapports de presse et montré plusieurs photographies, dont certaines ont été supprimées par la suite par les autorités sud-coréennes. Pourquoi ? Les lieux au centre de la scène comportent une série de facteurs, certains bien documentés, d’autres spéculatifs, qui ont été déformés ou tus par les discours officiels tant étatsunien que sud-coréen. Pourquoi ? Dans son récit, il révèle l’emplacement de l’exercice militaire américano-sud-coréen qui était en cours au moment de l’incident et la possibilité que le naufrage du Cheonan ne soit autre que la conséquence d’un tir ami. Ceci pourrait dès lors expliquer l’auto-destruction volontairement provoquée de la torpille. Tanaka Sakai a présenté des preuves suggérant qu’un sous-marin nucléaire étatsunien était stationné à proximité de l’île Baengnyeong et qu’il a été coulé avec le Cheonan l’ayant attaqué en pensant qu’il s’agissait d’un sous-marin nord-coréen. Il y aurait donc eu un second naufrage. Le journaliste japonais a également estimé qu’il y avait eu plusieurs anomalies dans les opérations de sauvetage des marins portés disparus ainsi que dans les événements qui ont entraîné la mort d’un plongeur sud-coréen dans la tentative de récupération de la corvette. 

un exercice de rappel à Pohang, en Corée du Sud, pendant les manoeuvres militaires Key Resolve & Foal Eagle

Les exercices militaires de grande envergure Key Resolve & Foal Eagle sont menés chaque année conjointement par les forces armées étatsuniennes et sud-coréennes. Des exercices militaires, approuvés par le Prix Nobel de la Paix 2009, qui sont de nature à aggraver les tensions dans la péninsule coréenne, déjà très vives après un affrontement en Mer Jaune entre les marines des deux Corée, en novembre 2009. Selon une annonce conjointe américano-sud-coréenne, Key Resolve & Foal Eagle, commencés le 8 mars, auraient dû être achevés le 18 mars, mais un exercice effectif a été prolongé jusqu’au 30 avril. Le jour de l’incident, l’exercice était donc toujours en cours mais cependant, les autorités sud-coréennes ont annoncé que le Cheonan ne participait pas à l’exercice. Il est possible que l’annonce s’écarte de la réalité. Ces exercices d’invasion et d’occupation sont directement et explicitement dirigés contre la Corée du Nord et représentent un important facteur de guerre intercoréenne selon l’organisation pacifique SPARK (Solidarity for Peace And Reunification of Korea). Dans un communiqué paru le jeudi 25 février 2010, l’état-major de la RPDC avait ainsi accusé Séoul et Washington de chercher délibérément l’affrontement en jouant les pompiers pyromanes, déclarant qu’elle ne restera pas « le spectateur passif de cette grave situation créée par les provocateurs. » En conclusion, le communiqué de l’Armée populaire de Corée affirmait que, si les exercices américano-sud-coréens avaient lieu malgré les avertissements répétés, l’état-major nord-coréen se tiendrait prête à réagir « en mobilisant tous ses moyens offensifs et défensifs, dont sa force de dissuasion nucléaire. »

Personne n’a oublié l’opération false flag étatsunien dans le déroulement des incidents du Golfe de Tonkin qui déclenchèrent l’engagement ouvert des États-Unis dans la guerre du Viêt-Nam. Nous savons que les enjeux géopolitiques et géostratégiques régionaux pour la Chine sont énormes et à la veille des élections en Corée du Sud, au mois de juin, les Etats-Unis ne souhaitent pas que ces questions embarrassantes empiètent sur les bonnes relations américano-sud-coréennes militaires. La crainte étatsunienne repose sur un déplacement ou un transfert de l’autorité du commandement militaire sud-coréen en 2012. Il y a des implications entre la RPDC et les USA/RCS d’une part, et pour le stationnement permanent des armes nucléaires et sous-marins nucléaires étatsuniens dans les eaux sud-coréennes d’autre part. Surtout, il y a une possibilité imminente qu’une nouvelle guerre éclate dans la péninsule coréenne à un moment où la Corée du Sud a coupé tous ses échanges avec Pyongyang et se dirige vers l’exigence d’imposer des sanctions de l’ONU.

La mystérieuse troisième bouée

Alors que l’incident du Cheonan attire toute l’attention et fait beaucoup de bruit, le second naufrage du sous-marin étatsunien à plusieurs kilomètres du site du naufrage de la corvette sud-coréenne n’a guère été signalé et personne n’en parle, hier comme aujourd’hui. Pourquoi ? Un objet colossal, que tout désigne comme un sous-marin étatsunien, a été retrouvé par l’une des équipes de recherche RCS au début du mois d’avril. Par ailleurs, révélé par KBS TV, un hélicoptère étatsunien a été filmé en train de transporter le corps d’un soldat, apparemment d’origine étatsunienne, ramené depuis la troisième bouée qui borde la falaise de l’île sud-coréenne Baengnyeong. Comment un plongeur professionnel des forces armées étatsuniennes a-t-il pu trouver la mort dans des eaux peu profondes ? Que faisait-t-il là à 6 km au nord-est du site du naufrage de l’arrière de la corvette sud-corvette et à près de 2 km au nord-ouest du site du naufrage de la tête du Cheonan ? Que cherchait-t-il réellement à proximité de la falaise de l’île Baengnyeong ?

Le plan général des recherches sous-marines : les deux points bleus marquent les emplacements des deux bouées où sont localisées les deux parties du Cheonan. Malgré les recherches en cours, le troisième bouée n'est pas affichée.

carte KBS TV de l’emplacement des bouées : la première (à gauche) est le site de naufrage de l’arrière du Cheonan, la seconde (à droite) est le site de naufrage de la tête du Cheonan, la troisième (au milieu) est le site du naufrage du sous-marin étatsunien.

Dans le cadre de la recherche sous-marine, un membre de l’unité spéciale de la marine sud-coréenne, UDT-SEAL (Underwater Demolition Team, Sea Air Land) l’adjudant Han Joo-ho, a perdu connaissance et est décédé plus tard dans des conditions tout aussi mystérieuses. Tout en recueillant des informations sur la mort de l’adjudant Han, KBS TV a appris que son décès a eu lieu, ni près du lieu où l’arrière du navire a été trouvé, emplacement de la première bouée, ni près du lieu où la tête du navire a été trouvée, emplacement de la deuxième bouée. Au contraire, le corps du plongeur militaire, donc un professionnel bien entraîné, était à 6 km à l’est de la première bouée, à proximité de la troisième bouée qui est un endroit qui n’avait rien à voir avec le naufrage du Cheonan. Que cherchait-t-il lui-aussi à cet endroit ? Comme le montre la photo ci-dessous, les recherches sur le site de la troisième bouée ont lieu à quelques centaines de mètres à peine de la falaise de Baengnyeong. Des rapports de Séoul ont affirmé qu’il s’agissait de l’emplacement des recherches pour les survivants du Cheonan.

le site des recherches de la troisième bouée près de l'île Baengnyeong

Lorsqu’un bateau est découvert sur le lit de mer, les plongeurs connectent une corde de la bouée au bateau coulé, de sorte que l’emplacement peut être spécifié par le haut et aisèment repérable. Après l’explosion qui a divisé le corvette sud-coréenne en deux parties, les deux parties séparées ont été rapidement entraînées à la dérive par la marée. Les deux parties ont été découvertes à une distance de 6,5 km l’une de l’autre. Si les tonnes de métaux de la corvette ont été entraînées vers l’ouest par la marée, est-t-il possible que les 70-75 kg d’un être humain normalement constitué soient entraînés à la dérive et à contre-courant vers le nord-est pour se retrouver à proximité de la falaise ? Pas même l’explosion précédant le naufrage du Cheonan ne serait expliquer que les marins portés disparus, en supposant qu’ils aient été envoyés dans les airs par le souffle de l’explosion, se soient retrouvés dans ce si lointain secteur de recherche.

la connexion de la bouée n°1 (arrière du Cheonan)

 

 

la connexion de la bouée n°2 (tête du Cheonan)

Plongeant là où sera donc posée la troisième bouée, est-ce que l’adjudant Han Joo-ho aurait-t-il découvert la présence d’un bâtiment de guerre étranger qui aurait coulé, peut-être un sous-marin nucléaire étatsunien ? Comment a-t-il coulé ? C’est une autre zone d’ombre mais nous avons encore en mémoire le naufrage du sous-marin russe K-141 Koursk. Si la présence de plusieurs sous-marins de poche nord-coréens se confirmait, il n’est alors pas impossible d’envisager qu’ils avaient localisé le sous-marin étatsunien se trouvant à la limite de la ligne de démarcation intercoréenne ou qu’ils avaient été envoyés avec l’intention de le débusquer de sa planque stratégique voir même de l’envoyer par le fond. Dès lors, une bataille sous-marine aurait bel et bien eu lieu au même moment où la corvette sud-coréenne se trouvait dans les parages. Dans ces conditions hypothétiques, le naufrage accidentel du Cheonan pourrait être le résultat d’un tir ami si la corvette a été heurtée par une torpille étatsunienne qui était destinée à l’un des mini sous-marins nord-coréens.

l'adjudant Han Joo-ho de l'UDT-SEAL

Pourquoi, dès la découverte de l’adjudant Han, la marine étatsunienne s’est-t-elle précipitée dans cette direction sans attendre d’atteindre les niveaux de décompression nécessaires pour lancer ses recherches sous-marines avant l’envoi de troupes sud-coréennes sous l’eau ? Avaient-t-ils quelque chose à cacher ? Bien que la durée du temps de sécurité pour la plongée est aussi courte que quinze minutes, l’armée étatsunienne a poussé les plongeurs sud-coréens de l’UDT-SEAL à venir faire des recherches à l’intérieur du mystérieux bâtiment coulé de sorte que même les membres qualifiés de l’UDT-SEAL perdent connaissance les uns après les autres. C’est dans cette situation qu’est survenu l’accident mortel de l’adjudant Han et peut-être du soldat étatsunien. Certains agents de l’UDT-SEAL ont affirmé que « les plongeurs américains ont refusé d’effectuer une telle opération dangereuse, alors ils ont fait appel à notre équipe pour faire le travail. » La marine étatsunienne aurait donc délibérément cherché à mettre en danger la vie des plongeurs sud-coréens de l’UDT-SEAL.

La bonne planque de Baengnyeong

Ce qui est intéressant est l’analyse topographique de l’environnement de la troisième bouée. Le sous-marin étatsunien a coulé à plusieurs centaines de mètres au large de la côte, près des falaises qui sont appelés Yongteurim Rocks, du côté sud de l’île Baengnyeong. Autour de l’île Baengnyeong, il y a de nombreux hauts-fonds où les sous-marins peuvent s’échouer sous l’eau en heurtant des rochers, mais la mer du côté sud en face de la falaise est profonde. Les côtés est et nord sont divisés par la terre et si les Nord-Coréens essayent de regarder Baengnyeong depuis leur territoire, ils ne seraient pas en mesure de localiser un sous-marin sous l’eau du côté sud de l’île. La Corée du Nord reconnaît la zone maritime autour de l’île Baengnyeong comme territoire de la Corée du Sud. Par conséquent, un navire de surface et un sous-marin en mouvement près de l’île ne seraient pas attaqués par l’armée nord-coréenne, ce qui en fait donc un lieu sûr pour y cacher un sous-marin dotés d’armes nucléaires.

l'île sud-coréenne Baengnyeong (la ligne rouge marque la ligne de démarcation des Corée)

En cas d’attaque nucléaire nord-coréenne, la riposte étatsunienne serait déclenchée avant même qu’une arme nucléaire nord-coréenne n’atteigne la côte ouest des Etats-Unis ou des bases militaires au Japon et très rapide serait la destruction de la Corée du Nord. S’appuyant sur ces informations géographiques, c’est ce qu’affirme le romancier coréen Soo Hyon-o, un spécialiste des affaires militaires, qui a déclaré sur le site internet du journal nord-coréen Jaju Minbo : « Peut-être que le sous-marin américain a adopté une posture de guerre imminente. Ce qui signifie qu’il pouvait envoyer un missile vers la Corée du Nord en cas d’urgence sous l’eau près de l’île Baengnyeong. En utilisant les roches à la base de l’île, il peut intercepter les communications nord-coréennes de la rive opposée de l’île. »

Baengnyeong est le point le plus proche en Corée du Sud de Pyongyang, environ 170 kilomètres. Pour les militaires américano-sud-coréens, c’est le meilleur endroit pour contre-attaquer en cas d’urgence, et il est également bien placé pour l’interception radio. Si les États-Unis mettent un sous-marin près de l’île Baengnyeong, il reste pendant une longue période dans le cas d’une attaque nord-coréenne sur Séoul où le sous-marin pourrait riposter avec un missile balistique ou de croisière en quelques minutes.

Un sous-marin utilisé pour une telle opération est sans aucun doute un sous-marin nucléaire, qui peut rester sous l’eau pendant un mois. Un sous-marin nucléaire extrait l’oxygène en utilisant l’énergie électrique produite par le réacteur nucléaire par électrolyse de l’eau de mer. Contrairement à un sous-marin conventionnel à propulsion diesel, un sous-marin nucléaire n’a pas besoin de faire surface. De nombreux sous-marins nucléaires étatsuniens peuvent ainsi être chargés avec des missiles nucléaires. Afin de lutter contre la Corée du Nord, qu’ils prétendent être doté d’armes nucléaires, la marine étatsunienne pourrait constamment maintenir un sous-marin nucléaire armé du côté sud de l’île Baengnyeong, point le plus proche de la Corée du Nord.

Installé une dissuasion nucléaire terrestre sur l’île Baengnyeong serait aussitôt critiqué par Pyongyang et forcément par Pékin. De plus, la destruction d’une telle installation serait impérative et immédiate en cas de guerre intercoréenne.

De nombreux sous-marins nucléaires étatsuniens ont plus de 100 membres d’équipage. Ils fonctionnent par équipe de jour et de nuit. Si un sous-marin étatsunien a plongé sous la troisième bouée, il pourrait y avoir eu de nombreuses victimes. Un nombre qui pourrait être comparable ou supérieur à celui des morts du naufrage du Cheonan. Il y a aussi la crainte d’une fuite radioactive d’une ogive nucléaire. Possible raison pour laquelle l’armée étatsunienne se hâta de se mettre à la recherche de leurs sous-mariniers. C’est pourquoi l’équipe militaire UDT-SEAL a été réclamée pour procéder à la fouille à la hâte malgré les risques connus. La mort de l’adjudant Han en service s’est produite dans ces conditions.

Tir ami ou attaque ennemie ?

L’article du Jaju Minbo, qui a analysé le rapport de KBS TV, écrit qu’un sous-marin nord-coréen est venu par le sud, a attaqué le Cheonan et le sous-marin étatsunien, et peut avoir coulé les deux bâtiments. Toutefois, selon l’avis de Tanaka Sakai, la possibilité pour que la RPDC fasse cela est extrêmement faible. Le Jaju Minbo, un proche journal de gauche en Corée du Nord, a peut-être simplement et plus que certainement voulu montrer la puissance de l’armée nord-coréenne.

Comme indiqué, un exercice militaire conjoint était en cours ce jour-là près de l’île Baengnyeong et il est fort probable que le Cheonan était sur le site dans le cadre de l’exercice. Si un exercice militaire se déroulait effectivement et que le Cheonan n’y participait pas comme les autorités sud-coréennes l’avaient annoncée, d’autres navires des Etats-Unis et de Corée du Sud étaient présents dont les vaisseaux Dokdo et Sokcho ainsi que le navire de surface étatsunien qui a immédiatement participé aux opérations de sauvetage.

Donc, si un sous-marin nord-coréen n’a pas attaqué la corvette sud-coréenne ou le sous-marin étatsunien, les Etats-Unis et la Corée du Sud auraient farouchement contre-attaqué et coulé le sous-marin nord-coréen se trouvant dans les eaux territoriales sud-coréennes. Même s’ils ne l’ont pas coulé et qu’il se soit échappé, s’il y avait eu une attaque nord-coréenne, les États-Unis et la Corée du Sud pourraient alors faire obstacle à la position de la justice pour avoir simplement voulu se défendre. Par conséquent, ils auraient immédiatement annoncé qu’une bataille en Mer Jaune avait bel et bien eu lieu. Ce qu’ils n’ont pas fait et au-delà de cette position défensive, ils avaient annoncé dans un premier temps que la Corée du Nord n’était pas responsable du naufrage du Cheonan. Alors la question se pose à nouveau : « qui a tiré sur le Cheonan ? »

Hélice de la torpille nord-coréenne. En 60 jours, des balanes ou des animaux marins peuvent-ils en aussi peu de temps, au fond de l’eau, investir autant du métal ?

Il y a fort à parier que la Corée du Nord a cru que les États-Unis et la République de Corée exploitaient l’exercice militaire conjoint comme un prétexte pour se déplacer vers le nord afin d’attaquer ses installations nucléaires. Rusant de procéder à un exercice militaire comme couverture pour une attaque réelle correspond à une plausible stratégie militaire des États-Unis. Pour la Corée du Nord, l’attaque dans une telle situation aurait été suicidaire car il aurait donné aux États-Unis et à la République de Corée un excellent prétexte pour déclencher une guerre, en d’autres termes un casus belli.

Si le Cheonan n’a pas été coulé par une torpille nord-coréenne, la possibilité restante est qu’une erreur se soit produite. Tanaka Sakai soupçonne que la Maison Blanche et/ou le Pentagone n’ont pas tenu informé la République de Corée de la présence d’un sous-marin nucléaire en poste près de l’île Baengnyeong. Si le sous-marin étatsunien qui a sombré à la troisième bouée soit resté en plongée pendant une longue période, il s’ensuit donc en toute logique qu’il ne devait pas participer à l’exercice en commun ce jour-là. Il avait d’autres fonctions.

Tanaka Sakai pense qu’il est probable que le sous-marin étatsunien, qui était au large de la côte sud de l’île Baengnyeong, ait été repéré par la corvette sud-coréenne Cheonan qui est arrivée plus près du rivage que prévu et a tiré en le prenant pour un sous-marin nord-coréen. Lorsque le sous-marin étatsunien a riposté, les deux bâtiments ont coulé dans une « attaque amicale » en raison d’un malentendu appuyé des décisions militaire du Pentagone et/ou politique de la Maison Blanche de ne peut pas prévenir la Corée du Sud de la présence d’un de leurs sous-marins. Le sous-marin étatsunien doit avoir eu connaissance de l’approche du Cheonan à l’aide de son sonar passif utilisé pour la réception des communications. Mais si la volonté de l’armée étatsunienne a été de maintenir la présence secrète d’un sous-marin nucléaire dans les eaux de la République de Corée, le sous-marin étatsunien n’était pas autorisé à communiquer par radio avec le Cheonan pour le prévenir sans risquer de compromettre sa position autant que provoquer un incident diplomatique entre Washington et Séoul. L’absence de réponse par radio aux éventuelles mises en garde du Cheonan a probablement appuyé la considération qu’il s’agissait d’un sous-marin nord-coréen, peut-être en poste d’observation de l’exercice militaire américano-sud-coréen. Une autre question laissé en suspens : « pourquoi les Etats-Unis n’ont pas prévenu la Corée du Sud de la présence dans leurs eaux d’un de leurs sous-marins ? »

Dans les faits, le Cheonan a été attaqué à bâbord, le côté gauche du navire. Séoul a annoncé que le Cheonan était dans une position dirigée vers le nord-ouest, le côté tribord face à l’île Baengnyeong et si c’est vraiment le cas, alors le Cheonan se trouvait face à la mer ouverte. Comment lors de l’explosion ou du naufrage, le Cheonan se serait-t-il inversé de 180° pour se retrouver face au sud-est ?

Au nord du Cheonan, le sous-marin étatsunien près de la rive aurait donc attaqué du côté sud de l’île, dos à la mer ouverte. L’impact de la torpille heurtant le Cheonan serait donc à tribord si la corvette sud-coréenne était effectivement dirigée vers le nord-ouest. Ceci contredit l’hypothèse ci-dessus. Sauf que la possibilité existe que les autorités sud-coréennes aient annoncé la direction du Cheonan en sens inverse pour volontairement cacher le tir ami. S’ils ont annoncé que le Cheonan ait été attaqué du côté de l’île, alors la théorie de l’attaque nord-coréenne ne tient pas la route puisque, pemièrement, le sous-marin nord-coréen venu par le sud n’aurait certainement pas attaqué un bâtiment de guerre sud-coréen en se trouvant dans les eaux sud-coréennes sans révéler sa position aux autres bâtiments présents dans la région dont un navire de surface étatsunien, et deuxièmement, l’impact de la torpille nord-coréenne aurait eu lieu du côté tribord de la corvette sud-coréenne dirigée vers le sud-est, dos à la mer ouverte, et c’est du côté bâbord que le Cheonan a été touché. Tous les soupçons d’un tir ami paraissent sans contexte.

Multipolarisation de la péninsule coréenne

Donald Kirk, un journaliste étatsunien en Corée du Sud, qui est familier avec la situation militaire étatsunienne, a comparé l’incident du Cheonan au 11 Septembre, comme d’autres l’avaient également comparé au naufrage du Koursk. Certaines personnes disent que cela va trop loin. Un député de l’opposition de l’Assemblée nationale de la République de Corée a contesté Park Yongson, le ministre de la Défense Nationale, exigeant que toute la vérité soit révélée en notant que le naufrage du Cheonan a pu être une erreur commise par l’armée étatsunienne. Il a été critiqué par les médias de droite comme « un membre fou du Congrès qui croit aux théoriciens de la conspiration. » Après le naufrage du Cheonan, si les États-Unis et la République de Corée avaient annoncé que le Cheonan a été attaqué par la Corée du Nord et qu’ils auraient contre-attaqué, le résultat aurait été une guerre à grande échelle.

Lee « Bulldozer » Myung-Bak

Massivement relayé par les médias de masse à travers le globe, ce n’est pas une mine qui a coulé le Cheonan mais bien une torpille nord-coréenne CHT O2D de 250 kg. Des traces d’explosifs ont été détectées sur la carcasse de la corvette. La Corée du Nord a ainsi été rendue responsable la semaine dernière par des enquêteurs internationaux du torpillage du Cheonan. Une énième question qui vient naturellement à tous les esprits est : « comment le gouvernement de Lee Myung-Bak va-t-il gérer ce problème ? » La droite sud-coréenne exige que le gouvernement contre-attaque. L’affaire du naufrage du Cheonan influencera grandement la campagne électorale. Pour le moment, le choix d’un conflit est à écarter. La Corée du Sud n’osera jamais affronter ses frères ennemis du Nord, une puissance nucléaire. Aucune réaction ? Le « Bulldozer », comme il était appelé à son précédent poste chez Hyundai, n’a pas l’intention d’en rester là. Donc pas de réactions militaires, mais probablement des sanctions économiques qui seront suivies par de nouvelles sanctions onusiennes.

La population, elle, n’aura pas attendu la réaction des autorités. Elle n’a pas hésité à faire revivre les campagnes de propagande anti-nord-coréenne sur la zone démilitarisée. Le gouvernement temporise en tentant de ralentir les échanges commerciaux intercoréens. Les autorités ont d’ors et déjà interdit aux bateaux nord-coréens d’emprunter le détroit de Jeju, séparant l’île du continent. La mesure n’a rien d’exceptionnelle. Toutefois, la Corée du Nord a besoin de la pêche et de l’aide commerciale sud-coréenne pour faire subsister sa désastreuse situation d’Etat.

Pour Séoul, il n’est pas question de revenir sur l’accord intercoréen signé en 2004 sous lequel les deux Corée se sont engagés à limiter toute activité de propagande sur la ligne militaire de démarcation. Accord qui autorise pourtant également le passage des bateaux nord-coréens dans le détroit de Jeju. En cas de menace de Pyongyang, l’argument de Séoul sera simple : c’est Pyongyang qui a commencé en envoyant un sous-marin dans l’espace maritime sud-coréen. La Corée du Sud, qui joue un rôle de régulateur quant à la sécurité de la zone nord-est asiatique, ne cherche pas à trop provoquer son frère ennemi. L’enquête internationale ayant bien révélé que le tir de torpille était nord-coréen, le problème sera porté devant le Conseil de Sécurité des Nations Unis (CSNU) dans les prochaines semaines. Possédant un droit de véto au CSNU, la Chine, dont le président Hu Jin-Tao a accueilli le dictateur Kim Jong-Il il y a deux semaines, aura encore une fois un rôle clé du médiateur pour ce qui est des questions diplomatiques intercoréennes.

Le mardi 25 mai 2010, pratiquement deux mois jour pour jour après le double naufrage, Pyongyang a décidé de rompre toutes ses relations avec Séoul ainsi que les communications entre les deux pays. La frontière intercoréenne est à deux doigts d’être fermée. L’armée nord-coréenne accuse la marine sud-coréenne d’avoir pénétré dans ses eaux territoriales et menace à présent son voisin d’une réponse militaire. En dix jours, affirme la RPDC, des dizaines de navires sud-coréens ont franchi la frontière maritime. Les Nord-Coréens ont fait savoir qu’ils expulseraient tout le personnel sud-coréen travaillant dans le complexe industriel de Kaesong, situé au nord de la ligne de démarcation, mais financé par la Corée du Sud. Tous les navires et avions sud-coréens se verront en outre interdire l’accès aux eaux maritimes et à l’espace aérien nord-coréen. Kim Jong-Il a placé son armée en état d’alerte après que Séoul a menacé de « faire payer » à Pyongyang le prix du naufrage de sa corvette Cheonan. Selon des transfuges nord-coréens, Pyongyang a effectivement placé ses forces armées en état d’alerte. Les marchés boursiers de la région, inquiets des risques de conflit, ont lourdement chuté.

Les provocations répondent aux menaces. Pyongyang a aussitôt haussé le ton, comme à l’accoutumée. « Nous prendrons des mesures énergiques, parmi lesquelles une guerre généralisée, si des sanctions sont imposées à la Corée du Nord », ce sont dans ces termes que la Commission de la Défense nationale, le plus puissant organe du régime communiste nord-coréen, a une nouvelle fois mis en garde la Corée du Sud. Moscou et Pékin ont appelé les Corée à la retenue. « Nous espérons sincèrement que toutes les parties concernées garderont le calme et feront preuve de retenue », a dit la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Mme Jiang Yu. Elle a rajouté « nous pensons que le dialogue est préférable à la confrontation. »

Diplomatie toujours, la Corée du Sud a tenté ce mardi d’obtenir le soutien de la Chine, solide allié de la Corée du Nord, pour imposer des sanctions contre Pyongyang. « La Chine semble comprendre le sérieux de la situation », a déclaré un responsable ministériel sud-coréen à l’issue de discussions entre Wu Dawei, émissaire chinois, et le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Yu Myung-Hwan, ce dernier s’activant pour s’assurer d’un soutien international.

Un autre son de cloche résonne dans la presse asiatique. Le South China Morning Post cite un officiel du ministère des Affaires étrangères à Séoul qui pointe du doigt Pékin : « Nous sommes certains que la Chine, voudra passer l’éponge. Mais les choses ne sont pas si simples. Ils doivent comprendre que pour la Corée du Sud l’affaire est énorme, et bien plus grave qu’un test nucléaire. 46 marins ont été tués. C’est un acte de guerre, qui exige une réponse ferme. »

Si, à l’instar de nombreux pays qui se sont unies au concert de condamnations internationales, les Etats-Unis ont fermement condamné l’attaque nord-coréenne contre le Cheonan, Pékin, en revanche, a accueilli les résultats de l’enquête avec prudence, refusant de condamner Pyongyang. Pékin a ainsi consciencieusement évité de prendre partie en émettant le souhait de faire sa propre évaluation sur le naufrage, malgré les appels de la secrétaire d’Etat étatsunienne Hillary Clinton à soutenir Séoul et les nombreux entretiens à ce sujet pendant les deux jours de Dialogue stratégique et économique sino-américain dans la capitale chinoise. « Les Nord-Coréens ont créé une situation extrêmement précaire dans la région, une situation dont chaque pays voisin immédiat ou proche de la Corée du Nord comprend qu’elle doit être circonscrite », a-t-elle lancé lundi. Les pressions de Washington tombent sans surprise dans l’oreille d’un sourd. De toute façon, la délégation étatsunienne ne s’attendait pas à obtenir le soutien de la Chine dans l’immédiat.

Bien qu’elle se dite « très préoccupée », la Chine se garde encore de durcir leurs discours à l’égard de son allié. Laconique, le porte-parole chinois, Ma Zhaoxu, a ajouté que son pays « a toujours été engagé dans le maintien de la stabilité en Asie du Nord-Est et dans la péninsule coréenne. » L’objectif des Etats-Unis est clair, infléchir la position chinoise indispensable dans la gestion du dossier nucléaire nord-coréen dans le cadre du groupe des Six. Ce dialogue, avec les Etats-Unis, le Japon, la Russie et les deux Corée, a pour but de négocier avec Pyongyang l’abandon de son programme nucléaire. Pékin héberge depuis 2003 ces négociations dont la Corée du Nord a claqué la porte l’an dernier après sa condamnation à l’ONU suite à un nouvel essai nucléaire.

les deux Corée

Ces menaces et provocations interviennent dans un climat de Guerre Froide entre les deux pays séparés par la guerre de Corée (1950-53). Hillary Clinton est en visite à Séoul, ce mercredi 26 mai, et sera suivie vendredi par le Premier ministre chinois Wen Jiabao. « Dès 1950, des combattants chinois ont investi la péninsule pour prêter main forte à leurs camarades de la République populaire démocratique de Corée », a rappelé le Council on Foreign Relations (CFR). Aujourd’hui, le soutien de Pékin à Pyongyang est militaire, politique, mais aussi économique, souligne le CFR dans un article daté de l’été 2009. « La Chine est le plus gros partenaire commercial de la Corée du Nord, et son principal fournisseur de nourriture, d’armes et d’énergie ». A chaque nouvelle crise entre Pyongyang et Séoul, la Chine s’est opposée à des sanctions économiques au CSNU qui pourraient venir à bout du régime de Kim Jong-Il. Comme le signale Juliette Morillot, « l’attitude de Pyongyang correspond au cycle des quatre saisons. A la même époque printanière, depuis trois ou quatre ans, la tension monte d’un cran. Puis, après une amélioration au cours de l’été, la Corée du Nord tire un coup de semonce à l’automne. Enfin, l’hiver venu, on se calme, les aides peuvent reprendre. » La journaliste spécialiste de la péninsule coréenne explique également pourquoi la Chine ne souhaite pas que le régime de Pyongyang s’effondre. « Pékin ne veut pas d’un effondrement de la Corée du Nord. Les Chinois n’ont pas envie de voir une Corée unifiée à ses portes. Pas plus que de la présence militaire américaine et du pouvoir économique fort de Séoul. Sans compter que ce pays réunifié aurait des revendications territoriales sur la Mandchourie. » Le leadership de la péninsule coréenne change de main entre la Chine et les Etats-Unis mais ni l’un ni l’autre, pas plus que le Japon, ne souhaitent réellement une Corée réunifiée.

Alors que les tensions montent rapidement entre les différentes parties et que la Maison Blanche a durci le ton, Pékin observe avec inquiétude le resserrement des liens entre Washington, Tokyo et Séoul. Une nouvelle fois, un acte irrationnel de son très embarrassant allié nord-coréen affaiblit ses efforts pour rétablir le dialogue des Six. Pyongyang gêne aussi les initiatives chinoises pour augmenter l’influence de Pékin dans une zone toujours dominée par la puissance rémanente des alliances militaires de Washington. Un conflit régional entre les Corée, soutenu par les Etats-Unis et le Japon, ralentirait les énormes avancées de la stratégie maritime chinoise du collier de perles. De toute évidence, Séoul, Tokyo et Washington presseront Pékin de réduire ses aides logistiques à la Corée du Nord. Du côté de Pyongyang, il y a le double risque d’une conflagration militaire et l’effondrement du régime. Un scénario néfaste que le Bureau Politique a toujours refusé d’envisager.

Côté étatsunien, on se dirige vers un retrait militaire de la péninsule coréenne. Le commandement en cas d’urgence est prévu pour être transféré des Etats-Unis à la République de Corée en 2012. En outre, le leadership de la politique internationale de la péninsule coréenne est en train d’être transféré des États-Unis à la Chine avec l’approbation des administrations étatsuniennes de Bush à Obama. Selon Tanaka Sakai, dans le complexe militaro-industriel allié au Pentagone, les adversaires de la multipolarisation du monde ne l’entendent pas de cette oreille et souhaitent inverser cette tendance. Ils ne veulent pas s’asseoir et regarder l’Asie de l’Est passer sous la coupe de l’hégémon chinois de cette manière, avec le retrait étatsunien. Ils cherchent naturellement à tirer profit de l’incident du Cheonan pour déclencher une nouvelle guerre intercoréenne, et, comme au moment de la précédente guerre de Corée, de la développer dans une guerre entre les États-Unis et la Chine afin d’inverser la multipolarisation en Asie de l’Est. Tanaka Sakai dit s’avancer un peu trop loin mais suppose que les Etats-Unis ont orchestré une opération « false flag » en provoquant l’« attaque amicale » et en dissimulant à la République de Corée les présence et navigation du sous-marin étatsunien autour de l’île Baengnyeong.

Si une nouvelle guerre intercoréenne éclate à nouveau sur la péninsule coréenne, déclenchée par l’incident de Cheonan, le stationnement des forces armées étatsuniennes au Japon se poursuivrait pendant plusieurs années et les États-Unis utiliseraient à nouveau le Japon en tant que porte-avions insubmersible. Trouvant une sortie à la crise financière mondiale, l’économie japonaise serait donc favorisée et profiterait à nouveau de juteux marchés spéciaux en Corée du Sud.

Cependant, les multipolaristes étatsuniens semblent être plus fort que le complexe militaro-industriel et les centristes des États-Unis à la Grande-Bretagne. Le constat est que l’incident du Cheonan n’a pas abouti à une seconde guerre américano-coréenne. De plus, ce qui est regrettable pour ceux du Japon et de Corée du Sud qui souhaitaient poursuivre leur dépendance à l’égard des États-Unis, les États-Unis ont transféré à la Chine le rôle de l’atténuation des relations intercoréennes aggravées.

Kim Jong-il à Pékin

Le 30 avril 2010, le président chinois Hu Jintao s’est entretenu avec son homologue sud-coréen Lee Myung-bak, qui a assisté à la cérémonie d’ouverture de l’Exposition universelle de Shanghai. Trois jours plus tard, Hu Jintao a organisé une visite du président nord-coréen Kim Jong-il, en rendant possible un sommet Chine-Corée du Nord. On ignore s’il y aura ultérieurement de nouveaux pourparlers du groupe des Six, mais la Chine a certainement renforcé son rôle de médiateur entre les Corée du Nord et du Sud.

Aujourd’hui, beaucoup de citoyens sud-coréens sont venus à se méfier des déclarations gouvernementales sur l’incident du naufrage du Cheonan. Dans la République de Corée, le fait que le sous-marin étatsunien coulé près de la troisième bouée peut faire basculer l’opinion publique et changer à un moment ultérieur de la théorie du complot à la réalité. Tant que la politique nationale de Séoul dépend des États-Unis, toute demande de réponse aux questions entourant la troisième bouée restera sans suite. Mais dans la mesure où la République de Corée se déplace vers la multipolarisation, en mettant l’accent sur la Chine et de la coexistence pacifique avec Pyongyang, le couvercle sera enlevé.

Tanaka Sakai est le créateur, chercheur, écrivain et rédacteur en chef de Tanaka Nouvelles (www.tanakanews.com), un service de nouvelles en langue japonaise au Japon et dans le monde.

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De SALT aux ZEAN : 40 ans de désarmement nucléaire

Posted in Armement, États-Unis, Géopolitique, Géostratégie, Russie, Technologies by Bao on 29 avril 2010

par Saïd Ahmiri

Après plus d’une année d’intenses négociations, les États-Unis et la Russie sont finalement parvenus à accorder leur violon dans le dossier du nouveau traité des armes stratégiques. L’ancien traité, le START I, a expiré le 5 décembre 2009 sans que Washington et Moscou ne soient parvenus à conclure les négociations, en raison notamment de l’implantation du projet de bouclier antimissile en Pologne et en Tchéquie, finalement abandonné par le président Barack Obama et remplacé par une base de missiles SM-3 dans les Balkans. Au premier regard, la signature du traité START III semble être une bonne nouvelle mais faut-il se réjouir pour autant ? La course mondiale à l’armement incite à penser le contraire. Les trois principales puissances mondiales émergentes, la Chine, l’Inde et le Brésil, dépensent des dizaines de milliards de dollars pour acquérir des équipements modernes, en phase avec les risques actuels telle que la guerre électronique. Des acquisitions qui poussent les pays limitrophes à passer commande à leur tour, au plus grand bonheur des marchands d’armes, conduisant ainsi leur région vers la pente dangereuse d’une potentielle déstabilisation.

Dans cette première partie, sera abordée l’histoire du désarmement nucléaire au travers des différents accords bilatéraux américano-russes et des traités internationaux et régionaux.

Les accords bilatéraux

SALT : Acronyme de Strategic Arms Limitation Talks, il s’agit des négociations sur la limitation des armes stratégiques qui ont été entamées le 17 novembre 1969 entre les États-Unis et l’URSS et qui aboutiront à la conclusion des traités de désarmement SALT I en 1972 et SALT II en 1979. Des négociations qui visaient à définir les limites du nombre d’équipements de défense antimissiles balistiques (Traité ABM) et les armements offensifs stratégiques (Accord SALT) mais qui n’interdisait pas la recherche, l’expérimentation et le développement de nouvelles armes. C’est le commencement de l’histoire du désarmement nucléaire qui va déboucher sur une kyrielle d’accords sur les arsenaux nucléaires des deux pays, leur démantèlement progressif ainsi que sur l’entente diplomatique contre le développement d’armements nucléaires par d’autres pays.

SALT I : Les accords du traité SALT I ont été signés le 26 mai 1972, à Moscou, par les présidents Richard Nixon et Léonid Brejnev. Le Traité ABM (Anti-Ballistic Missile) sur la limitation des systèmes de missiles anti-balistiques fut l’accord principal du SALT I. La signature du traité SALT I avait pour principe d’établir un lien entre la limitation des armements stratégiques défensifs et la limitation des armements stratégiques offensifs pour contribuer à renforcer la stabilité mondiale et ainsi limiter la course aux missiles intercontinentaux ICBM (Intercontinental Ballistic Missile). Le traité SALT I a concrétisé le début de « la politique de détente » de la Guerre Froide entre les deux superpuissances.

Le Traité ABM prévoyait trois objectifs fondamentaux : 

  1. Le déploiement d’un système ABM sur l’ensemble des territoires étatsunien et russe était interdit. Ce système de défense antimissile n’est autorisé que sur un seul site, soit la capitale du pays soit autour d’un site de lancement de missiles ICBM de longue portée (supérieur à 5.500 km). L’URSS décida d’établir un système ABM autour de Moscou et est opérationnel depuis 1968. Il comprend 4 bases de lancement et 100 missiles. Les États-Unis déployèrent le système Safeguard et décidèrent de protéger une zone de lancement de missiles ICBM, basée à Grand Forks dans l’État du Dakota du Nord. Après des années de travaux, le système ABM étatsunien doté de 2.500 missiles anti-missiles balistiques sol-air LIM-49A Spartan, armés d’une ogive thermonucléaire W71 de 5 mégatonnes (mT), et Sprint, armés d’une ogive thermonucléaire W66 et atteignant une vitesse de Mach 10 en 5 secondes, fut déclaré opérationnel en octobre 1975. Le lendemain, sa fermeture fut décidée par un décret spécial du Congrès des États-Unis et fut effective en février 1976, en raisons des doutes pesant sur l’efficacité du système face aux missiles soviétiques à têtes multiples et l’analyse des effets que produirait la détonation des charges nucléaires de l’intercepteur comme du missile intercepté. Nous savons qu’une explosion nucléaire à haute altitude produit une forte impulsion électromagnétique (EMP) qui a pour effet de détruire les dispositifs électroniques à la surface. Le programme Safeguard aura couté 23,1 milliards de dollars.
  2. Il était interdit de mettre au point ou de déployer des systèmes ABM en mer, dans l’air, dans l’espace extra atmosphérique ou sur des plates-formes terrestres mobiles. Seule était autorisée, la mise au point de nouveaux systèmes antimissiles de défense pour les deux zones autorisées par le Traité ABM. Ces systèmes doivent êtres fixes et terrestres.
  3. Les États-Unis et l’URSS s’engagaient à ne pas transférer à d’autres États ou de déployer hors de leur territoire des systèmes ABM ou leurs composantes.

Le Sea-Based X-Band Radar (radar marin en bande X, en français) est une station radar flottante et mobile, capable de fonctionner par grand vent et mer forte. Il fait partie du programme de bouclier antimissile étatsunien.

Après l’annonce du retrait officiel rendue public le 13 décembre 2001, les États-Unis ne font plus parties du traité ABM depuis le 13 juin 2002. Des consultations régulières et des échanges d’informations ont été prévus pour dissiper tout malentendu avec la Russie et envisager une coopération pour la défense antimissile de l’Europe.

SALT II : Les accords du traité SALT II ont été signés le 18 juin 1979, à Vienne, par les présidents Jimmy Carter et Léonid Brejnev. Le traité SALT II devait rester en vigueur jusqu’au 31 décembre 1985. Après ce deuxième round de négociations sur la limitation des armes stratégiques offensives, débuté en 1977 peu de temps avant que le traité SALT I n’arrive à échéance, le traité SALT II apportait d’importantes limitations supplémentaires par rapport aux engagements pris par le traité SALT I et définissait entre autre un plafond précis sur le nombre de bombardiers, de lance-missiles terrestres, la réglémentation de leur emplacement et le nombre de radars. Ce qui impliquait par conséquent la destruction du surnombre. Les différents accords du traité SALT II obligeaient les deux parties à limiter les dispositifs de lancement de missiles ICBM, de missiles balistiques lancés par sous-marin (SLBM pour Submarine Launched Ballistic Missile), de missiles balistiques air-sol et les bombardiers lourds à une quantité totale ne dépassant pas 2.400 unités. Dans un nouvel effort au résultat insignifiant, ce nombre fut réduit par la suite à 2.250 au début de l’année 1981. La quantité totale de missiles balistiques équipés de multiples ogives nucléaires indépendamment guidées (système MIRV) et de bombardiers lourds fut limitée à 1.320 unités; et la quantité totale de missiles balistiques intercontinentaux ICBM équipés de multiples ogives nucléaires indépendamment guidées (système MIRV) fut limitée à 820 unités.

Le traité SALT II a ainsi apporté une première limitation à l’exploitation du système MIRV en réduisant la quantité d’ogives nucléaires par missile. Il limitait à 10 le nombre d’ogives nucléaires dont pouvaient être équipés un nouveau missile balistique intercontinental, à 14 celui d’un missile balistique lancé par un sous-marin et à 10 celui d’un missile balistique largué par un bombardier aérien. 

Le mirvage d'un ICBM

Le système MIRV, l’acronyme de Multiple Independently targeted Reentry Vehicle, ou mirvage, permet à un missile ICBM ou SLBM d’être équipé de plusieurs ogives nucléaires qui suivent chacune leur propre trajectoire lors de leur entrée dans l’atmosphère et permettent de frapper plusieurs objectifs précis dans une même zone. On parle alors de missile à ogives mirvées ou de missile à têtes multiples. Ce sont les forces armées étatsuniennes qui l’ont développé en premier. Les Soviétiques n’ont pas tardé à mettre au point le leur. Rappelons que les agents secrets pullulaient comme les armes nucléaires durant la Guerre Froide. On utilise rarement l’expression de bombe à sous-munitions (BASM) dans le contexte des armes nucléaires bien que l’effet reste identique. Dans le cas d’une BASM, les trappes du container s’ouvrent et « la pluie du diable » s’abat de manière hasardeuse sur une surface étendue. Ce n’est pas le cas avec les missiles ICBM ou SLBM dont chaque ogive mirvée est dotée d’un réacteur et programmée à l’avance pour frapper une cible définie, même si la surface est étendue. Cette quête de précision, parfois à 10 mètres, pousse les forces stratégiques à poursuivre les essais.

Le déploiement des huit ogives nucléaires mirvées d'un missile LGM-118A Peacekeeper

Défilé de missiles FOBS R-26 sur la Place Rouge à Moscou

Le délai d’alerte entre les États-Unis et l’URSS était une féroce compétition et les Étatsuniens avaient une grande avance sur les Soviétiques. Pour y parer, le FOBS, l’acronyme de Fractional Orbital Bombardment System qui se traduit par Système de Bombardement Orbital Fractioné, a été un terrifiant programme d’ICBM soviétique dans les années 1960, notamment avec le missile RS-26 (SS-8 Sasin selon le code OTAN). La technique de pénétration FOBS visait à placer, grâce au troisième étage du missile, une charge lourde sur une orbite terrestre basse, entre 150 et 200 km plutôt que les 1000 km habituels des ICBM. Le troisième étage était ensuite manoeuvré à distance dans l’espace extra-atmosphérique puis il décrochait la charge lourde, équipée ou non d’ogives mirvées, quelques instants avant le début de la phase de descente, dite phase balistique, où la vitesse montait jusqu’à 25.000 km/h lorsque l’ogive touchait sa cible. Il n’y avait pas de limite de portée et la cible définie était impossible à retracer à partir de la trajectoire. Tandis que les défenses du Commandement de la Défense Aérospatiale de l’Amérique du Nord, le NORAD (North American Aerospace Defense Command), sont tournées vers le nord, vers l’espace extra-atmosphérique au-dessus du Pôle Nord, le programme FOBS avait été spécialement conçu pour passer par-dessus le Pôle Sud et frapper les États-Unis par le sud. Lorsque la charge se situe à 1000 km d’altitude, l’engin nucléaire est vu dans un délai de 20 minutes avant son impact mais entre 150 km et 200 km d’altitude, il ne reste que 90 secondes à 2 minutes avant l’impact. Ce qui laisse très peu de temps pour agir, alerter et essayer d’intercepter. Inutile de préciser que les sirènes d’évacuation dans les villes ne servaient absolument à rien. Le temps de comprendre qu’une attaque nucléaire était en cours, de réunir ses proches et de courir vers son bunker au fond du jardin ou dans la cave, l’attaque avait déjà eu lieu et le souffle du à l’impact était imminent. Ce programme d’armement, pervers, a été interrompu par les accords du traité SALT II et retiré en 1983.

En dépit de tous les efforts, le traité SALT II n’entra pas en vigueur à cause de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et de la dégradation des relations entre les États-Unis et l’URSS qui s’en suivit.

INF : Acronyme de Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, il s’agit d’un traité qui visait l’élimination des missiles de croisière et des missiles balistiques de courte portée (inférieure à 800 km) et de portée intermédiaire (inférieure à 5.500 km) pouvant emporter des charges explosives conventionnelles ou nucléaires. Le traité INF a été signé le 8 décembre 1987, à Washington D.C., par les présidents Ronald Reagan et Mikhail Gorbachev, et a été effectif du 1er juin 1988 au 1er juin 1991. A la date butoir du traité INF, un total de 2.692 missiles avaient été détruits : 846 par les États-Unis et 1.846 par l’URSS. Selon les accords du traité, chacune des parties avait le droit d’inspecter les installations militaires de l’autre. Après la dislocation de l’Union soviétique, les douze États successeurs sont devenus parties au traité INF, mais seuls quatre d’entre eux – le Bélarus, le Kazakhstan, la Fédération de Russie et l’Ukraine – ont continué de participer avec les États-Unis au régime d’inspections du traité INF.

Ce traité de désarmement nucléaire fait suite à la crise des euromissiles de 1977 qui fut une période de relations internationales tendues entre l’URSS d’un côté et l’Europe de l’Ouest et les États-Unis de l’autre. Profitant d’une faille dans les accords du traité SALT I, l’URSS a déploié, en Europe de l’Est, des bombardiers supersoniques stratégiques Tupolev 26 (Backfire selon le code OTAN) et installé en Allemagne de l’Est (RDA) des infrastructures mobiles, dits “mille-pattes“, capable de lancer des missiles RSD-10 Pioneer (SS-20 Saber selon le code OTAN), des missiles balistiques nucléaires sol-sol d’une portée intermédiaire d’environ 1.600 km, équipés de 3 ogives mirvées d’une puissance de 150 kilotonnes (kT), soit 450 kT au total, et pouvant parcourir 4.700 km pour atteindre leurs ennemis et rivaux : Europe de l’Ouest, Israël, Arabie Saoudite, Chine, Japon et éliminer tous les moyens de riposte nucléaire de l’OTAN basés en Europe. La réaction étatsunienne ne fut pas immédiate. Des négociations commencèrent entre les pays de l’OTAN et ceux du Pacte de Varsovie sur le retrait des missiles soviétiques d’Europe de l’Est.

l'emplacement, le nombre et la portée des euromissiles durant la crise de 1977 à 1986

Malgré la présence de quelques 200 bombardiers étatsuniens F-111 capables d’atteindre l’URSS et pour faire face à la menace soviétique qui prit en otage les populations d’Europe de l’Ouest, le 12 décembre 1979 lors d’un sommet de l’OTAN en Guadeloupe, les États-Unis de Jimmy Carter, sous la pression des puissances allemande, britannique et française, décidèrent d’installer, en Allemagne de l’Ouest (RFA), 108 MGM-31 Pershing II, des missiles balistiques nucléaires sol-sol d’une portée de 1.800 km avec une seule ogive nucléaire de 50 kT ainsi que 464 missiles de croisière au Royaume-Uni, en Belgique, au Pays-Bas, en RFA et en Italie. Durant la crise des euromissiles, le 23 mai 1980, la France mettait en service, sur le Plateau d’Albion, un groupe de 9 SSBS S3, des missiles balistiques sol-sol d’une portée intermédiaire de 3.000 km et dotés d’une seule ogive nucléaire d’une puissance de 1,2 mT. À titre de comparaison, Little Boy, qui a explosé à Hiroshima, avait une puissance d’environ 15 kT, soit 0,015 mT. En 1983, le nouveau président Ronald Reagan installa des missiles de croisière d’abord en Grande-Bretagne, puis en 1984, des missiles Pershing II en RFA, en Grande-Bretagne et en Italie. La fin de la crise des euromissiles arriva en 1986 au sommet de Reykjavík et l’« Option Zéro » proposé, en 1983, par Reagan fut approuvé. C’est le début du retrait des RSD-10 et des Pershing II ainsi que des missiles de croisière. A la suite de la signature du traité INF, le dernier des 654 missiles RSD-10 Pioneer a été mis hors service le 12 mai 1991 et le dernier des 499 lanceurs ”mille-pattes” le 28 mai 1991.

START I : Acronyme de STrategic Arms Reduction Treaty, il s’agit du premier traité sur la réduction des armes stratégiques offensives, tandis que les traités SALT I et SALT II visaient plutôt des limitations d’armements stratégiques défensifs et offensifs. Remplaçant ainsi les précédents traités de désarmement nucléaire, le traité START I a été signé le 31 juillet 1991, à Moscou, par les présidents George H.W. Bush et Mikhaïl Gorbatchev, et est entré en vigueur le 5 décembre 1994 pour une durée initiale de quinze ans, soit le 5 décembre 2009, mais renouvelable par période de cinq ans. La dissolution de l’Union soviétique en décembre 1991 entraîna différentes complications pour l’adoption et l’application du traité START I. Même si la Fédération de Russie s’était proclamée successeur légal de l’URSS, les nouveaux États du Bélarus, du Kazakhstan et d’Ukraine avaient tous des armes nucléaires sur leur territoire, ce qui affecta le traité START I.

un parc de bombardiers B-52 détruits selon les accords de START I

Les pourparlers de START I débutèrent en juin 1982 et allaient accoucher sur un volumineux traité comportait plusieurs centaines d’articles spécifiques, 700 pages au total, abordant les réductions des missiles ICBM, des lanceurs de missiles ICBM, des ogives des missiles ICBM, des missiles SLMB, des lanceurs sous-marins des missiles SLBM, des ogives des missiles SLBM et des missiles tactiques avec charge conventionnelle (non-nucléaire) de longue portée. En gros, le traité START I avait pour grande ambition de réduire, dans un premier temps, de presque la moitié le nombre d’ogives nucléaires stratégiques déployées en passant de 10.000 à 6.000 unités chacun, et 1.600 vecteurs stratégiques de lancement. Le traité START I n’abordait pas la question des armes nucléaires stockées mais uniquement celles dites opérationnelles et parées à un envoi immédiat. Lors de cette première des trois phases prévues, la réduction passa de 9.986 à 8.556 ogives étatsuniennes et de 10.237 à 6.449 ogives soviétiques.

Les réductions du nombre d’ogives nucléaires et de vecteurs stratégiques devaient être appliquées en trois phases au cours d’une période de sept ans après l’entrée en vigueur du traité en 1994, autrement dit jusqu’au mois de décembre 2001. Les équipements existants pouvaient être modernisés et remplacés, mais les deux parties s’étaient engager à ne pas fabriquer, essayer en vol ou déployer des missiles ICBM modifiés ou de type nouveau ni des missiles SLBM avec plus de dix ogives.

Deux principales techniques ont été utilisées pour réduire le nombre d’ogives sur les missiles balistiques déployés : 

  1. Démanteler les lanceurs des missiles ICBM et SLBM.
  2. Retirer quatre ogives maximum par missile mirvé. Le nombre d’ogives pouvant ainsi être retirées ne pouvait pas dépasser un total de 1.250 unités.

START II : Ce nouveau traité définissait de nouvelles réductions de missiles nucléaires stratégiques et d’ogives nucléaires des deux pays signataires du traité START I. Le traité START II a été signé le 3 janvier 1993, à Moscou, par les présidents George H.W. Bush et Boris Eltsine, et a été ratifié en janvier 1996 par le Sénat étatsunien et en avril 2000 par la Douma russe. Ce retard de la Russie s’explique par le refus des discussions, en mars/avril 1999, en signe de protestation contre les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie. Le traité START II n’est jamais entré en vigueur à cause des plaintes russes contre les missiles antimissiles balistiques étatsuniens du Traité ABM interdisant le déploiement d’un système global de défense antimissile sur le territoire étatsunien selon les accords du traité SALT I.

Le traité START II prévoyait une réduction des deux tiers des arsenaux nucléaires stratégiques en deux phases. Plus précisément, dans les sept ans suivant l’entrée en vigueur du traité. Le nombre total des ogives nucléaires déployées de chacun devait être compris entre 3.800 et 4.250 lors de la première phase. La seconde phase fixait une réduction entre 3.000 et 3.500 ogives nucléaires déployées à la date d’échéance fixée au 31 décembre 2007. Sur ce total, le nombre de missiles SLBM à têtes multiples et indépendantes ne pouvait plus excéder 1.750 ogives nucléaires à la date d’échéance fixée au 1er janvier 2003, tandis que, à la même date, les missiles ICBM à têtes multiples et indépendantes devaient avoir totalement disparu des forces stratégiques des deux pays. 

Au maximum, lors de la première phase, 1.200 ogives pouvaient être déployées sur des missiles ICBM, 2.160 sur des missiles SLBM et 650 sur des missiles balistiques intercontinentaux lourds comme le R-36 russe (SS-18 Satan selon le code OTAN). Ce dernier missile a à la fois la plus longue portée, entre 11.200 et 16.000 km selon le modèle, et est la plus puissante arme thermonucléaire jamais élaborée après la célèbre « Tsar Bomba » lorsqu’elle est équipée d’une ogive unique dont la puissance varie de 18 à 25 mT. Les 88 R-36 en service depuis 1992 et dont la plupart sont déployés sur la base de Dombarovsky dans la région d’Orenbourg, en Oural du Sud, ont la capacité d’effacer des villes entières de la carte. Outre le missile balistique intercontinental sol-sol ICBM Topol-M, « Peuplier » en russe, (SS-27 Sickle B1 selon le code OTAN) doté de 6 ogives mirvées de 0,55 mT chacune et mis en service depuis fin 2009 ainsi que son homologue mer-sol SLBM, le très controversé RSM-56 Boulava, « Esturgeon » en russe, (SS-NX-30 selon le code OTAN) équipé de 6 à 10 ogives mirvées d’une puissance de 100 à 150 kT chacune – dont les treize essais jusqu’à présent se sont achevés par sept succès et six échecs tel que celui qui produisit un incroyable phénomène de spirale lumineuse dans l’atmosphère à Tromsø, en Norvège près de la Mer Blanche, à cause d’une défaillance du troisième étage provoquant une vrille du missile libérant des gaz qui dessinèrent la spirale lumineuse en question – un nouveau missile a été envisagé pour remplacer le surpuissant R-36, il s’agit du RS-20 Voyvoda selon la classification russe. Il était prévu qu’il pourrait percer n’importe quel bouclier antimissile mais avant la signature du nouveau traité START III, en avril 2010, il avait été décidé que le R-36 resterait en service jusqu’en 2014 ou 2016 selon une annonce faite en 2008.

La chronologie des essais du missile RSM-36 Boulava

Pour la petite histoire, surnommé Tsar Bomba par les Étatsuniens, « Impératrice des Bombes » en russe, cette bombe H a été prévue initialement pour servir de base à des bombes dévastatrices de 100 mT. Tsar Bomba avait une puissance estimée à 57 mT lors de son essai qui a eu lieu le 31 octobre 1961, dans l’archipel de la Nouvelle-Zemble en Océan Arctique. La détonation développa une gigantesque boule de feu de 7 km de diamètre. L’éclair de l’explosion fut visible à plus de 1.000 km du point d’impact et le champignon atomique en résultant parvint à une altitude de 64 km, sept fois plus haut que le mont Everest (8.848 m). Tsar Bomba provoqua une destruction totale dans un rayon de 35 kilomètres. Elle est l’arme la plus puissante jamais utilisée dans l’histoire de l’humanité, jusqu’à nos jours. En comparaison, l’essai étatsunien le plus puissant, et sans doute le plus dramatique, qui a eu lieu le 1er mars 1954, dans l’atoll de Bikini, est Castle Bravo avec 15 mT, mille fois plus que chacune des deux bombes larguées sur le Japon, alors que la puissance était prévue à 5 mT.

SORT : Acronyme de Strategic Offensive Reductions Treaty, il s’agit d’un traité sur la réduction des arsenaux nucléaires, négocié par les États-Unis et la Russie. Il a été signé le 24 mai 2002, à Moscou, par les présidents George W. Bush et Vladimir Poutine, et a été ratifié par la Douma russe et le Sénat étatsunien le 8 mars 2003. Le traité SORT établit que le traité START I reste en vigueur mais il remplace le traité START II, tombé en désuétude, et est une évolution du traité START III non ratifié dont les négociations débutèrent en 1997 entre les présidents Bill Clinton et Boris Eltsine.

George W. Bush et Vladimir Poutine signant le traité SORT le 24 mai 2002

En signant le traité SORT, les deux parties se sont engagées à réduire de deux tiers leur arsenal d’armes nucléaires stratégiques qui doit ainsi passer de 6.000 têtes nucléaires déployées à une fourchette entre 1.700 et 2.200 ogives nucléaires à la date d’échéance fixée au 31 décembre 2012, conformément aux décisions annoncées lors des entretiens entre les deux présidents à Washington le 13 novembre 2001. Le traité SORT est le traité le plus court de l’histoire du désarmement nucléaire avec seulement 5 articles sur 2 pages. Très critiqué, ce traité n’oblige pas à détruire le surnombre mais autorise le stockage ou la conservation comme réserves opérationnelles. Le traité SORT réserve également le droit de décider de la façon dont chaque pays détruit son arsenal, comme le souhaitait le gouvernement étatsunien. En effet, avant la signature, le 8 janvier 2002, dans un document du Pentagone présenté comme une révision de la stratégie nucléaire américaine (Nuclear Posture Review de 1994), le sous-secrétaire d’État à la défense J.D.Crouch avait annoncé que les États-Unis voulaient garder en réserve une partie des milliers de leurs ogives nucléaires devant être retirées. Dans le traité SORT, aucune indication n’est fixée sur la structure des forces stratégiques ni la répartition des charges nucléaires entre les trois composantes : missiles sol-sol, missiles mer-sol et bombardiers à long rayon d’action. De plus, une simple proposition de création d’une commission bilatérale qui se réunira deux fois par an est mentionnée. Si le traité n’est pas renouvelé avant la date butoir, les États-Unis auront dès lors la possibilité de redéployer 2.400 ogives nucléaires tenues en réserve. De son côté, la Russie dispose de 5.000 armes stratégiques opérationnelles, 3.500 armes tactiques et 11.000 charges nucléaires stratégiques et tactiques qu’elle pourra à nouveau redéployer si le traité SORT n’est pas renouvelé. Au final, le traité SORT est une vulgaire limitation entre les armes nucléaires qui sont déployées et celles qui sont stockées, celles-ci pouvant être réactivées à tout moment en cas de nécessité. Les critiques sont compréhensives car le traité SORT ne représente pas un progrès significatif dans la voie du désarmement nucléaire et les engagements pris à la conférence d’examen du TNP, en mai 2000, n’ont pas été tenus. Il est important de signaler que le traité SORT a été négocié et signé peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001.

START III : (ou New START) est le dernier traité de réduction des armes nucléaires stratégiques offensives qui a été signé le 8 avril 2010, à Prague, par les présidents Barack H. Obama et Dmitri Medvedev. Etant d’actualité, beaucoup d’articles critiquent le traité START III stipulant entre autres que les deux parties s’engagent à ne pas attaquer un État ne possédant pas d’arme nucléaire et dénoncent la mise en garde adressée explicitement à l’Iran et à la Corée du Nord ainsi que la possibilité d’une riposte nucléaire en cas d’attaque à l’arme biologique ou chimique, même contre un État signataire du TNP. Selon ces articles, les accords du traité START III ne limitent pas les arsenaux nucléaires respectifs à proprement parler mais réduisent uniquement la capacité opérationnelle à 1.550 têtes nucléaires déployées par rapport au plafond actuel de 2.200 têtes nucléaires, c’est-à-dire celles qui sont prêtes à un envoi immédiat, et un maximum de 800 vecteurs stratégiques de lancement contre 1.600 auparavant. Dans un entretien avec Le Monde, Eric Edelman, ancien numéro trois du Pentagone de 2005 à 2009 et à présent expert du think tank CSBA de Washington, explique qu’« avant de quitter ses fonctions, le président George W. Bush avait donné instruction pour que les États-Unis aillent vers la limite inférieure, 1 700 charges. Ce qui veut dire que, côté étatsunien, la réduction réelle est de 150 têtes sur un arsenal de plusieurs milliers. »

Nous pouvons dire qu’il est à la fois question d’un très modeste désarmement nucléaire et d’une faible réduction du potentiel d’attaque car un autre point technique essentiel et majeur du nouveau traité START III concerne l’arrêt de l’exploitation du système MIRV pour les missiles ICBM et SLBM. Le système MIRV équipe la majorité des armes nucléaires de longue portée formant l’ossature principale des forces stratégiques étatsuniennes et russes. Tout comme le Traité ABM marqua les accords du traité SALT I en son temps, cet arrêt est la grande évolution du traité START III. Bien sûr, il s’agit uniquement des armes déployées et les armes nucléaires mirvées de courte portée, de moyenne portée et de longue portée seront sans nul doute remplacées par des armes nucléaires dont l’ogive unique sera encore plus puissante. 

un convoi de missiles russes Topol-M

Cela signifie par conséquent que le très controversé missile RSM-56 Boulava ainsi que les RS-24 Topol-M et R-36 sont condamnés à la modification ou à la destruction aux termes de ce nouveau traité ainsi que tous les autres missiles balistiques intercontinentaux sol-sol russes RS-12M Topol, RS-12MS Topol M, RS-18 et RS-20 et ceux embarqués à bord des sous-marins, les R-29RM Sineva à 4 ogives mirvées de 100 kT et d’une portée de 8.300 km, les RSM-50, les RSM-52 et les RSM-54 Shetal équipés de 4 ou 10 ogives nucléaires mirvées d’une puissance de 100 kT chacune et d’une longue portée de 11.000 km. Il en va de même chez les Étatsuniens pour les missiles ICBM LGM-30F Minuteman-II, les 450 LGM-30G Minuteman III dotés de 3 ogives thermonucléaires mirvées W87 dont la puissance varie de 170 à 475 kT chacune et d’une longue portée s’élèvant à 13.000 km, et les dizaines de LGM-118A Peacekeeper MX (nouvelle génération) dotés de 10 ogives thermonucléaires mirvées W87 d’une puissance de 300 kT chacune et d’une longue portée de 10.900 km ainsi que les 528 missiles SLBM UGM-133A Trident II Mk4 D5, Mk5 D5 et Mk5 D5LE (ce dernier étant actuellement en cours d’expérimentation) d’une portée de 19.000 km avec une vitesse maximale de 19.030 km/h et capable de transporter jusqu’à 12 têtes thermonucléaires mirvées ou 8 têtes W88 d’une puissance maximale de 475 kT chacune ou encore 8 têtes W76 de 100 kT chacune mais les traités START I les limitaient déjà à 8 et SORT à 4 ou 5.

Les traités internationaux et régionaux

TNP : Appliqué par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), le Traité sur la Non-Prolifération des armes nucléaires a été conclu en 1968, signé par un grand nombre de pays le 1er juillet 1968 et est entré en vigueur le 5 mars 1970 pour une durée de 25 ans. Il a été reconduit pour une durée illimitée en 1995.

Le principe de base du TNP repose sur deux facteurs : les premiers pays dotés de l’arme nucléaire et ayant fait exploser une arme nucléaire avant le 1er janvier 1967 (EDAN ou « club nucléaire »), en l’occurence les États-Unis, l’URSS, le Royaume-Uni, la France et la Chine (les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU) s’engagent en signant le TNP à ne pas aider un autre pays à acquérir des armes nucléaires. Les seconds pays non dotés de l’arme nucléaire (ENDAN) s’engagent à ne pas fabriquer d’armes nucléaires et à ne pas essayer de s’en procurer, ni de posséder des armes nucléaires étrangères sur son sol. Aujourd’hui, plusieurs pays ne sont pas en règle avec ce dernier point en abritant 400 armes nucléaires étatsuniennes B-61, pour certains depuis les années 1960, dont l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie. 

Les armes nucléaires dans le monde et la non-prolifération

Le TNP est surtout censé favoriser les usages pacifiques de l’atome, en affirmant le droit inaliénable de toutes les parties au traité à développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Tous les pays signataires, et notamment les États les plus avancés dans le domaine nucléaire civil, s’engagent ainsi à faciliter un échange aussi large que possible d’informations, d’équipements et de matières nucléaires pour les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire. En théorie.

Malgré la clause de désarmement dans l’article VI du TNP, par laquelle les puissances nucléaires s’engagent à des négociations pour un désarmement sous le contrôle de l’AIEA, la réalité est différente. Dans la pratique, le club nucléaire continue de renouveler et moderniser leurs arsenaux nucléaires et de faire de la recherche en optant pour le qualitatif plutôt que le quantitatif. Autrement dit, des armes nucléaires moins nombreuses mais beaucoup plus puissantes. Les articles V et VI du TNP incluent seulement une obligation de « bonne foi » à négocier la fin de la course aux armements nucléaires, qui n’est pas assortie d’obligation de résultats. En d’autres termes, le TNP malgré son importance est un traité peu efficace, peu respecté, avec des failles exploitables, littéralement négocié en langue de bois et qui peut éventuellement servir de moyen de pression contre une nation membre du TNP qui voudrait développer l’arme nucléaire sous le couvert d’un programme nuclaire à un usage civil sans favoriser les intérêts d’un ou plusieurs membres du club nucléaire craignant l’émergence d’une nouvelle puissance dangereuse et pouvant rivaliser avec un ou plusieurs d’entre eux sur différents points géopolitiques et géostratégiques. Inutile de citer l’Iran comme exemple.

TICEN : Acronyme pour Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires, ou en anglais Comprehensive Test Ban Treaty (CTBT), il s’agit d’un traité international qui interdit les quatre types d’essai nucléaire : atmosphérique, extra-atmosphérique, sous-marin et souterrain. Le TICEN a été ouvert à la signature le 24 septembre 1996, à New York, mais n’est toujours pas entré en vigueur. En effet, il n’entrera en vigueur que lorsque tous les 44 pays, cités dans l’annexe 2, possédant des réacteurs nucléaires et/ou des réacteurs nucléaires de recherche l’auront signé et ratifié par leur parlement. Parmi ces pays cités dans l’annexe 2, la Chine, l’Égypte, les États-Unis, l’Indonésie, l’Iran et Isräel ont signé mais pas ratifié le traité. La Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan n’ont pas signé le traité. A la date du 25 novembre 2008, sur les 195 pays cités dans l’annexe 1, 180 États l’avaient signé et 148 l’avaient déjà ratifié.

les quatre types d’essai nucléaire : atmosphérique (1), souterrain (2), extra-atmosphérique (3), sous-marin (4)

 Selon le 1er article du traité TICEN :
  1. Chaque État partie s’engage à ne pas effectuer d’explosion expérimentale d’arme nucléaire ou d’autre explosion nucléaire et à interdire et empêcher toute explosion de cette nature en tout lieu placé sous sa juridiction ou son contrôle.
  2. Chaque État partie s’engage en outre à s’abstenir de provoquer ou d’encourager l’exécution – ou de participer de quelque manière que ce soit à l’exécution – de toute explosion expérimentale d’arme nucléaire ou de toute autre explosion nucléaire.

Le TICEN est un traité important qui en a remplacé plusieurs autres, parmi lesquels :

  • l’ancien traité sur l’espace extra-atmosphérique, également appelé « Traité sur l’Espace », qui a été ouvert à la signature le 27 janvier 1967, entré en vigueur en 1968 et ratifié par 95 États. Au commencement de l’ère spatiale largement dominée par les Soviétiques, le traité régissait les activités militaires spatiales des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et autres corps célestes. Il interdisait de mettre sur orbite terrestre un quelconque objet transportant des armes nucléaires ou tout autre type d’arme de destruction massive, ainsi que d’installer de telles armes sur des corps célestes, ou de placer celles-ci dans l’espace extra-atmosphérique de quelque manière que ce soit. L’établissement de bases, d’installations militaires ou de fortifications était également banni, ainsi que les essais de n’importe quel type d’arme et l’exécution de manœuvres militaires sur des corps célestes. En renonçant à installer des armes nucléaires ou autres armes de destruction massive dans l’espace, les deux grandes puissances n’ont en réalité pas sacrifié grand-chose. Il n’était pas interdit de lancer des missiles balistiques transportant des armes nucléaires dans l’espace, et le déploiement dans l’espace d’armes autres que de destruction massive n’était nullement restreint. Le traité sur l’espace extra-atmosphérique a été modifié quatre fois avec l’Accord sur le sauvetage des astronautes, la Convention sur la responsabilité internationale pour les dommages causés par des objets spatiaux, la Convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique et l’Accord sur la Lune. Le programme étatsunien surnommé « Guerre des Étoiles », nommé officiellement « Initiative de défense stratégique » (IDS), a été lancé le 23 mars 1983 par le président Ronald Reagan. Un projet de réseau de satellites, formant un bouclier spatial, dont le rôle était la détection et la destruction de missiles balistiques lancés contre les États-Unis. A cette époque, on parlait notamment de lasers tirés depuis l’espace, grâce à des véhicules spatiaux militarisés. De nombreux experts qualifiaient le projet d’irréaliste, pour deux raisons. D’une part, ils considèraient la chose techniquement infaisable, en l’état actuel des technologies, et inefficace face à des avions et des missiles de croisière. D’autre part, ils critiquaient le programme modifiant profondément l’équilibre des forces à l’échelle de la planète et encourageant la militarisation de l’espace. Malgré l’avis des experts, le Congrès débloqua des milliards de dollars pour sa réalisation. Le programme a été abandonné en 1993 par le président Bill Clinton. Réactivé, dans une version réduite avec des missiles intercepteurs lancés depuis la terre, par le président George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, le nouveau missile russe ICBM RS-24, une nouvelle variante mirvée du missile Topol-M pour les uns, le même modèle avec un nom différent pour les autres, réduisait à néant l’efficacité du projet de bouclier anti-missiles. Les premières phases de vol du RS-24 pouvant atteindre des vitesses supérieures aux précédentes classes de missiles balistiques le rend moins vulnérable aux interceptions par les systèmes anti-missiles. De même que durant sa phase balistique, les dizaines de petits moteurs du MARV (MAnœuvrant Rentry Vehicle), transportant les 4 à 6 ogives mirvées avant leur déploiement, permettent au RS-24 de suivre des trajectoires évasives rendant son interception tout aussi difficile. Le programme fut une nouvelle fois abandonné par le président Barack Obama, en septembre 2009.
  • l’ancien traité SACTS (Seabed Arms Control Treaty ou Seabed), un traité sur le fond des mers qui a été ouvert à la signature en février 1970. Il interdisait quelque chose qui n’existait pas, et qui probablement n’était pas réalisable à cette époque, c’est-à-dire le placement sur les fonds marins ou dans leur sous-sol de toute arme nucléaire ou de tout type d’armes de destruction massive, ainsi que des structures, plateformes de lancement ou toute autre installation spécifiquement destinée au stockage, à l’expérimentation ou à l’utilisation de telles armes.
  • l’ancien traité PTBT (Partial Test Ban Treaty), un traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, signé le 5 août 1963, à Moscou, peu de temps après la crise des missiles de Cuba et interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère, dans l’espace et sous l’eau mais pas sous terre. Les États-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni l’avaient immédiatement ratifié. La France, la Chine et l’Inde l’ont signé par la suite.

ZEAN : Un traité ZEAN, acronyme pour zone exempte d’armes nucléaires ou zone dénucléarisée, est un traité régional qui stipule que les États s’engagent, pour une durée illimitée, à ne pas développer, acquérir, tester ou posséder des armes nucléaires pour leur propre compte, directement ou indirectement, ou pour le compte d’une tierce entité. Les zones exemptes d’armes nucléaires sont conçues comme des mesures de transition vers un désarmement nucléaire complet et vont encore plus loin que le TNP. Elles représentent un véritable progrès dans la non-prolifération nucléaire et le désarmement nucléaire mondial car il ne s’agit pas, selon les différents traités bilatéraux américano-russes, de se contenter de stocker dans les arsenaux ou de conserver en cas de défaillance d’une ou plusieurs armes nucléaires pouvant ainsi être remplacées par les réserves mais interdisent catégoriquement leur présence et leur existence sur le territoire des États-parties de ces zones. Néanmoins et c’est là leur petite faiblesse, un ou plusieurs protocoles des traités ZEAN contiennent des « assurances négatives de sécurité » (ANS). Ce ou ces protocoles précisent que les cinq pays du club nucléaire doivent également signer et ratifier le ou les protocoles. Ces pays reconnaissent alors et respectent le statut des zones exemptes d’armes nucléaires de la région et qu’ils n’utiliseront pas ou ne menaceront pas d’utiliser des armes nucléaires contre les États-parties de ces zones. Les différentes flottes étatsuniennes et bases militaires à l’étranger sont problématiques car leur champ d’action peut se limiter à cause de ces zones. Les États-Unis sont alors poussés à devoir modifier leur géostratégie ou à ne pas ratifier les traités ZEAN.

Il faut que les zones exemptes d’armes nucléaires et le développement de telles zones fassent partie intégrante de la politique étrangère des États du monde entier et qu’elles soient un débat important au sein de l’Assemblée Générale de l’ONU. Aujourd’hui, la grande majorité des pays européens sont aujourd’hui exempts d’armes nucléaires. Ces pays sont l’Arménie, l’Autriche, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Bulgarie, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Géorgie, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, la Norvège, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Tchéquie et l’Ukraine. Actuellement, il existe six zones dénucléarisées dans le monde et deux territoires dénucléarisés, la Mongolie et la Nouvelle-Zélande ayant même refuser le nucléaire civil. 

Traité sur l’Antartique : Signé le 1er décembre 1959 et entré en vigueur le 23 juin 1961, le Traité sur l’Atlantique n’est pas un traité ZEAN qui a été spécialement conçu vis-à-vis des armes nucléaires. Il y a juste une mention qui stipule que la réalisation d’essais nucléaires est prohibée, tout comme le dépôt de matériel radioactif. Cependant, le Traité sur l’Antartique a fait de l’Antartique la première zone exempte d’armes nucléaires dans le monde.

Traité de Tlatelolco : Signé à Tlatelolco, un quartier de Mexico, le 14 février 1967 et entré en vigueur le 25 avril 1969, le Traité de Tlatelolco a fait de l’Amérique Latine et des Caraïbes la seconde zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États de l’Amérique Latine et des Caraïbes, à savoir, l’Antigua-et-Barbuda, l’Argentine, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, Cuba, la République dominicaine, Dominique, l’Équateur, la Grenade, le Guatemala, Guyana, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, le Nicaragua, Panamá, le Paraguay, le Pérou, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie, le Salvador, le Suriname, Trinité-et-Tobago, l’Uruguay et le Vénézuela. Cuba en 2002 a été le dernier État à ratifier le traité. Le club nucléaire l’a signé et ratifié.

Peu de temps avant la fin officielle de la Guerre Froide, le ministre de la marine brésilienne, Fonseca, expliquait publiquement, en 1987, qu’un traité commercial avec l’Allemagne n’avait qu’un but : acquérir la technique permettant de construire la bombe atomique. En septembre 2009, suite à une thèse universitaire réunissant les connaissances nécessaires pour fabriquer une bombe atomique intitulée « Simulation numérique de détonations thermonucléaires en milieux hybrides de fusion-fission exploités par radiation » et écrite par le physicien Darron ayant réussi à décoder les modèles mathématiques de l’ogive étatsunienne W87, l’AIEA a demandé d’amples détails sur cette thèse aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères brésiliennes. Cette thèse publiée dans la presse, et dont l’intégralité n’a pas été dévoilée mais gardée secrète, n’a pas manqué de rappeler l’ancien projet secret du régime militaire (1964-1985) de doter le Brésil de l’arme atomique et qui continua clandestinement au sein de l’armée jusqu’en 1990. Un programme nucléaire militaire qui a été interrompu in extremis, à un mois du premier essai nucléaire, par le président Fernando Collor. En dépit des soupçons sur le fait que le géant sud-américain maîtrise à nouveau les diverses techniques, comme la centrifugation, pour fabriquer la bombe atomique, un porte-parole des Affaires étrangères a rappelé que le Brésil était signataire du TNP et respectait cet accord. Le président Lula soulignait également que le « Brésil est le seul pays au monde qui mentionne dans sa Constitution l’interdiction de posséder une arme nucléaire. » Cela étant dit, il arrive constamment que des constitutions soient réformées comme pour annuler le nombre de mandats présidentiels. Il n’y a pas que les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU qui ont des armes nucléaires et possèder la bombe atomique permet d’être pris au sérieux par les autres grandes puissances mondiales. La vraie crainte à voir ne réside pas tant dans le fait que le Brésil possède ou non une bombe atomique, il faut dire qu’une de plus ou de moins sur les milliers existantes de part le monde ne représente pas vraiment un danger supplémentaire pour l’humanité selon un certain point de vue, mais le risque consiste surtout dans une course à l’armement nucléaire entre les puissances sud-américaines violant à la fois le TNP et le Traité de Tlatelolco, et malgré les efforts d’un désarmement nucléaire mondial. Le Brésil qui a ainsi déjà violé le Traité de Tlatelolco ne manque donc pas d’attiser la méfiance des autres pays d’Amérique du Sud avec son nouveau programme de sous-marins à propulsion nucléaire en collaboration avec la France.

Traité de Rarotonga : Signé à Rarotonga, dans les Îles Cook, le 6 août 1985 et entré en vigueur le 11 décembre 1986, le Traité de Rarotonga a fait du Pacifique Sud la troisième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États du Pacifique Sud, à savoir, l’Australie, les Îles Cook, les Fidji, les Kiribati, Nauru, la Nouvelle-Zélande, Niué, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Salomon, Samoa, les Tonga, les Tuvalu et le Vanuatu. La France et le Royaume-Uni ont signé et ratifié les trois protocoles en 1996. Les Etats-Unis les ont signé la même année mais ne les ont pas ratifiés. La Chine a signé et ratifié les protocoles II et III en 1987.

Traité de Bangkok : Ouvert à la signature à Bangkok en Thaïlande le 15 décembre 1995 et entré en vigueur le 28 mars 1997, le Traité de Bangkok a fait de l’Asie du Sud-Est la quatrième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États de l’Asie du Sud-Est, à savoir, le Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Viêt-Nam qui l’ont tous signé et ratifié. Cependant, aucun État du club nucléaire n’a signé ce protocole en raison de leur crainte que les dispositions du Traité de Bangkok ne restreignent la liberté de mouvement de leurs navires et avions dans les eaux et espaces internationaux à proximité de l’Asie du Sud-Est.

Traité de Pelindaba : Ouvert à la signature au Caire le 11 avril 1996 et entré en vigueur le 15 juillet 2009, le Traité de Pelindaba a fait de l’Afrique la cinquième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde suite et le premier continent dénucléarisé. Pour entrer en vigueur, 28 ratifications étaient nécessaires pour cela (soit la moitié des États membres de l’Union Africaine + 1), la ratification par le Burundi était la 28ième ratification. Les cinq États du club nucléaire ont signé les protocoles I et II mais seuls la Chine, la France et le Royaume-Uni les ont ratifiés. La France est l’unique État à avoir signé et ratifié le protocole III. La Russie a refusé de ratifier les protocoles I et II à cause de l’île de Diego Garcia, un atoll de l’archipel des Chagos situé au milieu de l’Océan Indien, contrôlée par le Royaume-Uni qui loue sa base militaire aux États-Unis.

Les bombardiers B-52 (arrière) et B-2 Spirit (avant) de la base militaire de Diego Garcia

Alambique, l’île de Diego Garcia est indirectement concernée par le Traité de Pelindaba car l’île est réclamée par la République de Maurice comme faisant partie intégrante de son territoire. Diego Garcia constitue le « fer de lance » de l’armée américaine. Une flotte de bombardiers est basée à Diego Garcia dont les fameux bombardiers furtifs B-2 Spirit, pouvant larguer 16 bombes nucléaires d’un poids unitaire de 320 kg à 1090 kg. Il y a aussi une station du réseau Echelon qui serait basée sur l’atoll ce qui constitue un atout majeur pour le United States Central Command. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, la base de Diego Garcia est soupçonnée d’être ou d’avoir été un centre de détention secret pour des prisonniers d’Al-Qaïda. Les États-Unis ont signé les protocoles I et II ajoutant cependant qu’ils se réserveraient le droit de répondre à une attaque biologique ou chimique par un État africain du Traité de Pelindaba, par tous les moyens, y compris l’utilisation d’armes nucléaires.

Le Traité de Pelindaba se démarque également des autres traités ZEAN pour quatre raisons :

  1. Selon l’article I, le Traité de Pelindaba utilise le terme « dispositif explosif nucléaire » plutôt qu’« arme nucléaire ». Ce terme couvre toute arme nucléaire ou tout dispositif explosif capable de libérer l’énergie nucléaire. Toutefois, il ne couvre pas les moyens de transports ou les vecteurs de ces armes ou de ces dispositifs.
  2. Chaque État-partie reste libre de décider d’autoriser ou non le transit d’armes ou de dispositifs explosifs nucléaires via son territoire.
  3. L’Afrique du Sud a détenu l’arme atomique et y a renoncé volontairement.
  4. Une clause spéciale interdit le déversement de déchets radioactifs sur le territoire des États-parties.

Traité de Semipalatinsk : Signé le 8 septembre 2006 au polygone nucléaire de Semipalatinsk, un ancien site d’essais nucléaires de l’URSS, situé au Kazakhstan, et entré en vigueur le 21 mars 2009, le Traité de Semipalatinsk a fait de l’Asie Centrale la sixième zone exempte d’armes nucléaires dans le monde et comprend le territoire de tous les États d’Asie Centrale, à savoir, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Peu d’informations circulent à propos des ratifications par le club nucléaire. Le Traité de Semipalatinsk étant assez récent et la complexité des guerres en Afghanistan et au Pakistan ont retardé les ratifications des protocoles.

Signalons que c’est la première fois qu’une zone exempte d’armes nucléaires est établie dans l’hémisphère Nord, ayant une frontière directe avec deux puissances nucléaires, la Chine et la Russie, et à proximité de deux autres puissances nucléaires, l’Inde et le Pakistan. Le Traité de Semipalatinsk prend l’exemple sur le Traité de Pelindaba et interdit la recherche liée à la fabrication d’armes nucléaires et autorise la présence d’installations ayant un lien avec le nucléaire comme les installations de communication, de surveillance et de renseignement. Chaque État-partie reste libre de décider d’autoriser ou non le transit d’armes ou de dispositifs explosifs nucléaires via son territoire ou son espace aérien. L’obligation de non-prolifération la plus importante souscrite par les États-parties est de ne pas autoriser le stationnement d’armes nucléaires étrangères sur leurs territoires.

Conclusion

Au prix d’achat par unité comme le missile Minuteman III à 7 millions de dollars sans compter les essais, on peut dire que c’est de l’argent du contribuable jeté par la fenêtre. Il serait sans doute pertinent de faire une estimation du coût total des armes nucléaires créées, testées, retirées, stockées et demantelées ou modifiées en accord selon les différents traités depuis le début de l’histoire du désarmement nucléaire. Un montant auquel il faudrait rajouter les coûts pour les achats des matériaux, pour les recherches scientifiques et pour tous les salaires des techniciens et des militaires. Un chiffre total qui s’élèverait probablement dans les centaines voir les milliers de milliards de dollars rien que pour les États-Unies et la Russie. Cette remarque donne encore plus de sens à la folie des hommes de pouvoir. Toutefois, des progrès réels en matière de désarmement nucléaire ont été notés. Selon certaines sources, rien qu’entre 1990 et 1996, le nombre total de têtes nucléaires a été réduit de 70.000 pour les uns, 80.000 pour les autres à 40.000. Il existerait actuellement encore 23.300 têtes nucléaires dans le monde. Les États-Unis possèdent environ 9.400 têtes, dont au moins 2.600 actives. La Russie possède environ 13.000 têtes, dont 4.840 sont actives. Avec les accords discutables du traité START III mais aussi la volonté de chercher une puissance de destruction augmentée au profit du nombre d’armes nucléaires et la prolifération des bombes Mini-Nuke, nous sommes encore loin d’un monde sans armes nucléaires que le président Barack H. Obama avait souhaité lors de son discours à Prague en 2009. Shelton Williams, du think tank Osgood Center for International Studies à Washington, déclarait ce sujet que « le président Obama doute de la création d’un monde sans armes nucléaires de son vivant. » Il ajoutait ensuite que «ce monde ne peut être créé uniquement si les pays acceptent les garanties universelles et contraignantes, avec des sanctions visant les contrevenants. » Aujourd’hui encore, l’arme nucléaire est un prestige que de nombreux gouvernements souhaiteraient détenir car l’arme nucléaire impose le respect. Comme le disait Albert Einstein à son époque : « Je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura plus beaucoup de monde pour voir la quatrième. »

Le Grand Échiquier d’Asie Centrale

par Saïd Ahmiri 

Ce n’est un secret pour plus personne, l’Europe n’est plus au centre du globe. Cela fait depuis plusieurs années maintenant que la stratégie globale du nouveau monde multipolaire se joue dans un recoin de l’Eurasie, en Asie Centrale, entre la Chine et les États-Unis. Les politiques, et par corollaire le quatrième pouvoir, martèlent à longueur de journée qu’il est question d’une guerre contre le terrorisme. Mais est-ce vraiment le cas ? Bien sûr que non, ce n’est qu’une guerre de l’énergie. Afin de discerner l’extrême complexité géopolitique d’Afghanistan et du Pakistan, deux pions sur le Grand Échiquier, il est impératif de bien connaître le terrain sous divers angles. Balouchistan et Pachtounistan dans le viseur atlantiste, est-ce que la balkanisation est la solution aux problèmes actuels de l’Afghanistan et du Pakistan ou sera-t-elle la source de nouveaux problèmes ? Pour comprendre donc le présent et éventuellement essayer d’anticiper sur le futur malgré le caractère variable des données, des alliances et des partenariats en constante évolution, il est plus que nécessaire d’avoir des notions du passé.

Qu’est-ce que la ligne Durand ?

Pendant le Grand Jeu, la rivalité coloniale en Asie au XIXe siècle entre les empires russe et britannique qui a notamment conduit à la création de l’actuel Afghanistan, la ligne Durand est le nom donné à la frontière internationale séparant le territoire afghan du Pakistan. Elle a été établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l’émir afghan Abdur Rahman Khan, choisi par les Britanniques pour occuper le trône de Kaboul, et sir Henry Durand-Mortimer, un administrateur colonial de l’Inde britannique. Dans la réalité des faits, ce sont les Britanniques et les Russes qui fixèrent les frontières afghanes sans vraiment s’occuper de l’avis des Afghans. Ce n’est seulement qu’en 1894-1895 que la frontière a été délimitée, Kaboul cédait ainsi une partie de ses zones pachtounes et baloutches à l’influence des Britanniques. Les accords de la ligne Durand ont par la suite été ratifiés par le roi Habiboullah en 1905 et par le roi Amanoullah en 1919. Le 2 juillet 1949, le parlement afghan proclamait l’annulation de tous les accords signés par les précédents gouvernants afghans avec les différents gouvernements coloniaux de l’Inde britannique, et notamment le traité de la ligne Durand. Depuis cette date, l’Afghanistan a constamment protesté contre la ligne Durand en affirmant que la frontière a été tracée aux dépens du peuple pachtoune. De son côté, le Pakistan affirme que la séparation est justifiée par la différence importante entre les tribus pachtounes de chaque côté de la ligne. La division territoriale prévue à l’origine pour un siècle par Durand-Mortimer devait cesser en 1993 mais le Pakistan a refusé de rétrocéder les territoires pachtounes occupés générant ainsi la source d’un autre conflit eurasien entre les deux nations de l’AfPak. 

Longue de 2450 kilomètres, la ligne Durand s’étend, depuis le sud, de la frontière iranienne, divisant le Baloutchistan, puis le Pashtounistan en deux, jusqu’à la Chine à travers le massif du Pâmir, par le Corridor de Wakhan au nord-est de la Passe de Khyber. Les Pachtouns, qui sont appelés Pathans au Pakistan, des musulmans sunnites hanéfites, partagent la même organisation sociale tribale de chaque côté de la frontière ainsi que la même langue, le pashto, l’une des deux langues officielles avec le dâri (le persan afghan) dans un pays qui compte pas moins d’une centaine de dialectes, trente-deux langues et cinq langues nationales. 

La mosaïque afghane 

En Afghanistan, les Pachtouns représentent l’ethnie majoritaire avec 15 millions d’habitants. Ce qui constitue plus de 42 % de la population totale du pays, essentiellement situés dans la moitié sud du pays, en arc de cercle, de Kaboul et Djalâlâbâd à Hérat en passant par Kandahar. Il est intéressant de noter que de l’autre côté de la ligne Durand, au Pakistan, les Pathans sont deux fois plus nombreux mais minoritaires, ils représentent près de 30 millions d’habitants sur les 181 millions que compte le pays. Les Pachtouns précédent ainsi les Tadjiks, appartennant à la famille des peuples iraniens, avec 27 % de la population totale afghane et habitant à l’ouest de Hérat ainsi qu’au nord-est de Kaboul. Zarathoustra, le célèbre sage de la Perse antique, désigne dans l’Avesta, l’Asie Centrale comme le berceau des « Aryens » (Airyanem Vaejah), et pour certains il pourrait désigner la région des environs du Tadjikistan. Le mot Taa-jyaan d’où vient le nom de Tadjik, est aussi mentionné dans l’Avesta. Viennent ensuite les Hazaras, avec 10 %, isolés au centre du pays au sud de la chaîne montagneuse du Koh-e Baba, d’origine turco-mongole et de confession chiite duodécimain à l’exception d’un petit groupe à l’ouest de Dochi qui se rattache à l’ismaélisme, un courant minoritaire du chiisme qui ne reconnait pas douze imams (duodécimain) mais sept imams (septimain). Puis enfin les Ouzbeks à hauteur de 9 % et essentiellement basés autour de Mazar-e-Charif, Kunduz et tout au long des frontières avec l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Dans cette mosaïque ethnique séparée par des frontières dessinées par des peuples étrangers, il existe également d’autres tribus minoritaires telles les Aïmaks (4 %) qui nomadisent autour de Hérat, les Turkmènes (3 %) tout au nord, les Baloutches (2 %) au sud-ouest et estimés à environ 100.000 habitants (environ 1,15 million vivent en Iran et 6,67 millions au Pakistan), ainsi que les Pashayis, les Wakhis, les Kirghizes et les Nouristanis installés dans les magnifiques forêts montagneuses au nord-est de Djalâlâbâd. On peut retirer trois réalités transnationales, du nord au sud, un grand Tadjikistan, un grand Pashtounistan et un grand Balouchistan qui a de tout temps divisé l’Afghanistan. Deux de ces trois réalités sont des cibles potentielles d’une nouvelle balkanisation en micro-états plus facilement malléables par les puissances étrangères.

les groupes ethnolinguistiques d'Afghanistan

Source de la carte : Peuples entremêlés (Vicken Cheterian et Philippe Rekacewicz)

C’est durant l’automne 1994 qu’une nouvelle faction rigoriste fait son apparition : les Taliban (pluriel de Taleb signifiant étudiant). Les Taliban sont originaires des 650 madrassas (école théologique islamique) pachtounes situées le long de la ligne Durand, sur le territoire pakistanais, et influencées par la pensée ultra traditionaliste sunnite soufiste déobandie – du nom de la ville Deoband dans l’état Uttar Pradesh du nord de l’Inde – en référence à l’imam iranien Abu Hanifa (699-767), théologien, législateur et fondateur de l’école hanéfite de droit musulman à Koufa, une ville d’Irak située à environ 170 km au sud de Bagdad.

 

Ahmad Shâh Durrani, le premier roi d'Afghanistan

Scindés en deux confédérations rivales, les Dorrânî d’Hérat et les Ghilzaï de Kandahar, les Pachtouns sont les fondateurs de l’Afghanistan, en 1747, sous le règne du premier padishah Ahmad Shâh Durrani portant le titre de « Bâbâe Melat » qui, en pachto, signifie « père de la Nation ». Ahmad Shâh est le patriarche de la dynastie Durrani, une tribu afghane connue avant 1747 sous le nom des Abdâlî qui règna difficilement sur le royaume d’Afghanistan jusqu’au 1973. Les Pachtouns sont donc les Afghans de souche, le mot afghan est synonyme du mot pachtoune. Les Pachtouns sont organisés en plus de cinquante tribus, elles-mêmes divisées en sous-tribus, clans, et sous-clans. Les chefs des tribus nommés les Khans ont un pouvoir limité. La société afghane refuse toute domination extérieure directe et naturellement toute occupation étrangère physique de son sol. Elle accepte en revanche la domination indirecte, elle ne peut même s’en passer car aucun Khan ne peut s’imposer aux siens s’il n’est pas en mesure de distribuer à sa tribu des bakchish (don charitable) sous forme d’argent, d’armes, de nourriture ou de vêtements. Un chef tribal qui ne peut distribuer ces largesses est remplacé par son rival plus généreux. L’Afghanistan étant un pays pauvre, aucun Khan ne trouve de quoi redistribuer des largesses suffisantes à sa tribu sans subvention extérieure. 

Toutes ces subdivisions ethniques et ces rivalités claniques expliquent pourquoi les Afghans sont parvenus à constamment tenir en échec tous leurs envahisseurs successifs qui, découragés, se retiraient. Mais la raison essentielle de l’extrême division des Afghans en clans rivaux, à l’intérieur des mêmes ethnies et des mêmes tribus, réside dans le problème de répartition des eaux. Hormis le conflit afghan, une autre guerre oppose les seigneurs tout puissants et riches propriétaires d’une rivière aux vrais maîtres du trafic de drogue qui n’hésitent pas à recourir aux seigneurs de la guerre pour menacer les paysans des oasis et des plaines fertiles. Des seigneurs de la guerre qui deviennent alors des despotes et sont supplantés à leur tour lors de nouvelles prises de contrôle du pouvoir tribal. Un mécanisme ancestral de la société afghane qui a été transplanté dans les secteurs les plus lucratifs de la vie économique d’Afghanistan. Avant l’invasion américaine de 2001, les Taliban étaient parvenus à mettre fin au trafic de drogue et par extension, à toute la corruption gouvernementale qui, aujourd’hui comme hier avant l’arrivée des Taliban, ferme les yeux sur l’immense business de la résine d’opium. La corruption étant littéralement un sport national, ce mécanisme n’est sans doute pas pour déplaire aux multinationales pharmaceutiques depuis le projet de légalisation de l’opium par le Baron Mark Malloch-Brown, un proche de George Soros étant surtout connu pour son financement des ONG générant des révolutions de couleur mais aussi pour être un grand partisan de la dépénalisation de la drogue [1]. 

les routes d'exportation de l'opium afghan

Source de la carte : L’opium, principale production afghane (Philippe Rekacewicz)

L’Afghanistan constitue ainsi un paradoxe assez incroyable car étant un des pays les plus pauvres du monde, qui se situe presque au bas de l’échelle de l’indice de développement humain de l’ONU (174e pays sur 178) et de l’indice de pauvreté humaine [2], il est de loin le plus grand exportateur des drogues illicites au monde, dont la valeur de revente est estimée à 60 milliards de dollars américains [3]. Une question intéressante à se poser est où va tout cet argent ? Plus curieux encore, qui donc en profite ? Cette seule économie ferait décoller l’Afghanistan et l’exploitation de ses minerais stratégiques – charbon, fer, cobalt, chrome, mica, bauxite, zinc, plomb, beryllium, lithium, or, rubis, saphir, émeraude et lapis-lazuli – propulserait l’Afghanistan au rang d’importante puissance exportatrice d’Asie Centrale. Des gisements dont l’étendue des ressources demeure incertaine mais qui attise la convoitise des grands pays industriels que sont les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et le Japon [4].

Le Corridor du Wakhan : des enjeux stratégiques entre l’OTAN et la Chine

Bordé au nord par le Tadjikistan, au sud par le Pakistan et à l’est par la Chine, le fin Corridor du Wakhan, une étroite bande de terre qui s’étire sur 350 kilomètres, est situé dans la chaîne du Pâmir dans la province du Badakhchan, au nord-est de la ligne Durand et frontalière à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP). Le Corridor du Wakhan fut créé en 1895, toujours durant la période du Grand Jeu, comme zone de tampon contre une agression potentielle de la Russie tsarique contre l’Inde britannique. 

la chaîne montagneuse du Pamir avec le sommet du Nowshak

Enneigées toute l’année, les chaînes de hautes montagnes du Pâmir et de l’Hindu Koush, avec ses sommets du Nowshak (ou Noshaq) culminant à 7492 mètres et du Tirich Mir à 7690 mètres traversée autrefois par un itinéraire de la mythique Route de la Soie, font partie de l’ensemble montagneux des Himalaya, le plus haut du monde, avec le massif Karakoram, comprennant le K2 culminant à 8611 mètres d’altitude, qui est situé à la frontière du Pakistan, de l’Inde et la Chine. Un très vaste ensemble qui chevauche huit pays et abrite plus de 140 millions de personnes. Barrant l’ascension à plus de 3000 mètres, l’étroite vallée du Nowshak abrite un des nombreux champ de mines anti-personnelles d’Afghanistan (plus d’un million de mines dans le pays) qui ont été placées en 2000 par l’Alliance du Nord, un vestige de la guerre civile entre les Taliban du mollah Omar et les Moudjahidins du commandant Massoud afin d’empêcher toute intrusion des Taliban depuis le Pakistan. Au fond de l’Hindu Koush, rien que l’entrée dans la vallée du Nowshak est protégée par une barrière de 640 mines antipersonnelles. Bien qu’il existe aujourd’hui un projet associatif de déminage parrainé par les Nations Unies, la vallée du Nowshak ne fait pas partie des priorités des démineurs officiels. Les priorités sont les zones urbaines, agricoles et les routes. 

le Corridor de Wakhan

Dans le cadre actuel du conflit afghan, le Corridor du Wakhan est placé sous la surveillance atlantiste de la Bundeswehr (armée allemande), en charge de la province du Badakhchan, qui y ont construit plusieurs ponts pour la logistique de la coalition ISAF mais n’étant pas adaptés au passage des poids lourds. Depuis la ville d’Ishkashim à l’entrée du Corridor du Wakhan, la dangereuse traversée se fait sur de périlleuses pistes le long des principaux cours d’eau que sont le Wakhan-Daria, le Pamir, le Piandj et le Murghab ou par des sentiers de montagne scabreux. En été, seuls les véhicules tout-terrain peuvent se frayer un chemin le long des rivières en crue. 

le Bam-e-Dunya

Malgré qu’il soit relativement épargné par les conflits, le Corridor du Wakhan n’en est pas moins une région isolée, très peu peuplée et aux conditions extrêmes où l’existence y est très difficile : l’hiver dure 8 mois, la température descend jusqu’à -40ºC, 1 enfant sur 2 meurt à la naissance et l’espérance de vie ne dépasse pas 40 ans. Le Corridor du Wakhan abrite deux ethnies qui y cohabitent en harmonie. Les Wakhis, environ 10.000 en Afghanistan (40.000 dans les vallées des alentours au Tadjikistan, au Pakistan et en Chine), vivent entre 2.000 et 3.000 mètres d’altitude, tandis que les Kirghizes, environ 1.200, habitent plus haut et plus loin, leurs campements sont situés entre 4.000 et 4.500 mètres, dans le Pâmir Afghan qu’on appelle aussi « Bam-e-Dunya » ou le « Toit du Monde ». Les Kirghizes ne cultivent pas la terre, impossible au-delà de 4.000 mètres, et vivent grâce à leur bétail. Peuple nomade, ils vivent en yourtes et se déplacent jusqu’à quatre fois par an en fonction des pâturages et de la météo. Pour compléter leur alimentation, les Kirghizes ont recours au troc avec les marchands ambulants et leurs voisins wakhis. Régulièrement, à l’approche de l’hiver, toutes les tribus kirghizes se réunissent et décident de lancer une grande caravane pour aller se ravitailler en denrées vitales : sucre, sel, médicaments et – Afghanistan oblige – en opium. L’électricité, l’eau courante et les télécommunications sont totalement inexistantes. 

Le passage stratégique du Corridor du Wakhan a attiré l’attention de l’OTAN, recherchant de nouveaux passages logistiques pour approvisionner la coalition ISAF dans le but de contourner le Pakistan et ne plus dépendre, au nord, de la terrible route M41 du Tadjikistan qui longe la frontière avec la Chine. La route M41 est la route de tous les trafics, dangereuse et porose, elle avait déjà une sinistre réputation à l’époque soviétique que ni le KGB ni les douanes n’étaient parvenus à contrôler. Après l’effondrement du bloc communiste, la situation s’est encore considérablement dégradée. La partie orientale du Kazakhstan est devenue un véritable cimetière d’armes nucléaires périmées mais dont la matière fissile pouvait encore être reconcentrée à des coûts minimes. Il s’en est écoulé des quantités incalculables dans de nombreuses directions et dans des conditions de transport qui ont souvent coûté la vie aux passeurs. Des douaniers modestement payés 60 euros par mois, la guerre civile qui a fait rage pendant des années entre le mollah Omar et le commandant Massoud sans parler du nouveau conflit afghan, des montagnes de plus de 4.000 mètres où seuls des locaux expérimentés savent circuler, toutes ces conditions ne peuvent que faciliter la libre circulation des personnes et de toutes sortes de marchandises imaginables sur la route M41. Tout au long de la parcelle de route entre le lac Kara et le Pont de l’Amitié, les milliers de mines qui ont été posées n’ont aucunement ralenti les différents commerces d’armes, de drogues, de nourriture et de vêtements.

Et ne plus dépendre non plus, à l’est et à travers les régions tribales du Pachtounistan, de la fameuse Passe de Khyber ou Défilé de Khaïber (district pakistanais du FATA), culminant à 1.072 mètres d’altitude à la ville contrebandière de Landi Kotal. La Passe de Khyber se trouve sur la grande route Peshawar-Jalâlâbâd-Kaboul qui est déjà surchargée dans ses deux voies principales sinueuses, l’une par le trafic motorisé et l’autre par le passage des caravanes traditionnelles. Route d’invasions historiques depuis plus d’une centaine de générations et porte communicante entre le Moyen-Orient en feu et le sous-continent indien en chaleurs depuis Alexandre le Grand à la poursuite de l’assassin de Darius III en 330 avant Jésus-Christ (pbsl) ainsi que les Perses, les Mongols et les Tartares qui l’ont également franchie pour répandre l’Islam en Inde, la Passe de Khyber, longue de 58 kilomètres entre le fort de Jamrud au Pakistan et la ville marchande afghane de Tokham (pile sur la ligne Durand), comporte 34 tunnels et 92 ponts dont son point le plus étroit ne fait que 15,85 mètres de large jusqu’à s’élargir parfois à 1.600 mètres. Dans le contexte de ses investissements dans les mines de cuivre de la vallée d’Aynak, près de Kaboul, le Corridor du Wakhan intéresse également la Chine ayant besoin de voies routières sûres et adaptées au passage de poids lourds reliant la ville d’Ishkashim à sa préfecture de Kashgar dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (appelé aussi le Turkestan oriental ou République islamique du Turkestan oriental). Comme les Britanniques l’ont fait jadis en construisant les ponts et excavant la roche des tunnels de la Passe de Khyber, l’exploitation du Corridor du Wakhan comme voie logistique nécessiterait de longs et coûteux travaux pour permettre le passage de véhicules lourds dans des conditions correctes mais pour le moment, c’est surtout la sécurisation frontalière qui préoccupe la Chine. Des opérations de sécurité qui se poursuivent après les événements violents de juillet 2009 à Urumqi entre les Hans, chinois de souche, et les Ouïghours, musulmans turcophones, qui ont fait, selon Pékin, 197 morts et plus d’un millier de blessés [5].

Actuellement, l’unique passage direct entre l’Afghanistan et la Chine se fait par la Passe de Wakhjir qui culmine à 4923 mètres d’altitude, à l’extrémité orientale du Corridor du Wakhan, mais qui est hélas dépourvue de route pratiquable. Après la traversé de la frontière, une piste sommaire permet de rallier, à plus de 80km, la première route majeure de Chine, l’autoroute Karakoram N35/G314. 

Les poudrières du Talibanistan

Le chef-lieu de la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) est Peshawar, une ville d’environ 1,4 million d’habitants. C’est dans cette province que se situent les districts de Malakand et de Swat dont Mingora est la principale ville de la vallée de Swat surnommée la Suisse du Pakistan pour ses hautes montagnes, ses forêts vertes et ses lacs aux eaux limpides. En 2005, la population du NWFP était d’environ 21 millions d’habitants sans compter les 3 millions de réfugiés afghans. La plus petite des quatre provinces du Pakistan, à l’ouest de l’Azad Kashmir et au nord-est du FATA (Federally administered tribal areas ou Régions tribales fédéralement administrées), le NWFP se compose de régions tribales pachtounes qui abrite le fief des Taliban et plusieurs mouvements fondamentalistes islamiques tels que le Harakat ul-Mujahidin (Mouvement des compagnons du Prophète), le Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (Mouvement pour la Défense de la Loi du Prophète), le Lashkar-e-Jhangvi (Armée de Jhang) et l’organisation séparatiste cachemirie Lashkar-e-Toiba (Armée des Pieux) qui agissent essentiellement pour certains au Cachemire (divisé entre le Jammu-et-Cachemire indien et l’Azad Kashmir pakistanais) avec comme objectif principal pour les uns, le rattachement au Pakistan de cet État majoritairement musulman qu’ils considèrent occupé par l’Inde et pour les autres, l’application de la Charia (loi islamique) au Pakistan avec l’établissement de tribunaux islamiques. 

C’est plus au sud-ouest, dans les deux districts du Waziristan au sud du FATA frontalière de l’Afghanistan, que l’on retrouve le TTP, l’acronyme de Tehreek-e-Taliban Pakistan (Mouvement des Taliban du Pakistan) qui aurait été fondé fin 2007 en réunissant une quarantaine de factions. Autant que le Tehreek-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM), interdit au Pakistan depuis le 12 janvier 2002 sur ordre du dictateur Pervez Musharaf qui fit emprisonner, sous la pression américaine, son fondateur Sufi Mohammed ayant envoyé des milliers de combattants sur le front afghan, le TTP a fait couler beaucoup d’encre dans la presse de propagande impérialiste, depuis le début du conflit armé en 2004, entre les forces armées pakistanaises et les différents mouvements islamistes, étant tous considérés sans exception, ni sans la moindre distinction, comme des alliés de la nébuleuse internationale Al-Qaïda. Deux mouvements majeurs du Pachtounistan qui défient ouvertement le gouvernement d’Islamabad dont la ligne de conduite est dictée par les États-Unis, de George W. Bush hier et aujourd’hui de Barack H. Obama, pour débusquer les Taliban afghans et les autres Moudjahidins étrangers qui, après la chute de Kaboul en 2001, sont venus au Waziristan en ayant fui à travers les montagnes de Shah Wali Kot en mars 2002, afin de se regrouper et relancer leur guérilla contre les forces d’occupation en Afghanistan.

Le Talibanistan déterre la hache de guerre 

Dans une chronologie non-exhaustive de la guerre du Waziristan, depuis 2002, tout l’ouest du Pakistan vit pratiquement à l’heure afghane, ou plutôt à l’heure américaine de la guerre contre le terrorisme. Fin février 2002, la presse britannique Sunday Express [6] annonçait déjà que « les forces spéciales américaines et britanniques avaient localisé le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden », et 50 partisans fanatiques, dans une zone montagneuse de la région de Toba Kabar « au nord de la ville de Khanozai et de Quetta » dans le nord-ouest du Pakistan, près de la frontière afghane, justifiant ainsi aux yeux de l’opinion publique occidentale l’entrée de l’OTAN au Pakistan. « Nous nous engageons dans des opérations des deux côtés de la frontière, dans une opération du genre  » marteau et enclume «  », disait le général David Barno lors d’une vidéo-conférence en direct d’Afghanistan avec la presse propagandiste, moins catastrophiste que cacophonique mais tout autant sensationnaliste, spécialement accréditée au Pentagone, la même presse que le tapage médiatique contre les armes de destruction massives de Saddam Hussein et ses liens supposés avec Al-Qaïda, dans les préambules de la guerre d’Irak de 2003.

les régions pakistanaises sous le contrôle des Taliban

Au milieu du marteau américain et de l’enclume pakistanaise, la guerre du Waziristan a ainsi éclaté, dans un contexte international en 2002 et national en 2004, avec un jeu du chat et de la souris dans les zones tribales pachtounes du Sud-Waziristan entre les Taliban afghans accompagnés des djihadistes étrangers, bénéficiant de l’appui des Taliban pakistanais, et les Scouts de Wana (unité paramilitaire pakistanaise stationnée à Wana) aidé du soutien des laskhar (milice tribale de la tribu Wazir) chargés de partir à la recherche des militants étrangers et de punir les membres des tribus qui les aidaient en détruisant leurs maisons et en leur imposant de lourdes amendes d’un million de roupies pakistanaises, soit environ 14.500 euros. Ces Taliban pakistanais, de la tribu pathane Mehsud notamment, ont alors été considérés comme des alliés inconditionnels d’Al-Qaïda et, sous les impératifs américains, ont été recherchés par les autorités tribales et fédérales pakistanaises. 

Suite à la longue opération Blizzard de Montagne aux résultats mitigés, « en deux mois, 1 731 patrouilles, 143 raids et opérations de recherches ont été menées. 22 combattants ennemis ont été tués, de nombreuses caches d’armes ont été découvertes, avec 3 648 roquettes, 3 202 obus de mortiers (…) et des dizaines de milliers de munitions pour armes légères », détaillait le général David Barno, l’opération Tempête de Montagne fut menée, à partir du 7 mars 2004, dans les régions frontalières du Pakistan, avec des actions coordonnées entre l’armée régulière pakistanaise ainsi que des forces paramilitaires et l’armée américaine dont la fameuse Task Force 121, unité d’élite dont les membres, agents sur-entraînés de la CIA et militaires des forces spéciales, sont crédités de la capture du président irakien Saddam Hussein en décembre 2003. Malgré la traque par des milliers de soldats, les milliers de dollars du contribuable américain déversées aux différentes tribus pakistanaises, aux liens aussi étroits que des ruelles parisiennes depuis les années 1980 durant la guerre soviétique en Afghanistan, et les moyens technologiques haut de gamme mis à l’oeuvre, l’effet de tenaille de l’opération Tempête de Montagne n’a eu pour résultat que de déstabiliser un peu plus le Pakistan et de renforcer les rangs du Talibanistan mais aussi du monde musulman en général.

 

le seigneur Nek Mohammed

Face à l’incapacité américaine et la nonchalance pakistanaise, les accords de Shakai sont conclus en mars 2004 entre les tribus et le gouvernement. Après avoir amené des centaines de militants étrangers à Wana en 2002/2003 et infligé une cuisante défaite à l’armée pakistanaise, le célèbre seigneur de la guerre Nek Mohammed, du clan Yargulkhel de l’élite tribale des Wazir qui domine la partie occidentale du district du Sud-Waziristan directement frontalière de l’Afghanistan, et quatre autres leaders locaux également soupçonnés d’avoir apporté de l’aide aux combattants étrangers, sont amnistiés et libérés par Pervez Musharraf sans promettre de ne pas utiliser le sol pakistanais pour mener des attaques en Afghanistan, ni d’aider Islamabad à retrouver et enregistrer les combattants étrangers en leur offrant l’asile au Pakistan. « Il y a toujours des combattants étrangers là-bas. Ils sont Arabes, Tchétchènes, Ouzbeks (…), n’appartiennent pas aux tribus et continuent d’utiliser la région pour accomplir leurs objectifs terroristes », déclarait le général David Barno, commandant des forces américaines et de la coalition en Afghanistan, à la mi-mai 2004. « Il est très important que l’armée pakistanaise poursuive ses opérations, en particulier contre les combattants étrangers, qui à mon sens ne doivent faire l’objet d’aucune conciliation », poursuivait le général américain justifiant de la sorte la continuation des opérations transfrontalières au mépris de la souverainté du peuple pakistanais. Il est bon de noter que c’est également au mois de mai de cette année que le Pakistan a été réadmis au sein du Commonwealth [7], après y avoir été exclu en 1999 suite au renversement du régime de Nawaz Sharif par Pervez Musharraf dans les événements qui ont suivi le conflit de Kargil que nous aborderons plus loin. 

Le puissant commandant Abdoullah Mehsud 

En juin 2004, après l’assassinat par un drone américain du seigneur de la guerre Nek Mohammed considéré comme un héros par beaucoup d’habitants du Waziristan, Abdoullah Mehsud, de son vrai nom Nour Alam, alors âgé de 30 ans et entré en conflit avec Baitullah Mehsud pour la direction de l’union des mouvements talibans devenue le TTP, devient l’incarnation de la lutte indépendantiste du Pachtounistan contre le régime de Pervez Musharraf dans tout le Waziristan. Le guerrier Abdoullah Mehsud qui avait répondu à l’appel de la guerre sainte lancé par des religieux pakistanais en octobre 2001, avait pris part très tôt au combat en Afghanistan aux côtés des Taliban longtemps après avoir combattu une première fois à leur côtés, en 1996, contre les troupes de l’Alliance du Nord du commandant Massoud. Il perdit une jambe en sautant sur une mine quelques jours après la prise de Kaboul par les Taliban. Lors du siège de Kunduz, du 11 au 23 novembre 2001, qui marqua un tournant décisif dans la guerre d’Afghanistan, Abdoullah Mehsud fut contraint de se rendre au général Abdoul Rachid Dostom de l’Alliance du Nord, le principal leader de la communauté ouzbek en Afghanistan et un des plus célèbres seigneurs de la guerre afghan. Remis par la suite à l’armée américaine, il fut envoyé à la base de Guantanamo où il y passa 25 mois avant d’être libéré et reconduit à Kaboul.

 

le commandant Abdoullah Mehsud

En octobre 2004, le commandant Abdoullah Mehsud a été accusé de l’enlèvement de deux ingénieurs chinois travaillant à la construction d’un barrage. L’un des otages a été tué, dans des échanges de tirs, au cours d’une opération de sauvetage menée par les troupes d’élite de l’armée pakistanaise. Le mercredi 29 décembre 2004, un responsable politique pachtoune était assassiné. Le lendemain, Asmatôllah Gandapour, le représentant du gouvernement pakistanais dans le district du Sud-Waziristan, et son chauffeur furent blessés par l’explosion d’une bombe sur le bord d’une route du district de Tank, à proximité du camp de réfugiés de Dabara. Gandapour dirigeant des campagnes successives contre les militants étrangers et leurs soutiens locaux était considéré comme un ennemi de l’Islam pour le Talibanistan. La notoriété d’Abdoullah Mehsud s’accroit au fil de ses opérations dans le Sud-Waziristan. Le lundi 7 février 2005, des leaders tribaux du Sud-Waziristan signèrent une amnistie avec le gouvernement pakistanais. Ils recevèrent 540.000 $ à l’exception de Baitullah Mehsud, un Taliban discret prétendu être à la tête d’une dizaine de combattants à peine et réputé piètre négociateur bien qu’il était considéré par le gouvernement afghan comme l’un des lieutenants du mollah Omar, le chef suprême des Taliban tant afghans que pakistanais. Exclu de ces négociations pour son rôle présumé dans le kidnapping des deux chinois, Abdoullah Mehsud continua de consolider son pouvoir dans toute la région en poursuivant sa guerre sainte avec son lieutenant Qari Zainuddin Mehsud. « L’accord de paix entre Baitullah Mehsud et le gouvernement n’affectera pas ma lutte contre les forces de sécurité », déclarait-il à l’hebdomadaire The Friday Times. « Notre mouvement ne perdra pas de sa vigueur si deux ou trois de nos combattants se rallient au gouvernement », poursuivait-il. 

Au printemps de l’année 2005, Abdoullah Mehsud fut une fois de plus suspecté, par Sherpao, d’être impliqué derrière la vague d’attentats-suicides à travers le Pakistan, que la cacophonie de la presse occidentale citait être prônés par Baitullah et dénoncés par Qari comme étant interdits par l’Islam. L’une des dernières attaques du commandant Mehsud avait justement visé le ministre de l’Intérieur, Aftab Ahmad Khan Sherpao, à son domicile dans le district Charsadda dans la province NWFP. Dans ces circonstances, un mandat d’arrestation contre Abdoullah Mehsud fut alors délivré par le gouvernement pakistanais mais n’a jamais été mis à exécution [8]. C’est le début de la cavale pour l’idéaliste pachtoune et figure montante du Talibanistan. D’après certaines sources peu fiables, depuis sa libération de Guantanamo, le commandant Mehsud se rendait souvent au Balouchistan, au sud-ouest du Pakistan, où il était également soupçonné de participer à la formation des nouveaux mouvements pakistanais qui auraient été fondés par Nek Mohammed en 2002 [9] dont le Joundallah (Soldats de Dieu) qui se fait appeler « Mouvement de Résistance Populaire d’Iran » et le Jaishul al-Qiba al-Jihadi al-Siri al-Alami (Armée Secrète du Djihad International) prétendue consacrer ses efforts dans l’entraînement et l’endoctrinement de la nouvelle génération de djihadistes. Au soir du lundi 23 juillet 2007 et après une traque depuis plus de deux ans, Abdoullah Mehsud est repéré par les services de renseignements dans une maison du district de Zhob, dans la province du Baloutchistan. Encerclé, il opposa une résistance farouche avant de choisir de se donner la mort. « Il s’est fait exploser lundi soir avec une grenade quand les forces de sécurité ont lancé l’assaut », expliquait le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général Javed Cheema. Dénoncé par des proches ou non, le puissant commandant Abdoullah Meshud a préféré la mort à la captivité. Dans ce concours de circonstances, Baitullah Mehsud s’empara du pouvoir dans le Waziristan et devint l’unique leader des factions réunies sous la bannière du Tehreek-e-Taliban Pakistan. 

Qui dirige qui ? 

Après la relative « trève » nationale de 2006 et malgré plusieurs luttes de pouvoir internes très compliquées pour les non-initiés mais permettant au gouvernement pakistanais d’exploiter habilement les différends qui opposent les tribus, les mouvements et les ethnies baloutche, ouzbèke, pachtoune, penjabie et turkmène qui soutiennent ou ne soutiennent pas les militants étrangers comme les Arabes ou les Tchétchènes – je citerai par exemple, la nomination du mollah Nazir à la tête du commandement des Wazir, en dépit de la faiblesse de ses liens tribaux, qui a eu pour conséquence de mécontenter les Yargulkhel, qui a produit un grand nombre de commandants Taliban tel Nek Mohammed, car le mollah Nazir appartient au Kakahel, un autre obscur sous-clan des Zalikhel auquel est également rattaché les Yargulkhel, les Zalikhel contrôlant Wana et constituant la plus importante des neuf sous-tribus qui composent la tribu Wazir [10] -, les combats ont repris dans une nouvelle violente escalade très médiatisée.

 

le général Ashfaq Kayani

La guerre du Waziristan recommence suite au siège meurtrier de la Mosquée rouge d’Islamabad, en juillet 2007, par le Military Intelligence, agence rivale de l’ISI, sur décision du président Pervez Musharraf. Une sombre affaire assez complexe, très médiatisée comme toujours en Occident dans ses grandes lignes habituelles « Taliban, Ben Laden, Al-Qaïda, attentats terroristes, etc », mais bien peu développée dans ses détails croustillants, je dirais, pour les personnes cataloguées conspirationnistes, en raison de certaines implications gouvernementales. Cette affaire suscita un grand intérêt avec la découverte surprenante, sous la Mosquée rouge, d’un centre de transmission secret aux fils directement reliés au quartier général de l’ISI voisin, appelé Point Zero et se situant dans le quartier du marché d’Aabpara [11] de la capitale pakistanaise. Manipulation politique des uns ou complot islamiste des autres, l’ISI a attisé un peu plus la méfiance de l’ancien général et président Pervez Musharraf. En parallèle à la purge du secteur antiterroriste de l’ISI, un peu plus de deux mois après l’assaut de la Mosquée rouge ayant entraîné la mort de plus d’une centaine de personnes, le 21 septembre 2007, Musharraf fit remplacé le chef de l’ISI, le général Ashfaq Kayani, par le général Nadeem Taj, un proche parent de sa femme jugé plus fiable. Ce dernier étant soupçonné, par les yankees, de collaborer avec les Taliban, depuis le 29 septembre 2008, c’est le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha, précédemment directeur des opérations militaires de l’état-major général dont dépendent l’ISI et le Military Intelligence, qui a repris les rennes de cette agence du renseignement pakistanais [12]. Toujours dans ce jeu de chaises musicales, aprés sa réélection d’octobre 2007, Musharraf abandonna l’uniforme et plaça à la tête du chef d’état-major des armées, le général Ashfaq Kayani qu’il avait limogé quelques semaines plus tôt.

 

le président Pervez Musharraf et le général Ashfaq Kayani

Un peu comme la CIA, l’ISI est considérée comme un État dans l’État, sous la houlette de l’armée, qui dirige secrètement le Pakistan depuis plus de 60 ans et qui s’est fait mondialement connaître lors de l’opération Cyclone de la CIA pendant la guerre soviétique d’Afghanistan (1979-1989). En novembre 2008, après l’arrivée au pouvoir d’Asif Ali Zardari à la place de Pervez Musharraf, le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha ordonna le démantèlement de la branche politique de l’ISI dont la coopération est jugée vitale pour Londres et Washington dans leur lutte pittoresque de la menace fantômatique d’Al-Qaïda et l’insurrection des Taliban en Afghanistan. En s’aventurant sur ce terrain impénétrable que certaines personnes s’accorderont à cataloguer de conspirationnisme, une autre question à se poser, tout aussi intriguante que l’argent de l’opium afghan, est qui dirige réellement l’armée du Pakistan ? Est-ce Washington ? Londres ? Riyad ? Tel-Aviv ? 

Depuis cet événement majeur, deux autres violents attentats ont secoués le Pakistan et sont entourés d’un épais voile de mystères malgré leur retentissement dans les médias de masse. Le premier, du 18 octobre 2007 à Karachi, qui a coûté la vie à 139 personnes, au soir même du retour d’exil de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto. Et le second, du 27 décembre 2007 à Rawalpindi dans la banlieue sud d’Islamabad, où Bhutto fut assassinée avec 20 autres personnes dans des conditions très controversées. Aurait-elle été tuée suite à un choc à la tête lors de l’explosion de la ceinture d’explosifs du kamikaze ou à cause de ses blessures à la tête causées par une balle tirée, entrée par la nuque et sortie par le cou, par un second kamikaze sur les lieux ? Dans l’optique de la déstabilisation du Pakistan souhaitée par des étrangers non-eurasiens, d’autres sources avancèrent l’hypothèse d’un complot manigancé par un escadron de la mort américain, qui était commandé précédemment par le général McChrystal aujourd’hui à la tête de la coalition ISAF, ayant commis plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde dont l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’événement qui a déclenché la Révolution du Cèdre. Un escadron de la mort qui était placé sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney pendant l’administration Bush [13]. Selon le quotidien saoudien Al-Watan, l’ancien chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Mirza Aslam Beik, a aussi accusé la société militaire privée Blackwater/Xe Services de l’assassinat de Bhutto et Hariri sur les ondes de la radio pakistanaise Wakt [14]. N’oublions pas que c’est dans la courte période entre ces deux attentats, que lors d’une interview accordée au journaliste David Frost d’Al-Jazira, le 2 novembre 2007, Bhutto affirma clairement que Oussama Ben Laden était mort tout en citant le nom de son meurtrier, Omar Sheikh, un agent de l’ISI. 

 

Au récit de tous ces événements, j’insiste sur le fait qu’il est primordial de bien différencier un attentat visant une personnalité politique pakistanaise, des forces de sécurité que ce soit l’armée ou la police, ou encore une personne défendant des intérêts étrangers, et un attentat commis contre des civils. Dans ce cas-ci, les Taliban pakistanais savent avec pertinence qu’ils n’ont absolument rien à gagner en commettant de telles exactions. Par contre, cette terreur profite à Islamabad, et donc à Washington, pour à la fois discréditer l’idéal des Taliban et justifier leurs opérations militaires dans les zones tribales du Pakistan. Pour le Talibanistan, le soutien du gouvernement corrompu du Pakistan aux Etats-Unis, dans leur guerre contre le terrorisme en Afghanistan contre des Taliban et contre l’Islam, fait du régime pakistanais un ennemi de l’Islam à sévèrement punir. 

Ainsi Swat-il ! 

le mollah « Radio »

Suite à ces incidents sanglants, c’est principalement dans les deux districts du Waziristan (FATA), dans les districts de Malakand et de Swat (NWFP) mais aussi dans la région de Peshawar qu’ont eu lieu la majorité des opérations militaires de grande envergure comme l’opération Rah-e-Haq (en ourdou « chemin de la vérité ») ou la Première bataille de Swat, bien qu’il eut aussi des affrontements dans le district de Shangla, qui se déroula du 25 octobre au 8 décembre 2007. L’opération militaire opposa principalement le Frontier Corps (armée des Frontières) au TNSM conduit par l’ultra-radical maulana Qazi Fazlullah, dit « mollah Radio » pour avoir dirigé depuis 2006 une radio FM depuis la madrassa familiale et beau-fils de Sufi Mohammed, à la tête de 4.500 sympathisants, dont 2.000 étaient rassemblés au sein d’une organisation armée baptisée Shahin contrôlant 59 villages dans trois des sept vallées du district de Swat selon les autorités [15]. Après les batailles de Matta, Charbagh et Khwazakhela qui ont repoussé les Taliban, les affrontements devenus sporadiques se sont transformés, dans les mois qui suivèrent, en insurrection de faible intensité accompagnée de relatifs cessez-le-feu acceptés par les deux camps. 

Le 23 avril 2008, le chef Baitullah Mehsud donna l’ordre à tous les militants du TTP de cesser leurs activités armées, alors que le gouvernement s’engageait dans un processus de paix avec les combattants des zones tribales. Après trois mois de captivité, Tarik Azizuddin, l’ambassadeur pakistanais en Afghanistan, kidnappé le 11 février 2008 par un groupe de bandits et cédé au TTP, est libéré le 18 mai 2008 en échange de la libération de 40 Taliban détenus dans les geôles pakistanaises. Dans l’espoir d’enfin ramener la stabilité dans la région de Malakand, Pervez Musharraf fait libérer le maulana Sufi Mohammed après 6 années de détention en échange de ses efforts pour rétablir la paix au Swat. Ce dernier, désigné par Islamabad comme étant un Taleb dit modéré pour plaire aux injonctions de Washington, dirigea les nouvelles négociations de paix entre le TNSM et les autorités du NWFP, qui n’aboutiront à une signature que le 16 février 2009. Le maulana Sufi Mohammed ne manqua pas de qualifier la constitution pakistanaise et le pouvoir judiciaire au grand complet de non-islamique et déclara que toute la démocratie était hérétique. « La démocratie est un système d’infidèles introduite en Asie par les impérialistes britanniques ! » affirmait Sufi. « Si vous ne vous opposez pas au système politique impie, Allah n’acceptera aucune de vos prières » rajoutait le fondateur du TNSM. « Les femmes ne doivent pas être autorisées à quitter leur maison, sauf pour se rendre au pèlerinage de la Mecque ! », proclamait le Taleb modéré.

 

le maulana Sufi Mohammed (à droite)

Dans leur tentative de paraître bon et généreux, les illusions des politiques et de leur diplomatie quant aux Taliban dits modérés n’ont d’égales que le profesionnalisme des journalistes de la presse alignée. Ainsi, dans un nouvel exercice magistral de la cacophonie des mass médias occidentaux qui aiment plaire à la petite ménagère et au vétéran patriotique, la BBC à l’occasion de la sortie de prison de Sufi Mohammed écrivait : « Nos correspondants disent que la libération de Sufi Mohammed peut affaiblir la position du maulana Fazlullah qui dépend lourdement des supporters de Sufi Mohammed ». C’est à se demander deux choses, premièrement, si ces journalistes comprennent réellement quelque chose à la situation ambigue du Talibanistan, et deuxièmement, sont-ils vraiment des journalistes ou de vulgaires hauts-parleurs censés alimenter le règne de la peur ? 

2008, le début du chaos

 

le Bouddha de Jihan Abad

Police humiliée, armes volées, écoles brûlées, instituteurs assassinés, statues bouddhistes taillées dans le roc détruites, dont le Bouddha de Jihan Abad datant du VIIe siècle appartenant au patrimoine mondial de l’UNESCO, non pas en hommage à leurs frères d’armes afghans qui ont dynamité les deux géants Bouddhas de Bâmiyân en 2001 mais par application stricte de la Charia, le nouveau traité de paix précaire conclu entre les Taliban du maulana Fazlullah et le régime de Musharraf vole en éclats. Tandis que la traque d’Oussama Ben Laden, d’Ayman al-Zawahiri et du mollah Mohammad Omar se poursuit, encore et toujours, le Waziristan retourne sur les sentiers de la guerre et le Pakistan plongé dans un chaos évident ne se déstabilise plus, il glisse à présent et pratiquement de manière inévitable sur la pente de la multiple fragmentation territoriale : Pachtounistan, Balouchistan et qui sait, tôt ou tard le Cachemire certainement. 

Les Taliban du district de Khyber des régions tribales du FATA commençaient à faire peser une grave menace sur la ville de Peshawar, après la prise de contrôle des villes voisines dont Darra Adam Khel, Michini, Warsak, Shabqadar, Tangi, Charsadda pour ne citer qu’elles. « Nous sommes virtuellement assiégés par ces militants », s’inquiètait un responsable de la sécurité. « S’ils ne sont pas arrêtés, ils prendront Peshawar ! », estimait-il. Depuis la vallée de Tirah, le Taleb Hâdji Namdar, 39 ans, leader du Mouvement pour la Promotion de la Vertu et la Répression du Vice, est soupçonnée de lancer des attaques contre les forces étrangères déployées en Afghanistan. L’autre figure locale de la talibanisation du district de Khyber est Menghal Bagh, ancien chauffeur de bus dont les hommes sont accusés d’avoir lancé des attaques dans Peshawar même et d’avoir tendu des embuscades à de nombreux convois de camions chargés de ravitailler les forces étrangères présentes sur le sol afghan. Craignant la prise de la capitale provinciale Peshawar et pour ralentir la progression des Taliban, les autorités pakistanaises lancèrent, le samedi 28 juin 2008, une opération militaire dans le district de Khyber, à la frontière de l’Afghanistan, pour tenter d’enrayer la talibanisation de toute la région qui menace de se propager jusqu’à Peshawar, puis Islamabad. Il s’en suivit l’opération Sherdil (en ourdou « coeur de lion ») dans la zone tribale de Bajaur qui s’est déroulée d’août jusqu’à mi-septembre 2008 face au TTP et ayant causé le déplacement estimé entre 500.000 et 700.000 personnes, y compris 70.000 Afghans. 

Le changement dans la continuité

 

le président Asif Ali Zardari

Suite à la démission du président Pervez Musharraf, Asif Ali Zardari, un richissime homme d’affaires pakistanais et veuf de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto, est devenu le nouveau président de la République le 6 septembre 2008. Une source sûre au Pakistan m’a confié à maintes reprises que le président Zardari était aussi corrompu que ses prédécesseurs. Dès son entrée en fonction, les opérations conjointes américano-pakistanaises et les attaques de drones s’intensifiaient, notamment contre des éléments de la résistance afghane du réseau Haqqani opérant au Nord-Waziristan. Bill Van Auken, pour WSWS, dévoilait le 28 décembre 2009 que « le quotidien The News de Lahore, citant des données fournies par les responsables pakistanais, a rapporté en avril que 687 civils avaient été tués par une soixantaine de frappes de drones menées depuis janvier 2008 ». Il explique ensuite que « pendant les deux dernières années, le gouvernement pakistanais – autant celui du dictateur militaire Pervez Moucharraf que son successeur, le président Asif Ali Zardari du Parti du Peuple du Pakistan – a conçu un modus operandi avec Washington qui consiste pour le Pakistan à protester publiquement les attaques de drones et à demander qu’elles arrêtent, tout en leur donnant le feu vert dans les coulisses. (…) Le New York Times a rapporté qu’il y avait eu « plus de soixante opérations conjointes de l’ISI et de la CIA dans les régions tribales administrées fédérales (FATA) et au Balouchistan l’an passé » [16]. 

Et qu’en est-il de la question nucléaire ? 

Selon une source citée par Mecanopolis, dans un article intitulé « La menace terroriste contre les armes nucléaires du Pakistan » qui a été publié en juillet 2009 dans un numéro du CTC Sentinel, publié par un institut de recherche basé au Département des sciences sociales de l’US Military Academy, West Point, Shaun Gregory, directeur de l’Unité de recherche sur la sécurité du Pakistan à l’Université de Bradford au Royaume-Uni, a écrit : « Les militants ont récemment attaqué un certain nombre d’installations nucléaires du Pakistan, dont un le 20 août 2008 dans le cantonnement de Wah, largement estimé comme l’une des principaux sites d’assemblage des armes nucléaires du Pakistan. La préoccupation, toutefois, est que la plupart des sites nucléaires du Pakistan sont proches ou même dans les zones dominées par les Taliban pakistanais et Al-Qaïda ». Le directeur Shaun Gregory a déclaré : « Une série d’attaques sur les installations des armes nucléaires a également eu lieu. Celles-ci ont inclus une attaque sur le site de stockage de missiles nucléaires à Sargodha le 1 novembre 2007, une attaque sur la base aérienne nucléaire, à Kamra par un kamikaze aspirant au martyre le 10 décembre 2007, et peut-être la plus importante le 20 août 2008 » [17].

 

 

  

 

L’opération Rah-e-Rast (en ourdou « chemin de la droiture ») ou Seconde bataille de Swat qui a eu lieu entre le 5 mai et le 15 juillet 2009. Le 30 mai, l’armée pakistanaise annonçait être parvenue à reprendre le contrôle de Mingora, la plus grande ville de la vallée de Swat comptant près de 270.000 habitants. L’événement avait fait les gros titres de la presse mondiale. Le 11 juin, l’armée pakistanaise étend son offensive au district de Bannu, frontalier du Waziristan. FATA et NWFP ne forment bientôt plus qu’une seule très vaste zone de guerre. Au lendemain du 11 juin, l’armée pakistanaise annonce le lancement de l’offensive contre Baitullah Mehsud. Courant juin, le gouvernement de Zardari annonce que le fief du TNSM a été bombardé et détruit. La violence de ces derniers combats a déjà provoqué l’exode de plus de deux millions de personnes, le plus grand déplacement depuis la Partition des Indes en 1947, ainsi que la fuite de la quasi-totalité des journalistes régionaux qui travaillent pour Shamal, Salam, Chand, Awaz-e-Swat, Azadi et Khabarkar dans la ville de Mingora. Selon le dernier rapport de Reporters sans frontières paru ce mois-ci, le président du Club de la presse de Swat, Salahuddin Khan, déclarait en mai 2009 à RSF que la vallée vivait « sans aucun média ». Aujourd’hui, il affirme : « Tout le monde constate ce changement. » « Nous nous sentons bien maintenant et nous espérons que la situation continuera à s’améliorer », affirmait Shireen Zada, l’un des derniers journalistes à avoir fui la vallée en mai dernier. La compagnie Ali Cable, installée à Mingora, a rouvert le 20 août 2009, après avoir été contrainte de fermer en novembre 2008, sous la pression des Taliban. « Je suis heureux de pouvoir de nouveau offrir mes services après de si longs mois de fermeture (…) Depuis août, j’ai vendu plus de 4.000 connexions et nous en avons réparé beaucoup d’autres endommagées par les Taliban », explique Umer Ali Baacha, propriétaire d’Ali Cable, à RSF [18].

 

camp de réfugiés pakistanais Yar Hussain de Swabi

le camp de réfugiés pakistanais Shah Mansour

De concert avec l’opération Rah-e-Rast se déroulant dans les zones tribales du NWFP, l’offensive aérienne de l’opération Rah-e-Nijat (en ourdou « chemin de la délivrance ») est lancée le 19 juin 2009 dans le Sud-Waziristan pour combattre les 10.000 à 12.000 combattants du TTP et du Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO). Cette nouvelle offensive provoque l’exil de plus de 100.000 habitants de la région. Publié le lundi 22 juin 2009 dans le Washington Post, le président Asif Ali Zardari déclarait qu’avec 1.200 soldats morts, le Pakistan avait payé un plus lourd tribut dans la guerre contre les Taliban que l’ensemble réuni des États de l’OTAN engagés en Afghanistan [19]. 

Vendetta contre les Mehsud

 

l'émir Baitullah Mehsud

Le TTP a été dirigé, jusqu’au 5 août 2009, par l’émir Baitullah de la tribu Mehsud, l’une des quatre plus influentes familles du Waziristan. Chef de guerre pakistanais et l’un des plus puissants chefs Taliban qu’a connu le Pakistan avec les seigneur Nek Mohammed et commandant Abdoullah Mehsud, Baitullah imposa la Charia dans de nombreux villages de la vallée de Swat. Il était soupçonné par la CIA et le gouvernement pakistanais d’être l’auteur de l’assassinat de Benazir Bhutto commis le 27 décembre 2007 à Rawalpindi mais Baitullah démentit ces accusations. A l’instar de Nek Mohammed, Baitullah Mehsud a été assassiné lors d’une attaque de drone américain contre la maison d’Ikramuddin, son beau-père sorti miraculeusement indemne de l’attaque. Interrogé par les Taliban dans leur bastion de Sararogha avec plusieurs de ses proches dont le fils et le frère de ce dernier, du nom de Saadullah Mehsud, ainsi qu’un neveu, Ikramuddin Mehsud a été exécuté par les chefs du TTP le soupçonnant d’avoir livré des informations aux services de renseignements pakistanais ayant permis l’assassinat de l’émir Baitullah par un missile lancé par un drone Predator de la CIA [20]. 

Le 28 septembre 2009, Kalimullah Mehsud, l’un des frères de Hakimullah, a été tué au nord-ouest du Waziristan lors d’un accrochage avec les forces de sécurité pakistanaises. Le samedi 10 octobre 2009, neuf hommes armés et vêtus d’uniformes militaires s’étaient présentés, à bord d’un minibus, à l’entrée principale du Grand quartier général (GQG) de l’armée pakistanaise à Rawalpindi, qui abrite l’état-major au complet, au cœur même du dispositif le plus sécurisé du Pakistan avec Islamabad, déjà transformés en camps retranchés avec des check-points de la police et de l’armée. N’ayant pas réussi à déjouer la vigilance des gardes, les assaillants ont ouvert le feu et lancé des grenades. Dans les premiers combats qui ont suivi, un général de brigade, un colonel et quatre militaires ont perdu la vie. L’attaque du GQG s’est poursuive par une prise d’otages de 42 personnes, militaires et civiles employées par l’armée, retenues dans un bâtiment jouxtant le GQG de la plus puissante institution pakistanaise. 4 assaillants sont morts tout au long de la journée du samedi. Quelques secondes avant que les premiers muezzins n’appellent à la prière du matin, le 11 octobre 2009, des commandos pakistanais prennent d’assaut le complexe militaire, libérant les otages et mettant en fuite les agresseurs. L’attaque a causé la mort de 22 personnes, dont 11 militaires pakistanais, 8 assaillants et 3 otages. Le dernier assaillant, blessé, a été capturé quatre heures après le début de l’assaut. Considérée par tous comme une évidente riposte aux opérations militaires, l’audacieuse attaque du GQG, qui a tenu en haleine le monde entier pendant plus de 24 heures, a été attribuée au TTP d’Hakimullah Mehsud ayant promis de venger la mort de son prédécesseur, Baitullah. « Nous avons la capacité de frapper où nous voulons au Pakistan, nous pouvons viser les lieux les plus importants », déclarait à l’AFP, en revendiquant l’attaque du GQG, Azam Tariq, le porte-parole du Mouvement des Taliban du Pakistan.

 

l'opération Rah-e-Nijat

Cette attaque contre le QG de l’armée pakistanais a lancé l’offensive terrestre de l’opération Rah-e-Nijat (en ourdou « chemin de la délivrance »), le 17 octobre 2009, en mobilisant 28.000 soldats pakistanais et 500 commandos d’élite. Bien que l’armée pakistanaise a assuré, le 19 octobre 2009, avoir pris le contrôle de la localité de Sararogha au nord-est de Wana, un important fief des Taliban, des combats ont continué de s’y dérouler dans les environs. Ainsi, le même jour, une embuscade tendue par les Taliban a fait 7 tués parmi les militaires selon les autorités pakistanaises, les Taliban revendiquaient 36 victimes. De même que dans la ville stratégique de Kotkai, les maisons d’Hakimullah Mehsud, le nouveau chef du TTP depuis le décés de Baitullah, ainsi que celle de son lieutenant Qari Hussain Mehsud ont été détruites. Entre deux absurdes communiqués de presse relayés à travers tout le globe annonçant la mort de 60 terroristes d’Al-Qaïda au cours des dernières 24 heures, le président américain Barack H. Obama a qualifié le Sud-Waziristan d’« endroit le plus dangereux du monde pour les Américains ». 

Le dimanche 1er novembre 2009, un haut responsable de l’armée pakistanaise a affirmé avoir fait fuir entre 600 et 800 combattants étrangers de la ville de Kanigurram du Sud-Waziristan. Toujours lors de cette visite organisée pour la presse dans cette zone de conflit habituellement inaccessible, le général de brigade Mohammad Ihsan déclarait que des combattants « principalement des Ouzbeks, mais certains sont Tchétchènes ou Arabes », ont été mis en déroute par de lourds bombardements des chasseurs, des hélicoptères et de l’artillerie de l’armée. Depuis le déclenchement de l’offensive aérienne de l’opération Rah-e-Nijat en juin, plus de 120.000 personnes ont fui le Sud-Waziristan, selon l’armée pakistanaise et le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) [21]. « Environ 100 000 personnes ont été déplacées, elles s’installent dans les districts voisins de Tank et Dera Ismail Khan », déclarait le colonel Waseem Shahid. Près de 300.000 autres ont fui le Nord-Waziristan, selon Médecins sans frontières.

 

le commandant Hakimullah Mehsud

Après six mois passé à la tête du TTP, une armée estimée entre 10.000 et 20.000 combattants ainsi qu’environ 1.500 combattants étrangers présumés liés au MIO, le cousin de Baitullah, Hakimullah Mehsud (né Jamshed Mehsud) alias Zulfiqar longtemps considéré comme l’un des plus dangereux Taliban pakistanais, est décédé suite à ses graves blessures au cou infligées lors d’une énième frappe de drone dans le Sud-Waziristan, le 14 janvier 2010, contre un camp d’entraînement taliban près du village de Sakhtoi. Hakimullah était suspecté d’être le responsable de nombreuses attaques contre les forces de l’OTAN dans les districts de Khyber et de Peshawar à partir de 2008. Des attaques ayant conduit à la destruction de près de 600 véhicules militaires qui ont poussé les généraux de l’OTAN à chercher d’autres voies de réapprovisionnement, notamment par le biais de la Russie. Par ailleurs, Hakimullah était également soupçonné d’être à l’origine de la très violente vague d’attentats-suicides qui a secoué le Pakistan depuis mi-septembre 2009 [22] dont l’audacieuse attaque du GQG de l’armée pakistanaise de Rawalpindi le 10 octobre 2009. Azam Tariq, porte-parole du TTP, a déclaré que son groupe n’avait en aucun cas été impliqué ni dans l’attentat du marché de Peshawar du 28 octobre 2009 qui avait fait plus de 130 morts, ni dans l’attaque de la mosquée de Charssada, une ville située à la frontière de la province pakistanaise du Nord-ouest perpétrée en pleine cérémonie de l’Aïd al-Adha le 21 décembre 2007. Il a demandé « que le monde arabe, en particulier le Pakistan, sache que les Moudjahidins ne posent pas de bombes destinées à tuer des civils. C’est plutôt l’œuvre des sinistres organisations secrètes à la solde de l’État et de Blackwater ». Le porte-parole du Tehreek e-Taliban a justifié certaines explosions « légitimes sur le plan religieux. Les cibles de notre groupe ont toujours été clairement définies : il s’agit des organisations étatiques qui, sur ordre des Américains, s’en prennent à nous et ont sur les mains le sang de nos martyrs. » Dans un entretien accordé à Katrina Husain pour Nouvelles Express, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a bel et bien admis que Blackwater/Xe Services opèrait au Pakistan et en Afghanistan [23]. Une affirmation longtemps démentie par des officiels d’Islamabad et de Washington [24]. Selon les sources du journal Dawn, aujourd’hui c’est Maulvi Noor Jamal qui aurait repris la tête du TTP [25]. 

Les meurtrières attaques de drones 

Les médias pakistanais rapportaient en décembre 2009 qu’un bombardier américain B-52 avait survolé le village Saidgi, situé à environ six kilomètres de la principale ville du Nord-Waziristan, Miranshah, terrorisant la population locale. Deux missiles lancées par un drone MQ-1 Predator auraient frappé des installations dans ce petit village du Nord-Waziristan, correspondant à la troisième attaque depuis le 17 décembre 2009 et un nouvel échelon dans l’intensification des opérations américaines au Pakistan. Ainsi, selon certaines sources, le nombre d’attaque au moyen de missiles air-sol AGM-114 Hellfire lancées par les drones MQ-1 Predator (transportant 2 missiles Hellfire), MQ-9 Reaper (8 missiles Hellfire ou 2 missiles air-air AIM-92 Stinger et 2 bombes à guidage laser GBU-12 Paveway II) ou MQ-1C Sky Warrior (transportant 4 missiles Hellfire et 2 bombes guidées GBU-44/B Viper Strike) depuis août 2008 est évalué à plus de 70, faisant plus de 600 victimes, principalement civiles. Rien que Baitullah Mehsud aurait été la cible d’une quinzaine de missiles durant l’année 2009, tuant entre 200 et 300 civils, selon le think tank New American Foundation. D’après une brillante analyse des frappes aériennes commises par drones Predator au Pakistan jusque septembre 2009 qui est parue, le 1er octobre 2009, sur le site The Long War Journal [26], il y a eu, de juin 2004 à juillet 2008, 87 frappes aériennes au Pakistan sans compter la première attaque officielle enregistrée le 18 juin 2004 qui assassina Nek Mohammed. 78 de ces frappes ont eu lieu à partir de janvier 2008. 36 attaques pour toute l’année 2008 dont 28 frappes entre août et décembre 2008 et 42 du 1er janvier 2009 au 29 septembre 2009. Sur les 88 frappes aériennes au total, 78 ont eu lieu au Nord-Waziristan (36 attaques) et Sud-Waziristan (42 attaques). Toujours d’après les données de cette analyse, en 2008, ces attaques ont fait 317 victimes, ciblées et civiles. Au 29 septembre 2009, elles étaient de 447. Des chiffres qui se rapprochent de ceux cités par les affirmations de Bill Van Auken.

Inde et Pakistan ou l’histoire de deux frères ennemis

Avant de définitivement quitter le nord du Pakistan pour aborder le Balouchistan, il convient de faire le point sur la situation du Cachemire qui monopolisent une grande part des relations indo-pakistanaises. C’est dans le contexte géopolitique extrémement tendu et passablement stabilisé au Cachemire que certains des mouvements pakistanais ont longtemps bénéficié du soutien d’Islamabad et même de l’appui de ses puissants services secrets, l’ISI. Le gouvernement pakistanais étant lui-même opposé à la présence indienne dans la région disputée du Cachemire, à l’origine de deux des trois guerres (1947-1948, 1965, 1971) entre les deux pays voisins possédant chacun l’arme nucléaire. Un autre vieux conflit eurasien généré lors de la Partition des Indes, le partage de la gigantesque colonie de l’Inde britannique, au moment de l’indépendance, les 14 et 15 août 1947, après des mois de violences aussi impitoyables que sanguinaires faisant plus d’un million de morts [27]. La Partition des Indes a donné lieu à deux nations indépendantes : l’Inde et les deux entités du Pakistan, le Pakistan occidental (l’actuel Pakistan) et le Pakistan oriental (l’actuel Bangladesh) distants de plus de 1.500 kilomètres de part et d’autre l’Inde. La frontière a été tracée par l’avocat Cyril Radcliffe et négocié par le dernier vice-roi de l’Inde britannique, l’illustre Louis Mountbatten, suivant les considérations religieuses – hindou, musulman et sikh – exigées par le fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, le leader indien du parti politique de la Ligue musulmane.

 

le Cachemire

Source de la carte : Cachemire : quelques repères (Philippe Rekacewicz) 

La libération du Bangladesh

En 1970 et 1971, pendant la Guerre Froide, l’Inde est une nation alliée de l’URSS et les relations avec les Etats-Unis sont au plus bas. De son côté, le Pakistan servait d’intermédiaire aux Américains pour se rapprocher de la Chine. Le gouvernement central du Pakistan était essentiellement composé de Penjabis, les Bengalis du Pakistan oriental n’étaient pratiquement pas représentés. Le redoutable cyclone de Bhola qui a dévasté le Pakistan oriental et la province indienne du Bengale occidental, les 12 et 13 novembre 1970, a fait officiellement entre 224.000 et 300.000 morts, officieusement plus de 500.000. Bhola est considéré comme le cyclone le plus meurtrier de tous les temps dans l’histoire des catastrophes naturelles avec le séisme de Tangshan en 1976 et le tsunami de l’Océan Indien en décembre 2004. Les secours du gouvernement central ont tardé à intervenir, le Pakistan occidental refusa l’aide de l’Inde, et par conséquent cela à peser lourd lors des élections législatives du

 

Yahya Khan

21 mars 1971. La Ligue Awami ayant obtenu la majorité au Parlement (160 sièges sur 162) s’est vue interdite d’entrer en fonction par le président et ancien général en chef de l’armée pakistanaise, Yahya Khan, qui fit arrêter le leader politique bengali, Mujibur Rahman, dans la nuit du 25 mars 1971. Au lendemain, Ziaur Rahman, un officier rebelle de l’armée pakistanaise orientale déclarait l’indépendance du Bangladesh au nom de Mujibur Rahman. Appuyée par les forces armées du Pakistan oriental, l’opération Searchlight est lancée par le Pakistan occidental en guise de répression sévère contre les Bengalis. L’élite dirigeante de la Ligue Awami s’exila à Calcutta et 10 millions de personnes ont fui vers l’Inde. Les combats durèrent 9 mois et ont fait entre 500.000 et 3 000.000 de décès de civils bengalis. En d’autres termes, un nettoyage ethnique ou une Shoah bengalie qui ne dérangeait pas du tout la Maison Blanche qui ferma les yeux sur ce côté sombre du conflit. C’est grossier à dire, et sans doute choquant, mais le dictateur Pol Pot du Cambodge, leader des Khmers Rouges bénis par la CIA, fait figure d’amateur comparé à Yahya Khan. Le plus choquant, d’après moi, réside surtout dans les implications occidentales, tant anglo-saxonne que française, soutenant tous ces monstrueux régimes autoritaires, dans la plupart des cas pour s’accaparer leurs ressources énergétiques, mais c’est un autre sujet de la longue descente aux enfers de tout le continent asiatique.

 

Indira Gandhi

En avril 1971, la Première ministre de l’Inde, Indira Gandhi, décide d’aider les séparatistes bengalis à libérer le Pakistan oriental du joug des Penjabis d’Islamabad. New Delhi commence dès lors à accumuler ses forces armées le long de la frontière de la Cachemire et attend l’hiver afin d’éviter le soutien de la Chine au Pakistan occidental. L’aviation pakistanaise répond à la menace cachemirie en attaquant les camps de réfugiés suspects de Bahini de Mukti situés sur le territoire indien à l’ouest du Pakistan oriental. Pendant les mois sanglants de la violente guerre civile entre les deux entités pakistanaises, les Etats-Unis du président Nixon et/ou du sécretaire d’Etat Henry Kissinger soutiennent le Pakistan occidental en craignant que l’Inde finisse par annexer le Cachemire et devienne un poids lourd dans la région passant sous contrôle soviétique. Le 3 décembre 1971, des avions pakistanais bombardent plusieurs bases militaires indiennes dans le nord de l’Inde, et le 4 décembre à minuit, New Delhi entre officiellement en guerre contre le Pakistan occidental. C’est le début de la Troisième Guerre indo-pakistanaise ou guerre de libération du Bangladesh. L’Inde lance une invasion massive du Pakistan oriental mettant en déroute les forces armées pakistanaises. Islamabad est sous pression, le Pakistan occidental, déjà menacé au nord par les forces armées indiennes amassées le long du Cachemire, voit son port de Karachi placé sous le blocus de l’Indian Navy. L’armée de terre indienne sous le commandement du lieutenant général Jagjit Singh Aurora remporte une victoire décisive le 16 décembre en capturant 90.000 soldats pakistanais. Pour refroidir les ardeurs de l’Inde, Washington envoie le porte-avions américain USS Enterprise tremper dans les eaux du Golfe du Bengale dans le but d’intimider l’Inde et littéralement l’obliger à conclure un cessez-le-feu. 

Au bout de 13 jours de combats intenses, la perte entre 10.000 et 30.000 soldats dans les deux camps et plus de 93.000 prisonniers de guerre, l’armée pakistanaise finit par capituler. Islamabad a perdu le Pakistan oriental. Le président pakistanais Yahya Khan démissionne le 20 décembre 1971. Zulficar Ali Bhutto, père de Benazir Bhutto, lui succède et fait libérer Mujibur Rahman, le 22 décembre 1971, devenant le premier Premier ministre de la République populaire du Bangladesh. Le 2 juillet 1972, l’Inde et le Pakistan s’assoient à la table et signent le Pacte de Simla, consentant à respecter la Ligne de Contrôle imposée en 1949 par l’ONU entre le Jammu-et-Cachemire indien et l’Azad Kashmir pakistanais, jusqu’à ce que la question soit définitivement résolue. 

L’étrange conflit de Kargil

Le conflit de Kargil s’est déroulée du 9 mai au 26 juillet 1999. Il s’est disputé sur des hauteurs himalayennes à plus de 5.000 mètres d’altitude et souvent à des températures inférieures à 0° d’où son surnom de « guerre des glaciers ». Appuyés par les hélicoptères de l’aviation pakistanaise et équipés par les services secrets du Pakistan en mitrailleuses moyennes, des mortiers lourds, des missiles Stinger pour se protéger de l’aviation indienne et des petites armes sophistiqués afin de se battre avec les mobiles de neige, des centaines d’éléments issus des 40 camps concentrés à Gultari, Faranshat, Shaqma, Olthingthang, Marol et Kharmang, dans l’Azad Kashmir, se sont infiltrés dans le secteur de Batalik de l’autre côté de la Ligne de Contrôle. Leur objectif était de prendre le contrôle de la route stratégique reliant les villes indiennes de Srinagar, la plus grande ville du Jammu-et-Cachemire située à l’ouest, à Leh du district de Ladakh, situé plus à l’est et surnommé le Petit Tibet, une autre région disputée entre l’Inde et la Chine qui revendique aussi une partie du Cachemire. Kargil se situe entre les deux villes, légèrement au nord de la route Srinagar-Leh. Des patrouilles de l’armée indienne du Jammu-et-Cachemire ont découvert les éléments infiltrés, le 8 mai 1999, et la tension entre les deux pays a très vite grimpé. Le 31 mai, le Premier ministre de l’Inde, Atal Behari Vajpayee, disait qu’il y avait une « situation de guerre » à Kargil. Le 6 juin, les forces armées indiennes lancaient l’opération Vijay, une offensive massive dans les secteurs de Kargil et Drass. Elle était accompagnée de frappes aériennes. L’objectif de la stratégie de reconquête était de garder la route cruciale Srinagar-Leh libre de toute menace pakistanaise. Trois jours plus tard, l’armée indienne prennait le sommet de Tololing en parvennant à chasser les combattants pakistanais vers Batalik. La Chine demeurant neutre, le 4 juillet, le président américain Bill Clinton réclamait aux combattants pakistanais de se retirer du Jammu-et-Cachemire. Le 10 juillet, Kargil est libéré par l’armée indienne. Le lendemain, Vajpanee visitait la ville et ordonna le retrait de tous les éléments infiltrés pour le 16 juillet. Le 12 juillet, le Premier ministre du Pakistan, Nawaz Sharif, annonçait le retrait à la télévision et proposait des entretiens avec Vajpayee. Malgré quelques combats de basse intensité, les combattants pakistanais commencèrent à se replier vers l’Azad Kashmir. Le 14 juillet, Vajpanee déclarait l’opération Vijay comme un succès. Le 26 juillet marque à présent la date d’anniversaire de la victoire indienne, « Kargil Vijay Diwas » ou « Fête de la victoire de Kargil ». Nul besoin d’être un véritable expert en géopolitique pour comprendre que l’attaque pakistanaise était tout sauf une nouvelle tentative d’Islamabad pour s’emparer du Jammu-et-Cachemire. 

La soif de pouvoir du « Muhadjir »

 

le Premier ministre déchu Nawaz Sharif

La défaite du conflit de Kargil qui s’est accompagné du désaveu de ses principaux alliés, américain et chinois, ainsi que les accusations de corruption qui pesèrent sur Nawaz Sharif déclenchèrent un coup d’État militaire, le 12 octobre 1999. L’armée renversa le gouvernement civil du Nawaz Sharif, sans effusion de sang, et plaça le général limogé par Nawaz, Pervez Musharraf, à son poste jusqu’au 23 novembre 2002. Dès la veille du coup d’État, le conflit de Kargil avait pris une tournure de complot orchestré par l’ISI contre son propre gouvernement. Entre temps, le 20 juin 2001, Pervez Musharraf a été élu à la tête de l’État faisant donc de lui, simultanément le chef d’état-major des armées, le Premier ministre et le Président de la République islamique du Pakistan. Ce qu’il convient d’appeler un dictateur. Après le référendum de novembre 2002 où il parvint à obtenir 97,5% des suffrages, ce qui lui permit de prolonger son mandat présidentiel de cinq ans, Pervez Musharraf abandonna la fonction de Premier ministre. Pour éviter de comparaître devant les juges et répondre des accusations de corruption, Nawaz Sharif s’exila du Pakistan et s’envola pour l’Arabie Saoudite. Devenu l’un des plus importants alliés de Washington dans sa guerre contre le terrorisme, Pervez Musharraf fit interdire cinq organisations religieuses, surveiller les mosquées et les madrassas, mit 2.000 islamistes en prison dont Sufi Mohammed et livra 450 membres présumés d’Al-Qaïda aux Américains qui soupçonnaient la pieuvre ISI de soutenir le réseau des Taliban afghans et pakistanais dans leurs opérations visant la coalition ISAF en Afghanistan. Le choix de cette coopération lui valu une progressive perte de confiance de la population pakistanaise. Pour le Talibanistan, le natif de Delhi fut considéré comme un ennemi de l’Islam. En décembre 2003, il échappa à deux attentats perpétrés par des hommes soupçonnés d’appartenir à Al-Qaïda. En dépit de quelques avancées démocratiques, notamment pour les femmes, en mars 2007, le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry, président de la Cour suprême, que Musharraf accusa d’abus de pouvoir, fut suspendu de ses fonctions, ce qui provoqua de nombreuses manifestations dans les villes pakistanaises à majorité anti-Musharraf. Le juge Chaudhry fut rétabli à son poste quelques mois plus tard mais de violentes émeutes éclatèrent à partir de mai 2007 entre sunnites et chiites et entre partisans et adversaires du dictateur. Réélu le 6 octobre 2007 à la présidence du Pakistan avec 252 voix sur 257 malgré sa grande impopularité, Pervez Musharraf abandonna son poste de chef d’état-major des armées. C’est le général Ashfaq Kiyani, 55 ans, qui lui succéda avec, bien sûr, la bénédiction de celui-ci, dont il est, depuis plusieurs années, l’homme de confiance.

 

le dictateur Pervez Musharraf

Il autorisa Nawaz Sharif à rentrer au pays et signa également un décret d’amnistie qui marqua l’abandon des poursuites pour corruption à l’encontre de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto après huit années d’exil. Après les éléctions législatives, au début de l’année 2008, qui marquèrent le triomphe du parti de Bhutto assassinée, le PPP (fondé par Zulficar Ali Bhutto), et de la Ligue musulmane (PML-N) de Nawaz Sharif, Yousouf Raza Gilani, candidat du PPP qui était soutenu par le veuf Asif Ali Zardari, fut élu Premier ministre et s’engagea aussitôt dans une épreuve de force avec Pervez Musharraf. La nouvelle coalition qui s’est emparée du pouvoir fit accuser le dictateur de violations graves de la Constitution. La coalition lança une motion de destitution à son encontre, en août 2008, en lui reprochant notamment d’avoir volontairement évincé des magistrats qui s’apprêtaient à statuer sur sa réélection contestée en octobre 2007 et d’avoir instauré des mesures impopulaires durant l’état d’urgence en novembre 2007 sans oublier l’animosité personnelle que lui vouait Nawaz Sharif. « Nous avons de bonnes nouvelles pour la démocratie », lançait Asif Ali Zardari au cours d’une conférence de presse. Le 18 du même mois, Pervez Musharraf, âgé de 65 ans, se décida finalement à démissionner, pour éviter d’être destitué, après avoir dirigé le Pakistan pendant neuf longues années. « Après avoir considéré la situation et consulté divers conseillers en droit et alliés politiques, sur leurs conseils, j’ai décidé de démissionner », déclarait-t-il lors de son dernier discours télévisé à la nation en remettant son avenir de Muhadjir (immigré) entre les mains du peuple. Ayant quitté la scène politique, le 23 novembre 2008, muni d’un visa ordinaire et accompagné de son épouse, Pervez Musharraf à la retraite arriva à Londres à bord d’un vol régulier en provenance d’Islamabad et fut accueilli, sans strass et paillettes, par un simple chargé d’affaires de l’ambassade. Après une visite au domicile d’un vieil ami, l’ex-général Niaz Ahmed, Pervez Musharraf prononça une conférence à l’université de Cambridge avant de s’envoler pour une tournée en Europe et aux États-Unis. D’après des officiels de l’actuel président, Asif Ali Zardari, l’ex-protégé de Bush junior aurait acquis une demeure dans le comté de Buckinghamshire, au nord de Londres, et aurait l’intention de s’installer définitivement au Royaume-Uni. 

Comme chien et chat

Dans une dernière rixe diplomatique, survenue en octobre 2003, Faisal Saleh Hayat, le ministre pakistanais de l’Intérieur, a accusé l’Inde d’avoir ouvert six camps d’entraînement terroristes en Afghanistan qui se situeraient à proximité des consulats indiens de Djalâlâbâd et d’Hérat. « RAW (les services secrets indiens) fournit les fonds et procure les faux papiers pakistanais et la fausse monnaie aux recrues qui sont ensuite envoyées au Pakistan après avoir été entraînées à mener des attaques », a-t-il précisé. Des camps d’entrainement pour mener des tentatives de déstabilisation sur son sol, ou pour porter atteinte aux intérêts pakistanais en Afghanistan. Ainsi, les autorités pakistanaises ont déclaré que la « main de l’Inde » a téléguidé l’attentat contre la mosquée chiite de Quetta, dans la province du Balouchistan, le 4 juillet 2003 faisant 53 morts, ou le saccage de l’ambassade du Pakistan à Kaboul dans les jours qui suivèrent. Le 15 octobre 2003, un séminaire était organisé par le parti pakistanais pro-pachtoune Pakhtun Quami et réunissait de nombreuses personnalités pachtounes, tant pakistanaises qu’afghanes pour débattre de « L’influence néfaste de la ligne Durand sur le peuple pachtoune » accentuant les prémices de déstabilisation du Pakistan. 

Les violents attentats de Bombay

 

les lieux des attentats de Bombay

Du mercredi 26 au samedi 29 novembre 2008, à Bombay, l’Inde a vécu son « 11 septembre », l’épisode terroriste le plus terrible de son histoire dont le bilan s’est élevé à 174 morts parmi lesquels neuf des dix assaillants, une trentaine d’Occidentaux et plus de 300 blessés. Véritable opération techno-commando, tant dans la préparation ingénieuse que l’exécution implacable qui a paralysé toute la stratégie usuelle du contre-terrorisme de plusieurs milliers de policiers et militaires indiens, les 10 kamikazes pakistanais, d’une moyenne d’âge de 20 ans, ont notamment utilisé selon Charles Bwele pour Alliance Géostratégique : 

  • des mobiles GPS pour l’orientation et des téléphones satellittaires pour la coordination opérationnelle lors du trajet maritime entre le Pakistan et l’Inde,
  • des PDA Blackberry et la VoiP (voix par Internet) pour la communication tactique,
  • Google Earth pour la géolocalisation tridimensionnelle des sites ciblés : les docks de Mazagaon, les hôtels de luxe Oberoi-Trident et Taj Mahal, le terminus ferroviaire Chhatrapati Shivaji, la station de métro Vile Pale, le restaurant touristique Léopold Café, l’hôpital Cama, le siège juif du Mouvement Loubavitch Nariman House et le siège de la police de Bombay
  • des plate-formes Web 2.0 pour l’analyse en temps réel de la couverture (e-)médiatique des attentats et le suivi permanent de la réaction policière et militaire.

Alors que l’Inde et le Pakistan s’orientaient vers un processus de paix pour le Cachemire depuis 2003, est-ce que les attentats de Bombay étaient réellement de l’oeuvre des séparatistes du Lashkar-e-Toiba, que tout semble accuser y compris les aveux du kamikaze capturé Azam Kasav Amir, ou du groupuscule inconnu baptisé Moudjahidins du Deccan, défendant la cause des musulmans indiens opprimés, qui a revendiqué les attaques ? Quoiqu’il en soit, dans le cadre de la guerre globale contre le terrorisme, les attentats de Bombay n’ont fait que fortifier la volonté hégémonique américaine de frapper fort les mouvements islamistes du nord du Pakistan, au grand dam de la Chine. Du moins, c’était encore le cas jusqu’à ce mois de janvier 2010 comme nous le verrons plus loin. Toutefois, le partenariat nucléaire entre Washington et New Delhi a oté au Pakistan toute illusion d’une véritable amitié américaine malgré l’alliance qui lui a été imposée. Ce partenariat a poussé le Pakistan à nouer plus fort encore ses vieux liens avec l’autre ennemi de l’Inde, et le principal des États-Unis, la Chine. 

Le Balouchistan dans la ligne de mire des enjeux internationaux

Qu’est-ce que la ligne Goldsmith ?

On nomme la ligne Goldsmith la frontière internationale entre l’ancien grand royaume de Kalat (1695 à 1955) et la Perse qui a été établie en 1871 par la Compagnie des Indes britanniques. En accord avec les autorités perses, la ligne Goldsmith divisa l’aire de population baloutche en abandonnant plus d’un quart du Balouchistan à la Perse qui avait déjà conquis une large partie du territoire occidental du royaume de Kalat. Les informations demeurent très floues quand à l’origine exacte de ce Goldsmith ou Goldsmid selon Selig S. Harrison, directeur du Center for International Policy à Washington. Était-ce cet officier juif et intendant particulier du roi Edouard VII qui s’éleva au rang du commandant en chef de l’armée de la Grande-Bretagne en Afrique ? En accord avec les autorités afghanes, suite au tracé de la ligne Durand, le vieux royaume de Kalat, devenue la province autonome du Balouchistan britannique, est à nouveau morcelé en quatre états : Makran (sud), Kharan (centre), Las Bela (nord), et Kalat (ouest) qui n’était plus qu’un vestige.

 

un Baloutche qui s'en va en guerre

Malgré le souhait d’un Balouchistan réunifié et indépendant proclamé par le roi Ahmad Yar Khan du Kalat, en 1948, l’armée pakistanaise intervient dans l’état du Kalat et un accord met tout de suite fin à son indépendance. Le frère du roi Ahmad Yar Khan, le prince Abdoul Karim refusa cet accord et entama une guérilla contre le pouvoir central. C’est la première guerre baloutche entre le natif Pakistan occidental et le mouvement nationaliste baloutche. Toujours sur des fonds ethniques, religieux et stratégiques, les Baloutches revendiquant plus d’autonomie ainsi qu’une plus juste répartition des richesses de leur territoire, la deuxième guerre baloutche a eu lieu en 1955, le troisième de 1958 à 1969 et la quatrième de 1973 à 1977 qui fut sans doute la plus violente, faisant 8.600 morts dont 5.300 Baloutches. L’invasion soviétique d’Afghanistan de 1979 qui entraîna un lot massif de centaines de milliers de réfugiés afghans dans le Balouchistan, fit passer les revendications baloutches au second plan. Le cinquième conflit baloutche a éclaté en 2004.

 

le Balouchistan

Située au sud-ouest du pays, près de la frontière de l’Afghanistan, Quetta est la capitale de cette plus vaste province pakistanaise, 347.190 km² (42 %) – une superficie quasi équivalente à celle de l’Allemagne – des 800.000 km² du Pakistan, mais aussi la moins peuplée avec seulement 7,5 millions d’habitants dont 6,67 millions de Baloutches. De l’autre côté de la ligne Goldsmith, le Sistan-Balouchistan est la seconde plus grande province iranienne, avec une superficie de 181.600 km² (11 %) sur les 1 648.195 km² que compte l’Iran, une population d’environ 2,3 millions d’habitants dont 1,15 millions de Baloutches et son chef-lieu se nomme Zahedan. La province du Baloutchistan a le revenu moyen par habitant le plus bas du Pakistan, alors qu’elle est la plus riche, concentrant 20 % des ressources minières de cuivre, de fer, de zinc, d’uranium, de charbon et de gaz principalement, pour ces deux dernières ressources, dans la région de Sui. Le seul gisement de Sui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Pour donner un exemple concret de ces inégalités, Islamabad achète l’unité de gaz pour 170 roupies à la province du Sindh, pour 190 roupies à la province du Pendjab, et seulement pour 27 roupies à la province du Baloutchistan. Par ailleurs, seuls 4 des 26 districts du Balouchistan sont approvisionnés en gaz. En 2005, le gouvernement de Pervez Musharraf fait l’acquisition de terrains destinés à la construction de nouvelles garnisons militaires ou à l’extension de casernes dans les districts de Gwadar, Dera Bugti, Quetta, Khuzdar et de Kohlu, le bastion de la tribu des Marri la plus nationaliste, avec les Bugti et les Mengal. 

Sunnites hanéfites comme le peuple pachtoune, les tribus baloutches sont des éleveurs nomades de langue iranienne. Ils auraient migré vers l’an 1000, depuis les bords de la Mer Caspienne, pour s’installer entre le désert du sud-est de la Perse et la Mer d’Oman. Les Baloutches iraniens, au sentiment anti-perse et anti-chiite semblable à celui qui existe à l’ouest dans la province iranienne du Khuzestan, ont également des relations très tendues avec le régime chiite de Téhéran se résumant, dans les grandes lignes, à l’oppression discriminatoire des sunnites de la part des institutions gouvernementales et, comme les Baloutches pakistanais avec Islamabad, les retombées de l’exploitation des mines d’or et de cuivre du Sistan-et-Balouchistan. 

Toutes les routes mènent à Gwadar

 

Gwadar

Surnommé le « Gibraltar » sino-pakistanais par l’Inde, Gwadar est une petite ville d’à peine 54.000 habitants, située en bordure de la Mer d’Arabie de l’Océan Indien, à 100 kilomètres de la frontière iranienne. Ancienne enclave du Sultanat d’Oman jusqu’en 1959, Gwadar se trouve à l’est du Golfe Persique et son fameux Détroit d’Ormuz, long de 63 kilomètres et large de 40 kilomètres, où transite le pétrole d’Arabie Saoudite, du Koweït, du Qatar, des Émirats Arabes Unis, du Bahreïn et d’Irak. 17 millions de barils chaque jour, soit 2.400 pétroliers par an, passent par le Détroit d’Ormuz, d’une importance stratégique décisive dans le trafic international, selon les données du Département de l’Énergie américain. Une raison importante parmi d’autres, c’est pour anticiper à un éventuel blocage du Détroit d’Ormuz, par l’Iran comme probable mesure de riposte en cas d’agression sur son territoire par des forces étrangères, que la Chine a fait construire le port de Gwadar.

 

la « perle » pakistanaise de la Chine

La « Phase One » du complexe portuaire ultramoderne en eau profonde à vocation civile et militaire de Gwadar a été inaugurée le 27 mars 2007, par le président Pervez Musharraf en personne. Gwadar permet à présent au Pakistan d’avoir une seconde base navale et un nouvel accès au commerce international mais aussi de décongestionner Karachi afin d’éviter un nouveau blocus comme en 1971 durant la Troisième Guerre indo-pakistanaise. Un aéroport international, un terminal pétrolier et une raffinerie, une zone spéciale dédiée à l’export et une autre à l’industrie en cours de construction s’ajouteront au port de Gwadar. Conçu pour durer, bâti pour briller comme une « perle » et financé à hauteur de 85 % des 1,2 milliards de dollars par la Chine, le nouveau port de Gwadar sert aussi à la Chine pour relier, via la liaison ferroviaire Dalbandin-Gwadar dans le Balouchistan qui se prolongera jusqu’à Rawalpindi dans le Penjab pakistanais, la longue route de Karakoram, d’environ 1.300 km de long, qui relie Havelian, dans la province NWFP du Pakistan, à Kashgar dans la province autonome ouïghoure du Xinjiang. Empruntant l’un des itinéraires de la Route de la Soie, la route de Karakoram, qui pourrait être doublée d’un oléoduc transpakistanais, est la plus haute route asphaltée du monde en franchissant le col de Khunjerab à 4.693 mètres d’altitude. D’ouest en est, un tronçon supplémentaire relie les villes de Kaboul, par la Passe de Khyber, Lahore, Peshawar et Islamabad, à la grande route transcontinentale qui traverse tout le nord de l’Inde, vers Amritsar, au Penjab indien, à Sonargaon dans le Bengale occidental. Le Pakistan et l’Ouzbékistan prévoient de construire une route et une voie ferrée pour relier l’Ouzbékistan à la route de Karakoram. 

La chimère TAP

Dans le contexte géostratégique terrestre d’Asie Centrale, en observant la carte avec du recul, toutes les zones instables indo-pakistanaises, du Cachemire à travers la province NWFP, en passant par celle du FATA jusqu’au Balouchistan, paralysent autant l’accès au pétrole iranien à la Chine que le projet iranien du gazoduc IPI (Iran-Pakistan-Inde), censé être opérationnel en 2015 si les travaux débutent bel et bien en 2010.

 

les différentes zones de conflits du Cachemire au Balouchistan en passant par le Pachtounistan

Le gazoduc IPI évite donc l’Afghanistan instable mais traverse tout le territoire sud-pakistanais depuis la ville iranienne d’Assuliyeh, près du gisement de South Pars, à la ville indienne de Barmer dans la province du Rajasthan, soit 2.775 kilomètres. Il y a peu, cette situation à hauts risques était encore du pain béni pour l’Amérique du Nord et l’Europe tous impatients d’enfin pouvoir se lancer dans la construction d’un gazoduc transafghan reliant la ville turkmène d’Ashgâbât à Gwadar et/ou au terminal indien de Dabhol selon le vieux tracé d’Enron ou d’Unocal avec le gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline) d’Achgâbât à Karachi devenu, en 2008, le gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde). Les gazoducs IPI d’Iran et TAPI de l’Occident nourissent par conséquent une grande rivalité que les médias n’osent pas en parler.

 

les tracés des gazoducs IPI (blanc) et TAP (rouge)

un autre tracé du gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline)

Le vieux projet de gazoduc transafghan TAP est débattu sur de nombreux forums, même sur Facebook, depuis des années. Rappelons que la société californienne Unocal, intéressée par l’Afghanistan dès 1993, a offert son soutien aux Taliban durant la guerre civile contre l’Alliance du Nord. Ils négocièrent par l’intermédiaire de la société américano-saoudienne Delta Petroleum, dont les liens supposés avec la CIA et les services secrets d’Arabie Saoudite n’ont jusqu’à ce jour jamais été ni prouvés ni démentis. Le projet d’Unocal fut d’abord menacé par la société argentine Bridas, dont l’ancien président Carlos Bulgheroni noua une relation de confiance avec les Bhutto au Pakistan et pu négocier plus habilement que les Américains et directement avec les différentes factions tribales d’Afghanistan. Puis, le projet du gazoduc TAP fut officiellement abandonné en 1998 lorsque Washington prit ses distances avec le nouveau régime de Kaboul à cause peut-être des révélations dans la presse des pratiques auxquelles se livrèrent les Taliban et des réactions qu’elles suscitaient au sein de l’opinion publique. Rappelons aussi que, selon des informations révélées par le journal Le Monde, le président Hamid Karzaï aurait été autrefois un conseiller d’Unocal. Le 11 septembre 2001 réactiva le projet d’Unocal avec cette fois le soutien de la Banque Asiatique de Développement (ABD) qui s’était engagé à en financer une partie. En mai 2002, le redémarrage officiel du projet TAP est annoncé par les trois présidents d’Afghanistan, du Pakistan, et du Turkménistan réunis à Islamabad. Des doutes commencent alors à planer sur la capacité du Turkménistan à honorer ses engagaments à cause notamment de la Russie qui achète 80 % du gaz turkmène et les premières négociations avec la Chine dont le projet faramineux d’un long gazoduc TOKC, de 1.833 kilomètres, traversant l’Ouzbékistan et l’immense Kazakhstan jusqu’au Xinjiang. Qui plus est, le tracé du gazoduc TAP traverse le Talibanistan et le conflit afghan n’est toujours pas fini. Après les trois inaugurations, en 2001, de l’oléoduc CPC (Caspian Pipeline Consortium) qui relie le gisement kazakh de Tengiz au port russe de Novorossiisk sur la Mer Noire, en 2006, de l’oléoduc BTC (Baku Tbilissi Ceyhan) et, en 2007, du gazoduc SCP (South Caucasus Pipeline) qui relie Baku à Erzurum via Tbilissi, tous les trois dans des régions stables, l’itinéraire choisi pour le gazoduc TAP perd beaucoup de son intérêt et le projet passe à nouveau au second plan. C’est à croire qu’il est maudit mais dans un nouveau coup de théâtre, en octobre 2008, le cabinet britannique Gaffney Clines and Associates (CGA) publie les résultats de son audit ne concernant que les réserves de la partie est du Turkménistan. Le seul gisement d’Osman-South Yoloton contiendrait déjà entre 4 et 6 tcm (trillions de mètres cube) de gaz, ce qui en fait le quatrième gisement au monde. Cet audit rassure les investisseurs américains, chinois et indiens sur les capacités du Turkménistan à produire, sur le long terme, les volumes pour lesquels il s’était engagé. Malgré toutes les difficultés cumulées, les risques et les retards, le vieux projet d’Unocal n’est pas encore abandonnée. Il a déjà 15 ans mais la construction n’a même pas encore débuté.

 

le réseau de pipelines (gazoducs et oléoducs) vers l'Europe

Source de la carte : « Grand jeu » autour du pétrole et du gaz (Philippe Rekacewicz)

Pourquoi alors cela n’est plus que du pain moisi ? Premièrement, deux jours après l’inauguration de la partie kazakhe du gazoduc TOKC (Turkménistan Ouzbékistan Kazakhstan Chine), la partie turkmène a été inaugurée, le 14 décembre 2009, au cours d’une grande cérémonie à Saman-Depe avec les quatre présidents concernés, Hu Jintao de la Chine, Gurbanguly Berdimuhamedov du Turkménistan, Islam Karimov de l’Ouzbékistan et Noursoultan Nazarbayev du Kazakhstan [28]. Et deuxièmement, en dépit de toute la calomnieuse propagande anti-iranienne, les États-Unis menaçant le régime des mollahs de nouvelles sanctions depuis plusieurs années et prétendant que « Téhéran se trouve de plus en plus isolé », le 6 janvier 2010, le Turkménistan a finalement décidé d’attribuer la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran. Un événement majeur dans le Grand Échiquier qui est totalement passé inaperçu dans la presse occidentale tellement son importance était lourde de conséquences avec le bourbier afghan ayant pris, ici, une nouvelle proportion calamiteuse. Avec l’inauguration du gazoduc DSK (Dauletabad-Sarakhs-Khangiran) qui relie le nord de l’Iran dans le bassin de la Mer Caspienne, puis par ramification vers la Turquie par le gazoduc existant, long de 2.577 km, entre Tabriz, au nord de l’Iran, et Ankara, le président turkmène Berdymukhammedov n’est plus vraiment intéressé par les différents projets de tracés transafghans proposés par les États-Unis et l’Union Européenne. Dans une politique multivectorielle comme le Kazakhstan, le Turkménistan compte dorénavant bien profiter du vaste réseau de pipelines iraniens pour développer de nouvelles voies d’acheminement de gaz vers le reste du monde. 

Peut-on alors dire que le projet ancestral d’Unocal a été tué dans l’oeuf ? Avant de l’enterrer hâtivement, n’oublions pas qu’il a su traverser de nombreux obstacles en bientôt deux décades. La chimère TAP a fait dépenser des quantités astronomiques d’argent, a été débattu pendant des milliers d’heures en diplomatie et en négociations, et a coûté la vie à des milliers de militaires. Dans ces circonstances, la décision turkmène signifie surtout que cela risque de fortement aggraver la sécurité dans toute la région dont le Balouchistan et probablement d’avantage du côté iranien de la ligne Goldsmith que pakistanais. La défaite assurée de l’OTAN en Afghanistan et les nouveaux retards qui seront occasionnés par l’hypothétique pacification du Talibanistan sont deux principaux facteurs que les investisseurs vont devoir prendre en compte avant de revoir l’éventualité d’exploiter le corridor énergétique afghan sérieusement compromis. L’échec du conflit amplifié à présent de cet accord turkmène sera dur à digérer pour les impérialistes atlantistes qui, en plus des 30.000 nouveaux soldats américains déployés par Barack H. Obama, avaient déployé énormément d’efforts dès le lendemain de l’effondrement de l’URSS lorsque les compagnies pétrolières occidentales commencèrent à prendre pied tout autour de la Mer Caspienne pour s’y accaparer les riches ressources énergétiques au nez de la Chine et de la Russie [29]. 

Opportunisme baloutche ou ingérence au Balouchistan ?

Avant de définitivement quitter le Pakistan pour aller faire un petit tour en Iran et ensuite prendre la mer, récapitulons un instant quelques uns des derniers incidents qui se sont produits de part et d’autre la ligne Goldsmith. Le cinquième conflit baloutche aurait débuté, entre les mois de mai et de juin 2004, avec les mêmes révendications indépendantistes ainsi que l’arrêt des constructions des nouvelles installations militaires de l’armée pakistanaise et du complexe portuaire de Gwadar qui voit l’arrivée massive de Pendjabis, des non-Baloutches et des Chinois pour travailler sur le chantier. Les premiers incidents imputés aux différents mouvements séparatistes de la rébellion baloutche ont éclaté de mai à août 2004. Le 3 mai, 3 Chinois sont tués dans un attentat à la voiture piégée. 11 personnes, dont 9 Chinois, sont également blessées. Le 6 juin, 2 personnes sont tuées et deux autres blessées suite à l’explosion d’une mine dans le district de Kohlu. Le 19 juin, un attentat à la bombe détruit le terminal de l’aéroport de Sui. Le 27 juin, 2 policiers et 3 baloutches sont tués au cours de combats à Maiwand. Au total, 120 attaques à la roquette ont déjà été enregistrées pour le seul mois de juin. Le 2 juillet, 7 membres des Frontier Constabulary sont blessés dans l’explosion d’une mine dans la région de Sui. Le 18 juillet, le leader et membre de l’Assemblée nationale, le maulana Muhammad Khan Sherani, échappe à une tentative d’assassinat dans le district de Qilla Saifullah. Le 1er août, 5 soldats et un civil sont tués par 3 hommes armés qui attaquent leur véhicule à proximité de Zinda Pir, sur la route menant à Khuzdar, à proximité d’un cantonnement militaire. Revendiquée par l’Armée de Libération du Baloutchistan (ALB) en réponse aux opérations militaires menées dans la région de Turbat et à la construction d’infrastructures militaires. Le 2 août, le gouverneur de la province, Jan Mohammad Youssouf, échappe à un attentat près de Surab, à 180 kilomètres au sud-ouest de Quetta. Le 14 août, le jour de l’indépendance du Pakistan, 14 explosions retentissent à Quetta.

 

le leader baloutche Nawab Muhammed Akbar Bugti

Un combat se mène sur plusieurs fronts à la fois. Le mouvement pour la revendication des droits des Baloutches n’est pas seulement composé de cellules autonomes de combattants séparatistes mais aussi d’un mouvement politique s’adonnant à des marches de protestation et des manifestations pacifiques. Le mouvement politique est divisé en quatre partis : Jamhoori Watan Party, National Party, Baloutchistan National Party essentiellement composée par des membres de la tribu Mengal et Baluch Haqtawar. Tous ne désirant pas l’indépendance du Balouchistan, les quatre partis séparatistes ont essuyé les critiques de la part d’autres Baloutches nationalistes issus de l’alliance entre le parti pro-Mucharraf et les islamistes de la Muttahida Majlis-e Amal. Avec les autres incidents au Talibanistan, la guerre dans les zones tribales du FATA et NWFP qui vient également d’éclater, le Pakistan d’une main dialogue avec les quatre partis séparatistes et de l’autre accroit sa répression pour anéantir la guérilla indépendantiste mais les attaques tribales ne s’arrêtèrent pas pour autant et le rythme augmenta. Le 17 décembre 2005, lors de l’inauguration de la nouvelle base militaire de Kohlu, le président Pervez Mucharraf avait été accueilli par des tirs de roquettes. L’armée lança des opérations de représailles visant la population civile. Sous le prétexte du viol d’une doctoresse par des agents de la sécurité du gisement gazier de Sui, la tribu Bugti, encouragée par leur chef Nawab Muhammed Akbar Bugti et soutenue par l’ALB, a lancé une grande opération contre les installations du gisement de Sui qui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Bénéficiant de l’aide des tribus Mengal, Mazai et Marri qui campaient à proximité de Sui prêtes à intervenir, ce sont plus de 450 roquettes et 60 obus de mortiers qui ont été tirés durant l’opération entraînant de lourdes conséquences pour Karachi qui a connu des coupures quotidiennes et une chute de la production industrielle de 25 %. Localement, des conduites de gaz ont été endommagées provoquant la fermeture de la principale installation fournissant en gaz les provinces environnantes. 8 personnes ont été tuées, dont trois membres des forces de sécurité du site, et 35 autres ont été blessées. De plus, 12 employés de l’Autorité de l’eau et de l’électricité pakistanaise ont été enlevés pendant plusieurs jours avant d’être libérés le 14 janvier 2006. 

Face à la troublante technicité opérationnelle des tribus baloutches unies risquant de s’étendre en Iran et de menacer le réchauffement avec New Dehli, Islamabad, craignant un réveil du vieux conflit indépendantiste, donne l’ordre à 1.000 paramilitaires du Frontier Corps de se déployer dans la région du Sui pour sécuriser l’important site gazier. Entre temps, le 11 janvier 2006 et d’après le rapport d’une commission pakistanaise des droits de l’Homme, 12 personnes ont été exécutées par des paramilitaires du Frontier Corps dans le village de Pattar Nala. Des représailles qui avaient fait suite à l’explosion d’une mine à proximité du Pattar Nala, quelques heures plus tôt, ayant coûté la vie à plusieurs paramilitaires. Deux « anciens » du village désignés pour aller chercher les corps à la base de Kohlu ont également été abattus. Finalement, 14 dépouilles ont été remises aux femmes de Pattar Nala. L’escalade s’est poursuivie dans les mois qui suivèrent, le dimanche 2 avril 2006, deux explosions quasi-simultanées se sont produites dans une ferme gérée par des paramilitaires, dans le district de Kohlu, tuant trois civils, un homme, une femme et une fillette et faisant sept blessés. Dans le district de Bolan, au centre de la province du Balouchistan, cinq policiers et un civil membre d’une société chargée de la sécurité d’un site pétrolier et gazier ont été tués dans un attentat à la bombe, a indiqué Mohammed Anjoum, responsable de la police tribale. Dans la district voisin de Nasirabad, une nouvelle explosion d’une mine au passage d’un tracteur tue le conducteur et blesse deux personnes, selon la police tribale. Le lundi 4 avril 2006, un démineur appartenant aux paramilitaires du Frontier Corps a été tué alors qu’il tentait de désamorcer un engin piégé dans le village de Taraman, dans le district de Kohlu. Enfin, un camion-citerne d’eau des forces paramilitaires a sauté sur une mine à proximité des champs de gaz de Loti. Deux paramilitaires ont été blessés.

 

la capitale provinciale Quetta

La mèche de la cinquième guerre baloutche est allumée – par qui là est la question – et ne désempilla plus. Le mardi 14 avril 2009, on pouvait encore lire dans l’AFP que l’assassinat de 3 leaders politiques de l’alliance nationaliste, dont les corps avaient été retrouvés à Turba, une ville du sud-ouest de la province, provoqua une grève générale à Quetta qui tourna en de violentes émeutes ayant fait une vingtaine de morts, et à la paralysie de toute la région. Les manifestants s’en étaient alors pris aux commissariats de police et aux forces de l’ordre mais aussi à des voitures de l’ONU, à des agences bancaires et à des bâtiments gouvernementaux. Les autoroutes menant à Quetta étaient bloquées. Les activistes baloutches ont accusé les services secrets pakistanais de l’assassinat des 3 leaders politiques mais le gouvernement démentit ses accusations. Les exploitations économiques et installations gouvernementales étaient d’ailleurs toujours prises pour cibles. Le samedi 11 avril 2009, l’ABL revendiqua l’assassinat de six ouvriers qui travaillaient dans une mine de charbon. L’autopsie de leur corps avait démontré qu’il s’agissait d’une exécution, les ouvriers ayant tous les six été tués d’une balle dans la tête. Tout comme un Américain qui fut detenu en otage, pendant deux mois, par un prétendu mouvement nationaliste, ce qui parait fort étrange compte tenu de la position des nationalistes, les incidents qui ont progressivement commencé à dégénérer dans toute la province sont devenus de plus en plus curieux, en tournant au désavantage du Pakistan et accentuant ainsi sa déstabilisation par ce nouveau foyer du Balouchistan. « (…) mentionnons en outre le Front du Baloutchistan uni né en 2003 et basé à Londres (toujours cette étonnante concordance de date). » [30] Même une guérilla de ce type coûte de l’argent, beaucoup d’argent sur le long terme. Un comble pour une province si pauvre qui ne bénéficie même pas des retombées économiques de leur riche sous-sol car ce n’est sûrement pas l’impôt sur le transit de l’opium vers l’Iran qui suffirait à financer les roquettes, les mortiers des opérations de la rébellion baloutche. 

Iraniquement votre

C’est pour ainsi dire à la même époque de l’inauguration de la base de Kohlu en décembre 2005 que les premiers incidents ont eu lieu de l’autre côté de la ligne Goldsmith, dans la province iranienne du Sistan-et-Balouchistan. Je renvoie à la pertinente remarque sur la concordance de date de Jean-Michel Vernochet. En respectant la chronologie des faits, le 15 décembre 2005, deux gardes du corps du cortège du président Mahmoud Ahmadinejad ont été tués par des bandits dans la région de Sahevan. Deux semaines plus tard, le 31 décembre 2005, le Joundallah (les Soldats de Dieu), de confession sunnite, avaient enlevé neuf soldats iraniens, près de la frontière pakistanaise, lors d’une attaque d’un poste de police. La liste des attentats publiée sur de nombreux sites se poursuit. En mars 2006, 22 personnes, qui circulaient sur une route proche du Pakistan, avaient été tuées. Le même mois, un attentat à la bombe qui a eu lieu à Tasuki fut suivi d’une prise d’otages. Dix sept personnes ont été condamnées à mort pour cet attentat précis. En mai 2006, l’attaque contre quatre véhicules du convoi du gouverneur de la province du Sistan-Baloutchistan avait fait 12 morts dans la province voisine de Kerman. Une voiture piégée avait explosé le 15 décembre à Zahedan, à la veille des élections locales, ne faisant là qu’une seule victime. Pour tenter de mater cette rébellion, le gouvernement iranien avait choisi de répondre par la répression en exécutant publiquement par pendaison sept membres présumés du Joundallah qui auraient pris part à la tuerie des 22 personnes de mars 2006. Nouvelle mesure qui n’a visiblement pas eu l’effet dissuasif souhaité par Téhéran car le mercredi 14 février 2007, à Zahedan, un nouvel attentat à la bombe contre un autobus des Pasdarans, les Gardiens de la Révolution Islamique, faisait 42 victimes dont 11 morts. Le 28 mai 2009, revendiqué par le Joundallah, un énième attentat contre une mosquée chiite de Zahedan a fait 25 morts et une centaine de blessés graves. Téhéran, implaccable, répond le 1er juillet par 13 pendaisons [31].

 

Abdolmalek Rigi, le leader du Joundallah

D’après les informations du site Geostratos, le 31 mai 2009 sur Rang-A-Rang TV, le leader du mouvement, Abdolmalek Rigi, a déclaré que le Joundallah avait signé un accord avec l’OMPI (Organisation des Moudjahidins du Peuple d’Iran), une autre organisation terroriste basée en France qui existait déjà en 1979 lors de la Révolution Islamique d’Iran et protégée, en Irak, par les troupes d’occupation anglo-saxonnes jusqu’au 28 juillet 2008. Un accord échangeant des renseignements nécessaires aux attentats fournis par l’OMPI au Joundallah contre le transit de personnes de l’OMPI en Iran. Toujours selon Abdolmalek Rigi, le rapprochement entre l’OMPI et le Joundallah aurait été opéré par l’intermédiaire d’Abu Omar al-Baghdadi, le leader d’Al-Qaïda en Irak [32]. Le 12 juin 2009, jour des élections présidentielles, éclate une nouvelle révolution de couleur, la Révolution de Velours ou Révolution Verte, avec les mêmes caractéristiques que les Révolution des Roses en Georgie du 23 novembre 2003, Révolution Orange en Ukraine du 22 novembre 2004, Révolution du Cèdre au Liban du 14 février 2005, Révolution des Tulipes au Kyrgyzstan du 24 mars 2005, Révolution Safran en Birmanie en août 2007 [33] ainsi que les autres en Azerbaïdjan dès mars 2005 [34], en Ouzbékistan en mai 2005 [35], en Mongolie en juillet 2008 [36], en Moldavie en avril 2009 [37]. « Ces révolutions se sont toutes déroulées suivant le même mécanisme : au moment où le pouvoir en place tentait de se renouveler, les partis d’opposition, soutenues par de puissantes ONG locales, ont contesté le résultat des élections et bloqué le pays par des manifestations pacifiques. Cette dynamique des sociétés civiles a débouché sur la chute du pouvoir et son remplacement par des équipes gouvernementale proaméricaines. » [38]

 

Abdolhamid Rigi

Temporairement sorti du couloir de la mort, Abdolhamid Rigi, le frère d’Abdolmalek Rigi, a déclaré : « Les Etats-Unis ont créé et soutenu Joundallah et nous recevions nos ordres d’eux », lors d’une conférence de presse, en août 2009, dans un bâtiment gouvernemental de la ville de Zahedan. Il a ajouté que les Etats-Unis nous disaient : « qui frapper et ne pas frapper. (…) Ils disaient qu’ils allaient nous fournir tout ce dont nous avions besoin en terme d’argent et de matériel » [39]. Ces accusations rejoignent les éclaircissements de l’enquête de Seymour Hersh, publiée par The New Yorker, le 7 juillet 2008, et reprise par Le Monde, signalant que les chefs de file républicains et démocrates du Congrès américain auraient accordé, fin 2007, au président George W. Bush les financements nécessaires à l’intensification des opérations secrètes contre l’Iran en vue de déstabiliser le régime des mollahs. Pour appuyer ses dires, Seymour Hersh cita Robert Bear, un ancien chef d’antenne de la CIA au Kurdistan : « le groupe armé sunnite iranien Joundallah ferait partie des groupes bénéficiant du soutien des services américains ». Ainsi que dans Le Monde Diplomatique paru précédemment, en octobre 2007, où Selig S. Harrison a détaillé le mécanisme utilisé par la Maison Blanche dans son offensive de déstabilisation de l’Iran directement de l’intérieur « en aidant des groupes séparatistes, qu’ils soient arabes, kurdes, baloutches ou azéris ». Dernier fait en date, le dimanche 18 octobre 2009 où l’attentat-suicide le plus meurtrier a eu lieu à Pishin et a fait 41 tués dont plusieurs hauts commandants locaux du corps d’élite des Pasdarans. Sept commandants des Gardiens de la Révolution Islamique parmi lesquels le général Nour-Ali Shoushtari, adjoint du commandant de l’armée de terre des Gardiens de la Révolution, le général Rajab-Ali Mohammad-Zadeh, commandant pour le Sistan-Balouchistan, le commandant des Gardiens pour la ville d’Iranshahr et le commandant de l’unité visée, Amir-al Momenin, ont été tués dans cet attentat. L’article du géopolitologue Jean-Michel Vernochet, intitulé « Attentat au Sistan-Balouchistan… un acte de guerre décisif ? » auquel certaines données ont été reprises ci-dessus, paru au lendemain de ce dernier attentat et repris par de nombreux sites, nous informe qu’« il existe depuis juillet 2005 un projet de gazoduc irano-indien (IPI) devant passer à travers le Baloutchistan, projet qui s’est, en toute logique géostratégique, heurté à une vive hostilité de la part du Département d’État » [40]. Cela se passe de tout commentaire. 

La stratégie chinoise du « collier de perles »

C’est notamment pour faire transiter le pétrole iranien vers l’Océan Indien et assurer la sécurité des supertankers que Gwadar fut choisi par la Chine dans une colossale stratégie maritime surnommée le « collier de perles ». Une théorie, développée par le cabinet d’études stratégiques Booz-Allen-Hamilton travaillant pour le Pentagone, considérée par tous les états-majors du monde, de même que par les services de renseignement et les centres spécialisés en géostratégie, comme une évolution stratégique majeure de la Chine. Pour définir le « collier de perles », il représente un vaste réseau de ports, les « perles », et de bases navales formant le « collier » sous la forme de stations d’écoute, d’accords navals et d’accès portuaires, dans l’Océan Indien y compris les côtes orientales de l’Afrique et depuis le Golfe Persique au Détroit de Malacca, connectant ainsi la Chine aux ressources énergétiques du Moyen-Orient et d’Afrique.

Simultanément géoéconomiques et géostratégiques, certaines « perles » sont considérées de grandes importances pour la marine nationale chinoise (People’s Liberation Army Navy), notamment pour accueillir ses sous-marins nucléaires non-officiellement reconnues par Pékin qui, par la voix de ses diplomates et de ses responsables politiques, semble camper pour le moment sur une ligne de déni absolu. Et d’autres « perles » pour permettre à ses pétroliers d’y faire escale sur la route stratégique depuis le Golfe Persique. Il est important de préciser que toutes ces « perles » ne sont pas des ports et des bases navales exclusivement chinois mais comme les Etats-Unis dans la plupart des cas, les Chinois sont autorisés à utiliser des installations déjà existantes, à les renover ou à en construire de nouvelles. Les accords sont par conséquent révocables. Il faut donc noter que certains ports sont temporairement exploités et d’autres sont directement financés comme au Soudan et au Kenya. Nombre de ces ports sont en cours de développement, d’autres ont déjà été inaugurées et quelques uns intéressent la Chine de retour sur les mers comme au temps de ses flamboyantes jonques. Toutefois, la Chine ne se contente pas seulement de renover que les installations portuaires. Généreuse, la Chine dépense énormement dans diverses infrastructures, dans ces pays stratégiques, allant de la rénovation des routes et des voies ferroviaires à la construction de centrale électrique. Je signalerai donc dans une liste non-exhaustive selon les dernières mises à jour au 20 février 2010 :

  • la Birmanie (Myanmar), les ports de Kyaukphyu au nord, de Rangoon, de Thilawa, de Thandwe, de Munaung, de Hainggvi, de Yangon au sud de Sittwe, les sites des îles de Katan et de Zadaikyi ainsi que la base de l’archipel Mergui au large du Tenasserim et enfin, l’île Coco dans le Golfe du Bengale à proximité de la base indienne des îles Andaman, où ils ont également installé une station d’interceptions électroniques, pour observer les tirs d’essais de missiles indiens de Chandipore lancés dans l’Océan Indien à partir des côtes de l’Orissa, mais qui a été extrêmement endommagée à la suite du tsunami en décembre 2004 et n’aurait ainsi pas été réparée depuis, malgré les demandes des généraux chinois.
  • le Pakistan, le port de Gwadar qui est sans doute destiné à devenir la base la plus importante de la marine nationale chinoise avec les installations pakistanaises d’Ormara sur les côtes de l’Océan Indien.
  • le Bangladesh, le port de Chittagong dont la modernisation est en cours avec la collaboration de la Corée du Sud.
  • le Sri-Lanka, les ports de Colombo et de Hambantota, ceci est la dernière des « perles » de la stratégie chinoise pour contrôler les voies maritimes entre les Océan Pacifique et Océan Indien.
  • les Maldives, le port de l’île de Marao, dont l’atoll, à 40 kilomètres au sud de la capitale, aurait été loué pour 25 ans à la Chine que les experts du « collier » suspectent de devenir une base sous-marine.
  • l’île Maurice, la capitale Port-Louis visitée en février 2009 par Hu Jintao mais aucun accord militaire précis mentionnant la construction de bases navales n’a été ratifié entre Pékin, l’île Maurice et les Seychelles.
  • les Seychelles, le port de Victoria dont la valeur stratégique pourrait faire un rival de poids à la base américaine insulaire Diego Garcia située dans un atoll de l’archipel des Chagos où des bombardiers furtifs B-2 sont présents et bientôt quatre sous-marins nucléaires grâce à un port flottant [41].
  • le Cambodge, le port de Woody Island.
  • le Kenya, le port de Lamu [42].
  • le Soudan, Port-Soudan sur la mer Rouge [43].

 

les facteurs géopolitiques et géostratégiques de l'Océan Indien

les facteurs géopolitiques et géostragétiques de l'Océan Indien

Source de la carte : Rivalités maritimes en Asie (Philippe Rekacewicz)

 

tracé de la route maritime du pétrole vers la Chine

Les exportations africaines vers la Chine sont essentiellement du pétrole (plus de 60 % du total) d’Angola (premier fournisseur de brut de la Chine), de Guinée Equatoriale, du Soudan et de la République démocratique du Congo ainsi que des minéraux, du bois et diverses matières premières comme le manganèse, le fer, le cuivre, le chrome et le coltane (minerai rare utilisé dans la production de puces de téléphones portables). Pour donner une petite idée du chiffre, le montant du commerce sino-africain a été multiplié par 20 en 10 ans. Il est passé de 5 milliards de dollars en 1995, à environ 100 milliards de dollars annoncés en 2008. A titre d’information, il est bon d’également signaler ici, dans l’exploitation portuaire hors de Chine et hors de l’océan Indien, le poids croissant que prend la seule entreprise chinoise Hutchison Whampoa Ltd (Hong Kong) du milliardaire chinois Li Ka Shing dans la prise de contrôle de terminaux portuaires. Cette société gère aujourd’hui 39 ports ou terminaux à conteneurs dans 19 pays. En Europe ce sont les ports de Felixstowe, Thamesport et Harwich au Royaume-Uni, et les terminaux d’ECT-Rotterdam et Gdynia en Pologne. Avec Taiwan et Singapour (Port of Singapore Authority), ce sont, en plus, les ports suivants qui sont à présent contrôlés par des intérêts chinois : Colon au Panama, Tarente en Italie, Tacoma, Oakland et Longbeach, New York-New Jersey aux Etats-Unis. 

D’une importance stratégique de premier ordre également pour la Chine et le Japon mais aussi pour les relations commerciales Occident-Orient, c’est par le Détroit de Malacca, long de 800 km et large de 50 à 320 kilomètres (2,8 kilomètres de large dans son point le plus étroit) situé entre la Malaisie et l’Indonésie, que plus de 50.000 navires passent chaque année, 20 à 25 % du transport maritime mondial et la moitié du commerce maritime de pétrole, 1,5 millions de tonnes de pétrole y transite par jour (plus de 11 millions de barils par jour en 2003), neuf fois plus que le canal de Suez. 

Aigle, Tigre et Dragon 

On sait également que les îles Spratley sont disputées par la Chine, Taiwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et le Sultanat de Brunei. Les îles Paracels sont quant à elles réclamées par la Chine qui les occupe depuis 1974, le Vietnam et Taiwan. Les îles Senkaku (Diaoyutai) ne sont disputées qu’avec le Japon. Selon l’étude de Booz-Allen-Hamilton : « La Chine ne cherche pas seulement à bâtir une marine de haute mer pour contrôler les routes maritimes, mais aussi à développer des capacités de missiles et de mines sous-marines pour dissuader toute attaque sur ses lignes d’approvisionnement énergétique de la part de menaces potentielles, ce qui inclut l’US Navy, particulièrement en cas de conflit avec Taïwan ». Tout comme le principal rival régional, l’Inde, se sentant encerclé, les Etats-Unis voient d’un très mauvais oeil le « collier de perles » qui affaiblit sa domination dans l’Océan Indien et sa capacité de projection militaire en Afrique oriental comme en Somalie, en Asie Centrale et du Sud-Ouest ainsi qu’au Moyen-Orient.

 

les présidents chinois Hu Jintao et américain Barack H. Obama

Sans nul doute, les diverses avancées chinoises dans sa stratégie du « collier de perles » sont une raison essentielle de la grande vente d’armes américaine, le samedi 30 janvier 2010, à Taïwan selon une proposition datant de 2001, d’un coût de 15 à 18 milliards de dollars incluant huit sous-marins diesel-électriques, quatre anti-missile guidés, douze avions de patrouille maritime Lockheed P-3C et d’avion anti-sous-marin, des hélicoptères de dragage de mines, 60 hélicoptères Black Hawk (3,1 milliards), des missiles pour un côut de 421 millions de dollars pour les avions de combat F-16, 114 missiles anti-missile Patriot (2,81 milliards de dollars), des torpilles, des missiles Harpoon anti-navires, des véhicules d’assaut amphibies ainsi que des mortiers de 155 millimètres. Quel arsenal, de destruction maritime ou de défense territoriale, pour un si petit pays que la Chine a toujours considèré comme une de ses provinces. Cette vente d’armes à Taïwan a refroidi les relations commerciales et attisé les relations diplomations déjà très tendues entre la Chine et les États-Unis. Fin janvier 2010, le président Hu Jintao adressait son mécontentement au président Barack H. Obama en le menaçant de sanctions économiques et en guise de première protestation, Pékin a déjà suspendu tous ses échanges militaires avec Washington. Dans une précédente conférence de presse au Camp Smith de Honolulu, Hawai, le secrétaire de la Défense Robert Gates, a déclaré qu’il énumérerait les activités américaines et initiatives dans la région de l’Asie du Pacifique : « Il est tout a fait clair que nous restons profondément engagés, que nous sommes activement engagés, que nous avons été une puissance asiatique – une puissance Pacifique – pour un très long terme et que nous prévoyons de continuer à en être une » [44].

 

la base américaine de Futenma

Ces arrogantes paroles survenaient en 2007, bien avant l’important changement politique survenu au Japon, fin septembre 2009, qui a vu la montée au pouvoir des libéraux-démocrates après avoir été maintenu plus d’un demi-siècle par les conservateurs. La nouvelle classe politique a demandé au Premier ministre Yukio Hatoyama le retrait des troupes américaines sur son sol ou le déplacement de ses bases militaires étant à la fois les sources constante d’irritation de la population locale à cause des nuisances et fréquente de disputes diplomatiques au sujet des coûts respectifs. Principalement visées, dans un premier temps, la base aérienne de Yokota, située en plein coeur de la mégalopole de Tokyo, et la base de Futenma, située au coeur de la zone urbaine d’Okinawa, au sud du Japon, qui abrite le plus gros du contingent américain au Japon ainsi que la plupart du matériel et des ressources de l’armée américaine dans l’Océan Pacifique. Un accord conclu, en 2006, entre Washington et Tokyo prévoyait déjà le déménagement de Futenma vers la baie de Henoko. Dans une annonce faite au Pentagone au mois de décembre 2009, le général James Conway, commandant du Corps des Marines, a averti que la perte de Yokota et Funtenma risquait de remettre en cause tout le programme de réorganisation des bases américaines du Japon, y compris le retrait de plusieurs milliers de Marines de la base d’Okinawa vers l’île américaine de Guam prévu en 2012. Il y aurait 47.000 soldats américains présents sur le sol japonais dont la moitié sont basés à Futenma. Le 15 février dernier, le sénateur démocrate Jim Webb, qui dirige au Sénat la sous-commission des Affaires étrangères chargée de l’Asie orientale, a déclaré : « Je pense que la présence militaire américaine au Japon peut être modifiée. (…) C’est la seule région au monde où les intérêts stratégiques et militaires de la Chine, de la Russie, du Japon et des Etats-Unis se rencontrent » en parlant de la stabilité du nord-est de l’Asie. Le gouvernement japonais doit rendre sa décision d’ici la fin du mois de mai 2010 [45]. Du fait de partager certaines similitudes, le Japon s’aligne sur la Chine entreprenante, surtout en matière de sécurité pour son approvisionnement énergétique dans les mers indiennes du Détroit d’Ormuz au Détroit de Malacca. Le départ des troupes américaines du Japon aurait de graves conséquences sur la stratégie globale de l’US Navy pour l’Océan du Pacifique et d’Océan Indien en Asie du Sud-Est. 

Conclusion

Jadis, le Grand Jeu ne s’est achevé qu’en semant la discorde entre les religions attisées, entre les tribus manipulées, entre les ethnies spoliées et entre les nations nouvellement créées. Ce n’est pas un hasard que certaines personnes nomment le Grand Échiquier d’Asie Centrale de Nouveau Grand Jeu. « L’homme du 20ième siècle est moins confiant que son ancêtre du 19ième siècle. Il a été témoin et a fait l’expérience des pouvoirs maléfiques de l’histoire. Ce qui semblait appartenir au passé a ressurgi : la foi fanatique, les dirigeants infaillibles, l’esclavage et les massacres, le déracinement de populations entières, la barbarie impitoyable. » Hans Kohn cité par l’actuel conseiller géostratégique Zbigniew Brzezinski de Barack H. Obama, à la page 270, de son célèbre ouvrage, le Grand Échiquier. Les énormes défis énergétiques de la Chine et de l’Inde du 21ième siècle mais aussi du mode de vie de l’Occident sont au coeur des enjeux géostratégiques disputés en Asie Centrale. Désireuse de limiter ses échanges avec l’Arabie Saoudite, la Terre Sainte de l’Islam, l’hyperpuissance étatsunienne, qui a bâti une large partie de son hégémonie sur la manne pétrolière saoudienne, s’est donnée la mission divine de contrôler la moindre goutte de pétrole dans le monde et d’en réguler tout le trafic. Ce qui implique l’interdiction de certains pays à le vendre à d’autres pays, sans leur accord préalable. Dans son arrogance, la Statue de la Liberté peut tirer une bien vilaine grimace. Par ailleurs, l’Océan Indien est devenu un autre enjeu majeur entre Pékin et Washington. Nous pouvons clairement constater que chaque nouvel événement mineur ou majeur dans la géopolitique de l’énergie, que ce soit des négociations de projets de construction de pipeline ou des contrats d’attribution de quota énergétique, déclenche une recrudescence flagrante des activités terroristes et de piraterie dans la zone circonscrite d’acheminement de l’énergie par gazoduc, oléoduc ou voies maritimes. Est-ce une pure coïncidence ? Il n’y a qu’à suivre les informations géopolitiques pour en douter. Est-ce que le Pakistan est menacé d’une balkanisation, d’une nouvelle partition ? La Chine a beaucoup investi dans ce pays mais, sachant que George W. Bush s’est passé de toute autorisation onusienne pour attaquer l’Irak, le droit de véto au Conseil de Sécurité suffira-t-il à Pékin, et Moscou, pour empêcher Washington de balkaniser le Balouchistan ? Est-ce que sous la pression d’Israël, Barack H. Obama va finalement craquer en se hasardant à attaquer l’Iran ou simplement changer son fusil d’épaule ? Est-ce que c’est la poudrière du Moyen-Orient qui va s’embraser à nouveau, le brasier d’Asie Centrale qui va s’étendre un peu plus ou, dans un registre fataliste, une troisième guerre mondiale qui va éclater avec une majorité d’acteurs principaux – la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Pakistan et la Russie – possédant tous un arsenal d’armes nucléaires ? Les prochains mois s’annoncent particulièrement caniculaires et d’autant plus intéressants à surveiller de très près car de toute évidence des décisions cruciales vont être prises à la Maison Blanche.

Notes

[1] : Afghanistan : quand l’OTAN et George Soros voulaient légaliser l’opium 

[2] : PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), Afghanistan Human Development Report 2007, publié le 26 septembre 2007. 

[3] : Afghanistan Opium Survey, août 2007 

[4] : L’Afghanistan et ses minerais stratégiques 

[5] : La Chine accusée de « disparitions forcées » au Xinjiang, après des rafles systématiques visant les Ouïgours 

[6] : Ben Laden localisé au Pakistan 

[7] : Le Commonwealth réintègre le Pakistan 

[8] : Pakistani Taliban commander Abdullah Mehsud killed during raid 

[9] : The legacy of Nek Mohammed 

[10] : Qui tue qui dans la zone tribale pakistanaise ? 

[11] : Pakistan : les dessous de l’assaut de la Mosquée rouge 

[12] : Une nouvelle tête pour le renseignement pakistanais 

[13] : C’est Cheney qui a fait assassiner Hariri et Bhutto 

[14] : Un général pakistanais accuse Blackwater de l’assassinat de Bhutto et Hariri 

[15] : L’armée se déploie dans la vallée du Swat 

[16] : Les États-Unis intensifient les attaques par drones et les assassinats dans l’escalade de la guerre AfPak 

[17] : Attaques contre des sites nucléaires au Pakistan 

[18] : Retour à Swat : Quelle liberté de la presse après la défaite des Taliban ? 

[19] : The Frontier Against Terrorism 

[20] : Des proches de l’émir Mehsud soupçonnées de l’avoir dénoncé 

[21] : L’armée pakistanaise prend le contrôle du fief des talibans au Waziristan 

[22] : Analysis: A look at US airstrikes in Pakistan through September 2009 

[23] : Hakimullah dead, say US channels, newspapers 

[24] : Chronologie des attentats au Pakistan depuis 2007 

[25] : Blackwater et Xe tuent au Pakistan et en Afghanistan 

[26] : Pakistan : la guerre secrète des mercenaires 

[27] : La monstrueuse vivisection de l’Inde  

[28] : Des articles font état d’attaques au Pakistan par des troupes américaines au sol 

[29] : China extends influence into C.Asia with pipeline 

[30] : Pipeline Geopolitics: Major Turnaround. Russia, China, Iran Redraw Energy Map 

[31] : Iran : minorités nationales, forces centrifuges et fractures endogènes 

[32] : L’OMPI et le Jundallah main dans la main, mains dans le sang ! 

[33] : Birmanie : la révolution safran 

[34] : Pourquoi l’Azerbaïdjan n’a pas basculé 

[35] : Tolkatchev : « Il nous reste peu de temps pour organiser la révolution ouzbèke » 

[36] : Le soubresaut 

[37] : Une caricature de révolution colorée 

[38] : Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, page 90. 

[39] : « Washington est derrière la rébellion sunnite en Iran » 

[40] : Attentat au Sistan-Balouchistan… un acte de guerre décisif ? 

[41] : La Chine aide le Soudan à exporter son pétrole 

[42] : Diplomatie pétrolière 

[43] : L’US Navy veut transformer Diego Garcia en base sous-marine 

[44] : Conférence de presse de Robert Gates 

[45] : La présence des bases américaines au Japon est modifiable, selon un sénateur 

Cette analyse a pu être élaborée d’après les études, les rapports et les livres : 

Un nouvel enjeu international : le Baloutchistan de Seliq S. Harrison, année 1980 

L’océan Indien : un enjeu pour les puissances asiatiques de Barthélémy Courmont, juillet 2007 

La question des ventes d’armes à Taïwan de Hall Gardner, septembre 2007 

Là où l’Asie du Sud et du Sud-Est se rencontrent, l’ombre de la Chine d’Alain Lamballe, avril 2008 

Offensive chinoise en Afrique de Tanguy Struye de Swielande, avril 2009 

– Présence de la Chine en Afrique du Master Monde chinois des affaires Année 2009-10 

Renversement d’Armand Nouri 

– Les émissions d’Arte  » Le dessous des cartes  » 

– La route de la Soie de Pierre Biarnès, aux éditions Ellipses, 2008 

– La résistance afghane de Michael Barry, aux éditions Champs-Flammarion,1989

carte des installations nucléaires pakistanaises

Les Taliban gardent mais ne meurent pas

Le règne de la peur

Par Saïd Ahmiri

Fallacieux ou encore marionnettiste si ce n’est sournois, il y a tant de qualificatif pour définir le message implicite des discours anxiogènes des chefs d’État à propos d’une éventuelle menace d’attentat d’ores et déjà annoncé meurtrier et à l’arme non-conventionnelle type NRBC – nucléaire, radiologique, biologique, chimique -. Une campagne mensongère dans les pays atlantistes légitimant ainsi la continuation de la calomnieuse guerre contre le terrorisme face à la nébuleuse Al-Qaïda, l’organisation internationale d’Oussama Ben Laden, Abou Mohamed al-Masri et Ahmed al-Hisawi revendiquant l’établissement de régimes islamistes dans les pays à majorité musulmane d’où émergera le rétablissement du Califat dont les idéaux sacrés par la Sunna vont à l’encontre des intérêts occidentaux. Quoi de plus évident alors que d’entendre dans le camp opposé à ce doux rêve partagé par des myriades de musulmans aspirant à un nouvel âge d’or de leur civilisation, des formules politiques aux sous-entendus viscéraux pour climatiser le règne de la peur. Ce spectre de crainte ambiante parait semblable à l’émotion inconnue qui résulte de la fin proche et immuable de leur souveraineté capitaliste de l’Occident sur les restes d’un monde unipolaire, la mort de l’Occident, et à contre-courant sur l’ensemble des évolutions naturelles des civilisations métissées ô combien riche de cultures à partager, à en comprendre les valeurs et à en apprécier les vertus. Les récents débats sur le voile en Europe et le vote sur les minarets suisses prouvent que cette longue campagne médiatique, de Hollywood à TF1, de cette dantesque diabolisation de l’Islam en général et non pas seulement de l’Islam radical est parvenue à modeler les esprits chétifs et facilement contrôlable soit par une confiance aveugle envers les institutions gouvernementales, soit par la hantise d’une forme novatrice d’insécurité urbaine réclamant ainsi des mesures préventives par-delà l’ancienne cité de l’ordre moral. Deux raisons parmi d’autres pouvant être cumulable.

Afghanistan : Le théâtre de l’idéologie du terrorisme imaginaire

Lors de la levée des rideaux le 20 janvier 2009, l’ambiance d’un thriller qui nous le savons cherche à provoquer chez le spectateur une certaine tension, voire un sentiment de peur, était donnée et le décor déjà planté à l’entrée du sauveur. Une habile mise en scène fondée autour d’une opaque brume dissimulant pour les non-initiés en matière de géostratégie une pure idéologie guerrière anglo-saxonne de spectrale néo-domination eurasienne à l’instar du Grand Jeu d’Arthur Conolly face à la Russie seule et clairement avouée dans le Grand Échiquier de Zbigniew Brzezinski contre le duopole étatique Chine et Russie. Une doctrine belliciste transmise aux mains de Petraeus à McChrystal par un prétoire de stratèges ignorant tout du tribalisme hétéroclite des nombreux peuples tadjik, ouzbek, hazara, pachtoune, des régions reculées d’Asie Centrale et qui font leurs rapports au secrétaire à la Défense Robert Gates déjà en poste également au Pentagone depuis le 18 décembre 2006. Lui, un membre du CFR depuis 1987 proche de plusieurs personnalités ayant eu un rôle important dans le scandale Iran-Contra.

La nouvelle ligne de conduite impérialiste des oeuvres martiales du nouveau commandeur en chef des légions sanguinaires de GI’s conquérants accompagnés des prétoriens sans foi, ni loi du mercenariat DynCorp ou Blackwater devenu Xe demeure en toute évidence dans la stricte continuité de la stratégie du 1 % de risque de menaces pour la sécurité de la nation américaine et ensuite de leurs alliés atlantistes, capitalistes danois, français, allemands, britanniques, italiens, espagnols, etc. Un concept architecturé sur la gestion de la peur élaboré par le fidèle bras droit, Dick Cheney, du belliqueux George W. Bush qui a été sans nulle doute un tyran plus despotique encore que le vicieux empereur romain Titus ayant cependant eu le courage de réclamer ouvertement l’élimination des hommes menaçants à ses yeux tandis que ce précédent locataire de la Maison Blanche passa par la CIA pour organiser secrètement son programme noir d’assassinats ciblés au moyen de drones sans devoir rendre de comptes à personne avant de définitivement quitter la scène, avant de devoir confier les rennes de l’hyperpuissance hégémonique en plein déclin à un lapin sorti du chapeau.

Certes, les temps ont probablement changé depuis l’empire romain, la tragédie grecque contre les Taliban, contre ces fous de Dieu de l’école de pensée soufiste Deobandi pakistanaise financée par les radicaux conservateurs wahhabites de l’Arabie Saoudite, elle, se poursuit toujours avec ardeur. Dans ce vaste horizon de croisades néocolonialistes de l’Afghanistan et du Pakistan puis bientôt contre le progressif croissant chiite duodécimain de l’Iran, ismaélien et alaouite de la Syrie au zaïdite du Yémen et au-delà encore sur la plaque continentale africaine de la Somalie sunnite chaféite aux autres pays sub-sahariens formant le Sahel, la quête de solutions salutaires pour le bien-être de la fragile société contemporaine de l’Ouest, fabriquée de toutes pièces par la réclame intempestive des chaînes télévisées, étant d’une nécessité absolue à en croire la somme de tous les speechs présidentiels depuis Ground Zero, les vaines promesses aussi enchanteresses que messianiques de l’empirique Barack H. Obama, sans la moindre expérience internationale et seulement trois années sénatoriales au Capitole, s’apparentent à de belles paroles envoûtantes. De beaux discours scénarisés par les portes-paroles néoconservateurs du consortium Carlyle et qui sont imbibés de la pusillanimité analogue à tous ses prédécesseurs depuis les mensonges sur les incidents du golfe de Tonkin ayant ainsi fait entrer les États-Unis de Lyndon Johnson en guerre contre le Viêt-Cong d’Hô Chi Minh.

« L’idéologie de la peur et de la haine s’est révélée plus efficace et dangereuse qu’aucune autre arme. Plus meurtrière et dévastatrice qu’aucune opération militaire. Plus destructive et contagieuse qu’aucune arme de destruction massive. Car elle s’attaque à l’homme lui-même et à tout ce qui l’a rendu humain, alors que les autres agressions se contentent, généralement, de son physique, de ses possessions, de ses ressources ou de son environnement. C’est cette stratégie de conquérir l’homme qui induit les nouveaux inquisiteurs à la conquête des sociétés plutôt qu’à celle des États. » précise Youssef Aschkar [1]. De très nombreux documentaires ficellés et reportages sur les arcanes du pouvoir washingtonien relatent l’analogie des faits de cette terreur propagandiste embellie d’une chemise de droiture irréprochable qui est véhiculée dans des allocutions doctrinales chaleureusement saluées de chaque côté de l’Atlantique, de l’académie militaire des chairs à canons de West Point jusqu’à la tribune souillée des prix Nobel à Oslo. Le pacifisme d’Obama est à l’image de son changement promis, totalement inexistant à ce jour.

Dans le dernier coup de théâtre en date en Afghanistan, l’annulation du second tour de l’élection présidentielle par le candidat Abdullah Abdullah qui a précédé les félicitations de la communauté internationale pour le président réélu Hamid Karzaï [2] malgré les fraudes électorales criées des mêmes bouches élogieuses, l’a rendu légitime aux yeux de tous tel un tour de magie. Plus personne n’en parle. Lorsque la corruption se lie en toute clarté à la superchérie, les masques tombent, les enjeux réels se profilent dans le panorama et les objectifs officiels resteront à l’état de projet. Karl Marx rapportait déjà en son temps que « l’idéologie sert de masque à la domination d’un groupe d’êtres. » On peut se mentir à soi-même ainsi qu’aux esprits endoctrinés formant la majorité mais pas aux autres consciences éveillées de la minorité qui tant bien même toutes ne sont pas bonnes à dire, tôt ou tard la vérité finit toujours par leur éclater au visage.

Afghanistan, le cimetière des Empires

Afghanistan, le cimetière des empires

Comme la célèbre bataille des Thermopyles qui s’est déroulée en -480 où une petite coalition de 7000 soldats grecs menés par le roi agiade Léonidas Ier de Sparte résistèrent aux Perses du roi achéménide Xerxès Ier qui étaient plus de 200 000, on ne peut que saluer la volonté du changement du paysage politique autant que la résistance héroïque de 20 000 insurgés afghans pratiquant une guerre d’usure face à un ennemi onze fois plus nombreux et nettement mieux équipé mais étant surtout, il faut le dire, complètement incapable d’apporter toute évolution au Yagestan, le pays des Insoumis, d’après la formule du franc-maçon Pierre Biarnès car c’est le cimetière des Empires selon le journaliste Dahr Jamail. « L’union soviétique a été enterrée en Afghanistan. Et ce fut également le sort de l’Empire britannique, qui y a été défait. Et ce fut le sort de tous les envahisseurs de l’Afghanistan, sans aucune exception, jusqu’à Alexandre le Grand, abandonné par la chance dans les sables du Balouchistan et de l’Afghanistan au troisième siècle avant JC. » William Pfaff [3]. Dominer au sens strictement impérial dans un monde qui tend vers la démocratie n’est pas une compétition rude où tous les coups sont permis, c’est juste une lente course à la mort du dominateur. La volonté de dompter l’indomptable n’équivaut pas à combattre le feu par le feu mais à courir derrière des chimères en donnant des coups d’épée dans l’eau lorsque l’on se trompe de combat et qu’on utilise les mauvaises armes. Il n’est d’ailleurs pas impossible du tout que les raisons officielles citées au début de la campagne de guerre contre le terrorisme aient été gonflées, météorisées voire totalement trompeuses mais défendre cette thèse reviendrait à faire du conspirationnisme ou du négationnisme puisque ce terme utilisé à tort et à travers ne se résume plus seulement au déni de la Shoah mais à toute opposition d’une version officielle d’un événement majeur. Le droit au doute n’est plus toléré, seule la partialité compte. Disgracié ou mort, « soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. » Benito Mussolini, Hillary Clinton et George W. Bush. Une phrase maintes fois reprise des paroles du Christ (pbsl), dans Mathieu 12:30 : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne se joint pas à moi s’égare. » [4]

La manipulation par la gestion de la peur

le fascisme américain

De tout temps, pas seulement depuis le Patriot Act, l’usage de la peur a conduit, conduit et conduira encore à de petits pas inéxorables la population endoctrinée, terrifiée de l’intérieur, à s’accommoder de certains sacrifices démocratiques nécessaires au nom de la paterne sérénité de leur vie matérialiste et de la sacro-sainte prospérité de leur entreprise de consumérisme mais au mépris fâcheux d’une autre communauté partageant les us et coutumes de ces réseaux islamistes jusqu’à aller imaginer, à marginaliser, leur rôle dans l’islamisation de l’Occident bercé de chrétienté et de laïcité qui continue de se mentir chaque jour un peu plus en vantant les mérites des valeurs, unaniment bafouées à l’heure qu’il est, des si chères libertés fondamentales de chaque citoyen n’étant plus tout à fait égal sous l’étendard national. Terrifiée de l’intérieur à la fois par la langue de serpent des gardiens de ces valeurs de démocratie d’antan et surtout par un constant bombardement massif de télémanipulation durant deux minutes d’images de choc alambiques, catastrophistes et homogènes montrant des attentats-suicides ou à la bombe par les SMP (société militaire privée) dans un marché bondé de Bagdad, devant une base militaire de Kaboul ou une mosquée de Peshawar. Un montage enchevêtrant habilement à la hollywoodienne des carcasses fumantes de véhicules de police, des femmes hurlantes en larmes aux bras levés au ciel, d’enfants en haillons au visage ensanglanté, d’hommes blessés enturbannés de compresses des pieds à la tête transportés sur une civière ou couchés sur un lit de fortune d’une miséreuse clinique et des patibulaires agents des forces de l’ordre qui s’accourent dans tous les sens, l’arme lourde bien en évidence, pour propager dans le foyer du téléspectateur cette tension vive de frayeur, ce sentiment de panique apocalyptique, ce pressentiment de grande et grave instabilité territoriale au bord de la troisième guerre mondiale, cette menace constante d’un danger omniprésent qui plane au-dessus de sa tête telle une épée de Damoclès. Dans le corthex cérébral, les pensées confuses fusent, s’obscurissent et forgent inconsciemment la culpabilité de l’auteur cité dans les commentaires journalistiques accompagnant les images endoctrinales. Les réactions primaires de l’aliénation sont le dégoût ou l’incompréhension accompagnées de quelques paroles racistes, haineuses. Le coeur refoulé, l’esprit canalisée, la raison aux oubliettes, l’usage de la terreur révèle le fond de la pensée. Le contrôle mental est total. Terrorisée de l’intérieur au point de non pas accepter à contre-coeur l’inspiration chevaleresque de la machination romancée, quasi orchestrale à la Beethoven, des chefs d’État et leur administration conseillée par toute une kyrielle de think tanks aux subventions occultes par les complexe militaro-industriel et/ou lobby pétrolier [3] mais lato sensu* face à ce problème d’envergure transnationale à quémander de leur plein gré, à genoux presque, l’instauration du fascisme comme état de droit, comme une résolution décisive, comme la seule échappatoire, comme le dernier salut pour les âmes innocentes. Dans un précédent billet, j’écrivais : « Les diverses formes distinctes de la terreur sont utilisées depuis les géants empires de l’antiquité pour assurer le pouvoir persécuteur des despotes pharaoniques » [4] et je rajouterai que la vile gestion de la peur est l’apanage de ces dirigeants opportunistes nourrissant des ambitions totalitaires aux antipodes de cette réelle volonté dans ce contexte de guerre contre le terrorisme d’apporter la démocratie et de promouvoir les droits de la femme à une population bien définie tandis qu’il existe des dizaines de dictatures et théocraties de part le monde qui ne les dérangent vraiment pas en raison de certains contrats fructueux au montant donnant le vertige. Un chemin de fer TGV par ici, une centrale nucléaire Westinghouse par là et partout des villages en kit hautement sécurisé Halliburton avec fast-food McDonald’s, Pizza Hut, Starbucks, bars karaoké ou night club privé géré par la CIA comme la célèbre zone verte dite bulle coloniale  » Little America  » de la capitale irakienne. La réalité de l’effort de guerre est une variable d’ordre économique néolibérale exclusivement. La manipulation par la gestion de la peur n’est qu’une branche de l’arbre qui cache la forêt.

De l’état policier au fascisme politique

Petit à petit, nous le voyons et assistons impuissant à la lente transformation des léthargiques sociétés contemporaines en de véritables états policiers sous le couvert de l’insécurité sans cesse croissante et du terrorisme ayant remplacé la criminalité et le grand banditisme. D’après sa définition, « un état policier se distingue spécifiquement par ses caractéristiques totalitaires ou l’utilisation de moyens radicaux pour assurer le contrôle social. » Cette escalade vers l’état policier peut notamment se définir par les augmentations des caméras de surveillance et des agents de sécurité sur le terrain, les manifestations réprimées, les évacuations musclées, les tirs de flash-ball ou du Tazer, le gazage de masse, la presse indépendante muselée, la vaccination forcée, les nouvelles taxes imposées et ce ne sont que quelques exemples parmi les prémices de l’instauration d’une autocratie fasciste qui se démarque notamment par les exécutions sommaires, la police secrète et des lois arbitraires, autant coercitives que prohibitives. Il n’y a qu’à observer les dernières manifestations lors des sommets des grandes puissances à Londres, Strasbourg, Pittsburg ou Copenhague. Instaurer un climat ultra-sécuritaire constitue sans vergogne un maillon de la chaîne du règne de la peur. A quoi bon montrer continuellement les images de Black Blocks si ce n’est pour légitimer ces mesures ? La vraie question à se poser est : « Est-il plus intéressant de montrer les images d’une centaine de casseurs ou d’écouter les révendications des milliers d’autres manifestants pacifistes ? »

Pour les mass médias cherchant à se donner bonne conscience diront les uns, afin d’amplifier la propagande penseront les autres, un problème de société impliquant un certain degré de terreur est exprimé en détail, soigneusement argumenté par toute une peltée d’analystes, ministres de l’Intérieur et de la Défense, militaires ayant connu le front, philosophes réputés, sociologues bourlingueurs ayant parcouru les cinq continents mais la source du problème demeure à chaque très floue ou même, elle n’est guère abordée du tout malgré son importance névralgique. C’est notamment le cas en Afghanistan où bien peu sont les commentaires journalistiques, autant à la télévision que dans la presse, faisant allusion ou la corrélation entre l’émergence des Taliban et l’opération Cyclone en 1979 menée par la CIA et l’ISI, l’agence de renseignement pakistanaise, pour armer les moudjahidins afghans dans le cadre de la guérilla anticommuniste contre les soviétiques. Le discours du quatrième pouvoir est renvoyé à chaque fois aux attentats du 11 septembre 2001 victimisant l’agressé et culpabilisant l’agresseur. Dans un autre cas de figure, tout aussi exemplaire que la Shoah et Israël, qui a eu lieu en France, « dès les années 1970 – 1980, l’utilisation de la notion de  » sentiment d’insécurité  » fait son apparition. Ce sont les rapports Peyrefitte de 1977 et Bonnemaison de 1982 qui la consacreront. Cependant, il s’agit d’une manière de se saisir de la question de l’augmentation de délinquance dans les quartiers populaires sans avoir à se prononcer sur les causes. » Fappani Frederic, Les dossiers de l’éducation, Violence à l’école, Les objets sociomédiatiques. 

Quelle différence entre une dictature et une démocratie ?

Que ce soit la théocratie afghane du mollah Omar prétendue être le fief des chefs du réseau terroriste Al-Qaïda ou l’insécurité française originaire des banlieues aux violences urbaines devenues récurrentes depuis trente ans, en toute logique invraisemblable, pour appréhender le présent d’un problème, comprendre la pathologie pour mieux expliquer les symptômes, il faut impérativement se tourner vers ses origines épicentriques et ainsi chercher dans le noeud du problème les réponses qui aideront à trouver une solution future évitant ainsi toute escalade vers le bourbier ou une perennité de la délinquance. Pourtant, nous avons eu droit de la part des médias de masse à tout et vraiment « n’importe quoi, sauf la vérité. Il n’y a que ça qui ne se vend pas. » disait Boris Vian. Dans un cas cité comme dans l’autre, il est clair qu’il y a eu une flagrante manipulation de l’opinion par certains acteurs politiques ou certaines organisations sectaires qui n’hésitent pas à jouer sur les peurs collectives, voire à les susciter dans l’optique de s’assurer un pouvoir sur les populations sensibles à ce discours et dans l’absolu, pour gagner des élections ou pour favoriser de son côté l’opinion publique. Ce contexte rejoint textuellement le masque de Marx. Et bien souvent une peur collective s’accompagne de la désignation de boucs émissaires. La machine médiatique se met en route et la diabolisation commence. « Arrêt sur image, émission de France 5 consacrée aux médias, a fourni une intéressante statistique le 7 octobre 2005, relative aux journaux de TF1, France 2 et France 3. Ces trois chaînes ont traité 158 fois d’insécurité en septembre 2001, contre 66 fois seulement en septembre 2002. Comme si la délinquance avait chuté de près de 60% en un an. » Il faut dire à cela que la campagne de propagande de guerre contre l’Irak de Saddam Hussein, soutenant Al-Qaïda aux preuves jamais découvertes et possédant des armes de destruction massives jamais trouvées elles non plus, battait son plein sur toutes les chaînes télévisées.

Des enjeux inavouables

La véritable cible à terroriser n’est pas un dangereux barbu vivant dans une grotte quelque part entre le Helmand afghan et le Sud-Waziristan pakistanais qui serait capable de brûler au phosphore blanc des innocents dans leur sommeil comme Tsahal à Gaza ou l’U.S. Army à Falloujah, ou encore une tyrannie maquillée autrefois par des espions de Langley en Virginie soutenus par les Chicago Boys de Milton Friedman en une fausse démocratie, bref un régime religieux répressif hostile de nos jours au néolibéralisme du FMI, de l’OMC et de la Banque Mondiale tel l’Iran mais la vraie cible, c’est tout simplement vous. « Pourquoi ? » Car c’est vous, esprits de la jeunesse, qui détenez les clefs de l’avenir des moteurs de la civilisation occidentale. Car c’est surtout vous, adultes et parents, qui enfantez et éduquez la génération suivante de ces vertus morales de prudence, de tempérance, de tolérance et/ou de ces vertus théologales de foi comme de charité envers son prochain. Car c’est vous aussi, ainés, à l’expérience à partager, à écouter, à faire bonnifier comme du vin dans une cave d’un vieux château aux fondations poreuses et de plus en plus chancelantes à cause notamment du bourrage de crâne par les médias de masse et du fossé grandissant qui sépare les classes sociales. « Et dans quel but ? » Si l’intention officieuse n’est pas de sauver la démocratie de la civilisation occidentale prétendue attaquée de toute part par un Islam radical, c’est uniquement pour la survie d’un mode de pensée permettant une technique de contrôle colonial qui est resté à l’ère de la féodalité romaine et des seigneuries moyen-âgeuses qui n’ont jamais totalement quitté les coulisses du pouvoir. Copinage et népotisme dans certains cas, c’est dans la nature humaine de préservation d’un statut et d’avantage encore de l’instinct de survie au sein des milieux aristocratique et élitiste qui gangrènent de l’intérieur les institutions régaliennes. Des enjeux inavouables car politiquement incorrect. Opposée à la mondialisation, la nationalisation dans les diverses géopolitiques mondiales du gaz, du pétrole, des principales ressources coûteuses pour l’industrie et de l’eau dans un avenir proche est cauchemardesque pour l’ensemble des lobbys internationaux dirigés par ces milieux mafieux. La gestion de la peur n’est pas une fin en soi mais uniquement un moyen subversif de préserver le contrôle de ce vieux mode de pensée colonialiste avec l’accord préalable et démocratiquement tyrannique des populations engagées contre leur gré sur les chemins de la perdition.

Conclusion

De la mort de la liberté à la gloire du fascisme

Quel paradoxe assez grossier mais pourtant réel que de vouloir à tout prix la paix dans le monde en étant à la fois la première nation à vendre de l’armement à des pays instables et nécessiteux mais aussi à déclarer des guerres préventives, ou encore à être le plus dépensier en matière de défense en cumulant la totalité des dépenses militaires des quatre autres nations siégeant au Conseil de Sécurité si ce n’est l’utopie grotesque d’un monde dénucléarisé en abritant le plus grand arsenal nucléaire et financant toujours des recherches sur les armes nucléaires à Los Alamos, Livermore et Sandia [6] tout en repoussant à force d’échec de compromis la signature d’un nouveau traité de désarmement avec la Russie mais ce sont là d’autres débats. La fin justifie les moyens, la paranoïa attise la terreur et à preuve du contraire, le vrai changement n’a de sens que si l’on se donne les moyens d’y parvenir sans pour cela surenchérir aux erreurs commises par de nouvelles manoeuvres roublardes dans la forme mais toutes aussi identiques dans le fond. Blanc ou noir, démocrate ou républicain, de gauche ou de droite, cyclique est la politique étrangère occidentale guidée par la volonté impérialiste américaine et depuis bien avant 1962 avec les premières pulvérisations de défoliants Monsanto sur les zones rurales vietnamiennes de la seconde guerre d’Indochine. A l’instar de la colère qui couve derrière la peur, inéluctable est l’insurrection qui couve dans les chaumières. La prochaine crise d’ampleur mondiale, certainement alimentaire, aura pour effet un effet de masse qui fera exploser cette colère renfermée au fond de soi. C’est une probabilité à l’explication du retour en force du fascisme. Peut-être bien, l’explication aussi du retour de la peine de mort par le traité de Lisbonne ciblant les insurgés. En prenant du recul, les coïncidences paraissent stupéfiantes. Je terminerai par une citation d’Amedeo Modigliani pleine de sens : « D’un œil, observer le monde extérieur, de l’autre regarder au fond de soi-même. » Voyez par vous-même.

Siège des ouvriers de Continental

Manifestation des ouvriers de Caterpillar

Coup de gueule d’un ouvrier à un élitiste

Notes

* lato sensu : locution latine signifiant au sens large

[1] : http://www.aschkar.org/La-menace

[2] : http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200911/02/01-917559-ban-ki-moon-felicite-hamid-karzai.php

[3] : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1042

[4] : http://www.ism-france.org/news/article.php?id=2930&type=analyse&lesujet=Histoire

[5] http://www.senat.fr/rap/r00-326/r00-326172.html

[6] : http://mecanoblog.wordpress.com/2009/07/13/les-sept-peches-capitaux-de-loccident/

[7] : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/usa_bomb.html

Des couleurs, des drones et le néocolonialisme

par Saïd Ahmiri

De l’éclatement de la Yougoslavie depuis 1991 à la proclamation d’indépendance du Kosovo le 17 février 2008 est ce que l’on nomme une « balkanisation », une stratégie qui se définit par un processus politico-militaire de fragmentation territoriale en vue d’élaborer des états autonomes pour diminuer la puissance d’une nation et profiter des divisions inter-ethniques, ou inversement, afin par exemple d’y installer des bases militaires étrangères dans le cadre d’opérations futures de plus grande envergure n’impliquant pas forcément la nation balkanisée. En ces heures sombres pour les uns, glorieuses pour les autres, de la fin du capitalisme, la balkanisation n’a pas évolué en une nouvelle forme de morcellement du territoire mais a cédé l’aspect purement politique à la révolution colorée ou révolution des fleurs afin entre autre d’instaurer ou de faire instaurer au pays nouvellement pro-atlantiste une démocratie de marché, infiniment néolibérale, et n’impliquant plus seulement que les politiciens de l’opposition au régime en place mais qui en appele à la participation massive de jeunes activistes.

les Révolutions de Couleur/Fleurs

Le millénaire des guerres énergétiques

Bien que la Guerre Froide soit officiellement terminée, un nouvel acteur au premier plan de ce monde multipôlaire, la Chine, s’est invité en force dans la rivalité mythique entre les États-Unis à la tête de l’OTAN et la Russie soutenue par la CEI. La concurrence rude des trois blocs demeure omniprésente dans les coulisses du pouvoir des pays post-soviétiques du Caucase à l’Asie Centrale, deux vastes régions eurasiennes aux ressources très riches en hydrocarbures où plusieurs révolutions de couleur/de fleurs majoritairement anti-communiste ont éclaté et ont réussi après la révolution originelle de la Serbie en septembre 2000 grâce notamment à Optor, le mouvement d’activistes serbes anti-Milosevic :

  • la Révolution des Roses en Georgie le 23 novembre 2003 qui a vu la démission du président Edouard Chevardnaze et l’arrivée de Mikhaïl Saakachvili formé dans les universités américaines et soutenu par le mouvement de résistance civique Kmara (Assez !).
  • la Révolution Orange en Ukraine a débuté le 22 novembre 2004 après l’annulation des résultats frauduleux du second tour des votes présidentiels entre le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovytch et son rival Viktor Iouchtchenko soutenu par le mouvement Pora (Il est temps !).
  • la Révolution des Tulipes au Kyrgyzstan le 24 mars 2005, plus complexe et nettement plus violente que les précédentes, a vu le renversement du président Askar Akaïev et la chute de son régime puis l’instauration du nouveau gouvernement de l’ancien Premier ministre Kourmanbek Bakiev qui n’était pas directement soutenu par le mouvement de résistance des jeunes Kel-Kel.
Birmanie, la Révolution Safran

la Révolution Safran de Birmanie

IRAN-VOTE-MOUSAVI

la Révolution de Velours d'Iran

« Ces révolutions se sont toutes déroulées suivant le même mécanisme : au moment où le pouvoir en place tentait de se renouveler, les partis d’opposition, soutenues par de puissantes ONG locales, ont contesté le résultat des élections et bloqué le pays par des manifestations pacifiques. Cette dynamique des sociétés civiles a débouché sur la chute du pouvoir et son remplacement par des équipes gouvernementales proaméricaines. » Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, page 90. Et les nombreuses autres tentatives avortées ou échouées, parfois sous la répression meurtrière de la police, par l’intervention implacable de l’armée ou au moyen d’assassinat planifié par les services secrets comme en Azerbaïdjan dès mars 2005 [1], en Ouzbékistan en mai 2005 [2], la Révolution Safran en Birmanie en août 2007 [3], en Mongolie en juillet 2008 [4], en Moldavie en avril 2009 [5] ainsi que la très médiatique Révolution de Velours en Iran du 12 juin 2009 au lendemain du premier tour des élections présidentielles remportées par l’antisioniste président conservateur sortant Mahmoud Ahmadinejad sur le candidat de l’Occident libéral, le réformiste Mir Hossein Moussavi surnommé le Boucher de Beyrouth [6].

ONG à but conflictuel

Dick Cheney, membre du PNAC

Dick Cheney

Project for the New American Century

PNAC

Dans un contexte initial légèrement différent des enjeux énergétiques, face à la montée en puissance des radicaux islamistes partout au Moyen-Orient, et plus globalement dans tout le monde musulman, en Tchétchénie, au Dagestan, en Ingouchie jusque dans l’Indonésie du Jemaah Islamiyah, suite aux sanglantes guerres d’agression en Afghanistan et en Irak ainsi que les convois d’armes et moyens financiers au Hezbollah des deux bêtes noires de Washington, l’Iran et la Syrie, nous pouvons également citer la réussite de la Révolution du Cèdre au Liban après l’assassinat de Rafiq Hariri dans un attentat-suicide commis par camionnette contenant une seule charge explosive de 1800 kg le 14 février 2005, commandité soit par les Syriens pour la communauté internationale ou par un commando des forces spéciales américaines sous les ordres de l’ancien vice-président Dick Cheney selon la piste du journaliste d’investigation Wayne Madsen [7] mais dont les événements qui ont suivi ont ainsi poussé le peuple libanais à descendre dans la rue pour demander l’arrêt des ingérences de la Syrie dans la politique de leur pays autant que le rejet de la présence des troupes syriennes sur leur territoire. Hormis cette dernière insurrection au cheminement classique différent, chacune des autres révolutions de couleur/de fleurs non-violentes visant à remplacer l’ancien système communiste pro-russe dans le but de servir les intérêts occidentaux a vu l’implication directe des États-Unis. Parfois soutenant l’opposition ou organisant directement la révolution par le biais de structures indépendantes financées par le budget américain dont USAID (United States Agency for International Developpement), NED (National Endowment for Democracy) étant un organe du CFR, International Republican Institute présidé par John McCain, National Democratic Institute for International Affairs présidé par Madeleine Albright, Albert Einstein Institution étant une vitrine de la CIA, la fondation Soros et Freedom House qui a notamment compté parmi les membres de son conseil, les néoconservateurs Steve Forbes, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et Zbigniew Brzezinski que l’on ne présentent plus. Tous des signataires du dangereux manifeste des principes impérialistes du think tank Project for the New American Century (PNAC) fondé au printemps 1997 par William Kristol et Robert Kagan.

Chine-USA : une réévaluation géostratégique mondiale

« Pour les États-Unis, la donne internationale actuelle crée une nouvelle grille de lecture géostratégique à plusieurs échelons. Au premier échelon, nous retrouvons la relation entre la superpuissance et les grandes puissances. Le deuxième échelon se caractérise par la relation entre Washington et les États voyous. Le troisième, enfin se détermine par la relation entre les États-Unis et les États effondrés, lesquels sont souvent dirigés par des clans, des ethnies ou des tribus et forment un refuge pour de nombreux acteurs transnationaux. » Tanguy Struye de Swielande. Le lobby PNAC, le groupuscule obscur derrière la guerre d’Irak, a concocté ce projet néocolonialiste typiquement anglo-saxon, visant une soixantaine de pays et étroitement placé sous l’égide de l’OTAN, pour garantir la continuité du leadership mondial de l’hyperpuissance américaine en ce nouveau millénaire bien entamé. Sans partage sur la distribution des recettes mais surtout pour assouvir la domination planétaire politico-militaro-économique des faucons de Washington principalement sur tous les derniers grands gisements de gaz et de pétrole répertoriés dans le sol des nations post-soviétiques de l’Eurasie pour en faire bénéficier en priorité le gros consommateur américain au devant de la menace pesante du pic pétrolier annoncé entre 2010 et 2015 par les plus éminents spécialistes et afin de réduire leur très grande interdépendance vis-à-vis des énormes importations d’or noir de la péninsule arabique, l’Arabie Saoudite en tête, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis réunissant Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn. Des ressources importantes du coeur continental de la masse terrestre eurasiatique « Heartland » dont dépendent inévitablement la consommation sans cesse croissante des superpuissances eurasiennes de Bruxelles, Moscou, New Dehli et Pékin.

La carte des pays exportateurs du pétrole

les pays exportateurs de pétrole

La carte des principaux flux pétroliers dans le monde

les principaux flux pétroliers dans le monde

La carte de production et consommation de pétrole dans le monde

production et consommation de pétrole

La carte des réserves mondiales de pétrole

réserves mondiales de pétrole

Inutile de rappeler que la Chine comme la Russie sont déjà toutes deux très solidement ancrées en Asie Centrale, dans le Caucase, les pourtours de la Mer Noire et l’Afrique qui n’est pas en reste en matière de néocolonialisme alors que le taux de pauvreté de l’Afrique subsaharienne qui n’a pas diminué depuis vingt-cinq ans augmente inéxorablement avec sa démographie et explosera d’ici 2015, comme cela a été le cas après l’effondrement du bloc soviétique en 1990, avec plus d’un tiers du milliard de pauvres dans le monde. Un facteur-clé de l’essor économique chinois qui n’est pas resté inaperçu aux yeux des néocolonialistes venus de Hong Kong, Pékin et Shanghaï. « Les réseaux d’ONG, directement au contact de la population auraient le rôle non avoué de galvaniser le peuple contre certains régimes despotiques des pays en développement. (…) Ceux qui soutiennent que le néocolonialisme a historiquement remplacé ou complémenté le colonialisme, mettent en avant le fait que l’Afrique aujourd’hui paie chaque année (en paiement des intérêts sur prêts) au FMI et à la BM cinq fois plus qu’elle n’en reçoit sous forme d’aide au développement sous forme de prêts, privant souvent, de ce fait, les habitants de ces pays des nécessités de base. » Wikipedia. En ce qui concerne les nombreux chantiers chinois en Afrique : « l’argent investi ne profite pas aux économies domestiques » déplore le chercheur sud-africain Tsidiso Disenyana rajoutant que : « La Chine amène ses propres ingénieurs et ouvriers. » Une nouvelle ère de colonialisme étant loin de bénéficier au foyer de la famille africaine comme de résoudre les plus graves problèmes de l’Afrique noire – l’alphabétisation, le braconnage, la sécheresse, les seigneurs de la guerre – qui n’est pas sans rappeler le pillage des empires britannique et français durant la seconde partie du XIXe siècle. M. Moumouni insiste sur le fait que : « Nous les Africains devons sortir de ce type de rêverie d’une puissance, toute bénévole, qui vient pour nos beaux yeux ou parce que nous nous prévalons de notre pauvreté. Aujourd’hui on parle de la Chine, mais demain ce sera l’Inde ou le Brésil qui mènent beaucoup d’offensives en Afrique selon le même schéma. »

PNAC, une doctrine militariste

« Connaissez-vous le PNAC ? Non ? C’est dommage et c’est une erreur. Car si vous ne vous intéressez pas au PNAC, lui, il nous concerne. Nous, c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas citoyens des Etats-Unis d’Amérique. » Raoul Marc Jennar, chercheur altermondialiste.

drone naval

un prototype de drone naval

USS-Independance LCS-2

le prototype de frégate furtive USS-Independance LCS-2

drone tactique MQ-9 Reaper

le drone tactique MQ-9 Reaper

drone furtif supersonique An Jian

le prototype de drone furtif supersonique An Jian de conception chinoise

En 2000, le PNAC a publié un rapport intitulé « Reconstruire les défenses de l’Amérique ». On peut y lire ceci : « À l’heure actuelle, les Etats-Unis ne sont confrontés à aucun rival global. L’objectif d’une stratégie américaine ambitieuse devrait être de préserver et d’étendre cette position avantageuse aussi loin que possible dans le futur. » Une stratégie territoriale intercontinentale argumentant l’augmentation des effectifs militaires en passant de 1,4 millions à 1,6 millions de soldats déployés rapidement depuis leurs bases situées aux quatre coins du globe ou les autres postes d’opération avancés permettant des facilités d’accès dans certains pays. « L’US Navy de demain s’appuie, en définitive, sur trois grands principes : Sea Basing (bases en mer, forces expédition­naires), Sea Strike (projection de la puissance maritime), Sea Shield (bouclier par défense anti-aérienne, anti-missiles, anti-sous-marine, défense du littoral, démi­nage, etc.) » Tanguy Struye de Swielande. Une stratégie technologique avant-gardiste axée essentiellement sur le cyberespace et l’espace qui nécessite toutefois la modernisation des équipements militaires actuels pour en limiter à l’avenir le coût humain car je cite Jean-Pierre Petit : « Un soldat coûte cher. Il faut le nourrir, le soigner, lui payer une pension, une retraite. Il a des états d’âme, des scrupules. » Une rénovation générale s’appuyant sur un usage massive des nouvelles armes de haute technologie telle que la nouvelle génération de drones tactiques aérien pour la reconnaissance, la surveillance et l’élimination, naval dans la lutte anti-mine principalement, sous-marin pour la reconnaissance de submersible et défense des pipelines sous-marins, terrestre dans le cadre des missions secrètes des forces spéciales et spatial, tel que le modèle Ikhana dérivé du meurtrier Predator B, officiellement pour mieux lutter contre les incendies et la progression des feux de forêt [8]. Outre les micro-drone, drone-mouche, drone-hélicoptère, parmi les plus récents avions de combat sans pilote multirôles comme le General Atomics MQ-9 Reaper adaptables aux portes-avions, bâtiments amphibies et nouvelles frégates classe LCS-2 ainsi que les prototypes de drones furtifs à vitesse supersonique de haute altitude, longue autonomie, ayant la capacité d’être ravitaillé en vol et interconnectés les uns aux autres comme le Northrop Grumman X-47 Pegasus pour notamment rivaliser avec les concurrents européen Dassault nEUROn ou chinois An Jian, certains portent en eux les espoirs au DARPA de transporter une mini-nuke à guidage GPS dotée d’une ogive thermonucléaire de faible puissance et d’autres d’être équipé d’un réacteur nucléothermique similaire à celui du programme NERVA ou encore d’un système de propulsion à générateur MHD (magnétohydrodynamique) atteignant facilement les Mach 15 (19000 km/h). Et pour les drones spatiaux de demain, un propulseur MPD (magnétoplasmadynamique) parcourant la centaine de kilomètres en une seconde qui est déjà exploité par le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et la NASA dans l’élaboration des futurs vaisseaux interplanétaires habités vers Mars ainsi que pour les lunes de Jupiter et Saturne. Des concepts bien réels qui ne font plus partie de la science-fiction des années 1960 où commença le développement des premiers UAV auxquels il faut rajouter l’arme à antimatière dont quelques grammes suffisent à remplacer les plusieurs kilogrammes de plutonium d’une charge nucléaire. Ce qui réduit fortement la taille de l’ogive comme son poids et sa capacité à être déployée depuis une imposante plate-forme mobile tel que le sous-marin lanceur d’engins tout en gardant une haute puissance nominale de destruction exempte de retombées radioactives. « En fait, en 1950, deux ans avant l’explosion de la première bombe H, l’allumage par l’antimatière d’un mélange de deutérium et de tritium était à l’étude. » André Gsponer et Jean-Pierre Hurni [9]. « Hollywood a le même code génétique que le Pentagone. » Le film Anges & Démons réalisé par Ron Howard d’après le roman de Dan Brown dévoile l’existence des armes à antimatière. Un message à caractère propagandiste de la part des américains destiné précisément aux autres grandes puissances technocratiques eurasiennes, la France, la Chine et la Russie qui planchent également sur ce nouveau type d’armement non-conventionnel pendant que la communauté internationale s’acharne sur le programme nucléaire iranien. Qu’il soit civil ou militaire, la presse occidentale ferait mieux de regarder dans les placards de ses propres gouvernements. D’inévitables scandales au sein du complexe militaro-industriel craint d’Eisenhower qui ferait du Watergate un banal fait divers. Des programmes noirs du Département de la Défense plus que certainement classés Secret Défense inconnus même de la Maison Blanche qui offriraient le prix Pulitzer à un véritable journalisme d’investigation.

 

Notes

[1] : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/CHETERIAN/13165

[2] : http://www.colisee.org/article.php?id_article=2017

[3] : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2238/articles/a355272-birmanie__la_r%C3%A9volution_safran.html

[4] : http://asie21.com/asie/index.php?option=com_content&view=article&id=60:le-soubresaut&catid=58:mongolie&Itemid=86

[5] : http://www.courrierinternational.com/article/2009/04/10/une-caricature-de-revolution-coloree

[6] : http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=692

[7] : http://www.reopen911.info/News/2009/05/13/l%E2%80%99ombre-de-dick-cheney-plane-sur-le-meurtre-de-lex-premier-ministre-libanais-rafic-hariri/

[8] : http://newsoftomorrow.org/spip.php?article1888

[9] : http://cui.unige.ch/isi/sscr/phys/LaRecherche.html

Les fondements secrets des croisades eurasiennes

par Saïd Ahmiri

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Le baiser de Judas

« God bless America » : qui donc ne connait pas ou n’a jamais entendu, à maintes reprises voire à chaque fin de discours propagandiste, cette parole d’espérance providentielle, issue de la chanson patriotique américaine d’Irving Berlin, de la même bouche néoconservatrice de l’ancien président George W. Bush qui affirmait haut et fort que feu le Raïs Saddam Hussein, l’ennemi de son père durant la Guerre du Golfe, avait des armes de destruction massives dans son arsenal vétuste et avait entretenu des liens très étroits avec Al-Qaeda lors des attentats du 11 septembre 2001 ? Lorsque le dogme se lie à la guerre, peu importe la vraie cause défendue en Afghanistan comme la libération des femmes, en Somalie comme l’arrêt de la piraterie financée et renseignée par la CIA, ou encore en Irak comme la volonté d’apporter la pseudo liberté au peuple, car nous savons que la réelle démocratisation d’un pays n’approuvera jamais l’emploi tacite de la force punitive, génocidaire, faisant plus d’un million de morts, on ne parle plus d’un simple conflit d’intérêt mais bel et bien d’une croisade, un choc des religions armées et ce ne sont pas les djihadistes agressés en quête du retour du Califat qui vont le contredire. On ne parle plus d’ailleurs de tribunaux militaires mais de tribunaux ecclésiastiques. On ne parle surtout pas de torture mais de supplice codifié par les manuels de Langley. Comme jadis « l’usage de la torture posait un problème moral pour les inquisiteurs, qui, en tant que clercs, n’avaient pas le droit de verser le sang. Après un flou juridique initial, cette pratique est officiellement autorisée pour l’Inquisition en 1252 (bulle Ad extirpenda), sous réserve de ne conduire ni à la mutilation ni à la mort. » Wikipedia. detentions_secretes_cia

D’Abou Ghraib en Irak à Bagram en Afghanistan jusqu’au camp de Guantanamo sur l’île de Cuba et sans occulter évidemment toutes les autres prisons secrètes européennes dites  » black sites  » en Roumanie, au Kosovo, en Macédoine, en Pologne, en Bulgarie et en Ukraine, les prisonniers ne doivent certainement plus parler de l’unique inhumanité de leurs gardiens mais du sadisme dégénéré des geôliers, ni même les considérer comme de véritables êtres humains mais juste comme des agents barbares du NKVD dans une Archipel du Goulag tout au plus écrirait feu le dissident Alexandre Soljenitsyne. Longtemps après l’ironique signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948, les nations des coalitions guerrières dans ces deux pays d’Orient, « sur l’Axe du Mal » dixit George W. Bush, n’ont plus le droit éthique de sièger aux côtés des autres nations respectant cette charte tellement bafouée par la Chine et si méconnue de la Knesset à Tsahal, une charte limite bonne à sanctionner les pays voyous qui refusent de marcher au pas du décadent Occident, Iran et Corée du Nord par exemple. « l’Eurasie reste l’échiquier sur lequel se déroule la lutte pour la primauté mondiale (…) quiconque contrôle ce continent, contrôle la planète. » Zbigniew Brzezinski, le Grand Echiquier.

Le marché de la guerre

Rien de nouveau pour la rhétorique des péchés capitaux de l’avarice, de l’envie, de la gourmandise et de l’orgueil à ceci près que ce sombre épisode hypocrite de l’Histoire de l’Homme baptisée la sacro-sainte  » guerre contre le terrorisme  » et ses nombreux mensonges médiatiques, et ap_colin_powell_070313_sshsur-médiatisés jusqu’à la tribune de l’ONU un 5 février 2003 avec le fameux échantillon de Colin Powell lors des préambules de la conquête irakienne, ont pour diverses causes incontestablement inavouables au grand public, premièrement, les immenses ressources énergétiques de l’Asie Centrale dans le contexte de tentative impérialiste de contrôle global de la plaque eurasienne, comme si les Etats-Unis s’étaient donnés la mission sacrée de réguler la moindre goutte de pétrole dans le monde, avec pour adversaires l’éternelle Russie, et sa main basse sur le marché du gaz européen, cherchant à réaffirmer plus que jamais son statut de glorieux empire d’antan malgré la vague incessante de révolutions colorées pro-occidentales se déroulant à ses portes (révolution des roses en Georgie en 2003, révolution orange en Ukraine en 2004, révolution des tulipes au Kirghizstan en 2005). Ainsi que la vorace Chine expansionniste à la dépendance énergétique lourde, n’hésitant plus à installer ses industries minières en Afrique en heurtant au passage les intérêts de l’Amérique mais en se collant surtout l’étiquette de dernier pays pilleur-colonisateur. Et deuxièmement, le marché infiniment lucratif pour les complexes militaro-industriels où la guerre des drones a été déclarée entre General Atomics, EADS, Dassault-Thales notamment, pour ne citer ici que cette rude compétition économique entre les Etats-Unis (qui dominent le marché), Israël, l’Europe, l’Afrique du Sud, le Japon, la Corée du Sud, Singapour et la Malaisie, les principaux constructeurs d’avions sans pilote dans le monde, pendant que des sites de référence tel que Dedefensa suivent de très près, quasiment au microscope, toute l’historique du programme JSF (Joint Strike Fighter) de l’agence DARPA qui a été lancé en 1990 pour remplacer l’ensemble des avions légers de combats et d’attaque F-16 Falcon et F/A-18 Hornet du Département de la Défense des Etats-Unis par le F-22 de Boeing ou le F-35 de Lockheed Martin, le modèle qui a été choisi, le plus onéreux programme d’avion militaire de l’histoire. La guerre fait couler beaucoup d’encre, énormément de sang et encore plus d’argent. En dehors de ces sentiers, les grandes chaînes multinationales de cafés Starbucks, d’organismes génétiquement modifiés Monsanto et de restauration rapide McDonald’s livrent le même genre de conflit planétaire et en sont pratiquement devenues les plus célèbres symboles de la mondialisation à la fois au détriment de la qualité de la nourriture pour le profit d’une poignée de multi-milliardaires que pour les petites entreprises balayées sans scrupule par les gouvernements collaborateurs brandissant dans le social l’étendard de la création de nouveaux jobs. La pacification atlantiste commence dans les tranchées et s’achève dans les supermarchés.

L’équation intérêts stratégiques  = violences ethniques

Rien de vraiment nouveau non plus depuis le 20 janvier 2009 où l’administration Obama, celle de la promesse du changement messianique, a pris le relais à la Maison Blanche à l’exception peut-être de l’extension de la croisade anti-terroriste au Pakistan et sa passoire de frontière étatique tribale dite ligne Durand que « les autorités afghanes – y compris les talibans, pourtant patronnés par Islamabad – n’ont jamaispipelines d'Irak reconnu cette frontière, dont elles contestent le tracé. » Laurent Gayer, Guerre et sociétés en Afpak. Maintenant que la nationalisation irakienne de la compagnie pétrolière nationale de 1972 appartient aux arcanes du passé et que les questions de supervision des deux champs gaziers d’Akkas (ouest) et Mansouriyah (centre), et pétroliers de Missane (sud), Bai Hassan (nord), Kirkouk (nord), Qourna-ouest (sud), Zoubair (sud) et celui de Roumaila (sud), le plus grand des six champs pétroliers offerts à la compétition des compagnies étrangères, étant résolues manu militari, débattues entre le Premier Ministre Nouri al-Maliki, rappelant sûrement à titre d’information lors de la séance d’attributions que : « l’Irak flottait sur un lac de pétrole », et 31 sociétés dont des majors occidentales comprennant notamment les consortiums américains ExxonMobil Iraq Ltd, ConoccoPhillips, britannique BP Exploration Operating Company, britannique et néerlandais Shell, les groupes chinois CNPC Limited, CNOOC et Sinopec International, le français Total, et malaisienne Petronas, au-delà de la pacification par l’occidentalisme des bases arrières des groupes islamistes Hezb-e-Islami Gulbuddin, Hizbul Mujahideen, IMU, Jaish-e-Mohammed, Lashkar-e-Toiba qui se sont tous alliés à la Nébuleuse et des insurgés afghans du mollah Omar chassés de Kaboul en novembre 2001, pour le nouveau président Barack H. Obama qui a fait de l’Afpak son cheval de bataille en oubliant toutefois d’émettre sur les ondes qu’il comptait pousser l’escalade de la violence dans l’ensemble de la région, l’heure est venue d’annihiler le sentiment d’anti-américanisme, très présent chez les communautés pachtounes du Pays des Wazirs, par les forces armées pakistanaises soutenues par les impitoyables drones et bombardements aériens du Pentagone ne faisant plus la différence entre un village de civils et un bastion de combattants, et tout en étant littéralement payées comme de vulgaires bandes de mercenaires, vues les énormes pertes militaires enregistrées en Irak et en Afghanistan par l’OTAN, par le Congrés des Etats-Unis qui a triplé son aide à Islamabad le 24 juin 2009 (7,5 milliards de dollars sur cinq ans) après l’acceptation du projet de loi présenté par le sénateur démocrate John Kerry et son collègue républicain Richard Lugar visant à « soutenir les Pakistanais et leur gouvernement démocrate dans leurs efforts visant à consolider la démocratie. » AFP. Encore plus de crédit à la croisade eurasienne, d’avantage de discordes inter-communautaires et de nouveaux renforts par milliers, ce n’est pas que nous sommes loin des aspirations de paix entre les musulmans et les occidentaux rabâchées dans le long discours de la présidence américaine au Caire trois semaines auparavant, c’est une toute autre direction qui a été prise par Washington. Celle de l’enlissement.

La course contre la montre

« La Chine a en effet besoin des hydrocarbures produits par le Moyen-Orient, lequel possède les deux tiers des réserves mondiales. En contrôlant les pays du Golfe, l’Amérique tiendra sous sa dépendance son adversaire stratégique principal. Déjà, l’alliance entre Washington et Riyad (Arabie Saoudite) a donné depuis 1945 aux Etats-Unis le contrôle d’un quart des réserves du monde. La conquète de l’Irak en 2003 a augmenté ses réverses de 10% et, si l’Iran redevenait un allié des Etats-Unis dans les années à venir, ce sont encore 10% supplémentaires qui seraient placés sous leur coupe. » Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations. Même face à l’inexplicable regain massif de guerilla en Afghanistan entrainant de plus en plus de dommages collatéraux durant les opérations militaires de l’OTAN, jamais aucun des médias complices de la propagande de guerre contre les Talibans qui hébergent le soi-disant terrorisme mondial n’osera un seul instant aborder le sujet bases américainesdélicat des principaux enjeux vitaux de l’Axe du Bien : l’encerclement militaire de l’Iran et les pipelines trans-afghans pour faire sortir gaz et pétrole d’Asie Centrale depuis la ville de Mary au Turkménistan à travers l’ouest afghan entre Hérat et Kandahar jusqu’au port de Gwadar au Pakistan. Ce serait retiré la burqa qui cache la vérité à l’opinion publique du Canada à l’Australie en passant par le méridien de Greenwich. Il faut dire que le temps presse pour les conglomérats anglo-saxons. La concurrence a les dents longues et la moindre erreur lors d’une révolution colorée entraîne de graves difficultés stratégiques comme celle avortée en mai 2005 à Tachkent en Ouzbékistan qui entraîna la fermeture de la base américaine de Karchi Karnad utilisée par les GI’s pour le convoi de matériel en Afghanistan. En 2004, l’analyste Dmitri Mangelev notait que « les Anglais ne sont pas ravis de voir les compagnies russes passer à l’offensive en Ouzbékistan. En effet, le gaz ouzbek part en Russie via des tubes contrôlés par Gazprom. » Vremia novosteï, 14 juillet 2004. Le président ouzbek Islam Karimov déclarait en août 2003, à l’occasion de la visite de Vladimir Poutine à Samarkand : « Le travail de Gazprom en matière de prospection et de production du gaz ouzbek nous intéresse. Nous estimons également que Gazprom doit être l’opérateur non seulement de la partie russe du tube « Asie centrale-Centre », mais aussi des parties kazakhes et ouzbèkes ». Avec pour seul rival le camarade Gazprom et faisant la grimace aux compagnies occidentales avec notamment son juteux contrat de 35 ans signé le 16 juin 2004 pour le partage de la production des importants gisements gaziers de Kandym, Khaouzak et Chady au sud-ouest du pays de Tamerlan, c’est l’hégémonie régionale pour Loukoïl qui revend sur les marchés chinois, coréen du sud et malaisien alors que le gaz devrait, ou aurait du, autant être sous le contrôle d’autres fournisseurs énergétiques aidés des ONG américaines locales que transiter par voies maritimes depuis le port pakistanais de Gwadar dans la province du Balouchistan vers d’autres recoins continentaux du globe, si ce n’est assurer la survie d’Israël. « L’ensemble des investissements russes dans le complexe énergétique ouzbek, qui s’élève à ce jour à 2,5 milliards de dollars, illustre la volonté de la Russie d’assurer son monopole sur les exportations de gaz d’Asie centrale et d’adopter une stratégie de diversification de ses réserves afin d’honorer ses contrats avec l’Europe. » Regard sur l’est, 1er avril 2007. Depuis la fin de la première ère de Poutine le président, les Russes ont plus que signé, ont resserré en janvier 2009 leurs précieux accords de partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan qui s’était placé en 2006 au troisième rang des producteurs de gaz de la CEI, après la Russie et le Turkménistan, avec une production estimée à 62,4 milliards de m3 de gaz. Arme stratégique détenue à 50% par l’Etat russe, le géant Gazprom contrôle environ 87% des réserves de gaz en Russie, 20% des réserves mondiales et est devenu le premier exportateur de gaz au monde depuis sa création en 1989, la même année que la fin de la première guerre d’Afghanistan qui opposa les Soviétiques aux Moudjahidines.

Sources : Mondialisation.ca, Objection Votre Honneur, RFI, RIA Novosti, RMS, Wikipedia

Ombre & Lumière

par Saïd Ahmiri

Censure, extrémisme, famine, guerre, mondialisation, pétrole, virus, la Terre est malade. Arrivé au stade critique du capitalisme, le mal qui la gangrène se résume dans la plupart des cas de près comme de loin à un seul mot, argent. Tout comme la City à Londres et diverses nations entrées en récession économique nationalisant à tout va les banques pour sauver les meubles, le moteur de Wall Street se noye dans les grosses injections de capitaux provenant du contribuable américain pendant que les petits actionnaires payent le plus lourd tribut à la crise financière. De l’argent qui aurait été bien utile ailleurs à en croire les alarmistes écologistes faisant l’apologie du film Home qui ne traite pas une seule seconde du nucléaire mais qui culpabilise quasiment le commun des mortels à la place des politiciens véreux, le seul pouvoir humainement capable de taper du poing sur la table pour changer les équations énergétiques. Un monde de mensonges car ce qui importe le plus est l’économie et non l’économe. Pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas se dire carpe diem et que les civilisations du futur découvriront bien un jour les nouvelles technologies oubliées dans certains placards pour annihiler l’émission de CO2 et réduire l’effet de serre à vitesse grand v, bien que des études scientifiques ont prouvé qu’il n’y avait pas cause à effet, en rattrapant ainsi tout le temps perdu par la cupidité des investisseurs n’ayant pas voulu poursuivre les illustres précurseurs de l’énergie infinie tel que Nikolas Tesla ? L’évolution serait-elle tombée en panne ? Le mental aurait-il cédé sa place à l’ignorance ? Ou alors ce sont des choix volontairement décidés par les élites maçonniques aux commandes du monde ? Chut. Pas un mot. Ce n’est que de la théorie du complot. Des divagations sans fondement à l’heure où des satellites parviennent à identifier un cheveu gris sur la tête et que des fusées déposent des robots autonomes sur Mars, dans cette sombre époque où la faucheuse de la liberté Big Brother écoute tout, voit tout, et que les nanotechnologies ouvrent une nouvelle ère de l’atome d’Hiroshima à Tchernobyl pendant que certaines autres régions reculées du globe n’ont ni l’électricité, ni de l’eau potable à la maison dans leur bidonville d’un misérable pays possédant pourtant diamant, or, pétrole ou uranium. Money makes the world go round chanterait R-Kelly.

Loin du peuple, loin de la démocratie

541035-4-think-tankL’humanité ministérielle ne prête guère plus l’oreille qu’aux seuls intellectuels réunis au sein de la voyance moderne, les fameux cercles de réflexion « think tanks » dont le maître-mot de certaines de ces instituts sibyllines n’est ni plus ni moins que le business au profit de puissants consortiums impliquant parfois qu’ils doivent exercer d’énormes pressions sur un gouvernement comme les tristement célèbres CFR (Council on Foreign Relations) qui jouait hier principalement de son influence sur le rôle des États-Unis au sein de la scène internationale, aujourd’hui en interne sur un grand nombre des branches de l’administration Obama avec notamment Tom Vilsack à l’agriculture, Ken Salazar à l’intérieur, Robert Gates à la défense, Timothy Geithner au trésor, faisant tous partis du think tank maintes fois plébiscité par les conspirationnistes, et l’AEI (American Enterprise Institute) qui a été l’un des architectes majeurs des politiques néo-conservatrices de l’administration Bush dont font partie Irving Kristol, le fondateur du néoconservatisme qui a encouragé le capitalisme en disant notamment longtemps avant la crise des subprimes :  » Les businessmen qui ne peuvent même pas persuader leurs enfants que le business est une activité légitime et morale ne peuvent espérer en persuader le reste du monde.  » ainsi que la seconde dame des États-Unis Lynne Cheney étant la femme de l’ancien virulent vice-président Dick Cheney et l’ancien collaborateur des services secrets américains, israélien et italien Michael Ledeen soupçonné dans le Nigergate et consultant du SISMI (services secrets militaires italiens) impliqué dans les scandales de la loge P2 et le Gladio durant les années de plomb. Un franc-maçon ?

Les rapports volumineux des think tanks aux graphiques complexes et à la rhétorique alambique rédigés loin des yeux de l’opinion publique car leur but est d’influencer la décision publique sont aussitôt entérinés par les géantes multinationales, le poids lourd des instances étatiques, les ayant auscultés avant de soumettre ou contraindre les diplomates des différentes institutions gouvernementales et organismes transatlantiques de changer leur attitude ou de modifier la constitution de leur État pour légitimer leurs nouvelles idées géopolitiques, d’études stratégiques aux relations internationales en passant par les affaires publiques. Dans le pire des cas, les litiges si litige il y a entre un gouvernement et une entreprise du calibre de Monsanto se sentant lésée par les décisions politiques se règlent dorénavant auprès de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) dépourvue quand à elle de la moindre éthique morale, favorisant le funeste néo-libéralisme des pays riches au détriment des pays en voie de développement et surtout ayant d’avantage de pouvoir sur le droit commercial que l’ensemble des constitutions nationales des pays membres de l’OMC ainsi que celles des organisations continentales comme cela a été le cas de l’Union Européenne pénalisée par l’ORD (Organe de règlement des différends, organe judiciaire de l’OMC) pour avoir refusée d’importer du bœuf aux hormones américain et peut-être bientôt à nouveau devant ces tribunaux face au Canada sur la controverse de la cruelle chasse au phoque dont l’UE a banni le 5 mai 2009 tous les produits dérivés du phoque sur l’ensemble de son territoire.

traite-simplifieLe moribond lobbying de l’intelligence économique de ces pragmatiques sociétés d’influence combat principalement les intérêts, les valeurs et les autorités traditionnelles comme l’Etat. Tel a été le cas avec le si mystique traité de Lisbonne qui modifie plusieurs centaines de dispositions de l’ancien traité de Maastricht de 1992 et du vieux traité de Rome datant de 1957. « Comme trois autres sages du groupe Amato (le néerlandais Wim Kok, le français Michel Barnier et le belge Jean-Luc Dehaene), Giuliano Amato fréquente assidûment les conférences du Bilderberg. Tout les quatre figurent comme administrateurs du think-tank eurocratique, siégeant à Bruxelles, FOE (Friends of Europe) qui permet à ce réseau de façonner les débats de l’Union Européenne. » Solidarité & Progrès, l’histoire secrète du traité de Lisbonne. Amato est-il un de ces bilderbergers qui se réunissent une fois par an dans le secret absolu ? C’était sous la demande explicite de la présidence allemande que le groupe Amato s’est efforcé de trouver une nouvelle base d’entente; c-à-d une énième réécriture de la Constitution européenne après le rejet de deux pays; pour toutes les nations d’Europe et en particulier des trois autres pays déjà hostiles au traité de Rome de 2004. « Il fallait aussi satisfaire les gouvernements des pays qui ne voulaient pas de référendum pour leurs citoyens, avec le risque d’un rejet du traité remplaçant la Constitution européenne. Référendum souhaité par 76 % des Allemands, 75 % des Britanniques, 72 % des Italiens, 65 % des Espagnols et 71 % des Français. En France, après le rejet par 55 % des français du traité de Rome de 2004, la France n’a pas proposé de nouveau référendum à ses citoyens. Une révision de la Constitution française, effectuée par la voie du Congrès le 4 février bush-et-sarkozy2008, a permis la ratification du traité lui-même par la voie parlementaire le 8 février. » Wikipedia. Ne pas demander l’avis du citoyen sur une question capitale le concernant fondamentalement est une violation grave du code de déontologie de la démocratie. Un amendement autoritaire de l’ère Sarkozy pleines d’obscures manigances dans les coulisses du pouvoir et de la même trempe que les oeuvres dictatoriales du président américain George W. Bush lorsqu’il imposa The Patriot Act au peuple des Etats-Unis d’Amérique en octobre 2001 à la suite des attentats du World Trade Center, presque sans discussion du Congrès. Soumis à la voie référendaire, les Irlandais se sont opposés au traité de Lisbonne par 53,4 % des voix mais pourtant le processus de ratification poursuit son acheminement partout dans l’UE avec des mesures exceptionnelles pour l’Irlande. Les lois sont faites soite pour être contournées, soite pour être créés. Encore et encore. De quoi plaindre les juristes de demain.

Le nouveau traité stipulant sobrement une seule et unique constitution pour toute l’Europe étant tellement compliqué dans le fond pour le commun des mortels que la majorité des citoyens européens n’en ont pas la moindre idée de ce qu’il représente exactement mais qui plus est ils s’en fichent royalement tout comme de l’Europe d’ailleurs, preuve à l’appui aux dernières élections européennes de juin 2009 dont le grand gagnant fut l’abstention. Près de 60 % en France, 73 % au Portugal, 57 % en Allemagne, d’autres sommets vertigineux dans les jeunes pays démocratiques de l’Est ou le taux de vote atteint faiblement en République tchèque 28 %, Slovénie 28 %, Pologne 24,5 %, Lituanie 21 %, Roumanie 27,5 % et la palme pour la Slovaquie avec 19,5 % de participation. Une grave erreur aux lourdes répercussions tandis que les droits constitutionnels restreinent dans certains pays du Vieux Continent et que les nations disparaissent petit à petit au nom de l’avénement imminent de la gouvernance globale du Nouvel Ordre Mondial. Il ne faudra pas dire : « On ne l’a pas vu venir. » Dans la lumière des flash crépitants des photographes, les chefs d’Etat osent commémorer les souvenirs amers de la Seconde Guerre Mondiale, cependant dans l’obscurité habité par le fantôme du communisme sur le point de jouer avec un grand sourire la Dies irae pour le capitalisme, elle se poursuit toujours sauf que cette fois-ci la principale cible des exutoires du fascisme n’est pas l’économie protectionniste suite à la Grande Dépression de 1929 qui est d’ors et déjà tombée aux mains des gigantesques entreprises du globe mais le simple être humain et ses agrégats régaliens de démocratie, libre-arbitre et socialisme.

Le chaos arabique

Il parait que c’est dans l’adversité que le monde se réunit, que c’est face à une épreuve commune que l’humanité se surpasse et que c’est contre la peur du lendemain que la silhouette d’une forme humaniste se dessine dans les brumes opaques d’un nouvel âge des ténèbres. « Nous avons mis longtemps à sortir du Moyen-Age, mais nous mettrons beaucoup moins de temps pour y retourner… » Sity.Net 2005 Vers un nouveau Moyen-Âge. Les ténèbres envahissent le Moyen-Orient. Comme au temps des iconoclastes de l’Inquisition, des chasses aux sorcières ou plus livres_brules_nazirécemment encore le célèbre autodafé nazi du 10 mai 1933 à Berlin où plus de 20 000 livres païens, juifs, antiallemands notamment de Heinrich Heine, Karl Marx et Sigmund Freud furent brûlés sur la Bebelplatz (place de l’opéra) sous l’autorité du Dr. Joseph Goebbels, ministre du Reich pour l’Education populaire et la Propagande malgré la citation avant-gardiste de 1817 dans Almansor « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. » en-390-dbabadu poète Heinrich Heine, parallèlement à la destruction par les Talibans des géants Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan datant des Vème et VIème siècles, les tablettes d’écriture sumériennes vieilles de 5000 ans ont été détruites dans la folie, dans la barbarie de la guerre d’Irak par les odieux cowboys de George W. Bush au seul nom des ressources pétrolières appartenant en toute légimité à la population irakienne victime du génocide de plus d’un million et trois cent mille âmes, le premier génocide de ce nouveau millénaire malgré le prétexte de présence d’armes de destruction massives de Saddam Hussein qui n’ont jamais été trouvées, pas plus qu’un quelconque soutien à Al Qaïda dans les attentats du 11 septembre 2001.

Les calamiteuses croisades eurasiennes des Balkans au Pakistan sont à la fois destructrices pour l’humanité en terme de vies humaines que pour l’héritage culturel de l’humanité aux prochaines générations. Le flagrant constat d’une civilisation décadente n’a d’égal que les moyens mis en oeuvre pour atteindre des objectifs inavouables qui vont bien au-delà du politiquement incorrect, c’est une infamie politique où tous les gouvernements de la planète des Nations-Unies sont pleinement coupables des crimes contre l’humanité et de non-assistance à peuple en danger comme au Congo, au Darfour en Somalie, au Rwanda, au Sri Lanka, en Timor Oriental, au Togo et l’ex-Yougoslavie. Je n’oserais aborder la question palestinienne et la mosquée al-Aqsa à al-Quds (Jérusalem) en Palestine occupée par Sion et endeuillée depuis 1948. Du temps du belliqueux shérif George W. Bush, il est fort probable que la moindre ingérence dans les affaires américaines et israéliennes aurait sans doute déclenché l’embrasement de la Troisième Guerre Mondiale dans le Grand Moyen-Orient à moins qu’elle n’ait déjà subversiment éclatée contre le musulman comme hier le juif d’Europe sous le sobriquet hypocrite de la Guerre contre le Terrorisme.

Mais « Salam Aleykoum. » a dit dans la lumière le charismatique président Barack Hussein Obama, et ses trois longues années d’expérience au Sénat des Etats-Unis, lors de son discours au Caire qui d’une main tendue au monde musulman lui suggère ouvertement d’ouvrir l’Islam à l’Occident vu que l’option militaire a pleinement échoué en Afghanistan comme en Irak et qui dans l’ombre de son autre main ferme étrangle la communauté pachtoune de l’Afpak sous une pluie de bombes lancés par les drones Predator pilotés à distance depuis le Pentagone comme dans un jeu vidéo sauf que les cibles sont bien réelles. Être incapable d’arrêter des barbus vivant dans des grottes selon certains termes employés maintes fois malgré une redoutable puissance de feu à la pointe de la technologie, c’est être un pitoyable donneur de leçons à la moralité conquérante digne du Far West ensanglantée lors de néophytes guerres bactériologiques (coqueluche, rougeole, variole, peste bubonique) par l’innommable massacre de 200 millions de Nord-Amérindiens, 200 millions d’âmes, le plus grand holocauste de l’histoire de l’humanité jamais orchestrée par la main de l’Homme tombée dans l’indifférence mondiale la plus totale. Qu’est-ce que peut bien représenter un million de juifs de plus ou de moins pour la Shoah ? Du négationnisme, de l’antisémitisme ou un énième constat de la cruauté du colon sur le colonisé ? « La seule leçon que l’on peut retenir de l’histoire est que les hommes n’ont jamais retenu aucune leçon de l’histoire. » Hegel. C’est au mépris des larmes de la mère afghane de Granai ou irakienne de Fallouja, en dépit de la douleur du père palestinien contemplant les oliviers brûlés du village d’Awarta au sud-est de Naplouse que la conquète de l’Orient par l’Occident se poursuit inéxorablement avec l’aval des dictateurs arabes telle la coopération sioniste de l’Egypte à la frontière de Rafah asphyxiant la Bande de Gaza et même du soutien financier à Israël lors de la Guerre de Gaza par le si richissime royaume d’Arabie saoudite.

Nucléarisation du Moyen-Orient

Comme l’Iran également signataire du Traité de non-prolifération nucléaire qui interdit donc une nation de chercher à acquérir la technologie des bombes atomiques, d’en produire, de s’en procurer et d’aider une autre nation à en posséder, l’Arabie saoudite qui détient 25 % des QATAR-GULF-GCC-IRAN-SAUDIressources pétrolières de la planète s’est sentie, dans une logique d’équilibre des forces de la région face à la montée en puissance de l’Iran et non de développement durable avec un soleil omniprésent 300 jours par année tel que je cite le républicain Edward J. Markey : « le soleil étouffant d’Arabie saoudite chauffe les dunes de sable au lieu d’alimenter des panneaux photovoltaïques », obligée de devoir construire ses propres installations nucléaires depuis que le rival iranien s’était lui-même lancé que peu probablement sur la voie d’enrichissement d’uranium à caractère militaire et malgré que des rapports du NIS (National Intelligence Estimate) publiés en 2007 prétendaient justement que l’Iran avait abandonné son programme d’armes nucléaires en 2003.

Dans ce contexte dangereux de Guerre Froide aux facteurs géopolitique et religieux avec l’Iran fournissant notamment des armes aux groupes armés chiites d’Irak et du Liban, avec la Maison Blanche opposée au choix saoudien de posséder un programme d’armement nucléaire après que les Etats-Unis aient retenu les leçons du passé en ayant apporté leur aide à l’Iran dans le programme Atome pour la Paix à l’époque du shah juste avant la Révolution islamique de 1979, où les pressions de Riyad pour obtenir la technologie nucléaire étant si importantes, quitte à passer par le Pakistan voire la Chine communiste comme au temps de l’achat des 36 missiles balistiques CCS 2 de 70 tonnes chacune avec une portée de 1900 miles encourant ainsi la colère de l’administration Reagan, que les dirigeants saoudiens refusaient pertinemment depuis des semaines d’augmenter sa production de pétrole laissant le reste du monde connaître la crise énergétique, au péril d’une récession pour n5639429215_361911_7845certains pays avec un baril de brut record à 150 $ en prélude à la crise financière, c’est au cours de mai 2008 lors de la seconde visite littéralement providentielle de George W. Bush en Arabie saoudite en l’espace de seulement quatre mois, que des accords sans titre péjoratif  » Pétrole contre Nucléaire  » entre Riyad et Washington furent finalement signés avec toujours le bon prétexte de mieux protéger du terrorisme les infrastructures du royaume sunnite mais principalement pour coopérer dans le domaine du nucléaire civil ouvrant ainsi, après Israël, un nouveau chapitre ténébreux de l’histoire du nucléaire dans la région la plus instable du monde. Si les militaires de la Corée du Nord profondément enracinée dans la misère ont bien réussi à exploiter la technologie nucléaire, l’Arabie saoudite peut tout acheter avec ses pétrodollars tant que l’empire américain aura besoin de la manne du pétrole pour ses gros SUV et par-dessus tout d’en contrôler mondialement les flux. Pour conclure sur ce dernier point, la question cynique pourrait bien être qui est la vache à lait de qui ? La question essentielle pour combien de temps encore les spéculations sur les réserves réelles de l’or noir permettront de telles magouilles internationales ? Et la question fondamentale à se poser est quelle nation exerce-t-elle véritablement des pressions sur la communauté internationale à propos de l’épineux dossier du nucléaire iranien ?

Sources : le blog finance, Huyghe.fr, Objectif-info, Sity.Net, Solidarité & Progrès, Wikipedia