Catharsis

Le Grand Échiquier d’Asie Centrale

par Saïd Ahmiri 

Ce n’est un secret pour plus personne, l’Europe n’est plus au centre du globe. Cela fait depuis plusieurs années maintenant que la stratégie globale du nouveau monde multipolaire se joue dans un recoin de l’Eurasie, en Asie Centrale, entre la Chine et les États-Unis. Les politiques, et par corollaire le quatrième pouvoir, martèlent à longueur de journée qu’il est question d’une guerre contre le terrorisme. Mais est-ce vraiment le cas ? Bien sûr que non, ce n’est qu’une guerre de l’énergie. Afin de discerner l’extrême complexité géopolitique d’Afghanistan et du Pakistan, deux pions sur le Grand Échiquier, il est impératif de bien connaître le terrain sous divers angles. Balouchistan et Pachtounistan dans le viseur atlantiste, est-ce que la balkanisation est la solution aux problèmes actuels de l’Afghanistan et du Pakistan ou sera-t-elle la source de nouveaux problèmes ? Pour comprendre donc le présent et éventuellement essayer d’anticiper sur le futur malgré le caractère variable des données, des alliances et des partenariats en constante évolution, il est plus que nécessaire d’avoir des notions du passé.

Qu’est-ce que la ligne Durand ?

Pendant le Grand Jeu, la rivalité coloniale en Asie au XIXe siècle entre les empires russe et britannique qui a notamment conduit à la création de l’actuel Afghanistan, la ligne Durand est le nom donné à la frontière internationale séparant le territoire afghan du Pakistan. Elle a été établie le 12 novembre 1893 par un accord entre l’émir afghan Abdur Rahman Khan, choisi par les Britanniques pour occuper le trône de Kaboul, et sir Henry Durand-Mortimer, un administrateur colonial de l’Inde britannique. Dans la réalité des faits, ce sont les Britanniques et les Russes qui fixèrent les frontières afghanes sans vraiment s’occuper de l’avis des Afghans. Ce n’est seulement qu’en 1894-1895 que la frontière a été délimitée, Kaboul cédait ainsi une partie de ses zones pachtounes et baloutches à l’influence des Britanniques. Les accords de la ligne Durand ont par la suite été ratifiés par le roi Habiboullah en 1905 et par le roi Amanoullah en 1919. Le 2 juillet 1949, le parlement afghan proclamait l’annulation de tous les accords signés par les précédents gouvernants afghans avec les différents gouvernements coloniaux de l’Inde britannique, et notamment le traité de la ligne Durand. Depuis cette date, l’Afghanistan a constamment protesté contre la ligne Durand en affirmant que la frontière a été tracée aux dépens du peuple pachtoune. De son côté, le Pakistan affirme que la séparation est justifiée par la différence importante entre les tribus pachtounes de chaque côté de la ligne. La division territoriale prévue à l’origine pour un siècle par Durand-Mortimer devait cesser en 1993 mais le Pakistan a refusé de rétrocéder les territoires pachtounes occupés générant ainsi la source d’un autre conflit eurasien entre les deux nations de l’AfPak. 

Longue de 2450 kilomètres, la ligne Durand s’étend, depuis le sud, de la frontière iranienne, divisant le Baloutchistan, puis le Pashtounistan en deux, jusqu’à la Chine à travers le massif du Pâmir, par le Corridor de Wakhan au nord-est de la Passe de Khyber. Les Pachtouns, qui sont appelés Pathans au Pakistan, des musulmans sunnites hanéfites, partagent la même organisation sociale tribale de chaque côté de la frontière ainsi que la même langue, le pashto, l’une des deux langues officielles avec le dâri (le persan afghan) dans un pays qui compte pas moins d’une centaine de dialectes, trente-deux langues et cinq langues nationales. 

La mosaïque afghane 

En Afghanistan, les Pachtouns représentent l’ethnie majoritaire avec 15 millions d’habitants. Ce qui constitue plus de 42 % de la population totale du pays, essentiellement situés dans la moitié sud du pays, en arc de cercle, de Kaboul et Djalâlâbâd à Hérat en passant par Kandahar. Il est intéressant de noter que de l’autre côté de la ligne Durand, au Pakistan, les Pathans sont deux fois plus nombreux mais minoritaires, ils représentent près de 30 millions d’habitants sur les 181 millions que compte le pays. Les Pachtouns précédent ainsi les Tadjiks, appartennant à la famille des peuples iraniens, avec 27 % de la population totale afghane et habitant à l’ouest de Hérat ainsi qu’au nord-est de Kaboul. Zarathoustra, le célèbre sage de la Perse antique, désigne dans l’Avesta, l’Asie Centrale comme le berceau des « Aryens » (Airyanem Vaejah), et pour certains il pourrait désigner la région des environs du Tadjikistan. Le mot Taa-jyaan d’où vient le nom de Tadjik, est aussi mentionné dans l’Avesta. Viennent ensuite les Hazaras, avec 10 %, isolés au centre du pays au sud de la chaîne montagneuse du Koh-e Baba, d’origine turco-mongole et de confession chiite duodécimain à l’exception d’un petit groupe à l’ouest de Dochi qui se rattache à l’ismaélisme, un courant minoritaire du chiisme qui ne reconnait pas douze imams (duodécimain) mais sept imams (septimain). Puis enfin les Ouzbeks à hauteur de 9 % et essentiellement basés autour de Mazar-e-Charif, Kunduz et tout au long des frontières avec l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Dans cette mosaïque ethnique séparée par des frontières dessinées par des peuples étrangers, il existe également d’autres tribus minoritaires telles les Aïmaks (4 %) qui nomadisent autour de Hérat, les Turkmènes (3 %) tout au nord, les Baloutches (2 %) au sud-ouest et estimés à environ 100.000 habitants (environ 1,15 million vivent en Iran et 6,67 millions au Pakistan), ainsi que les Pashayis, les Wakhis, les Kirghizes et les Nouristanis installés dans les magnifiques forêts montagneuses au nord-est de Djalâlâbâd. On peut retirer trois réalités transnationales, du nord au sud, un grand Tadjikistan, un grand Pashtounistan et un grand Balouchistan qui a de tout temps divisé l’Afghanistan. Deux de ces trois réalités sont des cibles potentielles d’une nouvelle balkanisation en micro-états plus facilement malléables par les puissances étrangères.

les groupes ethnolinguistiques d'Afghanistan

Source de la carte : Peuples entremêlés (Vicken Cheterian et Philippe Rekacewicz)

C’est durant l’automne 1994 qu’une nouvelle faction rigoriste fait son apparition : les Taliban (pluriel de Taleb signifiant étudiant). Les Taliban sont originaires des 650 madrassas (école théologique islamique) pachtounes situées le long de la ligne Durand, sur le territoire pakistanais, et influencées par la pensée ultra traditionaliste sunnite soufiste déobandie – du nom de la ville Deoband dans l’état Uttar Pradesh du nord de l’Inde – en référence à l’imam iranien Abu Hanifa (699-767), théologien, législateur et fondateur de l’école hanéfite de droit musulman à Koufa, une ville d’Irak située à environ 170 km au sud de Bagdad.

 

Ahmad Shâh Durrani, le premier roi d'Afghanistan

Scindés en deux confédérations rivales, les Dorrânî d’Hérat et les Ghilzaï de Kandahar, les Pachtouns sont les fondateurs de l’Afghanistan, en 1747, sous le règne du premier padishah Ahmad Shâh Durrani portant le titre de « Bâbâe Melat » qui, en pachto, signifie « père de la Nation ». Ahmad Shâh est le patriarche de la dynastie Durrani, une tribu afghane connue avant 1747 sous le nom des Abdâlî qui règna difficilement sur le royaume d’Afghanistan jusqu’au 1973. Les Pachtouns sont donc les Afghans de souche, le mot afghan est synonyme du mot pachtoune. Les Pachtouns sont organisés en plus de cinquante tribus, elles-mêmes divisées en sous-tribus, clans, et sous-clans. Les chefs des tribus nommés les Khans ont un pouvoir limité. La société afghane refuse toute domination extérieure directe et naturellement toute occupation étrangère physique de son sol. Elle accepte en revanche la domination indirecte, elle ne peut même s’en passer car aucun Khan ne peut s’imposer aux siens s’il n’est pas en mesure de distribuer à sa tribu des bakchish (don charitable) sous forme d’argent, d’armes, de nourriture ou de vêtements. Un chef tribal qui ne peut distribuer ces largesses est remplacé par son rival plus généreux. L’Afghanistan étant un pays pauvre, aucun Khan ne trouve de quoi redistribuer des largesses suffisantes à sa tribu sans subvention extérieure. 

Toutes ces subdivisions ethniques et ces rivalités claniques expliquent pourquoi les Afghans sont parvenus à constamment tenir en échec tous leurs envahisseurs successifs qui, découragés, se retiraient. Mais la raison essentielle de l’extrême division des Afghans en clans rivaux, à l’intérieur des mêmes ethnies et des mêmes tribus, réside dans le problème de répartition des eaux. Hormis le conflit afghan, une autre guerre oppose les seigneurs tout puissants et riches propriétaires d’une rivière aux vrais maîtres du trafic de drogue qui n’hésitent pas à recourir aux seigneurs de la guerre pour menacer les paysans des oasis et des plaines fertiles. Des seigneurs de la guerre qui deviennent alors des despotes et sont supplantés à leur tour lors de nouvelles prises de contrôle du pouvoir tribal. Un mécanisme ancestral de la société afghane qui a été transplanté dans les secteurs les plus lucratifs de la vie économique d’Afghanistan. Avant l’invasion américaine de 2001, les Taliban étaient parvenus à mettre fin au trafic de drogue et par extension, à toute la corruption gouvernementale qui, aujourd’hui comme hier avant l’arrivée des Taliban, ferme les yeux sur l’immense business de la résine d’opium. La corruption étant littéralement un sport national, ce mécanisme n’est sans doute pas pour déplaire aux multinationales pharmaceutiques depuis le projet de légalisation de l’opium par le Baron Mark Malloch-Brown, un proche de George Soros étant surtout connu pour son financement des ONG générant des révolutions de couleur mais aussi pour être un grand partisan de la dépénalisation de la drogue [1]. 

les routes d'exportation de l'opium afghan

Source de la carte : L’opium, principale production afghane (Philippe Rekacewicz)

L’Afghanistan constitue ainsi un paradoxe assez incroyable car étant un des pays les plus pauvres du monde, qui se situe presque au bas de l’échelle de l’indice de développement humain de l’ONU (174e pays sur 178) et de l’indice de pauvreté humaine [2], il est de loin le plus grand exportateur des drogues illicites au monde, dont la valeur de revente est estimée à 60 milliards de dollars américains [3]. Une question intéressante à se poser est où va tout cet argent ? Plus curieux encore, qui donc en profite ? Cette seule économie ferait décoller l’Afghanistan et l’exploitation de ses minerais stratégiques – charbon, fer, cobalt, chrome, mica, bauxite, zinc, plomb, beryllium, lithium, or, rubis, saphir, émeraude et lapis-lazuli – propulserait l’Afghanistan au rang d’importante puissance exportatrice d’Asie Centrale. Des gisements dont l’étendue des ressources demeure incertaine mais qui attise la convoitise des grands pays industriels que sont les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et le Japon [4].

Le Corridor du Wakhan : des enjeux stratégiques entre l’OTAN et la Chine

Bordé au nord par le Tadjikistan, au sud par le Pakistan et à l’est par la Chine, le fin Corridor du Wakhan, une étroite bande de terre qui s’étire sur 350 kilomètres, est situé dans la chaîne du Pâmir dans la province du Badakhchan, au nord-est de la ligne Durand et frontalière à la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP). Le Corridor du Wakhan fut créé en 1895, toujours durant la période du Grand Jeu, comme zone de tampon contre une agression potentielle de la Russie tsarique contre l’Inde britannique. 

la chaîne montagneuse du Pamir avec le sommet du Nowshak

Enneigées toute l’année, les chaînes de hautes montagnes du Pâmir et de l’Hindu Koush, avec ses sommets du Nowshak (ou Noshaq) culminant à 7492 mètres et du Tirich Mir à 7690 mètres traversée autrefois par un itinéraire de la mythique Route de la Soie, font partie de l’ensemble montagneux des Himalaya, le plus haut du monde, avec le massif Karakoram, comprennant le K2 culminant à 8611 mètres d’altitude, qui est situé à la frontière du Pakistan, de l’Inde et la Chine. Un très vaste ensemble qui chevauche huit pays et abrite plus de 140 millions de personnes. Barrant l’ascension à plus de 3000 mètres, l’étroite vallée du Nowshak abrite un des nombreux champ de mines anti-personnelles d’Afghanistan (plus d’un million de mines dans le pays) qui ont été placées en 2000 par l’Alliance du Nord, un vestige de la guerre civile entre les Taliban du mollah Omar et les Moudjahidins du commandant Massoud afin d’empêcher toute intrusion des Taliban depuis le Pakistan. Au fond de l’Hindu Koush, rien que l’entrée dans la vallée du Nowshak est protégée par une barrière de 640 mines antipersonnelles. Bien qu’il existe aujourd’hui un projet associatif de déminage parrainé par les Nations Unies, la vallée du Nowshak ne fait pas partie des priorités des démineurs officiels. Les priorités sont les zones urbaines, agricoles et les routes. 

le Corridor de Wakhan

Dans le cadre actuel du conflit afghan, le Corridor du Wakhan est placé sous la surveillance atlantiste de la Bundeswehr (armée allemande), en charge de la province du Badakhchan, qui y ont construit plusieurs ponts pour la logistique de la coalition ISAF mais n’étant pas adaptés au passage des poids lourds. Depuis la ville d’Ishkashim à l’entrée du Corridor du Wakhan, la dangereuse traversée se fait sur de périlleuses pistes le long des principaux cours d’eau que sont le Wakhan-Daria, le Pamir, le Piandj et le Murghab ou par des sentiers de montagne scabreux. En été, seuls les véhicules tout-terrain peuvent se frayer un chemin le long des rivières en crue. 

le Bam-e-Dunya

Malgré qu’il soit relativement épargné par les conflits, le Corridor du Wakhan n’en est pas moins une région isolée, très peu peuplée et aux conditions extrêmes où l’existence y est très difficile : l’hiver dure 8 mois, la température descend jusqu’à -40ºC, 1 enfant sur 2 meurt à la naissance et l’espérance de vie ne dépasse pas 40 ans. Le Corridor du Wakhan abrite deux ethnies qui y cohabitent en harmonie. Les Wakhis, environ 10.000 en Afghanistan (40.000 dans les vallées des alentours au Tadjikistan, au Pakistan et en Chine), vivent entre 2.000 et 3.000 mètres d’altitude, tandis que les Kirghizes, environ 1.200, habitent plus haut et plus loin, leurs campements sont situés entre 4.000 et 4.500 mètres, dans le Pâmir Afghan qu’on appelle aussi « Bam-e-Dunya » ou le « Toit du Monde ». Les Kirghizes ne cultivent pas la terre, impossible au-delà de 4.000 mètres, et vivent grâce à leur bétail. Peuple nomade, ils vivent en yourtes et se déplacent jusqu’à quatre fois par an en fonction des pâturages et de la météo. Pour compléter leur alimentation, les Kirghizes ont recours au troc avec les marchands ambulants et leurs voisins wakhis. Régulièrement, à l’approche de l’hiver, toutes les tribus kirghizes se réunissent et décident de lancer une grande caravane pour aller se ravitailler en denrées vitales : sucre, sel, médicaments et – Afghanistan oblige – en opium. L’électricité, l’eau courante et les télécommunications sont totalement inexistantes. 

Le passage stratégique du Corridor du Wakhan a attiré l’attention de l’OTAN, recherchant de nouveaux passages logistiques pour approvisionner la coalition ISAF dans le but de contourner le Pakistan et ne plus dépendre, au nord, de la terrible route M41 du Tadjikistan qui longe la frontière avec la Chine. La route M41 est la route de tous les trafics, dangereuse et porose, elle avait déjà une sinistre réputation à l’époque soviétique que ni le KGB ni les douanes n’étaient parvenus à contrôler. Après l’effondrement du bloc communiste, la situation s’est encore considérablement dégradée. La partie orientale du Kazakhstan est devenue un véritable cimetière d’armes nucléaires périmées mais dont la matière fissile pouvait encore être reconcentrée à des coûts minimes. Il s’en est écoulé des quantités incalculables dans de nombreuses directions et dans des conditions de transport qui ont souvent coûté la vie aux passeurs. Des douaniers modestement payés 60 euros par mois, la guerre civile qui a fait rage pendant des années entre le mollah Omar et le commandant Massoud sans parler du nouveau conflit afghan, des montagnes de plus de 4.000 mètres où seuls des locaux expérimentés savent circuler, toutes ces conditions ne peuvent que faciliter la libre circulation des personnes et de toutes sortes de marchandises imaginables sur la route M41. Tout au long de la parcelle de route entre le lac Kara et le Pont de l’Amitié, les milliers de mines qui ont été posées n’ont aucunement ralenti les différents commerces d’armes, de drogues, de nourriture et de vêtements.

Et ne plus dépendre non plus, à l’est et à travers les régions tribales du Pachtounistan, de la fameuse Passe de Khyber ou Défilé de Khaïber (district pakistanais du FATA), culminant à 1.072 mètres d’altitude à la ville contrebandière de Landi Kotal. La Passe de Khyber se trouve sur la grande route Peshawar-Jalâlâbâd-Kaboul qui est déjà surchargée dans ses deux voies principales sinueuses, l’une par le trafic motorisé et l’autre par le passage des caravanes traditionnelles. Route d’invasions historiques depuis plus d’une centaine de générations et porte communicante entre le Moyen-Orient en feu et le sous-continent indien en chaleurs depuis Alexandre le Grand à la poursuite de l’assassin de Darius III en 330 avant Jésus-Christ (pbsl) ainsi que les Perses, les Mongols et les Tartares qui l’ont également franchie pour répandre l’Islam en Inde, la Passe de Khyber, longue de 58 kilomètres entre le fort de Jamrud au Pakistan et la ville marchande afghane de Tokham (pile sur la ligne Durand), comporte 34 tunnels et 92 ponts dont son point le plus étroit ne fait que 15,85 mètres de large jusqu’à s’élargir parfois à 1.600 mètres. Dans le contexte de ses investissements dans les mines de cuivre de la vallée d’Aynak, près de Kaboul, le Corridor du Wakhan intéresse également la Chine ayant besoin de voies routières sûres et adaptées au passage de poids lourds reliant la ville d’Ishkashim à sa préfecture de Kashgar dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (appelé aussi le Turkestan oriental ou République islamique du Turkestan oriental). Comme les Britanniques l’ont fait jadis en construisant les ponts et excavant la roche des tunnels de la Passe de Khyber, l’exploitation du Corridor du Wakhan comme voie logistique nécessiterait de longs et coûteux travaux pour permettre le passage de véhicules lourds dans des conditions correctes mais pour le moment, c’est surtout la sécurisation frontalière qui préoccupe la Chine. Des opérations de sécurité qui se poursuivent après les événements violents de juillet 2009 à Urumqi entre les Hans, chinois de souche, et les Ouïghours, musulmans turcophones, qui ont fait, selon Pékin, 197 morts et plus d’un millier de blessés [5].

Actuellement, l’unique passage direct entre l’Afghanistan et la Chine se fait par la Passe de Wakhjir qui culmine à 4923 mètres d’altitude, à l’extrémité orientale du Corridor du Wakhan, mais qui est hélas dépourvue de route pratiquable. Après la traversé de la frontière, une piste sommaire permet de rallier, à plus de 80km, la première route majeure de Chine, l’autoroute Karakoram N35/G314. 

Les poudrières du Talibanistan

Le chef-lieu de la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) est Peshawar, une ville d’environ 1,4 million d’habitants. C’est dans cette province que se situent les districts de Malakand et de Swat dont Mingora est la principale ville de la vallée de Swat surnommée la Suisse du Pakistan pour ses hautes montagnes, ses forêts vertes et ses lacs aux eaux limpides. En 2005, la population du NWFP était d’environ 21 millions d’habitants sans compter les 3 millions de réfugiés afghans. La plus petite des quatre provinces du Pakistan, à l’ouest de l’Azad Kashmir et au nord-est du FATA (Federally administered tribal areas ou Régions tribales fédéralement administrées), le NWFP se compose de régions tribales pachtounes qui abrite le fief des Taliban et plusieurs mouvements fondamentalistes islamiques tels que le Harakat ul-Mujahidin (Mouvement des compagnons du Prophète), le Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (Mouvement pour la Défense de la Loi du Prophète), le Lashkar-e-Jhangvi (Armée de Jhang) et l’organisation séparatiste cachemirie Lashkar-e-Toiba (Armée des Pieux) qui agissent essentiellement pour certains au Cachemire (divisé entre le Jammu-et-Cachemire indien et l’Azad Kashmir pakistanais) avec comme objectif principal pour les uns, le rattachement au Pakistan de cet État majoritairement musulman qu’ils considèrent occupé par l’Inde et pour les autres, l’application de la Charia (loi islamique) au Pakistan avec l’établissement de tribunaux islamiques. 

C’est plus au sud-ouest, dans les deux districts du Waziristan au sud du FATA frontalière de l’Afghanistan, que l’on retrouve le TTP, l’acronyme de Tehreek-e-Taliban Pakistan (Mouvement des Taliban du Pakistan) qui aurait été fondé fin 2007 en réunissant une quarantaine de factions. Autant que le Tehreek-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammadi (TNSM), interdit au Pakistan depuis le 12 janvier 2002 sur ordre du dictateur Pervez Musharaf qui fit emprisonner, sous la pression américaine, son fondateur Sufi Mohammed ayant envoyé des milliers de combattants sur le front afghan, le TTP a fait couler beaucoup d’encre dans la presse de propagande impérialiste, depuis le début du conflit armé en 2004, entre les forces armées pakistanaises et les différents mouvements islamistes, étant tous considérés sans exception, ni sans la moindre distinction, comme des alliés de la nébuleuse internationale Al-Qaïda. Deux mouvements majeurs du Pachtounistan qui défient ouvertement le gouvernement d’Islamabad dont la ligne de conduite est dictée par les États-Unis, de George W. Bush hier et aujourd’hui de Barack H. Obama, pour débusquer les Taliban afghans et les autres Moudjahidins étrangers qui, après la chute de Kaboul en 2001, sont venus au Waziristan en ayant fui à travers les montagnes de Shah Wali Kot en mars 2002, afin de se regrouper et relancer leur guérilla contre les forces d’occupation en Afghanistan.

Le Talibanistan déterre la hache de guerre 

Dans une chronologie non-exhaustive de la guerre du Waziristan, depuis 2002, tout l’ouest du Pakistan vit pratiquement à l’heure afghane, ou plutôt à l’heure américaine de la guerre contre le terrorisme. Fin février 2002, la presse britannique Sunday Express [6] annonçait déjà que « les forces spéciales américaines et britanniques avaient localisé le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden », et 50 partisans fanatiques, dans une zone montagneuse de la région de Toba Kabar « au nord de la ville de Khanozai et de Quetta » dans le nord-ouest du Pakistan, près de la frontière afghane, justifiant ainsi aux yeux de l’opinion publique occidentale l’entrée de l’OTAN au Pakistan. « Nous nous engageons dans des opérations des deux côtés de la frontière, dans une opération du genre  » marteau et enclume «  », disait le général David Barno lors d’une vidéo-conférence en direct d’Afghanistan avec la presse propagandiste, moins catastrophiste que cacophonique mais tout autant sensationnaliste, spécialement accréditée au Pentagone, la même presse que le tapage médiatique contre les armes de destruction massives de Saddam Hussein et ses liens supposés avec Al-Qaïda, dans les préambules de la guerre d’Irak de 2003.

les régions pakistanaises sous le contrôle des Taliban

Au milieu du marteau américain et de l’enclume pakistanaise, la guerre du Waziristan a ainsi éclaté, dans un contexte international en 2002 et national en 2004, avec un jeu du chat et de la souris dans les zones tribales pachtounes du Sud-Waziristan entre les Taliban afghans accompagnés des djihadistes étrangers, bénéficiant de l’appui des Taliban pakistanais, et les Scouts de Wana (unité paramilitaire pakistanaise stationnée à Wana) aidé du soutien des laskhar (milice tribale de la tribu Wazir) chargés de partir à la recherche des militants étrangers et de punir les membres des tribus qui les aidaient en détruisant leurs maisons et en leur imposant de lourdes amendes d’un million de roupies pakistanaises, soit environ 14.500 euros. Ces Taliban pakistanais, de la tribu pathane Mehsud notamment, ont alors été considérés comme des alliés inconditionnels d’Al-Qaïda et, sous les impératifs américains, ont été recherchés par les autorités tribales et fédérales pakistanaises. 

Suite à la longue opération Blizzard de Montagne aux résultats mitigés, « en deux mois, 1 731 patrouilles, 143 raids et opérations de recherches ont été menées. 22 combattants ennemis ont été tués, de nombreuses caches d’armes ont été découvertes, avec 3 648 roquettes, 3 202 obus de mortiers (…) et des dizaines de milliers de munitions pour armes légères », détaillait le général David Barno, l’opération Tempête de Montagne fut menée, à partir du 7 mars 2004, dans les régions frontalières du Pakistan, avec des actions coordonnées entre l’armée régulière pakistanaise ainsi que des forces paramilitaires et l’armée américaine dont la fameuse Task Force 121, unité d’élite dont les membres, agents sur-entraînés de la CIA et militaires des forces spéciales, sont crédités de la capture du président irakien Saddam Hussein en décembre 2003. Malgré la traque par des milliers de soldats, les milliers de dollars du contribuable américain déversées aux différentes tribus pakistanaises, aux liens aussi étroits que des ruelles parisiennes depuis les années 1980 durant la guerre soviétique en Afghanistan, et les moyens technologiques haut de gamme mis à l’oeuvre, l’effet de tenaille de l’opération Tempête de Montagne n’a eu pour résultat que de déstabiliser un peu plus le Pakistan et de renforcer les rangs du Talibanistan mais aussi du monde musulman en général.

 

le seigneur Nek Mohammed

Face à l’incapacité américaine et la nonchalance pakistanaise, les accords de Shakai sont conclus en mars 2004 entre les tribus et le gouvernement. Après avoir amené des centaines de militants étrangers à Wana en 2002/2003 et infligé une cuisante défaite à l’armée pakistanaise, le célèbre seigneur de la guerre Nek Mohammed, du clan Yargulkhel de l’élite tribale des Wazir qui domine la partie occidentale du district du Sud-Waziristan directement frontalière de l’Afghanistan, et quatre autres leaders locaux également soupçonnés d’avoir apporté de l’aide aux combattants étrangers, sont amnistiés et libérés par Pervez Musharraf sans promettre de ne pas utiliser le sol pakistanais pour mener des attaques en Afghanistan, ni d’aider Islamabad à retrouver et enregistrer les combattants étrangers en leur offrant l’asile au Pakistan. « Il y a toujours des combattants étrangers là-bas. Ils sont Arabes, Tchétchènes, Ouzbeks (…), n’appartiennent pas aux tribus et continuent d’utiliser la région pour accomplir leurs objectifs terroristes », déclarait le général David Barno, commandant des forces américaines et de la coalition en Afghanistan, à la mi-mai 2004. « Il est très important que l’armée pakistanaise poursuive ses opérations, en particulier contre les combattants étrangers, qui à mon sens ne doivent faire l’objet d’aucune conciliation », poursuivait le général américain justifiant de la sorte la continuation des opérations transfrontalières au mépris de la souverainté du peuple pakistanais. Il est bon de noter que c’est également au mois de mai de cette année que le Pakistan a été réadmis au sein du Commonwealth [7], après y avoir été exclu en 1999 suite au renversement du régime de Nawaz Sharif par Pervez Musharraf dans les événements qui ont suivi le conflit de Kargil que nous aborderons plus loin. 

Le puissant commandant Abdoullah Mehsud 

En juin 2004, après l’assassinat par un drone américain du seigneur de la guerre Nek Mohammed considéré comme un héros par beaucoup d’habitants du Waziristan, Abdoullah Mehsud, de son vrai nom Nour Alam, alors âgé de 30 ans et entré en conflit avec Baitullah Mehsud pour la direction de l’union des mouvements talibans devenue le TTP, devient l’incarnation de la lutte indépendantiste du Pachtounistan contre le régime de Pervez Musharraf dans tout le Waziristan. Le guerrier Abdoullah Mehsud qui avait répondu à l’appel de la guerre sainte lancé par des religieux pakistanais en octobre 2001, avait pris part très tôt au combat en Afghanistan aux côtés des Taliban longtemps après avoir combattu une première fois à leur côtés, en 1996, contre les troupes de l’Alliance du Nord du commandant Massoud. Il perdit une jambe en sautant sur une mine quelques jours après la prise de Kaboul par les Taliban. Lors du siège de Kunduz, du 11 au 23 novembre 2001, qui marqua un tournant décisif dans la guerre d’Afghanistan, Abdoullah Mehsud fut contraint de se rendre au général Abdoul Rachid Dostom de l’Alliance du Nord, le principal leader de la communauté ouzbek en Afghanistan et un des plus célèbres seigneurs de la guerre afghan. Remis par la suite à l’armée américaine, il fut envoyé à la base de Guantanamo où il y passa 25 mois avant d’être libéré et reconduit à Kaboul.

 

le commandant Abdoullah Mehsud

En octobre 2004, le commandant Abdoullah Mehsud a été accusé de l’enlèvement de deux ingénieurs chinois travaillant à la construction d’un barrage. L’un des otages a été tué, dans des échanges de tirs, au cours d’une opération de sauvetage menée par les troupes d’élite de l’armée pakistanaise. Le mercredi 29 décembre 2004, un responsable politique pachtoune était assassiné. Le lendemain, Asmatôllah Gandapour, le représentant du gouvernement pakistanais dans le district du Sud-Waziristan, et son chauffeur furent blessés par l’explosion d’une bombe sur le bord d’une route du district de Tank, à proximité du camp de réfugiés de Dabara. Gandapour dirigeant des campagnes successives contre les militants étrangers et leurs soutiens locaux était considéré comme un ennemi de l’Islam pour le Talibanistan. La notoriété d’Abdoullah Mehsud s’accroit au fil de ses opérations dans le Sud-Waziristan. Le lundi 7 février 2005, des leaders tribaux du Sud-Waziristan signèrent une amnistie avec le gouvernement pakistanais. Ils recevèrent 540.000 $ à l’exception de Baitullah Mehsud, un Taliban discret prétendu être à la tête d’une dizaine de combattants à peine et réputé piètre négociateur bien qu’il était considéré par le gouvernement afghan comme l’un des lieutenants du mollah Omar, le chef suprême des Taliban tant afghans que pakistanais. Exclu de ces négociations pour son rôle présumé dans le kidnapping des deux chinois, Abdoullah Mehsud continua de consolider son pouvoir dans toute la région en poursuivant sa guerre sainte avec son lieutenant Qari Zainuddin Mehsud. « L’accord de paix entre Baitullah Mehsud et le gouvernement n’affectera pas ma lutte contre les forces de sécurité », déclarait-il à l’hebdomadaire The Friday Times. « Notre mouvement ne perdra pas de sa vigueur si deux ou trois de nos combattants se rallient au gouvernement », poursuivait-il. 

Au printemps de l’année 2005, Abdoullah Mehsud fut une fois de plus suspecté, par Sherpao, d’être impliqué derrière la vague d’attentats-suicides à travers le Pakistan, que la cacophonie de la presse occidentale citait être prônés par Baitullah et dénoncés par Qari comme étant interdits par l’Islam. L’une des dernières attaques du commandant Mehsud avait justement visé le ministre de l’Intérieur, Aftab Ahmad Khan Sherpao, à son domicile dans le district Charsadda dans la province NWFP. Dans ces circonstances, un mandat d’arrestation contre Abdoullah Mehsud fut alors délivré par le gouvernement pakistanais mais n’a jamais été mis à exécution [8]. C’est le début de la cavale pour l’idéaliste pachtoune et figure montante du Talibanistan. D’après certaines sources peu fiables, depuis sa libération de Guantanamo, le commandant Mehsud se rendait souvent au Balouchistan, au sud-ouest du Pakistan, où il était également soupçonné de participer à la formation des nouveaux mouvements pakistanais qui auraient été fondés par Nek Mohammed en 2002 [9] dont le Joundallah (Soldats de Dieu) qui se fait appeler « Mouvement de Résistance Populaire d’Iran » et le Jaishul al-Qiba al-Jihadi al-Siri al-Alami (Armée Secrète du Djihad International) prétendue consacrer ses efforts dans l’entraînement et l’endoctrinement de la nouvelle génération de djihadistes. Au soir du lundi 23 juillet 2007 et après une traque depuis plus de deux ans, Abdoullah Mehsud est repéré par les services de renseignements dans une maison du district de Zhob, dans la province du Baloutchistan. Encerclé, il opposa une résistance farouche avant de choisir de se donner la mort. « Il s’est fait exploser lundi soir avec une grenade quand les forces de sécurité ont lancé l’assaut », expliquait le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général Javed Cheema. Dénoncé par des proches ou non, le puissant commandant Abdoullah Meshud a préféré la mort à la captivité. Dans ce concours de circonstances, Baitullah Mehsud s’empara du pouvoir dans le Waziristan et devint l’unique leader des factions réunies sous la bannière du Tehreek-e-Taliban Pakistan. 

Qui dirige qui ? 

Après la relative « trève » nationale de 2006 et malgré plusieurs luttes de pouvoir internes très compliquées pour les non-initiés mais permettant au gouvernement pakistanais d’exploiter habilement les différends qui opposent les tribus, les mouvements et les ethnies baloutche, ouzbèke, pachtoune, penjabie et turkmène qui soutiennent ou ne soutiennent pas les militants étrangers comme les Arabes ou les Tchétchènes – je citerai par exemple, la nomination du mollah Nazir à la tête du commandement des Wazir, en dépit de la faiblesse de ses liens tribaux, qui a eu pour conséquence de mécontenter les Yargulkhel, qui a produit un grand nombre de commandants Taliban tel Nek Mohammed, car le mollah Nazir appartient au Kakahel, un autre obscur sous-clan des Zalikhel auquel est également rattaché les Yargulkhel, les Zalikhel contrôlant Wana et constituant la plus importante des neuf sous-tribus qui composent la tribu Wazir [10] -, les combats ont repris dans une nouvelle violente escalade très médiatisée.

 

le général Ashfaq Kayani

La guerre du Waziristan recommence suite au siège meurtrier de la Mosquée rouge d’Islamabad, en juillet 2007, par le Military Intelligence, agence rivale de l’ISI, sur décision du président Pervez Musharraf. Une sombre affaire assez complexe, très médiatisée comme toujours en Occident dans ses grandes lignes habituelles « Taliban, Ben Laden, Al-Qaïda, attentats terroristes, etc », mais bien peu développée dans ses détails croustillants, je dirais, pour les personnes cataloguées conspirationnistes, en raison de certaines implications gouvernementales. Cette affaire suscita un grand intérêt avec la découverte surprenante, sous la Mosquée rouge, d’un centre de transmission secret aux fils directement reliés au quartier général de l’ISI voisin, appelé Point Zero et se situant dans le quartier du marché d’Aabpara [11] de la capitale pakistanaise. Manipulation politique des uns ou complot islamiste des autres, l’ISI a attisé un peu plus la méfiance de l’ancien général et président Pervez Musharraf. En parallèle à la purge du secteur antiterroriste de l’ISI, un peu plus de deux mois après l’assaut de la Mosquée rouge ayant entraîné la mort de plus d’une centaine de personnes, le 21 septembre 2007, Musharraf fit remplacé le chef de l’ISI, le général Ashfaq Kayani, par le général Nadeem Taj, un proche parent de sa femme jugé plus fiable. Ce dernier étant soupçonné, par les yankees, de collaborer avec les Taliban, depuis le 29 septembre 2008, c’est le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha, précédemment directeur des opérations militaires de l’état-major général dont dépendent l’ISI et le Military Intelligence, qui a repris les rennes de cette agence du renseignement pakistanais [12]. Toujours dans ce jeu de chaises musicales, aprés sa réélection d’octobre 2007, Musharraf abandonna l’uniforme et plaça à la tête du chef d’état-major des armées, le général Ashfaq Kayani qu’il avait limogé quelques semaines plus tôt.

 

le président Pervez Musharraf et le général Ashfaq Kayani

Un peu comme la CIA, l’ISI est considérée comme un État dans l’État, sous la houlette de l’armée, qui dirige secrètement le Pakistan depuis plus de 60 ans et qui s’est fait mondialement connaître lors de l’opération Cyclone de la CIA pendant la guerre soviétique d’Afghanistan (1979-1989). En novembre 2008, après l’arrivée au pouvoir d’Asif Ali Zardari à la place de Pervez Musharraf, le lieutenant général Ahmed Shujaa Pasha ordonna le démantèlement de la branche politique de l’ISI dont la coopération est jugée vitale pour Londres et Washington dans leur lutte pittoresque de la menace fantômatique d’Al-Qaïda et l’insurrection des Taliban en Afghanistan. En s’aventurant sur ce terrain impénétrable que certaines personnes s’accorderont à cataloguer de conspirationnisme, une autre question à se poser, tout aussi intriguante que l’argent de l’opium afghan, est qui dirige réellement l’armée du Pakistan ? Est-ce Washington ? Londres ? Riyad ? Tel-Aviv ? 

Depuis cet événement majeur, deux autres violents attentats ont secoués le Pakistan et sont entourés d’un épais voile de mystères malgré leur retentissement dans les médias de masse. Le premier, du 18 octobre 2007 à Karachi, qui a coûté la vie à 139 personnes, au soir même du retour d’exil de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto. Et le second, du 27 décembre 2007 à Rawalpindi dans la banlieue sud d’Islamabad, où Bhutto fut assassinée avec 20 autres personnes dans des conditions très controversées. Aurait-elle été tuée suite à un choc à la tête lors de l’explosion de la ceinture d’explosifs du kamikaze ou à cause de ses blessures à la tête causées par une balle tirée, entrée par la nuque et sortie par le cou, par un second kamikaze sur les lieux ? Dans l’optique de la déstabilisation du Pakistan souhaitée par des étrangers non-eurasiens, d’autres sources avancèrent l’hypothèse d’un complot manigancé par un escadron de la mort américain, qui était commandé précédemment par le général McChrystal aujourd’hui à la tête de la coalition ISAF, ayant commis plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde dont l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’événement qui a déclenché la Révolution du Cèdre. Un escadron de la mort qui était placé sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney pendant l’administration Bush [13]. Selon le quotidien saoudien Al-Watan, l’ancien chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Mirza Aslam Beik, a aussi accusé la société militaire privée Blackwater/Xe Services de l’assassinat de Bhutto et Hariri sur les ondes de la radio pakistanaise Wakt [14]. N’oublions pas que c’est dans la courte période entre ces deux attentats, que lors d’une interview accordée au journaliste David Frost d’Al-Jazira, le 2 novembre 2007, Bhutto affirma clairement que Oussama Ben Laden était mort tout en citant le nom de son meurtrier, Omar Sheikh, un agent de l’ISI. 

 

Au récit de tous ces événements, j’insiste sur le fait qu’il est primordial de bien différencier un attentat visant une personnalité politique pakistanaise, des forces de sécurité que ce soit l’armée ou la police, ou encore une personne défendant des intérêts étrangers, et un attentat commis contre des civils. Dans ce cas-ci, les Taliban pakistanais savent avec pertinence qu’ils n’ont absolument rien à gagner en commettant de telles exactions. Par contre, cette terreur profite à Islamabad, et donc à Washington, pour à la fois discréditer l’idéal des Taliban et justifier leurs opérations militaires dans les zones tribales du Pakistan. Pour le Talibanistan, le soutien du gouvernement corrompu du Pakistan aux Etats-Unis, dans leur guerre contre le terrorisme en Afghanistan contre des Taliban et contre l’Islam, fait du régime pakistanais un ennemi de l’Islam à sévèrement punir. 

Ainsi Swat-il ! 

le mollah « Radio »

Suite à ces incidents sanglants, c’est principalement dans les deux districts du Waziristan (FATA), dans les districts de Malakand et de Swat (NWFP) mais aussi dans la région de Peshawar qu’ont eu lieu la majorité des opérations militaires de grande envergure comme l’opération Rah-e-Haq (en ourdou « chemin de la vérité ») ou la Première bataille de Swat, bien qu’il eut aussi des affrontements dans le district de Shangla, qui se déroula du 25 octobre au 8 décembre 2007. L’opération militaire opposa principalement le Frontier Corps (armée des Frontières) au TNSM conduit par l’ultra-radical maulana Qazi Fazlullah, dit « mollah Radio » pour avoir dirigé depuis 2006 une radio FM depuis la madrassa familiale et beau-fils de Sufi Mohammed, à la tête de 4.500 sympathisants, dont 2.000 étaient rassemblés au sein d’une organisation armée baptisée Shahin contrôlant 59 villages dans trois des sept vallées du district de Swat selon les autorités [15]. Après les batailles de Matta, Charbagh et Khwazakhela qui ont repoussé les Taliban, les affrontements devenus sporadiques se sont transformés, dans les mois qui suivèrent, en insurrection de faible intensité accompagnée de relatifs cessez-le-feu acceptés par les deux camps. 

Le 23 avril 2008, le chef Baitullah Mehsud donna l’ordre à tous les militants du TTP de cesser leurs activités armées, alors que le gouvernement s’engageait dans un processus de paix avec les combattants des zones tribales. Après trois mois de captivité, Tarik Azizuddin, l’ambassadeur pakistanais en Afghanistan, kidnappé le 11 février 2008 par un groupe de bandits et cédé au TTP, est libéré le 18 mai 2008 en échange de la libération de 40 Taliban détenus dans les geôles pakistanaises. Dans l’espoir d’enfin ramener la stabilité dans la région de Malakand, Pervez Musharraf fait libérer le maulana Sufi Mohammed après 6 années de détention en échange de ses efforts pour rétablir la paix au Swat. Ce dernier, désigné par Islamabad comme étant un Taleb dit modéré pour plaire aux injonctions de Washington, dirigea les nouvelles négociations de paix entre le TNSM et les autorités du NWFP, qui n’aboutiront à une signature que le 16 février 2009. Le maulana Sufi Mohammed ne manqua pas de qualifier la constitution pakistanaise et le pouvoir judiciaire au grand complet de non-islamique et déclara que toute la démocratie était hérétique. « La démocratie est un système d’infidèles introduite en Asie par les impérialistes britanniques ! » affirmait Sufi. « Si vous ne vous opposez pas au système politique impie, Allah n’acceptera aucune de vos prières » rajoutait le fondateur du TNSM. « Les femmes ne doivent pas être autorisées à quitter leur maison, sauf pour se rendre au pèlerinage de la Mecque ! », proclamait le Taleb modéré.

 

le maulana Sufi Mohammed (à droite)

Dans leur tentative de paraître bon et généreux, les illusions des politiques et de leur diplomatie quant aux Taliban dits modérés n’ont d’égales que le profesionnalisme des journalistes de la presse alignée. Ainsi, dans un nouvel exercice magistral de la cacophonie des mass médias occidentaux qui aiment plaire à la petite ménagère et au vétéran patriotique, la BBC à l’occasion de la sortie de prison de Sufi Mohammed écrivait : « Nos correspondants disent que la libération de Sufi Mohammed peut affaiblir la position du maulana Fazlullah qui dépend lourdement des supporters de Sufi Mohammed ». C’est à se demander deux choses, premièrement, si ces journalistes comprennent réellement quelque chose à la situation ambigue du Talibanistan, et deuxièmement, sont-ils vraiment des journalistes ou de vulgaires hauts-parleurs censés alimenter le règne de la peur ? 

2008, le début du chaos

 

le Bouddha de Jihan Abad

Police humiliée, armes volées, écoles brûlées, instituteurs assassinés, statues bouddhistes taillées dans le roc détruites, dont le Bouddha de Jihan Abad datant du VIIe siècle appartenant au patrimoine mondial de l’UNESCO, non pas en hommage à leurs frères d’armes afghans qui ont dynamité les deux géants Bouddhas de Bâmiyân en 2001 mais par application stricte de la Charia, le nouveau traité de paix précaire conclu entre les Taliban du maulana Fazlullah et le régime de Musharraf vole en éclats. Tandis que la traque d’Oussama Ben Laden, d’Ayman al-Zawahiri et du mollah Mohammad Omar se poursuit, encore et toujours, le Waziristan retourne sur les sentiers de la guerre et le Pakistan plongé dans un chaos évident ne se déstabilise plus, il glisse à présent et pratiquement de manière inévitable sur la pente de la multiple fragmentation territoriale : Pachtounistan, Balouchistan et qui sait, tôt ou tard le Cachemire certainement. 

Les Taliban du district de Khyber des régions tribales du FATA commençaient à faire peser une grave menace sur la ville de Peshawar, après la prise de contrôle des villes voisines dont Darra Adam Khel, Michini, Warsak, Shabqadar, Tangi, Charsadda pour ne citer qu’elles. « Nous sommes virtuellement assiégés par ces militants », s’inquiètait un responsable de la sécurité. « S’ils ne sont pas arrêtés, ils prendront Peshawar ! », estimait-il. Depuis la vallée de Tirah, le Taleb Hâdji Namdar, 39 ans, leader du Mouvement pour la Promotion de la Vertu et la Répression du Vice, est soupçonnée de lancer des attaques contre les forces étrangères déployées en Afghanistan. L’autre figure locale de la talibanisation du district de Khyber est Menghal Bagh, ancien chauffeur de bus dont les hommes sont accusés d’avoir lancé des attaques dans Peshawar même et d’avoir tendu des embuscades à de nombreux convois de camions chargés de ravitailler les forces étrangères présentes sur le sol afghan. Craignant la prise de la capitale provinciale Peshawar et pour ralentir la progression des Taliban, les autorités pakistanaises lancèrent, le samedi 28 juin 2008, une opération militaire dans le district de Khyber, à la frontière de l’Afghanistan, pour tenter d’enrayer la talibanisation de toute la région qui menace de se propager jusqu’à Peshawar, puis Islamabad. Il s’en suivit l’opération Sherdil (en ourdou « coeur de lion ») dans la zone tribale de Bajaur qui s’est déroulée d’août jusqu’à mi-septembre 2008 face au TTP et ayant causé le déplacement estimé entre 500.000 et 700.000 personnes, y compris 70.000 Afghans. 

Le changement dans la continuité

 

le président Asif Ali Zardari

Suite à la démission du président Pervez Musharraf, Asif Ali Zardari, un richissime homme d’affaires pakistanais et veuf de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto, est devenu le nouveau président de la République le 6 septembre 2008. Une source sûre au Pakistan m’a confié à maintes reprises que le président Zardari était aussi corrompu que ses prédécesseurs. Dès son entrée en fonction, les opérations conjointes américano-pakistanaises et les attaques de drones s’intensifiaient, notamment contre des éléments de la résistance afghane du réseau Haqqani opérant au Nord-Waziristan. Bill Van Auken, pour WSWS, dévoilait le 28 décembre 2009 que « le quotidien The News de Lahore, citant des données fournies par les responsables pakistanais, a rapporté en avril que 687 civils avaient été tués par une soixantaine de frappes de drones menées depuis janvier 2008 ». Il explique ensuite que « pendant les deux dernières années, le gouvernement pakistanais – autant celui du dictateur militaire Pervez Moucharraf que son successeur, le président Asif Ali Zardari du Parti du Peuple du Pakistan – a conçu un modus operandi avec Washington qui consiste pour le Pakistan à protester publiquement les attaques de drones et à demander qu’elles arrêtent, tout en leur donnant le feu vert dans les coulisses. (…) Le New York Times a rapporté qu’il y avait eu « plus de soixante opérations conjointes de l’ISI et de la CIA dans les régions tribales administrées fédérales (FATA) et au Balouchistan l’an passé » [16]. 

Et qu’en est-il de la question nucléaire ? 

Selon une source citée par Mecanopolis, dans un article intitulé « La menace terroriste contre les armes nucléaires du Pakistan » qui a été publié en juillet 2009 dans un numéro du CTC Sentinel, publié par un institut de recherche basé au Département des sciences sociales de l’US Military Academy, West Point, Shaun Gregory, directeur de l’Unité de recherche sur la sécurité du Pakistan à l’Université de Bradford au Royaume-Uni, a écrit : « Les militants ont récemment attaqué un certain nombre d’installations nucléaires du Pakistan, dont un le 20 août 2008 dans le cantonnement de Wah, largement estimé comme l’une des principaux sites d’assemblage des armes nucléaires du Pakistan. La préoccupation, toutefois, est que la plupart des sites nucléaires du Pakistan sont proches ou même dans les zones dominées par les Taliban pakistanais et Al-Qaïda ». Le directeur Shaun Gregory a déclaré : « Une série d’attaques sur les installations des armes nucléaires a également eu lieu. Celles-ci ont inclus une attaque sur le site de stockage de missiles nucléaires à Sargodha le 1 novembre 2007, une attaque sur la base aérienne nucléaire, à Kamra par un kamikaze aspirant au martyre le 10 décembre 2007, et peut-être la plus importante le 20 août 2008 » [17].

 

 

  

 

L’opération Rah-e-Rast (en ourdou « chemin de la droiture ») ou Seconde bataille de Swat qui a eu lieu entre le 5 mai et le 15 juillet 2009. Le 30 mai, l’armée pakistanaise annonçait être parvenue à reprendre le contrôle de Mingora, la plus grande ville de la vallée de Swat comptant près de 270.000 habitants. L’événement avait fait les gros titres de la presse mondiale. Le 11 juin, l’armée pakistanaise étend son offensive au district de Bannu, frontalier du Waziristan. FATA et NWFP ne forment bientôt plus qu’une seule très vaste zone de guerre. Au lendemain du 11 juin, l’armée pakistanaise annonce le lancement de l’offensive contre Baitullah Mehsud. Courant juin, le gouvernement de Zardari annonce que le fief du TNSM a été bombardé et détruit. La violence de ces derniers combats a déjà provoqué l’exode de plus de deux millions de personnes, le plus grand déplacement depuis la Partition des Indes en 1947, ainsi que la fuite de la quasi-totalité des journalistes régionaux qui travaillent pour Shamal, Salam, Chand, Awaz-e-Swat, Azadi et Khabarkar dans la ville de Mingora. Selon le dernier rapport de Reporters sans frontières paru ce mois-ci, le président du Club de la presse de Swat, Salahuddin Khan, déclarait en mai 2009 à RSF que la vallée vivait « sans aucun média ». Aujourd’hui, il affirme : « Tout le monde constate ce changement. » « Nous nous sentons bien maintenant et nous espérons que la situation continuera à s’améliorer », affirmait Shireen Zada, l’un des derniers journalistes à avoir fui la vallée en mai dernier. La compagnie Ali Cable, installée à Mingora, a rouvert le 20 août 2009, après avoir été contrainte de fermer en novembre 2008, sous la pression des Taliban. « Je suis heureux de pouvoir de nouveau offrir mes services après de si longs mois de fermeture (…) Depuis août, j’ai vendu plus de 4.000 connexions et nous en avons réparé beaucoup d’autres endommagées par les Taliban », explique Umer Ali Baacha, propriétaire d’Ali Cable, à RSF [18].

 

camp de réfugiés pakistanais Yar Hussain de Swabi

le camp de réfugiés pakistanais Shah Mansour

De concert avec l’opération Rah-e-Rast se déroulant dans les zones tribales du NWFP, l’offensive aérienne de l’opération Rah-e-Nijat (en ourdou « chemin de la délivrance ») est lancée le 19 juin 2009 dans le Sud-Waziristan pour combattre les 10.000 à 12.000 combattants du TTP et du Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO). Cette nouvelle offensive provoque l’exil de plus de 100.000 habitants de la région. Publié le lundi 22 juin 2009 dans le Washington Post, le président Asif Ali Zardari déclarait qu’avec 1.200 soldats morts, le Pakistan avait payé un plus lourd tribut dans la guerre contre les Taliban que l’ensemble réuni des États de l’OTAN engagés en Afghanistan [19]. 

Vendetta contre les Mehsud

 

l'émir Baitullah Mehsud

Le TTP a été dirigé, jusqu’au 5 août 2009, par l’émir Baitullah de la tribu Mehsud, l’une des quatre plus influentes familles du Waziristan. Chef de guerre pakistanais et l’un des plus puissants chefs Taliban qu’a connu le Pakistan avec les seigneur Nek Mohammed et commandant Abdoullah Mehsud, Baitullah imposa la Charia dans de nombreux villages de la vallée de Swat. Il était soupçonné par la CIA et le gouvernement pakistanais d’être l’auteur de l’assassinat de Benazir Bhutto commis le 27 décembre 2007 à Rawalpindi mais Baitullah démentit ces accusations. A l’instar de Nek Mohammed, Baitullah Mehsud a été assassiné lors d’une attaque de drone américain contre la maison d’Ikramuddin, son beau-père sorti miraculeusement indemne de l’attaque. Interrogé par les Taliban dans leur bastion de Sararogha avec plusieurs de ses proches dont le fils et le frère de ce dernier, du nom de Saadullah Mehsud, ainsi qu’un neveu, Ikramuddin Mehsud a été exécuté par les chefs du TTP le soupçonnant d’avoir livré des informations aux services de renseignements pakistanais ayant permis l’assassinat de l’émir Baitullah par un missile lancé par un drone Predator de la CIA [20]. 

Le 28 septembre 2009, Kalimullah Mehsud, l’un des frères de Hakimullah, a été tué au nord-ouest du Waziristan lors d’un accrochage avec les forces de sécurité pakistanaises. Le samedi 10 octobre 2009, neuf hommes armés et vêtus d’uniformes militaires s’étaient présentés, à bord d’un minibus, à l’entrée principale du Grand quartier général (GQG) de l’armée pakistanaise à Rawalpindi, qui abrite l’état-major au complet, au cœur même du dispositif le plus sécurisé du Pakistan avec Islamabad, déjà transformés en camps retranchés avec des check-points de la police et de l’armée. N’ayant pas réussi à déjouer la vigilance des gardes, les assaillants ont ouvert le feu et lancé des grenades. Dans les premiers combats qui ont suivi, un général de brigade, un colonel et quatre militaires ont perdu la vie. L’attaque du GQG s’est poursuive par une prise d’otages de 42 personnes, militaires et civiles employées par l’armée, retenues dans un bâtiment jouxtant le GQG de la plus puissante institution pakistanaise. 4 assaillants sont morts tout au long de la journée du samedi. Quelques secondes avant que les premiers muezzins n’appellent à la prière du matin, le 11 octobre 2009, des commandos pakistanais prennent d’assaut le complexe militaire, libérant les otages et mettant en fuite les agresseurs. L’attaque a causé la mort de 22 personnes, dont 11 militaires pakistanais, 8 assaillants et 3 otages. Le dernier assaillant, blessé, a été capturé quatre heures après le début de l’assaut. Considérée par tous comme une évidente riposte aux opérations militaires, l’audacieuse attaque du GQG, qui a tenu en haleine le monde entier pendant plus de 24 heures, a été attribuée au TTP d’Hakimullah Mehsud ayant promis de venger la mort de son prédécesseur, Baitullah. « Nous avons la capacité de frapper où nous voulons au Pakistan, nous pouvons viser les lieux les plus importants », déclarait à l’AFP, en revendiquant l’attaque du GQG, Azam Tariq, le porte-parole du Mouvement des Taliban du Pakistan.

 

l'opération Rah-e-Nijat

Cette attaque contre le QG de l’armée pakistanais a lancé l’offensive terrestre de l’opération Rah-e-Nijat (en ourdou « chemin de la délivrance »), le 17 octobre 2009, en mobilisant 28.000 soldats pakistanais et 500 commandos d’élite. Bien que l’armée pakistanaise a assuré, le 19 octobre 2009, avoir pris le contrôle de la localité de Sararogha au nord-est de Wana, un important fief des Taliban, des combats ont continué de s’y dérouler dans les environs. Ainsi, le même jour, une embuscade tendue par les Taliban a fait 7 tués parmi les militaires selon les autorités pakistanaises, les Taliban revendiquaient 36 victimes. De même que dans la ville stratégique de Kotkai, les maisons d’Hakimullah Mehsud, le nouveau chef du TTP depuis le décés de Baitullah, ainsi que celle de son lieutenant Qari Hussain Mehsud ont été détruites. Entre deux absurdes communiqués de presse relayés à travers tout le globe annonçant la mort de 60 terroristes d’Al-Qaïda au cours des dernières 24 heures, le président américain Barack H. Obama a qualifié le Sud-Waziristan d’« endroit le plus dangereux du monde pour les Américains ». 

Le dimanche 1er novembre 2009, un haut responsable de l’armée pakistanaise a affirmé avoir fait fuir entre 600 et 800 combattants étrangers de la ville de Kanigurram du Sud-Waziristan. Toujours lors de cette visite organisée pour la presse dans cette zone de conflit habituellement inaccessible, le général de brigade Mohammad Ihsan déclarait que des combattants « principalement des Ouzbeks, mais certains sont Tchétchènes ou Arabes », ont été mis en déroute par de lourds bombardements des chasseurs, des hélicoptères et de l’artillerie de l’armée. Depuis le déclenchement de l’offensive aérienne de l’opération Rah-e-Nijat en juin, plus de 120.000 personnes ont fui le Sud-Waziristan, selon l’armée pakistanaise et le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) [21]. « Environ 100 000 personnes ont été déplacées, elles s’installent dans les districts voisins de Tank et Dera Ismail Khan », déclarait le colonel Waseem Shahid. Près de 300.000 autres ont fui le Nord-Waziristan, selon Médecins sans frontières.

 

le commandant Hakimullah Mehsud

Après six mois passé à la tête du TTP, une armée estimée entre 10.000 et 20.000 combattants ainsi qu’environ 1.500 combattants étrangers présumés liés au MIO, le cousin de Baitullah, Hakimullah Mehsud (né Jamshed Mehsud) alias Zulfiqar longtemps considéré comme l’un des plus dangereux Taliban pakistanais, est décédé suite à ses graves blessures au cou infligées lors d’une énième frappe de drone dans le Sud-Waziristan, le 14 janvier 2010, contre un camp d’entraînement taliban près du village de Sakhtoi. Hakimullah était suspecté d’être le responsable de nombreuses attaques contre les forces de l’OTAN dans les districts de Khyber et de Peshawar à partir de 2008. Des attaques ayant conduit à la destruction de près de 600 véhicules militaires qui ont poussé les généraux de l’OTAN à chercher d’autres voies de réapprovisionnement, notamment par le biais de la Russie. Par ailleurs, Hakimullah était également soupçonné d’être à l’origine de la très violente vague d’attentats-suicides qui a secoué le Pakistan depuis mi-septembre 2009 [22] dont l’audacieuse attaque du GQG de l’armée pakistanaise de Rawalpindi le 10 octobre 2009. Azam Tariq, porte-parole du TTP, a déclaré que son groupe n’avait en aucun cas été impliqué ni dans l’attentat du marché de Peshawar du 28 octobre 2009 qui avait fait plus de 130 morts, ni dans l’attaque de la mosquée de Charssada, une ville située à la frontière de la province pakistanaise du Nord-ouest perpétrée en pleine cérémonie de l’Aïd al-Adha le 21 décembre 2007. Il a demandé « que le monde arabe, en particulier le Pakistan, sache que les Moudjahidins ne posent pas de bombes destinées à tuer des civils. C’est plutôt l’œuvre des sinistres organisations secrètes à la solde de l’État et de Blackwater ». Le porte-parole du Tehreek e-Taliban a justifié certaines explosions « légitimes sur le plan religieux. Les cibles de notre groupe ont toujours été clairement définies : il s’agit des organisations étatiques qui, sur ordre des Américains, s’en prennent à nous et ont sur les mains le sang de nos martyrs. » Dans un entretien accordé à Katrina Husain pour Nouvelles Express, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a bel et bien admis que Blackwater/Xe Services opèrait au Pakistan et en Afghanistan [23]. Une affirmation longtemps démentie par des officiels d’Islamabad et de Washington [24]. Selon les sources du journal Dawn, aujourd’hui c’est Maulvi Noor Jamal qui aurait repris la tête du TTP [25]. 

Les meurtrières attaques de drones 

Les médias pakistanais rapportaient en décembre 2009 qu’un bombardier américain B-52 avait survolé le village Saidgi, situé à environ six kilomètres de la principale ville du Nord-Waziristan, Miranshah, terrorisant la population locale. Deux missiles lancées par un drone MQ-1 Predator auraient frappé des installations dans ce petit village du Nord-Waziristan, correspondant à la troisième attaque depuis le 17 décembre 2009 et un nouvel échelon dans l’intensification des opérations américaines au Pakistan. Ainsi, selon certaines sources, le nombre d’attaque au moyen de missiles air-sol AGM-114 Hellfire lancées par les drones MQ-1 Predator (transportant 2 missiles Hellfire), MQ-9 Reaper (8 missiles Hellfire ou 2 missiles air-air AIM-92 Stinger et 2 bombes à guidage laser GBU-12 Paveway II) ou MQ-1C Sky Warrior (transportant 4 missiles Hellfire et 2 bombes guidées GBU-44/B Viper Strike) depuis août 2008 est évalué à plus de 70, faisant plus de 600 victimes, principalement civiles. Rien que Baitullah Mehsud aurait été la cible d’une quinzaine de missiles durant l’année 2009, tuant entre 200 et 300 civils, selon le think tank New American Foundation. D’après une brillante analyse des frappes aériennes commises par drones Predator au Pakistan jusque septembre 2009 qui est parue, le 1er octobre 2009, sur le site The Long War Journal [26], il y a eu, de juin 2004 à juillet 2008, 87 frappes aériennes au Pakistan sans compter la première attaque officielle enregistrée le 18 juin 2004 qui assassina Nek Mohammed. 78 de ces frappes ont eu lieu à partir de janvier 2008. 36 attaques pour toute l’année 2008 dont 28 frappes entre août et décembre 2008 et 42 du 1er janvier 2009 au 29 septembre 2009. Sur les 88 frappes aériennes au total, 78 ont eu lieu au Nord-Waziristan (36 attaques) et Sud-Waziristan (42 attaques). Toujours d’après les données de cette analyse, en 2008, ces attaques ont fait 317 victimes, ciblées et civiles. Au 29 septembre 2009, elles étaient de 447. Des chiffres qui se rapprochent de ceux cités par les affirmations de Bill Van Auken.

Inde et Pakistan ou l’histoire de deux frères ennemis

Avant de définitivement quitter le nord du Pakistan pour aborder le Balouchistan, il convient de faire le point sur la situation du Cachemire qui monopolisent une grande part des relations indo-pakistanaises. C’est dans le contexte géopolitique extrémement tendu et passablement stabilisé au Cachemire que certains des mouvements pakistanais ont longtemps bénéficié du soutien d’Islamabad et même de l’appui de ses puissants services secrets, l’ISI. Le gouvernement pakistanais étant lui-même opposé à la présence indienne dans la région disputée du Cachemire, à l’origine de deux des trois guerres (1947-1948, 1965, 1971) entre les deux pays voisins possédant chacun l’arme nucléaire. Un autre vieux conflit eurasien généré lors de la Partition des Indes, le partage de la gigantesque colonie de l’Inde britannique, au moment de l’indépendance, les 14 et 15 août 1947, après des mois de violences aussi impitoyables que sanguinaires faisant plus d’un million de morts [27]. La Partition des Indes a donné lieu à deux nations indépendantes : l’Inde et les deux entités du Pakistan, le Pakistan occidental (l’actuel Pakistan) et le Pakistan oriental (l’actuel Bangladesh) distants de plus de 1.500 kilomètres de part et d’autre l’Inde. La frontière a été tracée par l’avocat Cyril Radcliffe et négocié par le dernier vice-roi de l’Inde britannique, l’illustre Louis Mountbatten, suivant les considérations religieuses – hindou, musulman et sikh – exigées par le fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, le leader indien du parti politique de la Ligue musulmane.

 

le Cachemire

Source de la carte : Cachemire : quelques repères (Philippe Rekacewicz) 

La libération du Bangladesh

En 1970 et 1971, pendant la Guerre Froide, l’Inde est une nation alliée de l’URSS et les relations avec les Etats-Unis sont au plus bas. De son côté, le Pakistan servait d’intermédiaire aux Américains pour se rapprocher de la Chine. Le gouvernement central du Pakistan était essentiellement composé de Penjabis, les Bengalis du Pakistan oriental n’étaient pratiquement pas représentés. Le redoutable cyclone de Bhola qui a dévasté le Pakistan oriental et la province indienne du Bengale occidental, les 12 et 13 novembre 1970, a fait officiellement entre 224.000 et 300.000 morts, officieusement plus de 500.000. Bhola est considéré comme le cyclone le plus meurtrier de tous les temps dans l’histoire des catastrophes naturelles avec le séisme de Tangshan en 1976 et le tsunami de l’Océan Indien en décembre 2004. Les secours du gouvernement central ont tardé à intervenir, le Pakistan occidental refusa l’aide de l’Inde, et par conséquent cela à peser lourd lors des élections législatives du

 

Yahya Khan

21 mars 1971. La Ligue Awami ayant obtenu la majorité au Parlement (160 sièges sur 162) s’est vue interdite d’entrer en fonction par le président et ancien général en chef de l’armée pakistanaise, Yahya Khan, qui fit arrêter le leader politique bengali, Mujibur Rahman, dans la nuit du 25 mars 1971. Au lendemain, Ziaur Rahman, un officier rebelle de l’armée pakistanaise orientale déclarait l’indépendance du Bangladesh au nom de Mujibur Rahman. Appuyée par les forces armées du Pakistan oriental, l’opération Searchlight est lancée par le Pakistan occidental en guise de répression sévère contre les Bengalis. L’élite dirigeante de la Ligue Awami s’exila à Calcutta et 10 millions de personnes ont fui vers l’Inde. Les combats durèrent 9 mois et ont fait entre 500.000 et 3 000.000 de décès de civils bengalis. En d’autres termes, un nettoyage ethnique ou une Shoah bengalie qui ne dérangeait pas du tout la Maison Blanche qui ferma les yeux sur ce côté sombre du conflit. C’est grossier à dire, et sans doute choquant, mais le dictateur Pol Pot du Cambodge, leader des Khmers Rouges bénis par la CIA, fait figure d’amateur comparé à Yahya Khan. Le plus choquant, d’après moi, réside surtout dans les implications occidentales, tant anglo-saxonne que française, soutenant tous ces monstrueux régimes autoritaires, dans la plupart des cas pour s’accaparer leurs ressources énergétiques, mais c’est un autre sujet de la longue descente aux enfers de tout le continent asiatique.

 

Indira Gandhi

En avril 1971, la Première ministre de l’Inde, Indira Gandhi, décide d’aider les séparatistes bengalis à libérer le Pakistan oriental du joug des Penjabis d’Islamabad. New Delhi commence dès lors à accumuler ses forces armées le long de la frontière de la Cachemire et attend l’hiver afin d’éviter le soutien de la Chine au Pakistan occidental. L’aviation pakistanaise répond à la menace cachemirie en attaquant les camps de réfugiés suspects de Bahini de Mukti situés sur le territoire indien à l’ouest du Pakistan oriental. Pendant les mois sanglants de la violente guerre civile entre les deux entités pakistanaises, les Etats-Unis du président Nixon et/ou du sécretaire d’Etat Henry Kissinger soutiennent le Pakistan occidental en craignant que l’Inde finisse par annexer le Cachemire et devienne un poids lourd dans la région passant sous contrôle soviétique. Le 3 décembre 1971, des avions pakistanais bombardent plusieurs bases militaires indiennes dans le nord de l’Inde, et le 4 décembre à minuit, New Delhi entre officiellement en guerre contre le Pakistan occidental. C’est le début de la Troisième Guerre indo-pakistanaise ou guerre de libération du Bangladesh. L’Inde lance une invasion massive du Pakistan oriental mettant en déroute les forces armées pakistanaises. Islamabad est sous pression, le Pakistan occidental, déjà menacé au nord par les forces armées indiennes amassées le long du Cachemire, voit son port de Karachi placé sous le blocus de l’Indian Navy. L’armée de terre indienne sous le commandement du lieutenant général Jagjit Singh Aurora remporte une victoire décisive le 16 décembre en capturant 90.000 soldats pakistanais. Pour refroidir les ardeurs de l’Inde, Washington envoie le porte-avions américain USS Enterprise tremper dans les eaux du Golfe du Bengale dans le but d’intimider l’Inde et littéralement l’obliger à conclure un cessez-le-feu. 

Au bout de 13 jours de combats intenses, la perte entre 10.000 et 30.000 soldats dans les deux camps et plus de 93.000 prisonniers de guerre, l’armée pakistanaise finit par capituler. Islamabad a perdu le Pakistan oriental. Le président pakistanais Yahya Khan démissionne le 20 décembre 1971. Zulficar Ali Bhutto, père de Benazir Bhutto, lui succède et fait libérer Mujibur Rahman, le 22 décembre 1971, devenant le premier Premier ministre de la République populaire du Bangladesh. Le 2 juillet 1972, l’Inde et le Pakistan s’assoient à la table et signent le Pacte de Simla, consentant à respecter la Ligne de Contrôle imposée en 1949 par l’ONU entre le Jammu-et-Cachemire indien et l’Azad Kashmir pakistanais, jusqu’à ce que la question soit définitivement résolue. 

L’étrange conflit de Kargil

Le conflit de Kargil s’est déroulée du 9 mai au 26 juillet 1999. Il s’est disputé sur des hauteurs himalayennes à plus de 5.000 mètres d’altitude et souvent à des températures inférieures à 0° d’où son surnom de « guerre des glaciers ». Appuyés par les hélicoptères de l’aviation pakistanaise et équipés par les services secrets du Pakistan en mitrailleuses moyennes, des mortiers lourds, des missiles Stinger pour se protéger de l’aviation indienne et des petites armes sophistiqués afin de se battre avec les mobiles de neige, des centaines d’éléments issus des 40 camps concentrés à Gultari, Faranshat, Shaqma, Olthingthang, Marol et Kharmang, dans l’Azad Kashmir, se sont infiltrés dans le secteur de Batalik de l’autre côté de la Ligne de Contrôle. Leur objectif était de prendre le contrôle de la route stratégique reliant les villes indiennes de Srinagar, la plus grande ville du Jammu-et-Cachemire située à l’ouest, à Leh du district de Ladakh, situé plus à l’est et surnommé le Petit Tibet, une autre région disputée entre l’Inde et la Chine qui revendique aussi une partie du Cachemire. Kargil se situe entre les deux villes, légèrement au nord de la route Srinagar-Leh. Des patrouilles de l’armée indienne du Jammu-et-Cachemire ont découvert les éléments infiltrés, le 8 mai 1999, et la tension entre les deux pays a très vite grimpé. Le 31 mai, le Premier ministre de l’Inde, Atal Behari Vajpayee, disait qu’il y avait une « situation de guerre » à Kargil. Le 6 juin, les forces armées indiennes lancaient l’opération Vijay, une offensive massive dans les secteurs de Kargil et Drass. Elle était accompagnée de frappes aériennes. L’objectif de la stratégie de reconquête était de garder la route cruciale Srinagar-Leh libre de toute menace pakistanaise. Trois jours plus tard, l’armée indienne prennait le sommet de Tololing en parvennant à chasser les combattants pakistanais vers Batalik. La Chine demeurant neutre, le 4 juillet, le président américain Bill Clinton réclamait aux combattants pakistanais de se retirer du Jammu-et-Cachemire. Le 10 juillet, Kargil est libéré par l’armée indienne. Le lendemain, Vajpanee visitait la ville et ordonna le retrait de tous les éléments infiltrés pour le 16 juillet. Le 12 juillet, le Premier ministre du Pakistan, Nawaz Sharif, annonçait le retrait à la télévision et proposait des entretiens avec Vajpayee. Malgré quelques combats de basse intensité, les combattants pakistanais commencèrent à se replier vers l’Azad Kashmir. Le 14 juillet, Vajpanee déclarait l’opération Vijay comme un succès. Le 26 juillet marque à présent la date d’anniversaire de la victoire indienne, « Kargil Vijay Diwas » ou « Fête de la victoire de Kargil ». Nul besoin d’être un véritable expert en géopolitique pour comprendre que l’attaque pakistanaise était tout sauf une nouvelle tentative d’Islamabad pour s’emparer du Jammu-et-Cachemire. 

La soif de pouvoir du « Muhadjir »

 

le Premier ministre déchu Nawaz Sharif

La défaite du conflit de Kargil qui s’est accompagné du désaveu de ses principaux alliés, américain et chinois, ainsi que les accusations de corruption qui pesèrent sur Nawaz Sharif déclenchèrent un coup d’État militaire, le 12 octobre 1999. L’armée renversa le gouvernement civil du Nawaz Sharif, sans effusion de sang, et plaça le général limogé par Nawaz, Pervez Musharraf, à son poste jusqu’au 23 novembre 2002. Dès la veille du coup d’État, le conflit de Kargil avait pris une tournure de complot orchestré par l’ISI contre son propre gouvernement. Entre temps, le 20 juin 2001, Pervez Musharraf a été élu à la tête de l’État faisant donc de lui, simultanément le chef d’état-major des armées, le Premier ministre et le Président de la République islamique du Pakistan. Ce qu’il convient d’appeler un dictateur. Après le référendum de novembre 2002 où il parvint à obtenir 97,5% des suffrages, ce qui lui permit de prolonger son mandat présidentiel de cinq ans, Pervez Musharraf abandonna la fonction de Premier ministre. Pour éviter de comparaître devant les juges et répondre des accusations de corruption, Nawaz Sharif s’exila du Pakistan et s’envola pour l’Arabie Saoudite. Devenu l’un des plus importants alliés de Washington dans sa guerre contre le terrorisme, Pervez Musharraf fit interdire cinq organisations religieuses, surveiller les mosquées et les madrassas, mit 2.000 islamistes en prison dont Sufi Mohammed et livra 450 membres présumés d’Al-Qaïda aux Américains qui soupçonnaient la pieuvre ISI de soutenir le réseau des Taliban afghans et pakistanais dans leurs opérations visant la coalition ISAF en Afghanistan. Le choix de cette coopération lui valu une progressive perte de confiance de la population pakistanaise. Pour le Talibanistan, le natif de Delhi fut considéré comme un ennemi de l’Islam. En décembre 2003, il échappa à deux attentats perpétrés par des hommes soupçonnés d’appartenir à Al-Qaïda. En dépit de quelques avancées démocratiques, notamment pour les femmes, en mars 2007, le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry, président de la Cour suprême, que Musharraf accusa d’abus de pouvoir, fut suspendu de ses fonctions, ce qui provoqua de nombreuses manifestations dans les villes pakistanaises à majorité anti-Musharraf. Le juge Chaudhry fut rétabli à son poste quelques mois plus tard mais de violentes émeutes éclatèrent à partir de mai 2007 entre sunnites et chiites et entre partisans et adversaires du dictateur. Réélu le 6 octobre 2007 à la présidence du Pakistan avec 252 voix sur 257 malgré sa grande impopularité, Pervez Musharraf abandonna son poste de chef d’état-major des armées. C’est le général Ashfaq Kiyani, 55 ans, qui lui succéda avec, bien sûr, la bénédiction de celui-ci, dont il est, depuis plusieurs années, l’homme de confiance.

 

le dictateur Pervez Musharraf

Il autorisa Nawaz Sharif à rentrer au pays et signa également un décret d’amnistie qui marqua l’abandon des poursuites pour corruption à l’encontre de l’ex-Première ministre Benazir Bhutto après huit années d’exil. Après les éléctions législatives, au début de l’année 2008, qui marquèrent le triomphe du parti de Bhutto assassinée, le PPP (fondé par Zulficar Ali Bhutto), et de la Ligue musulmane (PML-N) de Nawaz Sharif, Yousouf Raza Gilani, candidat du PPP qui était soutenu par le veuf Asif Ali Zardari, fut élu Premier ministre et s’engagea aussitôt dans une épreuve de force avec Pervez Musharraf. La nouvelle coalition qui s’est emparée du pouvoir fit accuser le dictateur de violations graves de la Constitution. La coalition lança une motion de destitution à son encontre, en août 2008, en lui reprochant notamment d’avoir volontairement évincé des magistrats qui s’apprêtaient à statuer sur sa réélection contestée en octobre 2007 et d’avoir instauré des mesures impopulaires durant l’état d’urgence en novembre 2007 sans oublier l’animosité personnelle que lui vouait Nawaz Sharif. « Nous avons de bonnes nouvelles pour la démocratie », lançait Asif Ali Zardari au cours d’une conférence de presse. Le 18 du même mois, Pervez Musharraf, âgé de 65 ans, se décida finalement à démissionner, pour éviter d’être destitué, après avoir dirigé le Pakistan pendant neuf longues années. « Après avoir considéré la situation et consulté divers conseillers en droit et alliés politiques, sur leurs conseils, j’ai décidé de démissionner », déclarait-t-il lors de son dernier discours télévisé à la nation en remettant son avenir de Muhadjir (immigré) entre les mains du peuple. Ayant quitté la scène politique, le 23 novembre 2008, muni d’un visa ordinaire et accompagné de son épouse, Pervez Musharraf à la retraite arriva à Londres à bord d’un vol régulier en provenance d’Islamabad et fut accueilli, sans strass et paillettes, par un simple chargé d’affaires de l’ambassade. Après une visite au domicile d’un vieil ami, l’ex-général Niaz Ahmed, Pervez Musharraf prononça une conférence à l’université de Cambridge avant de s’envoler pour une tournée en Europe et aux États-Unis. D’après des officiels de l’actuel président, Asif Ali Zardari, l’ex-protégé de Bush junior aurait acquis une demeure dans le comté de Buckinghamshire, au nord de Londres, et aurait l’intention de s’installer définitivement au Royaume-Uni. 

Comme chien et chat

Dans une dernière rixe diplomatique, survenue en octobre 2003, Faisal Saleh Hayat, le ministre pakistanais de l’Intérieur, a accusé l’Inde d’avoir ouvert six camps d’entraînement terroristes en Afghanistan qui se situeraient à proximité des consulats indiens de Djalâlâbâd et d’Hérat. « RAW (les services secrets indiens) fournit les fonds et procure les faux papiers pakistanais et la fausse monnaie aux recrues qui sont ensuite envoyées au Pakistan après avoir été entraînées à mener des attaques », a-t-il précisé. Des camps d’entrainement pour mener des tentatives de déstabilisation sur son sol, ou pour porter atteinte aux intérêts pakistanais en Afghanistan. Ainsi, les autorités pakistanaises ont déclaré que la « main de l’Inde » a téléguidé l’attentat contre la mosquée chiite de Quetta, dans la province du Balouchistan, le 4 juillet 2003 faisant 53 morts, ou le saccage de l’ambassade du Pakistan à Kaboul dans les jours qui suivèrent. Le 15 octobre 2003, un séminaire était organisé par le parti pakistanais pro-pachtoune Pakhtun Quami et réunissait de nombreuses personnalités pachtounes, tant pakistanaises qu’afghanes pour débattre de « L’influence néfaste de la ligne Durand sur le peuple pachtoune » accentuant les prémices de déstabilisation du Pakistan. 

Les violents attentats de Bombay

 

les lieux des attentats de Bombay

Du mercredi 26 au samedi 29 novembre 2008, à Bombay, l’Inde a vécu son « 11 septembre », l’épisode terroriste le plus terrible de son histoire dont le bilan s’est élevé à 174 morts parmi lesquels neuf des dix assaillants, une trentaine d’Occidentaux et plus de 300 blessés. Véritable opération techno-commando, tant dans la préparation ingénieuse que l’exécution implacable qui a paralysé toute la stratégie usuelle du contre-terrorisme de plusieurs milliers de policiers et militaires indiens, les 10 kamikazes pakistanais, d’une moyenne d’âge de 20 ans, ont notamment utilisé selon Charles Bwele pour Alliance Géostratégique : 

  • des mobiles GPS pour l’orientation et des téléphones satellittaires pour la coordination opérationnelle lors du trajet maritime entre le Pakistan et l’Inde,
  • des PDA Blackberry et la VoiP (voix par Internet) pour la communication tactique,
  • Google Earth pour la géolocalisation tridimensionnelle des sites ciblés : les docks de Mazagaon, les hôtels de luxe Oberoi-Trident et Taj Mahal, le terminus ferroviaire Chhatrapati Shivaji, la station de métro Vile Pale, le restaurant touristique Léopold Café, l’hôpital Cama, le siège juif du Mouvement Loubavitch Nariman House et le siège de la police de Bombay
  • des plate-formes Web 2.0 pour l’analyse en temps réel de la couverture (e-)médiatique des attentats et le suivi permanent de la réaction policière et militaire.

Alors que l’Inde et le Pakistan s’orientaient vers un processus de paix pour le Cachemire depuis 2003, est-ce que les attentats de Bombay étaient réellement de l’oeuvre des séparatistes du Lashkar-e-Toiba, que tout semble accuser y compris les aveux du kamikaze capturé Azam Kasav Amir, ou du groupuscule inconnu baptisé Moudjahidins du Deccan, défendant la cause des musulmans indiens opprimés, qui a revendiqué les attaques ? Quoiqu’il en soit, dans le cadre de la guerre globale contre le terrorisme, les attentats de Bombay n’ont fait que fortifier la volonté hégémonique américaine de frapper fort les mouvements islamistes du nord du Pakistan, au grand dam de la Chine. Du moins, c’était encore le cas jusqu’à ce mois de janvier 2010 comme nous le verrons plus loin. Toutefois, le partenariat nucléaire entre Washington et New Delhi a oté au Pakistan toute illusion d’une véritable amitié américaine malgré l’alliance qui lui a été imposée. Ce partenariat a poussé le Pakistan à nouer plus fort encore ses vieux liens avec l’autre ennemi de l’Inde, et le principal des États-Unis, la Chine. 

Le Balouchistan dans la ligne de mire des enjeux internationaux

Qu’est-ce que la ligne Goldsmith ?

On nomme la ligne Goldsmith la frontière internationale entre l’ancien grand royaume de Kalat (1695 à 1955) et la Perse qui a été établie en 1871 par la Compagnie des Indes britanniques. En accord avec les autorités perses, la ligne Goldsmith divisa l’aire de population baloutche en abandonnant plus d’un quart du Balouchistan à la Perse qui avait déjà conquis une large partie du territoire occidental du royaume de Kalat. Les informations demeurent très floues quand à l’origine exacte de ce Goldsmith ou Goldsmid selon Selig S. Harrison, directeur du Center for International Policy à Washington. Était-ce cet officier juif et intendant particulier du roi Edouard VII qui s’éleva au rang du commandant en chef de l’armée de la Grande-Bretagne en Afrique ? En accord avec les autorités afghanes, suite au tracé de la ligne Durand, le vieux royaume de Kalat, devenue la province autonome du Balouchistan britannique, est à nouveau morcelé en quatre états : Makran (sud), Kharan (centre), Las Bela (nord), et Kalat (ouest) qui n’était plus qu’un vestige.

 

un Baloutche qui s'en va en guerre

Malgré le souhait d’un Balouchistan réunifié et indépendant proclamé par le roi Ahmad Yar Khan du Kalat, en 1948, l’armée pakistanaise intervient dans l’état du Kalat et un accord met tout de suite fin à son indépendance. Le frère du roi Ahmad Yar Khan, le prince Abdoul Karim refusa cet accord et entama une guérilla contre le pouvoir central. C’est la première guerre baloutche entre le natif Pakistan occidental et le mouvement nationaliste baloutche. Toujours sur des fonds ethniques, religieux et stratégiques, les Baloutches revendiquant plus d’autonomie ainsi qu’une plus juste répartition des richesses de leur territoire, la deuxième guerre baloutche a eu lieu en 1955, le troisième de 1958 à 1969 et la quatrième de 1973 à 1977 qui fut sans doute la plus violente, faisant 8.600 morts dont 5.300 Baloutches. L’invasion soviétique d’Afghanistan de 1979 qui entraîna un lot massif de centaines de milliers de réfugiés afghans dans le Balouchistan, fit passer les revendications baloutches au second plan. Le cinquième conflit baloutche a éclaté en 2004.

 

le Balouchistan

Située au sud-ouest du pays, près de la frontière de l’Afghanistan, Quetta est la capitale de cette plus vaste province pakistanaise, 347.190 km² (42 %) – une superficie quasi équivalente à celle de l’Allemagne – des 800.000 km² du Pakistan, mais aussi la moins peuplée avec seulement 7,5 millions d’habitants dont 6,67 millions de Baloutches. De l’autre côté de la ligne Goldsmith, le Sistan-Balouchistan est la seconde plus grande province iranienne, avec une superficie de 181.600 km² (11 %) sur les 1 648.195 km² que compte l’Iran, une population d’environ 2,3 millions d’habitants dont 1,15 millions de Baloutches et son chef-lieu se nomme Zahedan. La province du Baloutchistan a le revenu moyen par habitant le plus bas du Pakistan, alors qu’elle est la plus riche, concentrant 20 % des ressources minières de cuivre, de fer, de zinc, d’uranium, de charbon et de gaz principalement, pour ces deux dernières ressources, dans la région de Sui. Le seul gisement de Sui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Pour donner un exemple concret de ces inégalités, Islamabad achète l’unité de gaz pour 170 roupies à la province du Sindh, pour 190 roupies à la province du Pendjab, et seulement pour 27 roupies à la province du Baloutchistan. Par ailleurs, seuls 4 des 26 districts du Balouchistan sont approvisionnés en gaz. En 2005, le gouvernement de Pervez Musharraf fait l’acquisition de terrains destinés à la construction de nouvelles garnisons militaires ou à l’extension de casernes dans les districts de Gwadar, Dera Bugti, Quetta, Khuzdar et de Kohlu, le bastion de la tribu des Marri la plus nationaliste, avec les Bugti et les Mengal. 

Sunnites hanéfites comme le peuple pachtoune, les tribus baloutches sont des éleveurs nomades de langue iranienne. Ils auraient migré vers l’an 1000, depuis les bords de la Mer Caspienne, pour s’installer entre le désert du sud-est de la Perse et la Mer d’Oman. Les Baloutches iraniens, au sentiment anti-perse et anti-chiite semblable à celui qui existe à l’ouest dans la province iranienne du Khuzestan, ont également des relations très tendues avec le régime chiite de Téhéran se résumant, dans les grandes lignes, à l’oppression discriminatoire des sunnites de la part des institutions gouvernementales et, comme les Baloutches pakistanais avec Islamabad, les retombées de l’exploitation des mines d’or et de cuivre du Sistan-et-Balouchistan. 

Toutes les routes mènent à Gwadar

 

Gwadar

Surnommé le « Gibraltar » sino-pakistanais par l’Inde, Gwadar est une petite ville d’à peine 54.000 habitants, située en bordure de la Mer d’Arabie de l’Océan Indien, à 100 kilomètres de la frontière iranienne. Ancienne enclave du Sultanat d’Oman jusqu’en 1959, Gwadar se trouve à l’est du Golfe Persique et son fameux Détroit d’Ormuz, long de 63 kilomètres et large de 40 kilomètres, où transite le pétrole d’Arabie Saoudite, du Koweït, du Qatar, des Émirats Arabes Unis, du Bahreïn et d’Irak. 17 millions de barils chaque jour, soit 2.400 pétroliers par an, passent par le Détroit d’Ormuz, d’une importance stratégique décisive dans le trafic international, selon les données du Département de l’Énergie américain. Une raison importante parmi d’autres, c’est pour anticiper à un éventuel blocage du Détroit d’Ormuz, par l’Iran comme probable mesure de riposte en cas d’agression sur son territoire par des forces étrangères, que la Chine a fait construire le port de Gwadar.

 

la « perle » pakistanaise de la Chine

La « Phase One » du complexe portuaire ultramoderne en eau profonde à vocation civile et militaire de Gwadar a été inaugurée le 27 mars 2007, par le président Pervez Musharraf en personne. Gwadar permet à présent au Pakistan d’avoir une seconde base navale et un nouvel accès au commerce international mais aussi de décongestionner Karachi afin d’éviter un nouveau blocus comme en 1971 durant la Troisième Guerre indo-pakistanaise. Un aéroport international, un terminal pétrolier et une raffinerie, une zone spéciale dédiée à l’export et une autre à l’industrie en cours de construction s’ajouteront au port de Gwadar. Conçu pour durer, bâti pour briller comme une « perle » et financé à hauteur de 85 % des 1,2 milliards de dollars par la Chine, le nouveau port de Gwadar sert aussi à la Chine pour relier, via la liaison ferroviaire Dalbandin-Gwadar dans le Balouchistan qui se prolongera jusqu’à Rawalpindi dans le Penjab pakistanais, la longue route de Karakoram, d’environ 1.300 km de long, qui relie Havelian, dans la province NWFP du Pakistan, à Kashgar dans la province autonome ouïghoure du Xinjiang. Empruntant l’un des itinéraires de la Route de la Soie, la route de Karakoram, qui pourrait être doublée d’un oléoduc transpakistanais, est la plus haute route asphaltée du monde en franchissant le col de Khunjerab à 4.693 mètres d’altitude. D’ouest en est, un tronçon supplémentaire relie les villes de Kaboul, par la Passe de Khyber, Lahore, Peshawar et Islamabad, à la grande route transcontinentale qui traverse tout le nord de l’Inde, vers Amritsar, au Penjab indien, à Sonargaon dans le Bengale occidental. Le Pakistan et l’Ouzbékistan prévoient de construire une route et une voie ferrée pour relier l’Ouzbékistan à la route de Karakoram. 

La chimère TAP

Dans le contexte géostratégique terrestre d’Asie Centrale, en observant la carte avec du recul, toutes les zones instables indo-pakistanaises, du Cachemire à travers la province NWFP, en passant par celle du FATA jusqu’au Balouchistan, paralysent autant l’accès au pétrole iranien à la Chine que le projet iranien du gazoduc IPI (Iran-Pakistan-Inde), censé être opérationnel en 2015 si les travaux débutent bel et bien en 2010.

 

les différentes zones de conflits du Cachemire au Balouchistan en passant par le Pachtounistan

Le gazoduc IPI évite donc l’Afghanistan instable mais traverse tout le territoire sud-pakistanais depuis la ville iranienne d’Assuliyeh, près du gisement de South Pars, à la ville indienne de Barmer dans la province du Rajasthan, soit 2.775 kilomètres. Il y a peu, cette situation à hauts risques était encore du pain béni pour l’Amérique du Nord et l’Europe tous impatients d’enfin pouvoir se lancer dans la construction d’un gazoduc transafghan reliant la ville turkmène d’Ashgâbât à Gwadar et/ou au terminal indien de Dabhol selon le vieux tracé d’Enron ou d’Unocal avec le gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline) d’Achgâbât à Karachi devenu, en 2008, le gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde). Les gazoducs IPI d’Iran et TAPI de l’Occident nourissent par conséquent une grande rivalité que les médias n’osent pas en parler.

 

les tracés des gazoducs IPI (blanc) et TAP (rouge)

un autre tracé du gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline)

Le vieux projet de gazoduc transafghan TAP est débattu sur de nombreux forums, même sur Facebook, depuis des années. Rappelons que la société californienne Unocal, intéressée par l’Afghanistan dès 1993, a offert son soutien aux Taliban durant la guerre civile contre l’Alliance du Nord. Ils négocièrent par l’intermédiaire de la société américano-saoudienne Delta Petroleum, dont les liens supposés avec la CIA et les services secrets d’Arabie Saoudite n’ont jusqu’à ce jour jamais été ni prouvés ni démentis. Le projet d’Unocal fut d’abord menacé par la société argentine Bridas, dont l’ancien président Carlos Bulgheroni noua une relation de confiance avec les Bhutto au Pakistan et pu négocier plus habilement que les Américains et directement avec les différentes factions tribales d’Afghanistan. Puis, le projet du gazoduc TAP fut officiellement abandonné en 1998 lorsque Washington prit ses distances avec le nouveau régime de Kaboul à cause peut-être des révélations dans la presse des pratiques auxquelles se livrèrent les Taliban et des réactions qu’elles suscitaient au sein de l’opinion publique. Rappelons aussi que, selon des informations révélées par le journal Le Monde, le président Hamid Karzaï aurait été autrefois un conseiller d’Unocal. Le 11 septembre 2001 réactiva le projet d’Unocal avec cette fois le soutien de la Banque Asiatique de Développement (ABD) qui s’était engagé à en financer une partie. En mai 2002, le redémarrage officiel du projet TAP est annoncé par les trois présidents d’Afghanistan, du Pakistan, et du Turkménistan réunis à Islamabad. Des doutes commencent alors à planer sur la capacité du Turkménistan à honorer ses engagaments à cause notamment de la Russie qui achète 80 % du gaz turkmène et les premières négociations avec la Chine dont le projet faramineux d’un long gazoduc TOKC, de 1.833 kilomètres, traversant l’Ouzbékistan et l’immense Kazakhstan jusqu’au Xinjiang. Qui plus est, le tracé du gazoduc TAP traverse le Talibanistan et le conflit afghan n’est toujours pas fini. Après les trois inaugurations, en 2001, de l’oléoduc CPC (Caspian Pipeline Consortium) qui relie le gisement kazakh de Tengiz au port russe de Novorossiisk sur la Mer Noire, en 2006, de l’oléoduc BTC (Baku Tbilissi Ceyhan) et, en 2007, du gazoduc SCP (South Caucasus Pipeline) qui relie Baku à Erzurum via Tbilissi, tous les trois dans des régions stables, l’itinéraire choisi pour le gazoduc TAP perd beaucoup de son intérêt et le projet passe à nouveau au second plan. C’est à croire qu’il est maudit mais dans un nouveau coup de théâtre, en octobre 2008, le cabinet britannique Gaffney Clines and Associates (CGA) publie les résultats de son audit ne concernant que les réserves de la partie est du Turkménistan. Le seul gisement d’Osman-South Yoloton contiendrait déjà entre 4 et 6 tcm (trillions de mètres cube) de gaz, ce qui en fait le quatrième gisement au monde. Cet audit rassure les investisseurs américains, chinois et indiens sur les capacités du Turkménistan à produire, sur le long terme, les volumes pour lesquels il s’était engagé. Malgré toutes les difficultés cumulées, les risques et les retards, le vieux projet d’Unocal n’est pas encore abandonnée. Il a déjà 15 ans mais la construction n’a même pas encore débuté.

 

le réseau de pipelines (gazoducs et oléoducs) vers l'Europe

Source de la carte : « Grand jeu » autour du pétrole et du gaz (Philippe Rekacewicz)

Pourquoi alors cela n’est plus que du pain moisi ? Premièrement, deux jours après l’inauguration de la partie kazakhe du gazoduc TOKC (Turkménistan Ouzbékistan Kazakhstan Chine), la partie turkmène a été inaugurée, le 14 décembre 2009, au cours d’une grande cérémonie à Saman-Depe avec les quatre présidents concernés, Hu Jintao de la Chine, Gurbanguly Berdimuhamedov du Turkménistan, Islam Karimov de l’Ouzbékistan et Noursoultan Nazarbayev du Kazakhstan [28]. Et deuxièmement, en dépit de toute la calomnieuse propagande anti-iranienne, les États-Unis menaçant le régime des mollahs de nouvelles sanctions depuis plusieurs années et prétendant que « Téhéran se trouve de plus en plus isolé », le 6 janvier 2010, le Turkménistan a finalement décidé d’attribuer la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran. Un événement majeur dans le Grand Échiquier qui est totalement passé inaperçu dans la presse occidentale tellement son importance était lourde de conséquences avec le bourbier afghan ayant pris, ici, une nouvelle proportion calamiteuse. Avec l’inauguration du gazoduc DSK (Dauletabad-Sarakhs-Khangiran) qui relie le nord de l’Iran dans le bassin de la Mer Caspienne, puis par ramification vers la Turquie par le gazoduc existant, long de 2.577 km, entre Tabriz, au nord de l’Iran, et Ankara, le président turkmène Berdymukhammedov n’est plus vraiment intéressé par les différents projets de tracés transafghans proposés par les États-Unis et l’Union Européenne. Dans une politique multivectorielle comme le Kazakhstan, le Turkménistan compte dorénavant bien profiter du vaste réseau de pipelines iraniens pour développer de nouvelles voies d’acheminement de gaz vers le reste du monde. 

Peut-on alors dire que le projet ancestral d’Unocal a été tué dans l’oeuf ? Avant de l’enterrer hâtivement, n’oublions pas qu’il a su traverser de nombreux obstacles en bientôt deux décades. La chimère TAP a fait dépenser des quantités astronomiques d’argent, a été débattu pendant des milliers d’heures en diplomatie et en négociations, et a coûté la vie à des milliers de militaires. Dans ces circonstances, la décision turkmène signifie surtout que cela risque de fortement aggraver la sécurité dans toute la région dont le Balouchistan et probablement d’avantage du côté iranien de la ligne Goldsmith que pakistanais. La défaite assurée de l’OTAN en Afghanistan et les nouveaux retards qui seront occasionnés par l’hypothétique pacification du Talibanistan sont deux principaux facteurs que les investisseurs vont devoir prendre en compte avant de revoir l’éventualité d’exploiter le corridor énergétique afghan sérieusement compromis. L’échec du conflit amplifié à présent de cet accord turkmène sera dur à digérer pour les impérialistes atlantistes qui, en plus des 30.000 nouveaux soldats américains déployés par Barack H. Obama, avaient déployé énormément d’efforts dès le lendemain de l’effondrement de l’URSS lorsque les compagnies pétrolières occidentales commencèrent à prendre pied tout autour de la Mer Caspienne pour s’y accaparer les riches ressources énergétiques au nez de la Chine et de la Russie [29]. 

Opportunisme baloutche ou ingérence au Balouchistan ?

Avant de définitivement quitter le Pakistan pour aller faire un petit tour en Iran et ensuite prendre la mer, récapitulons un instant quelques uns des derniers incidents qui se sont produits de part et d’autre la ligne Goldsmith. Le cinquième conflit baloutche aurait débuté, entre les mois de mai et de juin 2004, avec les mêmes révendications indépendantistes ainsi que l’arrêt des constructions des nouvelles installations militaires de l’armée pakistanaise et du complexe portuaire de Gwadar qui voit l’arrivée massive de Pendjabis, des non-Baloutches et des Chinois pour travailler sur le chantier. Les premiers incidents imputés aux différents mouvements séparatistes de la rébellion baloutche ont éclaté de mai à août 2004. Le 3 mai, 3 Chinois sont tués dans un attentat à la voiture piégée. 11 personnes, dont 9 Chinois, sont également blessées. Le 6 juin, 2 personnes sont tuées et deux autres blessées suite à l’explosion d’une mine dans le district de Kohlu. Le 19 juin, un attentat à la bombe détruit le terminal de l’aéroport de Sui. Le 27 juin, 2 policiers et 3 baloutches sont tués au cours de combats à Maiwand. Au total, 120 attaques à la roquette ont déjà été enregistrées pour le seul mois de juin. Le 2 juillet, 7 membres des Frontier Constabulary sont blessés dans l’explosion d’une mine dans la région de Sui. Le 18 juillet, le leader et membre de l’Assemblée nationale, le maulana Muhammad Khan Sherani, échappe à une tentative d’assassinat dans le district de Qilla Saifullah. Le 1er août, 5 soldats et un civil sont tués par 3 hommes armés qui attaquent leur véhicule à proximité de Zinda Pir, sur la route menant à Khuzdar, à proximité d’un cantonnement militaire. Revendiquée par l’Armée de Libération du Baloutchistan (ALB) en réponse aux opérations militaires menées dans la région de Turbat et à la construction d’infrastructures militaires. Le 2 août, le gouverneur de la province, Jan Mohammad Youssouf, échappe à un attentat près de Surab, à 180 kilomètres au sud-ouest de Quetta. Le 14 août, le jour de l’indépendance du Pakistan, 14 explosions retentissent à Quetta.

 

le leader baloutche Nawab Muhammed Akbar Bugti

Un combat se mène sur plusieurs fronts à la fois. Le mouvement pour la revendication des droits des Baloutches n’est pas seulement composé de cellules autonomes de combattants séparatistes mais aussi d’un mouvement politique s’adonnant à des marches de protestation et des manifestations pacifiques. Le mouvement politique est divisé en quatre partis : Jamhoori Watan Party, National Party, Baloutchistan National Party essentiellement composée par des membres de la tribu Mengal et Baluch Haqtawar. Tous ne désirant pas l’indépendance du Balouchistan, les quatre partis séparatistes ont essuyé les critiques de la part d’autres Baloutches nationalistes issus de l’alliance entre le parti pro-Mucharraf et les islamistes de la Muttahida Majlis-e Amal. Avec les autres incidents au Talibanistan, la guerre dans les zones tribales du FATA et NWFP qui vient également d’éclater, le Pakistan d’une main dialogue avec les quatre partis séparatistes et de l’autre accroit sa répression pour anéantir la guérilla indépendantiste mais les attaques tribales ne s’arrêtèrent pas pour autant et le rythme augmenta. Le 17 décembre 2005, lors de l’inauguration de la nouvelle base militaire de Kohlu, le président Pervez Mucharraf avait été accueilli par des tirs de roquettes. L’armée lança des opérations de représailles visant la population civile. Sous le prétexte du viol d’une doctoresse par des agents de la sécurité du gisement gazier de Sui, la tribu Bugti, encouragée par leur chef Nawab Muhammed Akbar Bugti et soutenue par l’ALB, a lancé une grande opération contre les installations du gisement de Sui qui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Bénéficiant de l’aide des tribus Mengal, Mazai et Marri qui campaient à proximité de Sui prêtes à intervenir, ce sont plus de 450 roquettes et 60 obus de mortiers qui ont été tirés durant l’opération entraînant de lourdes conséquences pour Karachi qui a connu des coupures quotidiennes et une chute de la production industrielle de 25 %. Localement, des conduites de gaz ont été endommagées provoquant la fermeture de la principale installation fournissant en gaz les provinces environnantes. 8 personnes ont été tuées, dont trois membres des forces de sécurité du site, et 35 autres ont été blessées. De plus, 12 employés de l’Autorité de l’eau et de l’électricité pakistanaise ont été enlevés pendant plusieurs jours avant d’être libérés le 14 janvier 2006. 

Face à la troublante technicité opérationnelle des tribus baloutches unies risquant de s’étendre en Iran et de menacer le réchauffement avec New Dehli, Islamabad, craignant un réveil du vieux conflit indépendantiste, donne l’ordre à 1.000 paramilitaires du Frontier Corps de se déployer dans la région du Sui pour sécuriser l’important site gazier. Entre temps, le 11 janvier 2006 et d’après le rapport d’une commission pakistanaise des droits de l’Homme, 12 personnes ont été exécutées par des paramilitaires du Frontier Corps dans le village de Pattar Nala. Des représailles qui avaient fait suite à l’explosion d’une mine à proximité du Pattar Nala, quelques heures plus tôt, ayant coûté la vie à plusieurs paramilitaires. Deux « anciens » du village désignés pour aller chercher les corps à la base de Kohlu ont également été abattus. Finalement, 14 dépouilles ont été remises aux femmes de Pattar Nala. L’escalade s’est poursuivie dans les mois qui suivèrent, le dimanche 2 avril 2006, deux explosions quasi-simultanées se sont produites dans une ferme gérée par des paramilitaires, dans le district de Kohlu, tuant trois civils, un homme, une femme et une fillette et faisant sept blessés. Dans le district de Bolan, au centre de la province du Balouchistan, cinq policiers et un civil membre d’une société chargée de la sécurité d’un site pétrolier et gazier ont été tués dans un attentat à la bombe, a indiqué Mohammed Anjoum, responsable de la police tribale. Dans la district voisin de Nasirabad, une nouvelle explosion d’une mine au passage d’un tracteur tue le conducteur et blesse deux personnes, selon la police tribale. Le lundi 4 avril 2006, un démineur appartenant aux paramilitaires du Frontier Corps a été tué alors qu’il tentait de désamorcer un engin piégé dans le village de Taraman, dans le district de Kohlu. Enfin, un camion-citerne d’eau des forces paramilitaires a sauté sur une mine à proximité des champs de gaz de Loti. Deux paramilitaires ont été blessés.

 

la capitale provinciale Quetta

La mèche de la cinquième guerre baloutche est allumée – par qui là est la question – et ne désempilla plus. Le mardi 14 avril 2009, on pouvait encore lire dans l’AFP que l’assassinat de 3 leaders politiques de l’alliance nationaliste, dont les corps avaient été retrouvés à Turba, une ville du sud-ouest de la province, provoqua une grève générale à Quetta qui tourna en de violentes émeutes ayant fait une vingtaine de morts, et à la paralysie de toute la région. Les manifestants s’en étaient alors pris aux commissariats de police et aux forces de l’ordre mais aussi à des voitures de l’ONU, à des agences bancaires et à des bâtiments gouvernementaux. Les autoroutes menant à Quetta étaient bloquées. Les activistes baloutches ont accusé les services secrets pakistanais de l’assassinat des 3 leaders politiques mais le gouvernement démentit ses accusations. Les exploitations économiques et installations gouvernementales étaient d’ailleurs toujours prises pour cibles. Le samedi 11 avril 2009, l’ABL revendiqua l’assassinat de six ouvriers qui travaillaient dans une mine de charbon. L’autopsie de leur corps avait démontré qu’il s’agissait d’une exécution, les ouvriers ayant tous les six été tués d’une balle dans la tête. Tout comme un Américain qui fut detenu en otage, pendant deux mois, par un prétendu mouvement nationaliste, ce qui parait fort étrange compte tenu de la position des nationalistes, les incidents qui ont progressivement commencé à dégénérer dans toute la province sont devenus de plus en plus curieux, en tournant au désavantage du Pakistan et accentuant ainsi sa déstabilisation par ce nouveau foyer du Balouchistan. « (…) mentionnons en outre le Front du Baloutchistan uni né en 2003 et basé à Londres (toujours cette étonnante concordance de date). » [30] Même une guérilla de ce type coûte de l’argent, beaucoup d’argent sur le long terme. Un comble pour une province si pauvre qui ne bénéficie même pas des retombées économiques de leur riche sous-sol car ce n’est sûrement pas l’impôt sur le transit de l’opium vers l’Iran qui suffirait à financer les roquettes, les mortiers des opérations de la rébellion baloutche. 

Iraniquement votre

C’est pour ainsi dire à la même époque de l’inauguration de la base de Kohlu en décembre 2005 que les premiers incidents ont eu lieu de l’autre côté de la ligne Goldsmith, dans la province iranienne du Sistan-et-Balouchistan. Je renvoie à la pertinente remarque sur la concordance de date de Jean-Michel Vernochet. En respectant la chronologie des faits, le 15 décembre 2005, deux gardes du corps du cortège du président Mahmoud Ahmadinejad ont été tués par des bandits dans la région de Sahevan. Deux semaines plus tard, le 31 décembre 2005, le Joundallah (les Soldats de Dieu), de confession sunnite, avaient enlevé neuf soldats iraniens, près de la frontière pakistanaise, lors d’une attaque d’un poste de police. La liste des attentats publiée sur de nombreux sites se poursuit. En mars 2006, 22 personnes, qui circulaient sur une route proche du Pakistan, avaient été tuées. Le même mois, un attentat à la bombe qui a eu lieu à Tasuki fut suivi d’une prise d’otages. Dix sept personnes ont été condamnées à mort pour cet attentat précis. En mai 2006, l’attaque contre quatre véhicules du convoi du gouverneur de la province du Sistan-Baloutchistan avait fait 12 morts dans la province voisine de Kerman. Une voiture piégée avait explosé le 15 décembre à Zahedan, à la veille des élections locales, ne faisant là qu’une seule victime. Pour tenter de mater cette rébellion, le gouvernement iranien avait choisi de répondre par la répression en exécutant publiquement par pendaison sept membres présumés du Joundallah qui auraient pris part à la tuerie des 22 personnes de mars 2006. Nouvelle mesure qui n’a visiblement pas eu l’effet dissuasif souhaité par Téhéran car le mercredi 14 février 2007, à Zahedan, un nouvel attentat à la bombe contre un autobus des Pasdarans, les Gardiens de la Révolution Islamique, faisait 42 victimes dont 11 morts. Le 28 mai 2009, revendiqué par le Joundallah, un énième attentat contre une mosquée chiite de Zahedan a fait 25 morts et une centaine de blessés graves. Téhéran, implaccable, répond le 1er juillet par 13 pendaisons [31].

 

Abdolmalek Rigi, le leader du Joundallah

D’après les informations du site Geostratos, le 31 mai 2009 sur Rang-A-Rang TV, le leader du mouvement, Abdolmalek Rigi, a déclaré que le Joundallah avait signé un accord avec l’OMPI (Organisation des Moudjahidins du Peuple d’Iran), une autre organisation terroriste basée en France qui existait déjà en 1979 lors de la Révolution Islamique d’Iran et protégée, en Irak, par les troupes d’occupation anglo-saxonnes jusqu’au 28 juillet 2008. Un accord échangeant des renseignements nécessaires aux attentats fournis par l’OMPI au Joundallah contre le transit de personnes de l’OMPI en Iran. Toujours selon Abdolmalek Rigi, le rapprochement entre l’OMPI et le Joundallah aurait été opéré par l’intermédiaire d’Abu Omar al-Baghdadi, le leader d’Al-Qaïda en Irak [32]. Le 12 juin 2009, jour des élections présidentielles, éclate une nouvelle révolution de couleur, la Révolution de Velours ou Révolution Verte, avec les mêmes caractéristiques que les Révolution des Roses en Georgie du 23 novembre 2003, Révolution Orange en Ukraine du 22 novembre 2004, Révolution du Cèdre au Liban du 14 février 2005, Révolution des Tulipes au Kyrgyzstan du 24 mars 2005, Révolution Safran en Birmanie en août 2007 [33] ainsi que les autres en Azerbaïdjan dès mars 2005 [34], en Ouzbékistan en mai 2005 [35], en Mongolie en juillet 2008 [36], en Moldavie en avril 2009 [37]. « Ces révolutions se sont toutes déroulées suivant le même mécanisme : au moment où le pouvoir en place tentait de se renouveler, les partis d’opposition, soutenues par de puissantes ONG locales, ont contesté le résultat des élections et bloqué le pays par des manifestations pacifiques. Cette dynamique des sociétés civiles a débouché sur la chute du pouvoir et son remplacement par des équipes gouvernementale proaméricaines. » [38]

 

Abdolhamid Rigi

Temporairement sorti du couloir de la mort, Abdolhamid Rigi, le frère d’Abdolmalek Rigi, a déclaré : « Les Etats-Unis ont créé et soutenu Joundallah et nous recevions nos ordres d’eux », lors d’une conférence de presse, en août 2009, dans un bâtiment gouvernemental de la ville de Zahedan. Il a ajouté que les Etats-Unis nous disaient : « qui frapper et ne pas frapper. (…) Ils disaient qu’ils allaient nous fournir tout ce dont nous avions besoin en terme d’argent et de matériel » [39]. Ces accusations rejoignent les éclaircissements de l’enquête de Seymour Hersh, publiée par The New Yorker, le 7 juillet 2008, et reprise par Le Monde, signalant que les chefs de file républicains et démocrates du Congrès américain auraient accordé, fin 2007, au président George W. Bush les financements nécessaires à l’intensification des opérations secrètes contre l’Iran en vue de déstabiliser le régime des mollahs. Pour appuyer ses dires, Seymour Hersh cita Robert Bear, un ancien chef d’antenne de la CIA au Kurdistan : « le groupe armé sunnite iranien Joundallah ferait partie des groupes bénéficiant du soutien des services américains ». Ainsi que dans Le Monde Diplomatique paru précédemment, en octobre 2007, où Selig S. Harrison a détaillé le mécanisme utilisé par la Maison Blanche dans son offensive de déstabilisation de l’Iran directement de l’intérieur « en aidant des groupes séparatistes, qu’ils soient arabes, kurdes, baloutches ou azéris ». Dernier fait en date, le dimanche 18 octobre 2009 où l’attentat-suicide le plus meurtrier a eu lieu à Pishin et a fait 41 tués dont plusieurs hauts commandants locaux du corps d’élite des Pasdarans. Sept commandants des Gardiens de la Révolution Islamique parmi lesquels le général Nour-Ali Shoushtari, adjoint du commandant de l’armée de terre des Gardiens de la Révolution, le général Rajab-Ali Mohammad-Zadeh, commandant pour le Sistan-Balouchistan, le commandant des Gardiens pour la ville d’Iranshahr et le commandant de l’unité visée, Amir-al Momenin, ont été tués dans cet attentat. L’article du géopolitologue Jean-Michel Vernochet, intitulé « Attentat au Sistan-Balouchistan… un acte de guerre décisif ? » auquel certaines données ont été reprises ci-dessus, paru au lendemain de ce dernier attentat et repris par de nombreux sites, nous informe qu’« il existe depuis juillet 2005 un projet de gazoduc irano-indien (IPI) devant passer à travers le Baloutchistan, projet qui s’est, en toute logique géostratégique, heurté à une vive hostilité de la part du Département d’État » [40]. Cela se passe de tout commentaire. 

La stratégie chinoise du « collier de perles »

C’est notamment pour faire transiter le pétrole iranien vers l’Océan Indien et assurer la sécurité des supertankers que Gwadar fut choisi par la Chine dans une colossale stratégie maritime surnommée le « collier de perles ». Une théorie, développée par le cabinet d’études stratégiques Booz-Allen-Hamilton travaillant pour le Pentagone, considérée par tous les états-majors du monde, de même que par les services de renseignement et les centres spécialisés en géostratégie, comme une évolution stratégique majeure de la Chine. Pour définir le « collier de perles », il représente un vaste réseau de ports, les « perles », et de bases navales formant le « collier » sous la forme de stations d’écoute, d’accords navals et d’accès portuaires, dans l’Océan Indien y compris les côtes orientales de l’Afrique et depuis le Golfe Persique au Détroit de Malacca, connectant ainsi la Chine aux ressources énergétiques du Moyen-Orient et d’Afrique.

Simultanément géoéconomiques et géostratégiques, certaines « perles » sont considérées de grandes importances pour la marine nationale chinoise (People’s Liberation Army Navy), notamment pour accueillir ses sous-marins nucléaires non-officiellement reconnues par Pékin qui, par la voix de ses diplomates et de ses responsables politiques, semble camper pour le moment sur une ligne de déni absolu. Et d’autres « perles » pour permettre à ses pétroliers d’y faire escale sur la route stratégique depuis le Golfe Persique. Il est important de préciser que toutes ces « perles » ne sont pas des ports et des bases navales exclusivement chinois mais comme les Etats-Unis dans la plupart des cas, les Chinois sont autorisés à utiliser des installations déjà existantes, à les renover ou à en construire de nouvelles. Les accords sont par conséquent révocables. Il faut donc noter que certains ports sont temporairement exploités et d’autres sont directement financés comme au Soudan et au Kenya. Nombre de ces ports sont en cours de développement, d’autres ont déjà été inaugurées et quelques uns intéressent la Chine de retour sur les mers comme au temps de ses flamboyantes jonques. Toutefois, la Chine ne se contente pas seulement de renover que les installations portuaires. Généreuse, la Chine dépense énormement dans diverses infrastructures, dans ces pays stratégiques, allant de la rénovation des routes et des voies ferroviaires à la construction de centrale électrique. Je signalerai donc dans une liste non-exhaustive selon les dernières mises à jour au 20 février 2010 :

  • la Birmanie (Myanmar), les ports de Kyaukphyu au nord, de Rangoon, de Thilawa, de Thandwe, de Munaung, de Hainggvi, de Yangon au sud de Sittwe, les sites des îles de Katan et de Zadaikyi ainsi que la base de l’archipel Mergui au large du Tenasserim et enfin, l’île Coco dans le Golfe du Bengale à proximité de la base indienne des îles Andaman, où ils ont également installé une station d’interceptions électroniques, pour observer les tirs d’essais de missiles indiens de Chandipore lancés dans l’Océan Indien à partir des côtes de l’Orissa, mais qui a été extrêmement endommagée à la suite du tsunami en décembre 2004 et n’aurait ainsi pas été réparée depuis, malgré les demandes des généraux chinois.
  • le Pakistan, le port de Gwadar qui est sans doute destiné à devenir la base la plus importante de la marine nationale chinoise avec les installations pakistanaises d’Ormara sur les côtes de l’Océan Indien.
  • le Bangladesh, le port de Chittagong dont la modernisation est en cours avec la collaboration de la Corée du Sud.
  • le Sri-Lanka, les ports de Colombo et de Hambantota, ceci est la dernière des « perles » de la stratégie chinoise pour contrôler les voies maritimes entre les Océan Pacifique et Océan Indien.
  • les Maldives, le port de l’île de Marao, dont l’atoll, à 40 kilomètres au sud de la capitale, aurait été loué pour 25 ans à la Chine que les experts du « collier » suspectent de devenir une base sous-marine.
  • l’île Maurice, la capitale Port-Louis visitée en février 2009 par Hu Jintao mais aucun accord militaire précis mentionnant la construction de bases navales n’a été ratifié entre Pékin, l’île Maurice et les Seychelles.
  • les Seychelles, le port de Victoria dont la valeur stratégique pourrait faire un rival de poids à la base américaine insulaire Diego Garcia située dans un atoll de l’archipel des Chagos où des bombardiers furtifs B-2 sont présents et bientôt quatre sous-marins nucléaires grâce à un port flottant [41].
  • le Cambodge, le port de Woody Island.
  • le Kenya, le port de Lamu [42].
  • le Soudan, Port-Soudan sur la mer Rouge [43].

 

les facteurs géopolitiques et géostratégiques de l'Océan Indien

les facteurs géopolitiques et géostragétiques de l'Océan Indien

Source de la carte : Rivalités maritimes en Asie (Philippe Rekacewicz)

 

tracé de la route maritime du pétrole vers la Chine

Les exportations africaines vers la Chine sont essentiellement du pétrole (plus de 60 % du total) d’Angola (premier fournisseur de brut de la Chine), de Guinée Equatoriale, du Soudan et de la République démocratique du Congo ainsi que des minéraux, du bois et diverses matières premières comme le manganèse, le fer, le cuivre, le chrome et le coltane (minerai rare utilisé dans la production de puces de téléphones portables). Pour donner une petite idée du chiffre, le montant du commerce sino-africain a été multiplié par 20 en 10 ans. Il est passé de 5 milliards de dollars en 1995, à environ 100 milliards de dollars annoncés en 2008. A titre d’information, il est bon d’également signaler ici, dans l’exploitation portuaire hors de Chine et hors de l’océan Indien, le poids croissant que prend la seule entreprise chinoise Hutchison Whampoa Ltd (Hong Kong) du milliardaire chinois Li Ka Shing dans la prise de contrôle de terminaux portuaires. Cette société gère aujourd’hui 39 ports ou terminaux à conteneurs dans 19 pays. En Europe ce sont les ports de Felixstowe, Thamesport et Harwich au Royaume-Uni, et les terminaux d’ECT-Rotterdam et Gdynia en Pologne. Avec Taiwan et Singapour (Port of Singapore Authority), ce sont, en plus, les ports suivants qui sont à présent contrôlés par des intérêts chinois : Colon au Panama, Tarente en Italie, Tacoma, Oakland et Longbeach, New York-New Jersey aux Etats-Unis. 

D’une importance stratégique de premier ordre également pour la Chine et le Japon mais aussi pour les relations commerciales Occident-Orient, c’est par le Détroit de Malacca, long de 800 km et large de 50 à 320 kilomètres (2,8 kilomètres de large dans son point le plus étroit) situé entre la Malaisie et l’Indonésie, que plus de 50.000 navires passent chaque année, 20 à 25 % du transport maritime mondial et la moitié du commerce maritime de pétrole, 1,5 millions de tonnes de pétrole y transite par jour (plus de 11 millions de barils par jour en 2003), neuf fois plus que le canal de Suez. 

Aigle, Tigre et Dragon 

On sait également que les îles Spratley sont disputées par la Chine, Taiwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et le Sultanat de Brunei. Les îles Paracels sont quant à elles réclamées par la Chine qui les occupe depuis 1974, le Vietnam et Taiwan. Les îles Senkaku (Diaoyutai) ne sont disputées qu’avec le Japon. Selon l’étude de Booz-Allen-Hamilton : « La Chine ne cherche pas seulement à bâtir une marine de haute mer pour contrôler les routes maritimes, mais aussi à développer des capacités de missiles et de mines sous-marines pour dissuader toute attaque sur ses lignes d’approvisionnement énergétique de la part de menaces potentielles, ce qui inclut l’US Navy, particulièrement en cas de conflit avec Taïwan ». Tout comme le principal rival régional, l’Inde, se sentant encerclé, les Etats-Unis voient d’un très mauvais oeil le « collier de perles » qui affaiblit sa domination dans l’Océan Indien et sa capacité de projection militaire en Afrique oriental comme en Somalie, en Asie Centrale et du Sud-Ouest ainsi qu’au Moyen-Orient.

 

les présidents chinois Hu Jintao et américain Barack H. Obama

Sans nul doute, les diverses avancées chinoises dans sa stratégie du « collier de perles » sont une raison essentielle de la grande vente d’armes américaine, le samedi 30 janvier 2010, à Taïwan selon une proposition datant de 2001, d’un coût de 15 à 18 milliards de dollars incluant huit sous-marins diesel-électriques, quatre anti-missile guidés, douze avions de patrouille maritime Lockheed P-3C et d’avion anti-sous-marin, des hélicoptères de dragage de mines, 60 hélicoptères Black Hawk (3,1 milliards), des missiles pour un côut de 421 millions de dollars pour les avions de combat F-16, 114 missiles anti-missile Patriot (2,81 milliards de dollars), des torpilles, des missiles Harpoon anti-navires, des véhicules d’assaut amphibies ainsi que des mortiers de 155 millimètres. Quel arsenal, de destruction maritime ou de défense territoriale, pour un si petit pays que la Chine a toujours considèré comme une de ses provinces. Cette vente d’armes à Taïwan a refroidi les relations commerciales et attisé les relations diplomations déjà très tendues entre la Chine et les États-Unis. Fin janvier 2010, le président Hu Jintao adressait son mécontentement au président Barack H. Obama en le menaçant de sanctions économiques et en guise de première protestation, Pékin a déjà suspendu tous ses échanges militaires avec Washington. Dans une précédente conférence de presse au Camp Smith de Honolulu, Hawai, le secrétaire de la Défense Robert Gates, a déclaré qu’il énumérerait les activités américaines et initiatives dans la région de l’Asie du Pacifique : « Il est tout a fait clair que nous restons profondément engagés, que nous sommes activement engagés, que nous avons été une puissance asiatique – une puissance Pacifique – pour un très long terme et que nous prévoyons de continuer à en être une » [44].

 

la base américaine de Futenma

Ces arrogantes paroles survenaient en 2007, bien avant l’important changement politique survenu au Japon, fin septembre 2009, qui a vu la montée au pouvoir des libéraux-démocrates après avoir été maintenu plus d’un demi-siècle par les conservateurs. La nouvelle classe politique a demandé au Premier ministre Yukio Hatoyama le retrait des troupes américaines sur son sol ou le déplacement de ses bases militaires étant à la fois les sources constante d’irritation de la population locale à cause des nuisances et fréquente de disputes diplomatiques au sujet des coûts respectifs. Principalement visées, dans un premier temps, la base aérienne de Yokota, située en plein coeur de la mégalopole de Tokyo, et la base de Futenma, située au coeur de la zone urbaine d’Okinawa, au sud du Japon, qui abrite le plus gros du contingent américain au Japon ainsi que la plupart du matériel et des ressources de l’armée américaine dans l’Océan Pacifique. Un accord conclu, en 2006, entre Washington et Tokyo prévoyait déjà le déménagement de Futenma vers la baie de Henoko. Dans une annonce faite au Pentagone au mois de décembre 2009, le général James Conway, commandant du Corps des Marines, a averti que la perte de Yokota et Funtenma risquait de remettre en cause tout le programme de réorganisation des bases américaines du Japon, y compris le retrait de plusieurs milliers de Marines de la base d’Okinawa vers l’île américaine de Guam prévu en 2012. Il y aurait 47.000 soldats américains présents sur le sol japonais dont la moitié sont basés à Futenma. Le 15 février dernier, le sénateur démocrate Jim Webb, qui dirige au Sénat la sous-commission des Affaires étrangères chargée de l’Asie orientale, a déclaré : « Je pense que la présence militaire américaine au Japon peut être modifiée. (…) C’est la seule région au monde où les intérêts stratégiques et militaires de la Chine, de la Russie, du Japon et des Etats-Unis se rencontrent » en parlant de la stabilité du nord-est de l’Asie. Le gouvernement japonais doit rendre sa décision d’ici la fin du mois de mai 2010 [45]. Du fait de partager certaines similitudes, le Japon s’aligne sur la Chine entreprenante, surtout en matière de sécurité pour son approvisionnement énergétique dans les mers indiennes du Détroit d’Ormuz au Détroit de Malacca. Le départ des troupes américaines du Japon aurait de graves conséquences sur la stratégie globale de l’US Navy pour l’Océan du Pacifique et d’Océan Indien en Asie du Sud-Est. 

Conclusion

Jadis, le Grand Jeu ne s’est achevé qu’en semant la discorde entre les religions attisées, entre les tribus manipulées, entre les ethnies spoliées et entre les nations nouvellement créées. Ce n’est pas un hasard que certaines personnes nomment le Grand Échiquier d’Asie Centrale de Nouveau Grand Jeu. « L’homme du 20ième siècle est moins confiant que son ancêtre du 19ième siècle. Il a été témoin et a fait l’expérience des pouvoirs maléfiques de l’histoire. Ce qui semblait appartenir au passé a ressurgi : la foi fanatique, les dirigeants infaillibles, l’esclavage et les massacres, le déracinement de populations entières, la barbarie impitoyable. » Hans Kohn cité par l’actuel conseiller géostratégique Zbigniew Brzezinski de Barack H. Obama, à la page 270, de son célèbre ouvrage, le Grand Échiquier. Les énormes défis énergétiques de la Chine et de l’Inde du 21ième siècle mais aussi du mode de vie de l’Occident sont au coeur des enjeux géostratégiques disputés en Asie Centrale. Désireuse de limiter ses échanges avec l’Arabie Saoudite, la Terre Sainte de l’Islam, l’hyperpuissance étatsunienne, qui a bâti une large partie de son hégémonie sur la manne pétrolière saoudienne, s’est donnée la mission divine de contrôler la moindre goutte de pétrole dans le monde et d’en réguler tout le trafic. Ce qui implique l’interdiction de certains pays à le vendre à d’autres pays, sans leur accord préalable. Dans son arrogance, la Statue de la Liberté peut tirer une bien vilaine grimace. Par ailleurs, l’Océan Indien est devenu un autre enjeu majeur entre Pékin et Washington. Nous pouvons clairement constater que chaque nouvel événement mineur ou majeur dans la géopolitique de l’énergie, que ce soit des négociations de projets de construction de pipeline ou des contrats d’attribution de quota énergétique, déclenche une recrudescence flagrante des activités terroristes et de piraterie dans la zone circonscrite d’acheminement de l’énergie par gazoduc, oléoduc ou voies maritimes. Est-ce une pure coïncidence ? Il n’y a qu’à suivre les informations géopolitiques pour en douter. Est-ce que le Pakistan est menacé d’une balkanisation, d’une nouvelle partition ? La Chine a beaucoup investi dans ce pays mais, sachant que George W. Bush s’est passé de toute autorisation onusienne pour attaquer l’Irak, le droit de véto au Conseil de Sécurité suffira-t-il à Pékin, et Moscou, pour empêcher Washington de balkaniser le Balouchistan ? Est-ce que sous la pression d’Israël, Barack H. Obama va finalement craquer en se hasardant à attaquer l’Iran ou simplement changer son fusil d’épaule ? Est-ce que c’est la poudrière du Moyen-Orient qui va s’embraser à nouveau, le brasier d’Asie Centrale qui va s’étendre un peu plus ou, dans un registre fataliste, une troisième guerre mondiale qui va éclater avec une majorité d’acteurs principaux – la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Pakistan et la Russie – possédant tous un arsenal d’armes nucléaires ? Les prochains mois s’annoncent particulièrement caniculaires et d’autant plus intéressants à surveiller de très près car de toute évidence des décisions cruciales vont être prises à la Maison Blanche.

Notes

[1] : Afghanistan : quand l’OTAN et George Soros voulaient légaliser l’opium 

[2] : PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), Afghanistan Human Development Report 2007, publié le 26 septembre 2007. 

[3] : Afghanistan Opium Survey, août 2007 

[4] : L’Afghanistan et ses minerais stratégiques 

[5] : La Chine accusée de « disparitions forcées » au Xinjiang, après des rafles systématiques visant les Ouïgours 

[6] : Ben Laden localisé au Pakistan 

[7] : Le Commonwealth réintègre le Pakistan 

[8] : Pakistani Taliban commander Abdullah Mehsud killed during raid 

[9] : The legacy of Nek Mohammed 

[10] : Qui tue qui dans la zone tribale pakistanaise ? 

[11] : Pakistan : les dessous de l’assaut de la Mosquée rouge 

[12] : Une nouvelle tête pour le renseignement pakistanais 

[13] : C’est Cheney qui a fait assassiner Hariri et Bhutto 

[14] : Un général pakistanais accuse Blackwater de l’assassinat de Bhutto et Hariri 

[15] : L’armée se déploie dans la vallée du Swat 

[16] : Les États-Unis intensifient les attaques par drones et les assassinats dans l’escalade de la guerre AfPak 

[17] : Attaques contre des sites nucléaires au Pakistan 

[18] : Retour à Swat : Quelle liberté de la presse après la défaite des Taliban ? 

[19] : The Frontier Against Terrorism 

[20] : Des proches de l’émir Mehsud soupçonnées de l’avoir dénoncé 

[21] : L’armée pakistanaise prend le contrôle du fief des talibans au Waziristan 

[22] : Analysis: A look at US airstrikes in Pakistan through September 2009 

[23] : Hakimullah dead, say US channels, newspapers 

[24] : Chronologie des attentats au Pakistan depuis 2007 

[25] : Blackwater et Xe tuent au Pakistan et en Afghanistan 

[26] : Pakistan : la guerre secrète des mercenaires 

[27] : La monstrueuse vivisection de l’Inde  

[28] : Des articles font état d’attaques au Pakistan par des troupes américaines au sol 

[29] : China extends influence into C.Asia with pipeline 

[30] : Pipeline Geopolitics: Major Turnaround. Russia, China, Iran Redraw Energy Map 

[31] : Iran : minorités nationales, forces centrifuges et fractures endogènes 

[32] : L’OMPI et le Jundallah main dans la main, mains dans le sang ! 

[33] : Birmanie : la révolution safran 

[34] : Pourquoi l’Azerbaïdjan n’a pas basculé 

[35] : Tolkatchev : « Il nous reste peu de temps pour organiser la révolution ouzbèke » 

[36] : Le soubresaut 

[37] : Une caricature de révolution colorée 

[38] : Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, page 90. 

[39] : « Washington est derrière la rébellion sunnite en Iran » 

[40] : Attentat au Sistan-Balouchistan… un acte de guerre décisif ? 

[41] : La Chine aide le Soudan à exporter son pétrole 

[42] : Diplomatie pétrolière 

[43] : L’US Navy veut transformer Diego Garcia en base sous-marine 

[44] : Conférence de presse de Robert Gates 

[45] : La présence des bases américaines au Japon est modifiable, selon un sénateur 

Cette analyse a pu être élaborée d’après les études, les rapports et les livres : 

Un nouvel enjeu international : le Baloutchistan de Seliq S. Harrison, année 1980 

L’océan Indien : un enjeu pour les puissances asiatiques de Barthélémy Courmont, juillet 2007 

La question des ventes d’armes à Taïwan de Hall Gardner, septembre 2007 

Là où l’Asie du Sud et du Sud-Est se rencontrent, l’ombre de la Chine d’Alain Lamballe, avril 2008 

Offensive chinoise en Afrique de Tanguy Struye de Swielande, avril 2009 

– Présence de la Chine en Afrique du Master Monde chinois des affaires Année 2009-10 

Renversement d’Armand Nouri 

– Les émissions d’Arte  » Le dessous des cartes  » 

– La route de la Soie de Pierre Biarnès, aux éditions Ellipses, 2008 

– La résistance afghane de Michael Barry, aux éditions Champs-Flammarion,1989

carte des installations nucléaires pakistanaises

Les Taliban gardent mais ne meurent pas

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4 Réponses

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  1. hezekiel said, on 2 mai 2011 at 13:26

    Bonjour,

    Je lis les articles actuellement, pas dans la totalité malheureusement par manque de temps (mais j’y reviendrais). Une qualité des articles exemplaire, avec une documentation remarquable et des sources citées… Bref du super boulot et visiblement sérieux !

    Je continuerai à vous lire avec le temps que j’ai. Merci de vos publications 🙂

    Cordialement,

    ps : Catharsis ? Vous avez quelque chose à faire sortir de votre tête ? 😀 Vous avez travaillé dans des domaines liés aux articles que vous publiez ou c’est un intérêt plus personnel ?

    • Bao said, on 24 juin 2011 at 21:23

      Merci à vous ainsi que pour votre fidélité mais ce blog n’est plus actif. Je vous invite à me suivre sur mon autre blog http://mecanoblog.wordpress.com/

      ps : Juste sortir quelques pensées. Je ne suis qu’un modeste ouvrier qui cultive un peu sa sagesse et qui s’intéresse particulièrement à la géopolitique et la géostratégie. 😉

  2. Daubagna said, on 23 mars 2010 at 14:49

    Quel boulot panoramique! Félicitations….
    M-Hélène.

    • Bao said, on 23 mars 2010 at 17:41

      Merci. J’espère que vous avez trouvé cette analyse informative.


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