Catharsis

Des couleurs, des drones et le néocolonialisme

par Saïd Ahmiri

De l’éclatement de la Yougoslavie depuis 1991 à la proclamation d’indépendance du Kosovo le 17 février 2008 est ce que l’on nomme une « balkanisation », une stratégie qui se définit par un processus politico-militaire de fragmentation territoriale en vue d’élaborer des états autonomes pour diminuer la puissance d’une nation et profiter des divisions inter-ethniques, ou inversement, afin par exemple d’y installer des bases militaires étrangères dans le cadre d’opérations futures de plus grande envergure n’impliquant pas forcément la nation balkanisée. En ces heures sombres pour les uns, glorieuses pour les autres, de la fin du capitalisme, la balkanisation n’a pas évolué en une nouvelle forme de morcellement du territoire mais a cédé l’aspect purement politique à la révolution colorée ou révolution des fleurs afin entre autre d’instaurer ou de faire instaurer au pays nouvellement pro-atlantiste une démocratie de marché, infiniment néolibérale, et n’impliquant plus seulement que les politiciens de l’opposition au régime en place mais qui en appele à la participation massive de jeunes activistes.

les Révolutions de Couleur/Fleurs

Le millénaire des guerres énergétiques

Bien que la Guerre Froide soit officiellement terminée, un nouvel acteur au premier plan de ce monde multipôlaire, la Chine, s’est invité en force dans la rivalité mythique entre les États-Unis à la tête de l’OTAN et la Russie soutenue par la CEI. La concurrence rude des trois blocs demeure omniprésente dans les coulisses du pouvoir des pays post-soviétiques du Caucase à l’Asie Centrale, deux vastes régions eurasiennes aux ressources très riches en hydrocarbures où plusieurs révolutions de couleur/de fleurs majoritairement anti-communiste ont éclaté et ont réussi après la révolution originelle de la Serbie en septembre 2000 grâce notamment à Optor, le mouvement d’activistes serbes anti-Milosevic :

  • la Révolution des Roses en Georgie le 23 novembre 2003 qui a vu la démission du président Edouard Chevardnaze et l’arrivée de Mikhaïl Saakachvili formé dans les universités américaines et soutenu par le mouvement de résistance civique Kmara (Assez !).
  • la Révolution Orange en Ukraine a débuté le 22 novembre 2004 après l’annulation des résultats frauduleux du second tour des votes présidentiels entre le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovytch et son rival Viktor Iouchtchenko soutenu par le mouvement Pora (Il est temps !).
  • la Révolution des Tulipes au Kyrgyzstan le 24 mars 2005, plus complexe et nettement plus violente que les précédentes, a vu le renversement du président Askar Akaïev et la chute de son régime puis l’instauration du nouveau gouvernement de l’ancien Premier ministre Kourmanbek Bakiev qui n’était pas directement soutenu par le mouvement de résistance des jeunes Kel-Kel.
Birmanie, la Révolution Safran

la Révolution Safran de Birmanie

IRAN-VOTE-MOUSAVI

la Révolution de Velours d'Iran

« Ces révolutions se sont toutes déroulées suivant le même mécanisme : au moment où le pouvoir en place tentait de se renouveler, les partis d’opposition, soutenues par de puissantes ONG locales, ont contesté le résultat des élections et bloqué le pays par des manifestations pacifiques. Cette dynamique des sociétés civiles a débouché sur la chute du pouvoir et son remplacement par des équipes gouvernementales proaméricaines. » Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, page 90. Et les nombreuses autres tentatives avortées ou échouées, parfois sous la répression meurtrière de la police, par l’intervention implacable de l’armée ou au moyen d’assassinat planifié par les services secrets comme en Azerbaïdjan dès mars 2005 [1], en Ouzbékistan en mai 2005 [2], la Révolution Safran en Birmanie en août 2007 [3], en Mongolie en juillet 2008 [4], en Moldavie en avril 2009 [5] ainsi que la très médiatique Révolution de Velours en Iran du 12 juin 2009 au lendemain du premier tour des élections présidentielles remportées par l’antisioniste président conservateur sortant Mahmoud Ahmadinejad sur le candidat de l’Occident libéral, le réformiste Mir Hossein Moussavi surnommé le Boucher de Beyrouth [6].

ONG à but conflictuel

Dick Cheney, membre du PNAC

Dick Cheney

Project for the New American Century

PNAC

Dans un contexte initial légèrement différent des enjeux énergétiques, face à la montée en puissance des radicaux islamistes partout au Moyen-Orient, et plus globalement dans tout le monde musulman, en Tchétchénie, au Dagestan, en Ingouchie jusque dans l’Indonésie du Jemaah Islamiyah, suite aux sanglantes guerres d’agression en Afghanistan et en Irak ainsi que les convois d’armes et moyens financiers au Hezbollah des deux bêtes noires de Washington, l’Iran et la Syrie, nous pouvons également citer la réussite de la Révolution du Cèdre au Liban après l’assassinat de Rafiq Hariri dans un attentat-suicide commis par camionnette contenant une seule charge explosive de 1800 kg le 14 février 2005, commandité soit par les Syriens pour la communauté internationale ou par un commando des forces spéciales américaines sous les ordres de l’ancien vice-président Dick Cheney selon la piste du journaliste d’investigation Wayne Madsen [7] mais dont les événements qui ont suivi ont ainsi poussé le peuple libanais à descendre dans la rue pour demander l’arrêt des ingérences de la Syrie dans la politique de leur pays autant que le rejet de la présence des troupes syriennes sur leur territoire. Hormis cette dernière insurrection au cheminement classique différent, chacune des autres révolutions de couleur/de fleurs non-violentes visant à remplacer l’ancien système communiste pro-russe dans le but de servir les intérêts occidentaux a vu l’implication directe des États-Unis. Parfois soutenant l’opposition ou organisant directement la révolution par le biais de structures indépendantes financées par le budget américain dont USAID (United States Agency for International Developpement), NED (National Endowment for Democracy) étant un organe du CFR, International Republican Institute présidé par John McCain, National Democratic Institute for International Affairs présidé par Madeleine Albright, Albert Einstein Institution étant une vitrine de la CIA, la fondation Soros et Freedom House qui a notamment compté parmi les membres de son conseil, les néoconservateurs Steve Forbes, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz et Zbigniew Brzezinski que l’on ne présentent plus. Tous des signataires du dangereux manifeste des principes impérialistes du think tank Project for the New American Century (PNAC) fondé au printemps 1997 par William Kristol et Robert Kagan.

Chine-USA : une réévaluation géostratégique mondiale

« Pour les États-Unis, la donne internationale actuelle crée une nouvelle grille de lecture géostratégique à plusieurs échelons. Au premier échelon, nous retrouvons la relation entre la superpuissance et les grandes puissances. Le deuxième échelon se caractérise par la relation entre Washington et les États voyous. Le troisième, enfin se détermine par la relation entre les États-Unis et les États effondrés, lesquels sont souvent dirigés par des clans, des ethnies ou des tribus et forment un refuge pour de nombreux acteurs transnationaux. » Tanguy Struye de Swielande. Le lobby PNAC, le groupuscule obscur derrière la guerre d’Irak, a concocté ce projet néocolonialiste typiquement anglo-saxon, visant une soixantaine de pays et étroitement placé sous l’égide de l’OTAN, pour garantir la continuité du leadership mondial de l’hyperpuissance américaine en ce nouveau millénaire bien entamé. Sans partage sur la distribution des recettes mais surtout pour assouvir la domination planétaire politico-militaro-économique des faucons de Washington principalement sur tous les derniers grands gisements de gaz et de pétrole répertoriés dans le sol des nations post-soviétiques de l’Eurasie pour en faire bénéficier en priorité le gros consommateur américain au devant de la menace pesante du pic pétrolier annoncé entre 2010 et 2015 par les plus éminents spécialistes et afin de réduire leur très grande interdépendance vis-à-vis des énormes importations d’or noir de la péninsule arabique, l’Arabie Saoudite en tête, le Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis réunissant Abou Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn. Des ressources importantes du coeur continental de la masse terrestre eurasiatique « Heartland » dont dépendent inévitablement la consommation sans cesse croissante des superpuissances eurasiennes de Bruxelles, Moscou, New Dehli et Pékin.

La carte des pays exportateurs du pétrole

les pays exportateurs de pétrole

La carte des principaux flux pétroliers dans le monde

les principaux flux pétroliers dans le monde

La carte de production et consommation de pétrole dans le monde

production et consommation de pétrole

La carte des réserves mondiales de pétrole

réserves mondiales de pétrole

Inutile de rappeler que la Chine comme la Russie sont déjà toutes deux très solidement ancrées en Asie Centrale, dans le Caucase, les pourtours de la Mer Noire et l’Afrique qui n’est pas en reste en matière de néocolonialisme alors que le taux de pauvreté de l’Afrique subsaharienne qui n’a pas diminué depuis vingt-cinq ans augmente inéxorablement avec sa démographie et explosera d’ici 2015, comme cela a été le cas après l’effondrement du bloc soviétique en 1990, avec plus d’un tiers du milliard de pauvres dans le monde. Un facteur-clé de l’essor économique chinois qui n’est pas resté inaperçu aux yeux des néocolonialistes venus de Hong Kong, Pékin et Shanghaï. « Les réseaux d’ONG, directement au contact de la population auraient le rôle non avoué de galvaniser le peuple contre certains régimes despotiques des pays en développement. (…) Ceux qui soutiennent que le néocolonialisme a historiquement remplacé ou complémenté le colonialisme, mettent en avant le fait que l’Afrique aujourd’hui paie chaque année (en paiement des intérêts sur prêts) au FMI et à la BM cinq fois plus qu’elle n’en reçoit sous forme d’aide au développement sous forme de prêts, privant souvent, de ce fait, les habitants de ces pays des nécessités de base. » Wikipedia. En ce qui concerne les nombreux chantiers chinois en Afrique : « l’argent investi ne profite pas aux économies domestiques » déplore le chercheur sud-africain Tsidiso Disenyana rajoutant que : « La Chine amène ses propres ingénieurs et ouvriers. » Une nouvelle ère de colonialisme étant loin de bénéficier au foyer de la famille africaine comme de résoudre les plus graves problèmes de l’Afrique noire – l’alphabétisation, le braconnage, la sécheresse, les seigneurs de la guerre – qui n’est pas sans rappeler le pillage des empires britannique et français durant la seconde partie du XIXe siècle. M. Moumouni insiste sur le fait que : « Nous les Africains devons sortir de ce type de rêverie d’une puissance, toute bénévole, qui vient pour nos beaux yeux ou parce que nous nous prévalons de notre pauvreté. Aujourd’hui on parle de la Chine, mais demain ce sera l’Inde ou le Brésil qui mènent beaucoup d’offensives en Afrique selon le même schéma. »

PNAC, une doctrine militariste

« Connaissez-vous le PNAC ? Non ? C’est dommage et c’est une erreur. Car si vous ne vous intéressez pas au PNAC, lui, il nous concerne. Nous, c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas citoyens des Etats-Unis d’Amérique. » Raoul Marc Jennar, chercheur altermondialiste.

drone naval

un prototype de drone naval

USS-Independance LCS-2

le prototype de frégate furtive USS-Independance LCS-2

drone tactique MQ-9 Reaper

le drone tactique MQ-9 Reaper

drone furtif supersonique An Jian

le prototype de drone furtif supersonique An Jian de conception chinoise

En 2000, le PNAC a publié un rapport intitulé « Reconstruire les défenses de l’Amérique ». On peut y lire ceci : « À l’heure actuelle, les Etats-Unis ne sont confrontés à aucun rival global. L’objectif d’une stratégie américaine ambitieuse devrait être de préserver et d’étendre cette position avantageuse aussi loin que possible dans le futur. » Une stratégie territoriale intercontinentale argumentant l’augmentation des effectifs militaires en passant de 1,4 millions à 1,6 millions de soldats déployés rapidement depuis leurs bases situées aux quatre coins du globe ou les autres postes d’opération avancés permettant des facilités d’accès dans certains pays. « L’US Navy de demain s’appuie, en définitive, sur trois grands principes : Sea Basing (bases en mer, forces expédition­naires), Sea Strike (projection de la puissance maritime), Sea Shield (bouclier par défense anti-aérienne, anti-missiles, anti-sous-marine, défense du littoral, démi­nage, etc.) » Tanguy Struye de Swielande. Une stratégie technologique avant-gardiste axée essentiellement sur le cyberespace et l’espace qui nécessite toutefois la modernisation des équipements militaires actuels pour en limiter à l’avenir le coût humain car je cite Jean-Pierre Petit : « Un soldat coûte cher. Il faut le nourrir, le soigner, lui payer une pension, une retraite. Il a des états d’âme, des scrupules. » Une rénovation générale s’appuyant sur un usage massive des nouvelles armes de haute technologie telle que la nouvelle génération de drones tactiques aérien pour la reconnaissance, la surveillance et l’élimination, naval dans la lutte anti-mine principalement, sous-marin pour la reconnaissance de submersible et défense des pipelines sous-marins, terrestre dans le cadre des missions secrètes des forces spéciales et spatial, tel que le modèle Ikhana dérivé du meurtrier Predator B, officiellement pour mieux lutter contre les incendies et la progression des feux de forêt [8]. Outre les micro-drone, drone-mouche, drone-hélicoptère, parmi les plus récents avions de combat sans pilote multirôles comme le General Atomics MQ-9 Reaper adaptables aux portes-avions, bâtiments amphibies et nouvelles frégates classe LCS-2 ainsi que les prototypes de drones furtifs à vitesse supersonique de haute altitude, longue autonomie, ayant la capacité d’être ravitaillé en vol et interconnectés les uns aux autres comme le Northrop Grumman X-47 Pegasus pour notamment rivaliser avec les concurrents européen Dassault nEUROn ou chinois An Jian, certains portent en eux les espoirs au DARPA de transporter une mini-nuke à guidage GPS dotée d’une ogive thermonucléaire de faible puissance et d’autres d’être équipé d’un réacteur nucléothermique similaire à celui du programme NERVA ou encore d’un système de propulsion à générateur MHD (magnétohydrodynamique) atteignant facilement les Mach 15 (19000 km/h). Et pour les drones spatiaux de demain, un propulseur MPD (magnétoplasmadynamique) parcourant la centaine de kilomètres en une seconde qui est déjà exploité par le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et la NASA dans l’élaboration des futurs vaisseaux interplanétaires habités vers Mars ainsi que pour les lunes de Jupiter et Saturne. Des concepts bien réels qui ne font plus partie de la science-fiction des années 1960 où commença le développement des premiers UAV auxquels il faut rajouter l’arme à antimatière dont quelques grammes suffisent à remplacer les plusieurs kilogrammes de plutonium d’une charge nucléaire. Ce qui réduit fortement la taille de l’ogive comme son poids et sa capacité à être déployée depuis une imposante plate-forme mobile tel que le sous-marin lanceur d’engins tout en gardant une haute puissance nominale de destruction exempte de retombées radioactives. « En fait, en 1950, deux ans avant l’explosion de la première bombe H, l’allumage par l’antimatière d’un mélange de deutérium et de tritium était à l’étude. » André Gsponer et Jean-Pierre Hurni [9]. « Hollywood a le même code génétique que le Pentagone. » Le film Anges & Démons réalisé par Ron Howard d’après le roman de Dan Brown dévoile l’existence des armes à antimatière. Un message à caractère propagandiste de la part des américains destiné précisément aux autres grandes puissances technocratiques eurasiennes, la France, la Chine et la Russie qui planchent également sur ce nouveau type d’armement non-conventionnel pendant que la communauté internationale s’acharne sur le programme nucléaire iranien. Qu’il soit civil ou militaire, la presse occidentale ferait mieux de regarder dans les placards de ses propres gouvernements. D’inévitables scandales au sein du complexe militaro-industriel craint d’Eisenhower qui ferait du Watergate un banal fait divers. Des programmes noirs du Département de la Défense plus que certainement classés Secret Défense inconnus même de la Maison Blanche qui offriraient le prix Pulitzer à un véritable journalisme d’investigation.

 

Notes

[1] : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/CHETERIAN/13165

[2] : http://www.colisee.org/article.php?id_article=2017

[3] : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2238/articles/a355272-birmanie__la_r%C3%A9volution_safran.html

[4] : http://asie21.com/asie/index.php?option=com_content&view=article&id=60:le-soubresaut&catid=58:mongolie&Itemid=86

[5] : http://www.courrierinternational.com/article/2009/04/10/une-caricature-de-revolution-coloree

[6] : http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=692

[7] : http://www.reopen911.info/News/2009/05/13/l%E2%80%99ombre-de-dick-cheney-plane-sur-le-meurtre-de-lex-premier-ministre-libanais-rafic-hariri/

[8] : http://newsoftomorrow.org/spip.php?article1888

[9] : http://cui.unige.ch/isi/sscr/phys/LaRecherche.html

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